OBSERVATIONS SUR UNE INSCRIPTION GRECOIE
vers l'an 360 avant Jésus-Christ ». Si la date de l'inscription ne peut être placée aussi haut, néanmoins le mur même sur lequel on la lisait étant du règne de Ptolémée Soter l«f, le document paraît se ranger parmi les plus anciens documents grecs que l'Egypte nous ait transmis. Il est d'ailleurs gravé avec une netteté remarquable, et ne laisse aucun doute à la lecture, si ce n'est que le texte qui se continuait jadis, à droite et à gauche, sur deux blocs latéraux, est aujourd'hui mutilé par la perte de ces deux blocs, et que les lettres finales de la droite sont moins faciles à déterminer que celles de la gauche. En ne tenant compte que des caractères soit intacts, soit parfaitement déterminés par les traits qui en restent, voici ce qu'on peut lire de l'inscription :
XXs; ts Xu^vaTmcv av£ îw to*j Ossu xa/.w; Siaxsi p£ia-.; yjswjAsvc; tslç t.
Il est tout d'abord facile d'en conclure :
1° Que c'est l acté d'une offrande faite au dieu Sérapis ;
2° Que l'objet offert est un Xîr/viimsv, objet dont nous essayerons plus bas de déterminer la nature.
On peut aussi regarder comme probable :
3° Que l'auteur de l'offrande était encore malade au moment où il l'a faite, quoique se servant de certains remèdes dont l'indication a disparu.
En partant de ces données fournies par le toxte même, en les rapprochant de divers autres textes recueillis dans les au-
» Letronne//iMcr. fEgypf, I, n° xxxiv ; Corpus inscr. grœc, n°4702.
leurs et sur les monuments, j'ai cru pouvoir compléter cette inscription ainsi qu'il suit :
APIÏTTjAAOI TO AVXNAUTION A\E[6HKA H10- AABQN V;iIO TOT OEOV KXKQZ AIAKEI[I0AI EI1- El KAI IATJPEIAI2 XPÛMEXOS JOM IIE;PÏ NAON ONEIPOI2 0]VK IIAVNAMHN iTIEIAÏ [TTXFJN IlAPArTOV
Xa5wv 6]*b tsO ôeou xaouoç 3iaxsî[cr6ai, iiri\ xa). îaT]pei'aiç xpû>|isvoç toTç xt[p\ vabv Svdpoiç, o]ôx. ^3uvijj.Yîv Gf.ïtaç [^X*^
Ce que je traduis par :
« IMoi] Aristyllus, j'ai dédié ce lychnaption, pensant que j'étais malade par la volonté du Dieu, puisque, tout en me servant des remèdes indiqués par les songes [qu'il envoie] près du temple, je ne pouvais pas obtenir de lui la santé »
On arrive donc à former un sens raisonnable en ajoutant
1 Lors de la seconde lecture que je fis du présent essai à l'Académie des belles-lettres, en 1857. mou savant confrère, M. Pb. Le Bas, voulut bien me communiquer une autre restitution du même texte, qui lui semblait plus satisfaisante que la mienne; et, en me la communiquant, il m'autorisait à la publier. Je m'empressai d'user de cette permission, laissant aux amateurs d'épigraphie le choix entre les deux restitutions que je maintiens ici en présence l'une de l'autre
Àp{<rr/]XXiç rô Xu^vatîmcv dw*[toixx iÇ^w«oaiçXx)rpwai*Xr*\ttmC «ïçirr[dediv
{**ow 6]ù» «tu»** (wx"v
S. B. K la place de àvaêtif*x<n, M. Le Bas lirait aussi volontiers imm*n% eu Uioxm-i, comme dans la restitution que je propose.
quelques leltres seulement de chaque côte des quatre lignes principales, et à la gauche de la cinquième, qui certainement est la dernière de toutes et n'avait jamais été remplie, comme on peut s'en convaincre par l'examen du monument L'inscription ainsi restituée contient : trente-deux leltres à la première, à la seconde et à la quatrième ligne, trente quatre à la troisième, légère inégalité qui n'a rien de fort inquiétant si l'on songe : h que, sur une longueur égale, ces lignes offraient déjà, avant la reslituion, un nombre inégal de lettres, à savoir : dix-neuf pour la première et la troisième, vingt pour la seconde, seizo pour la quatrième; 2° que le nombre plus ou moins grand de certaines lettres de largeur différente, produit naturellement des effets de ce gonre dans les inscriptions qui ne sont pas gravées en colonnes de lettres perpendiculaires (crw/ijïév), selon l'ancienne manière des Attiques. Ainsi, bien que. parla perte des deux blocs do droite et de gauche, le champ des restitutions paraisse presque illimité, et par conséquent les chances d'erreur presque innombrables dans une telle tentative, les suppléments proposés somblcnt déjà nous rassurer à cet égard, en donnant à l'ensemble de l'inscription un sens assez conforme aux indices fournis par la partie du texte qui nous est parvenue.
Mais ces remarques ot ces présomptions générales ne suffiraient pas à justifier nos conjectures, si nous n'y ajoutions, ligne par ligne, les prouves que peuvent nous fournir soit des monuments analogues, soit d'autres témoignages de l'antiquité.
Pour l'avouer tout d'abord, le nom môme de l'auteur de la dédicace demeure inconnu, à moins qu'un heuroux hasard ne permette quelquo restitution certaine des premières lettres dont il se composait. On sait seulement à quelle classe de noms éminomment grecs il appartenait1, et tout indique,
1 Voir Pape, Griech. Eigtnnamm, p. 10 de la première édition. Le nom
dans l'inscription, un personnage de la bonne société, un Grec jaloux d'écrire correctement sa langue ; son nom ne peut donc être un de ces noms latins grécisés comme TprpwÂ- -koç^Tranquillus \ rO^\\zç=:HomuUus \ Yi\xik\s~Gemellus \ que Ton trouve dans l'histoire et sur des monuments d'une moindre antiquité.
Le mot àvÉ[0r(xa] est trop commun dans les formules de dédicace « pour avoir besoin d'être ici spécialement justifié. Dans uroXaSAv (je pourrais lire aussi ùréXa6sv*;àp i \kz-£> OîoO xaxû; GiaxeïoGai, ce dernier verbe a le sens du passif de ciorc- Oévat, mettre en un certain état, a/pcere, comme dans l'exemple suivant qui est de Thucydide : iW opiïe 2tj rf>; 3tix£'.ix»i bris rq; vcacu », et qui rappelle une autre locution également classique : eu ou y.axw; rir/eiv fcô tivs;.
Ce qui d'ailleurs ajoute à la vraisemblance de notre restitution, c'est que l'on trouve assez fréquemment ivaxet$8ai employé comme synonyme du parfait passif avariOr^i, en parlant d'objets consacrés ou déposés dans un temple ou dans un lieu profane e.
Quant à la croyance même qu'atteste cette locution xaxwç dtaxsicGat Oxb -su OecD, elle est encore démontrée par les mots
Àpt<m>XXGç se lit dans une inscription attiqne de noire Musée du Louvre {Corpus, n° 169), qui est antérieure à l'arcbontat d'Euclide. > Suidas, au mot T?a-pw».; {Suetonius Tranquillm, le célèbre historien).
* Corpus inscr. grœc, n° 519, inscr. d'Athènes.
» Inscription xxxvi du colosse de Memuon (n* 361 du Recueil de Leironne; nu 4708 du Corpus inscr. grœc).
4 En voici un seul exemple, dans une dédicace à Esculape et à Hygie :
Tt/» wai&cv (1. ::x'.iïiM) Tfiy.a ÀoxXy.inw xa[i] fyûa iù/i.; ivi-
fatt».... Le Bas, Voyage arch , partie h, n°»2080. Cf. Corpus, n° 2391, 2393, 5996, GOOt.
* VII, 77. Cf. les exemples réunis dans le Thésaurus d'il. Etienne, au mot Aiôxtijxat.
« Thucydide, III, H4 : Tà vûv àvaxûfAiva (cxûXa) h roî; irruectç ufKÎj. Cf. VII, 71
SUR VXK IN&CBIPTION ttRKCQUK. 40a
grecs comme OeéXTjuroç, possédé <T un dieu ; wjj^dXiQrtoç, possédé par les nymphes, c'est-à-dire d'un délire que les nymphes ont envoyé; fciSiÀvjrroç, possédé d'Apollon. Que si ces mots etles mots de composition semblable peuvent s'entendre à la rigueur en bonne part, il n'en est pas de môme de OsafX*^; et de ses dérivés, où se montre nettement la maligne inT fluence d'un dieu offensé soit par la négligence , soit par quelque acte coupable d'un mortel1. On a précisément dans Hérodote un exemple de ce dernier genre de vengeance : c'est la maladie féminine que Vénus Urania envoya aux Scythes, pour les punir d'avoir pillé uu de ses temples a.
A la . fin de la troisième ligne, on distingue doux traits, qui peuvent être aussi bien le reste d'un P que d'un E. On pourrait donc lire ou r.iz\ vacv, les songes thérapeutiques ayant quelquefois lieu dans l'enceinte extérieure du temple * ; ou ^cOev, les songes de notre personnage ayant précédé son offrande 4 ; ou, enfin, r^Osîsiv, ces songes ayant dû lui être envoyés, soit directement, soit indirectement, par quelqu'un de ces prophètes reclus, y.2Toxct, èv xaToy;?) ou ïyuhv/oi., dont la singulière condition nous a enfin été exptiquée,%presque révélée par les papyrus grecs provenant du Sérapéum de
« Hérodote, I, 127; VIII, 137.
1 Hérodole, I, 105 : Kaî roïot tgùtcw xtti ùtfcv&iot iixwr^x % 6tb; fttîXiîav vcvmov, w<tt* «W Xifcutt ~* et ïxûôai &ià tcûto oçia; vootew »ai Tcxp' itouTctat tvj; àmxvtCfMvcuç i; ttjv 2xvfi«r,v x»?T» »î ^flottarat, Tcù; xxXiûai Êvapsot? ci 2*0Ô3U.
» Aristophane, Plutus, v. C59 et suiv , surtout v. 729 (ilr&Trr* eu» $ûo ^poxi-rr* t* Tiû viw), où l'on voit que ce dieu ne se révélait pas dans son sanctuaire même, mais dans le ripivo;, auprès des autels ou fi aussi ce qu'atteste formellement un passage d'Aristide, Disc. XXIV, p. 486, qui sera cité plus bas. On peut conjecturer que des scènes analogues se retrouvaient dans les pièces d'Anliphane et de Philétérus (Moyenne Comédie), qui toutes deux avaient pour titre : ÀoxXnmo;.
* Aristide, ixxui, p. 458 : Ta wpooto &vîîp«Ttt. Cf. p. 469, 474, et ixrir, p. 546.
m XVII. OBSERVATIONS
Memphis La dernière de ces trois restitutions nous paraît la moins probable, parce qu'elle dépasse un peu le nombre des lettres où se renferment, dans notre texte, les restitutions correspondantes. Mais le mot cvstpctç, ou l'un de ses équivalents, èvstpactv, iwrvisic, nous parait mis presquo hors de douto par les rapprochements qui précèdent et par los exemples qu'on y pourrait ajouter de cet usage depuis si longtemps consacré dans les temples d Esculape et de Sérapis*.
Nous possédons encore la rédaction plus ou moins complète de quelques-uns de ces songes, soi disant écrits sous la dictée de Dieu par le Grec Ptoléinœus, contemporain du roi Philométor5. Par ce côté donc, l'inscription du Sérapéum, ainsi restituée, se trouve en parfait accord avec des documents authentiques qui proviennent du môme lieu : le temps et les lieux coïncident d'une manière frappante. Mais si, à propos d'Aristide, on s'étonnait de nous voir invoquer un auteur plus récent de quatre siècles que le monument en question, nous pourrions ici encore montrer la perpétuité des usages religieux et médicaux dont nous parlons dans les temples d'Esculape. En effet, ce que faisait Ptolémeeus au tomps de Philoméior, sous la dictée du Sérapi9 égyptien, Aristide atteste que l'Esculape de Smyrne lui recommandait de le faire fc. Ainsi la dislance des siècles n'est pas une ob-
1 Reuvens, Lettres à M» Lelronne, III, p. 103: Brunei de Presle, Mémoire sur le Sérapéum de Memphis, p. 15, 26, 28 Cf. Corpus inscr. gr., n°G0O0, où l'on voit figurer les Upotpw-oi d'un temple de Sérapis, en Italie.
* Cicéron, De divin. % II, 59. Cf. A Maury, dans la Revue de ihilologie, I, p 430, et dans la Revue archéologique, VI, p. 114; VII, p. 257.
3 Papyrus n° 72, de Leyde, cité par Reuvens, Lettres, 111, p. 103:
À. luïov irtpù (pour rctst) ni; (ou tt.v) iwirvia. Aristide, xxiv, p. 499 :
Kxi S\k iravrb; tcû wpcû jcxtxxXî«i;, iv OiîxîOpw ti xxt Ôrccu tû/.ci, xxi cù^ f,xi9Tx Si if Tri èîw tcû ûw1 xùrr.v virt* Upàv Xx|A-ao«.
4 XXIV, p. 46 "3 : E'i^ù; ii ipx^î »pw5*W 6 ôto; X7r&*ypxçnv rà cviipatra,
%<Ù TOUT fa TÛV ITTlTX'J'jXXTtaV TCpÛTCV, È"fti» $t TMV Jiiv ôvtipflÎTOIV, TRV XÎTt)- ■JpXtpW IKOlCÛjiTIV, 67TOTe {AT $l>vat{J.ffV XÙTÛX,Upîa, OWXfGpfcÛttV.
jection contre les rapprochements qui précèdent, ni contre ceux qui vont suivre, car notre inscription témoigne de pratiques et de croyances qui se conservèrent à peu près les mêmes jusque sous l'empire ; et celte inscription, par conséquent, ne peut avoir de meilleur commentaire que les Discours sacrés du rhétour Aristide, discours tout remplis de ses confidences, du récit de ses visions, de ses voyages, de ses offrandes au dieu grec Asclépius , que le rhéteur confond souvent, comme faisait la croyance populaire, avec le dieu égyptien Sérapis1.
Le môme Aristide, qui (c'est le lieu de s'en souvenir ici) avait longtemps voyagé en Egypte, constate, et en général et par son propre exemple, l'usage d'attester les bienfaits du dieu sauveur non-seulement par des paroles, mais par des offrandes plus durables1 ; enfin il nous laisse voir ailleurs que les oracles d Esculape n'étaient pas toujours clairs, et qu'il en fallait trop souvent deviner le sens sous les mots \ Vers le même temps, Marc-Aurèle remercie les dieux de ne lui avoir jamais donné que de clairs avertissements pour la conduite de sa vie et pour la guérison des maladies dont il était atteint4. Ces avertissements des dieux étaient donc souvent obscurs, et le suppliant qui s'adressait à eux était plus d'uue fois obligé de renouveler ses questions et ses prières. Cela nous explique assez bien comment notre Grec du Sérapéum, étant demeuré malade après une première consultation, avait pu attribuer à la colère du dieu, même du dieu de la méde-
1 Voir surtout Disc. XXV, p. 500, Asclépius et Sérapis rapprochés comme deux divinités toutes semblables; XXVI, p. 530 et 545.
3 Disc. VI, p. 66 : O» u.èv xït© stouxto; '-irtuol opâÇovTt;, d $k h r.î; àvaôrîuxmv «Çyrpwaivv.. Cf. XXVI, p. 514, 515, où il décrit une de'ses offrandes et transcrit les quatre vers qu'il y arail joints.
8 XXIII, p. 446 : Mitx tcoto f*a^ •jiperxi, fy/.v u.i'v riva, faiy.v } r;cO, w fttVrv. ..w?t; y à~svcix;. Cf. p. 447, initia.
1 Pensées, 1, c. 17 : Èvxp^à; **i îtoXXxxi;.
K)8 XVll. OBSERVATIONS
cine, un mal peut-être imaginaire, ainsi que semblent souvent l'être ceux d'jElius Aristide; cela explique l'idée de sa pieuse offrande. La conscience de notre voyageur, une fois allégée, ne pouvait manquer d'agir utilement sur l'état de son corps. C'est ainsi que, dans une inscription athénienne, nous voyons un certain Archédémus, natif de Phères, atteint d'un délire qu'il attribue aux nymphes, dédier à ces divinités un antre ou sanctuaire souterrain *. Ni Vénus, ni Phébus, n'étaient par eux-mêmes des dieux méchants; Asclépius, qu'on a plus tard identifié avec Sérapis, Asclépius. le fils d'Apollon et l'élève du centaure Chiron, était spécialement le dieu secourable aux malades. Mais toutes ces divinités, même les plus bienfaisantes, pouvaient affliger de quelque plaie le mortel qui les avait offensées ; puis, quand on avait justement apaisé leur colère, elles réparaient à leur tour le mal dont elles avaient été cause. C'est ainsi qu'Apollon nous apparaît tour à tour comme le dieu qui afflige les mortels de certains fléaux et comme le dieu qui les en défend ou qui les en guérit ».
Telle était, à l'égard de plusieurs divinités, la croyance générale des anciens. La foi populaire s'égarait en cela jusqu'à des fables encore moins dignes de la majesté divine. En ce qui concerne Esculape, Pindaro nous raconte, et Tertullien rappelle avec une mordante ironie, que ce dieu protecteur et réparateur de la santé osa un jour, séduit par le vil appât du gain, ramener un homme de la mort à la vie, de
1 Corpus irucr. grœc n° 456 : Àpytônp.t; ô «lupaïsç 6 vuuçoXr.îr-o; «jjpa&ûai vuw/ptiv tb âvtpcv iÇtppwftTO (sic). Le n° 45& est une inscription constatant la dédicace d'une maison et d'un jardin à Asclépius, eu vertu d'un oracle.
« Voir, par exemple, le rôle d'Apollon dans le premier livre de V Iliade. Cf. de Witle, l'Expiation d'Oreste (1830, p. 16, extrait des Annales de V Institut archéologique); id., Élite des monuments céramographiques t. II. p. 10.
quoi Jupiter le punit en le foudroyant1. On s'explique ainsi tant d'offrandes qui ont pour objet de prévenir ou d'apaiser la colère dos dieux païens, en particulier celle d'Esculape, et cela nous ramène aux derniers mots de notre dédicace grecque et à la partie de notre restitution qui nous semble la mieux assurée.
Les mots qui nous restent à justifier, rjyvx r.z;S aOtcO, forment une seule locution dont les deux parties se tiennent étroitement entre elles. Or, le verbe rjYyivsiv m'était naturellement suggéré par le génitif 'xfizixz , et je retrouve la môme locution, entre autres exemples, dans une inscription at tique récemment publiée par l'éditeur de Y Ephêméride archéologique (V Athènes* : K^j]pu; 2jxap«v3sj;jJ isjx ? — tj/mv irpûxz AsVLç'.v{(|) 'ArdXXwvtj. L'inscription est de basse époque, mais la formule en est d'ailleurs correcte. Maintenant, les mots -zjp' xjtsy sont aussi faciles à justifier par plusieurs exemples d'Aristide, qui a ici la double autorité d'un atticiste et d'un témoin fidèle des diverses superstitions relatives à Sérapis ».
A ce propos, on remarquera que l'idée de santé, byda, si naturellement unie à celle delà divinité bienfaitrice, en devenait volontiers l'attribut quand cette divinité était du sexe féminin, comme dans la célèbre inscription du monument élevé à Athenê Hygie par les Athéniens, sous le gouverne -
1 Pindare, Pyth , III, 47 et suiv , ed.Boeckh.Tertullien, Apolog , c. xiv : « Est et il le de lyricis (Pindaruro dico) qui £sculapium canit avarili» merilo, qua mediciuam nocenterexercebat (l'aoleur parait écrire ici d'âpre» un souvenir inexact de la légende rapportée par Pindare), fulmine vindicaluro. Malus Jupiter, si fulmen illius est, irapius in nepotem, invidu» in artificem. u
• No 2749
8 XIII, p. 413: rkXXixi; to 9?»*p ?gùt3 <twi6jueto iî; rb -n>x*« fXfy^v irxp* Toû toS. Cf. XXIV, p. 487, et XXIII, p. 463 : reve^vr,; ir*?« toû ÔtoD 3cu6«x;. Ce dernier mot se retrouve, avec le même sens, cher Marc-Aurèle, Pensées, I, 7.
ment de Périclès1. Mais si la divinité à laquelle s'adressait l'hommage reconnaissant du malade guéri par el'e était du sexe masculin, comme AscKpius ou Esculape, l'idée de santé devait s'y adjoindre plus volontiers sous la forme d'une divinité distincte, d'une divinité irâpsîpsç et cvwawç, et c'est ainsi que tant de monuments, dès une époque assez ancienne, nous offrent la déesse 'V-ps'Ia 1 associée au dieu 'AsxAYjrtéç, ou bien à Hzita:, comme le serait son épouse ou sa fille, comme Test son fils TeXîcçéss; s, dont le nom semble rappeler aussi Y accomplissement d'une promesse, l'effet d'une cure médicale. L'inscription du Sérapéum nous offre l'idée de santé sous une forme plus abstraite, et c'est la peut-être un indice de plus en faveur de la date reculée à laquelle nous reportons ce monument.
Quoi qu'il on soit de cette conjecture, l'inscription ramenée, autant que je l'ai pu, à un état voisin de son intégrité primitive, il faut on spécifier plus exactement le caractère ; on se demandera ensuite ce qu'était lo don offert par notre Grec au dieu Sérapis, comment cette offrande pouvait être ainsi placée dans une chapelle, hors du temple principal.
Il y a bien des genres d'hommages aux dieux sur les monuments épigraphiques*. Pour nous borner à ceux qui seuls
1 Le Bas, Voyage arch. en Grèce et en Asie Mineure , Inscriptions , pl. vin ; Rangabé, Anliq. helléniques, n° 43, t. I, p. 36.
» Corpus inscr. grœc, n» 510, 2038, 2046, 2390 et soif, 2428, 2429, etc.; Orelli, Inscr. lat., n«* 1237, 1576, 1580, 1581, etc. ; Le Bat. Voyage, etc., II, n«» 2080, 2083.
» Aristide, Oise. XXV. p. 494; Pausanias, U, n, §7 : Tfcv Eùajupievac
lAofouai. (Cf. Eschyle, Chœph., v, 541 : Eu^^xt Tcûvupov ttvat tcût e'acî TiXi<jçopc>). Corpus inscr. grac, n» 511, inscription athénienne fort mutilée, qui contenait trois hymnes : un a Ascléplus, un autre a llygia, le troisième a Télesphorus.
» Voir, en général, sur ee sujet, le lirre de Tomasini, De donériii or
SUR UNE INSC11PTION GBECQl'li. 4H
nous intéressent en ce moment, les inscriptions votives jusqu'ici connues peuvent se ramener à deux classes principales. Les unes contiennent des vœux adressas à quelque dieu protecteur, soit par un malade, soit par une personne bien portante, mais qui prie le dieu pour le salut de quelque aulre personne aimée; les dédicaces de ce genre sont surtout caractérisées , en grec, par le verbe evxc!*ai et lo substantif eûxV- La seconde classe contient les remercîments ou les hommages de reconnaissance offerts au dieu par celui qu'il a sauvé du péril : ce sont les /acr^put ou ùyjxp.z-àip.a. *. Quelquefois aussi le composé i:t33rcô/scôat se trouve, même au temps du plus pur atticisme, avec lo sens do remerctment pour un bienfait accompli 3. Au milieu de ces monuments et de ces usages divers, notre inscription semble offrir un caractère tout nouveau ; elle renferme comme un second appel à l'intervention salutaire du dieu, jusque-là invoqué sans effet ; et nous nous défierions de cette apparente nou-* veauté, si le rhéteur Aristido ne nous fournissait fort à propos tant de précieux témoignages pour la justifier. Quand on voit, dans les discours du rhéteur do Smyrne *, à combien de mécomptes et de méprises étaient sujets les malades qui venaient consulter Esculape ; combien, dans ces espèces dhô-
UAuUs votivis (Utini, 1639, 4), surtout le chap. xxxiu : Vota pro œgrotantium salule.
» Exemples dans le Corpus, n°» 497 , 503 , 504 , 506 , 512, 20:>8, 2040, 2303, 2429 b, 4684 c. Le Bas, Voyage archéol., pl. des Inscr., n° xiu; Inscr , partie II, n° 2080.
» Corpus, n" 495, 408, 2429. Voir surtout, n° 5080, les quatre guérisons miraculeuses opérées, sous le règne d'Aotonin, par Esculape, dans son temple de l'Ile du Tibre.
9 Aristophane, ïlutus , 841, 958. Cf. Dipbile, dans Athénée, VU, p. SOI, F : ÀTrcOûit n; iù^*, et «tans le Corpus, n° 5794: È*rtXi>v tù^v Ury.
* Voir, entre beaucoup d'autres exemples, Disc. XXIII, p. 458 et suit, , surtout p. 463, une espèce de dialogue entre ArisUde et le dieu.
pitaux religieux1, se multipliaient, outre les erreurs involontaires et innocentes, les occasions de spéculer sur la crédule générosité des visiteurs, alors on trouve moins étrange ce fait d'un second appel à l'intervention bienfaisante du dieu. Par un effet du hasard, la pierre du Sémpéum est jusqu'ici le seul exemple que les monuments nous offrent en ce genre ; mais dût-il rester toujours unique pour nous, cet exemple en suppose, je dirais presque en démontre, beaucoup d'autres.
Maintenant, qu'est-ce que le >.yy;/imsv dédié par notre Grec au dieu de la santé? Le mot Xj/va-t-cv paraît ici pour la première fois ; mais il vient se ranger naturellement dans une série de composés analogues où sa place était, pour ainsi dire, marquée d'avance. En effet, le mot Xu/va^îi, désignant l'action à laquelle servait l'instrument appelé Xjyvirttcv, se lisait déjà dans un poète do l'Ancienne Comédie, Céphisodore, auquel Athénée l'emprunte comme synonyme de AjyvcxxjTta *. D'un autre côté , le mot Auy.vjbrrr,;, allumeur de lampes, est donné par Hésychius comme synonyme de SacsO/o;, ce qui indique un usage sacré, et en effet une inscription athénienne du temps de l'empire nous offre une femme attachée, avec le titre de XjyviTrrp'.a xa\ cvr.p5y.ffa; « allumeuse des lampes sacrées et devineresse de songes, » à un temple de Vénus, dont elle fait réparer à ses frais quelques parties3. On sait d'ailleurs que c'était un usage assez commun de consacrer des lampes dans les temples, particulièrement dans les temples
> Voir A. Gauthier, Rech. sur r exercice de la médecine dans les temples, chez les peuples de l'antiquité (Paris et Lyon, 1844), ouvrage d'une érudition superficielle, mais pourtant utile a consulter sur celto question.
» XV, p. 701, A. Cf. Tollux. Onomast., VII, 178; X, 115, où le mot est expliqué par ^j-^voxaiia.
5 Corpus, n° 481, monument qui est aujourd'hui au Musée britannique. Cf. n° 523, où l'on voit qu unc Vénus égyptienne était aussi adorée dans Athènes ; ce qui établit un rapport de plus entre le monument athénien et la pierre du Sérapéum