RÉCONCILIATION DES PARTIS
d’une force invincible. Nous étions divisés, déchirés; nous voUà unis, frères d’armes de la liberté et de l’égalité.
« Oui, c’est ici le miracle de la vie morale, et lors même que je ne serais pas déshabitué de la parole, elle me manquerait pour le célébrer. L’action seule, non le discours, peut, dans ces jours de flamme, répondre à ce que les âmes demandent. Mais enfin, puisqu’il faut achever, je dirai que la leçon divine, qui vient de partir du cœur du peuple, s’explique assez d’elle-môme. Une puissance matérielle formidable, quatre-vingt mille hommes rassemblés, des forteresses que l’on disait imprenables, et qui étaient faites pour terrifier Paris, une stratégie profondément combinée et à loisir, tout cela détruit en quelques heures'; cette armée, dissipée par uné-foule sans guides, qui d’abord ne pouvait opposer que sa poitrine nue aux balles ; ces muraüles qiji tombent devant le cri de la conscience, plus puissant que les trompettes de Jéricho, qu’est-ce que cela veut dire, sinon que la corruption a toujours les pieds d’argile , et que l’âme accomplit les miracles...
« Quel est l’esprit de la révolution qui vient de s’accomplir ? C’est que le peuple a été j^us intelligent que les savants, les lettrés, les hommes qui croyaient posséder le privilège des lumières. Il a vu ce que ceux-ci, avec leur science et leur expérience, ne voyaient pas; il a pressenti le salut où les gens éclairés voyaient la ruine ; en un mot, il a été plus sage, plus perspicace que ses guides. Les masses ont entraîné et conduit leurs chefs. Un peuple a ses moments d’inspiration comme un individu... Mais ces moments sublimes ne sont pas éternels. De grâce, ne laissons pas à ce flambeau le temps de s’amortir, . ni aux petites passions, aux habiletés médiocres, aux instincts vulgaires, l’occasion de reparaître. Interrogeons la France pendant qu’elle est
MÉMOIRES d’bXIL
encore sur le trépied. Si nous voulons faire quelque chose de grand, ayons foi dans la grandeur humaine et dans l’inspiration immédiate du génie français..,
« Pour moi, la parole m’est rendue alors que je sens l’impuissance, l’impossibilité de la parole. Des actions, non des discours, voilà ce que je voudrais répéter sans cesse. Gourons donc, suivant notre vocation, au fait, à l’évènement... J’avoue qu’il me serait impossible d’en dire aujourd’hui davantage. Tout ce que je puis dire est de recueillir mes forces pour jeter avec vous le cri de la France invincible ; Vive la République ! »