‹ Mémoires d'Exil l'amnistieChapitre 45 sur 58 · RÉCONCILIATION DES PARTIS 5CH · texte numérisé non relu

RÉCONCILIATION DES PARTIS 5CH

les a arrachés à la patrie dont ils étaient l’honneur et l’ornement? Qui les a traités comme des malfaiteurs? Qui les a livrés hors des frontières à une vie errante, aux dégoûts, à la nostalgie, au désespoir? La France, justement fière de ses grands noms, oubliera- t-elle qu’on l’a dépouillée de toutes ses gloires, car l’indignation et la douleur ont tué une pléiade d’hommes illustres. Oui, le 2 décembre est pour beaucoup dans la mort de Lamennais, de François Arago, d’Emile Souvestre, de tant d’homrfies de bien.... Comptez nos glorieux . morts de 1851 à 1869, le chiffre est effrayant.

Et ceux qui sont restés en France, ne se sentaient-ils pas mourir, grdce à l’isolement, à l’interdiction qui pesait sur eux, sur leurs œuvres? La plupart s’exilaient volontairement en province, à l’étranger.

Et l’on demande une réconciliation entre ceux qui ont survécu et la verge d’airain qui a frappé le pays ?

Certains théoriciens nous offraient pour consolation « la sagesse infaillible du peuple qui choisit son heure, son moment pour entrer en scène, quand il le juge bon. » Ils faisaient du peuple un être mythologique, un lion da Némée qui sort de son antre pour dévorer les coupables, ou bien encore un minotaure qu’il faut apaiser par des sacrifices humains.

Qu’est-ce donc que le peuple? Question incessante depuis dix-huit ans. Ah ! je le sais depuis le 24 mai 1869. Le peuple, c’est la racine et la sève de l’humanité quand le" feuillage de l’arhre commence à se flétrir.

Nous avons vu dans l’histoire, de ces moments a où tout a été gagné, sauvé par l’inspiration, par le génie divin des

MÉMOIRES d’exil

masses. Le peuple poussé par la sagesse d’en haut, a consommé ce prodige. »

Ces Mémoires d'exil s’achèveront, je l’espère, en pleine liberté. Aujourd’hui, je dois me contenter de terminer ce volume par les paroles prononcées au Collège de France (1), le 8 mars 1848 :

« Au nom de la République, nous rentrons dans ces chaires. La royauté nous les avait fermées, le peuple nous y ra- ‘ mène. Grâces soient rendues à ce grand peuple de braves, ouvriers, gardes nationaux, citoyens de tontes les classes, jeunes gens de toutes les écoles, à vous tous, compagnons d’armes qui sur le champ de bataille du droit et de la justice, venez d’ouvrir au monde une ère magnanime.

« Si jamais miracle a été consommé sur la terre , c’est ce que vous venez de voir de vos yeux et de faire dç vos mains. Car l’feiquité avait atteint le dernier terme de l’audace, et marchait le front levé... La force matérielle, avec toutes les mauvaises passions, se croyait invincible. En présence de ce triompfcf aveugle l’âme doutait d’elle-même. Le monde était près do dire encore une fois : Vertu, tu n’es qu’un nom !

«Rappelez-vous la veille même de l’explosion, cette nuit où la liberté du monde a été enfantée. En entamant la lutte, toutes les chances semblaient pour l’injustice contre le droit désarmé.

«Nous étions dans le déshonneur, et nous nous retrouvons . dans la gloire la plus pure qui fut jamais. Nous nous endormions dans la décadence, et nous nous relevons revêtus

(1) Bdgar Quinet, Discours d’ouverture. Œuvras politiques. 1860.

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