SLR LUE INSCRIPTION GRECQUE. H
d'Esculape l. Si donc notre Xj/vircriov n'était pas un objet de luxe et de pur ornement, comme tant d'autres objets semblables énumérés dans les inventaires des temples2, ce que d'ailleurs la beauté de l'inscription laisse volontiers croire, cet instrument était destiné sans doute aux Âu/vjfera» grecs de Sérapis, qui allumaient les lampes du Sérapéum. Mais l'inscription a dû être placée tout près de l'instrument offert au dieu, sous la niche où peut-être il était encadré, et alors comment se retrouve-t-elle parmi les débris d'un édifice ornant le dromos qui conduisait au temple ? Le secourabie Aristide, qui est vraiment notre cxégète ou cicérone pour les antiquités de Sérapis, avec lequel il vécut en si pieuse intelligence, Aristide nous fournira encore la clef de celte énigme. Au début même de son premier JJiscours sacré, racontant un de ces songes bizarres où il cherchait à deviner les indices d'un traitement utile à sa pauvre sauté, il se représente dans le vestibule d'un temple d'Asclépius; il y conversait, dit-il, avec un de ses amis, lorsqu'il aperçoit un des serviteurs du dieu, à qui il demande où est le prôtro, et le serviteur répond « qu'il est derrière le temple^ occupé auprès des lampes sa- ■ crées ; que le gardien du temple emporte avec lui les clefs et que le temple est en ce moment fermé ; toutefois il restait à la porte une petite ouverture qui donnait sur l'intérieur 3....*>
i Le Bas, Voyage archéol., pl. xui des Inscriptions : M. Èsiw.s;
fcppcXac; ii-s? Épivvîx; ÀXxf ; rr,; ftrjaTpb; iùjrr,v Àtto'XXuvi toc; Xuyviz; oùv
tcï; Xii/v'.tç. Corpus, n° 5997 : Ait ftxîw p.qa>.« 2af âsiîi to xptini-
î«iov, Xafirâ^a àpppâ» «cXûXyxviv, etc. Rangabé, Antiq. hellèn.,
n° 808 : ÀaxXawiû» Xvy [vo;] , dans une inscription d Orchomène. Cf. les Lucemœ petites de Passer^ I, lab. 33 et 98, où la formule de dédicace est inscrite sur la lampe même.
* Voir, par exemple, Rangabé, Antiq. hellèn., n 1 837 et 863.
3 XXXIII, p. 447 : 6 Si t<fr< d;o«i<j8* Tt.0 vîci (remarquez la force de ildans (^onto6t , qui seule suffirait à résoudre la question) * xxt -yap tïvou iwpi X»xvou; i&n toù; uatoc* r*c #i £yi xXiï; àv*xcu,tÇuv tov vtwxdpov
f i ; XVII. OBSERVATIONS
Or, que voit Aristide dans l'intérieur? Non point le prêtre, mais une statue rajeunie du dieu. Le prêtre en question n'était donc pas dans une arrière-partie du temple, mais bien derrière et en dehors, et là aussi se trouvaient des lampes sacrées, ce qui n'empêcho pas qu'il y en eût aussi dans l'intérieur, comme l'atteste Aristophane pour YA&cUpieum d'Athènes*. Bien plus, un autre texte d'Aristide nous parle de songes obtenus par des malades sur la route du temple et près de la lampe sacrée s. Or, si dans Y Asclepiéum de Smyrne on voyait ainsi des lampes sacrées autour et en dehors du temple, les alentours du Sérapéum grec à Memphis ont pu être ornés de semblables offrandes , et le lieu où M. Mariette a trouvé la pierre en question, c'est-à-dire une chapelle située sur la route du temple, n'a plus rien qui doive nous surprendre.
On sait d'ailleurs, ce qui n'est pas inutile à constater ici, que les anciens, et les Egyptiens en particulier, ont connu comme nous l'usage des illuminations, et que dans leurs édifices religieux, comme au dehors de ces édifices, les lampes pouvaient servir à cet usage \
Il s'agit donc ici bien évidemment d'un objet consacré non pas au simple éclairage de l'édifice, mais à quelque usage religieux.
Cela posé, si l'on cherche à déterminer la nature et l'usage de l'instrument appelé Xuxvfciov, deux conjectures se présentent :
1° Ou bien X'allumoir en question servait à allumer les
tfat&» t» riva Xtîiucfot xjù ~.k i%£cv ipâcéai. « Plutus, t. 008.
» Disc XXIV, p 486, cilé plus haut, p 400. n. 3.
3 IléroUoie, II. 0*2; Lucilius ap.Nooiuni, De indiscr. gen., § 96, s. f. Fwrus ; Macrobe, Saturn , I, 7 ; PluUrquo, Citer., îi. Cf. Reliq. lot. serm.; ». 335 (dans les décrels connus sous le nom de Cenotophia Pisana).
lampes sacrées. C'était quelque manche ou support de luxe, auquel s'adaptait la mèche, appelée XaixiriBiov ou Xeirrbv xir)ptcvdans le lexique d'Hésychius1, et peut-être bpu«XX{; dans une scholie, d'ailleurs assez obscure, sur les Nuées d'Aristophane 1 ; c'était peut-être aussi quelque petite lampe en métal précieux, Gxée à l'extrémité d'un manche qui permit de s'en servir comme d'un allumoir.
2° Ou bien le Xu/vaimov était le support commun de plusieurs lampes que les ûdèles allumaient dans une intention pieuse, comme nous voyons encore brûler des cierges dans nos églises. Cette supposition s'accorde encore mieux avec l'idée d'une offrande de grand prix, telle que semble l'indiquer l'inscription du dromos de Sérapis. Une fort belle pièce de bronze, qui du musée de Clot-Bey a récemment passé dans la collection du Louvre, se compose d'une colonnette à trois pieds, terminée par le haut en forme de cuvette ou de vasque, et d'une lampe à deux becs, dont le corps s'adapte justement à cette cavité. Voilà un ensemble auquel convient passablement l'idée que nous pouvons nous faire du Xir/viimsv <je Memphis. Que si nous croyons devoir agrandir encore par la pensée l'instrument offert au dieu Sérapis, rien n'empêche de se représenter, à l'extrémité de la colonne de bronze, une cuvette à plusieurs compartiments ou plusieurs cuvettes supportées par autant de branches différentes, où viendraient
1 Uésychius, s. v. Axuirxîwv, glose dont la fin est corrompue, mais peut être rétablie à l'aide de Platon, Rtputi , 1, inUio, et de Philon le Juif, 1. 1, p. 350 Cf Poilux, 1, 254.
* Vers 768 (700) : Karaoxiûxap.» »<mv 0*Xou?pox«i£t;, ïi;Tii>To tixvxgMy, 3icip tXoûfa) xp^vxe; «ai xXt<» ôipjixiwri; -po«x*|VJ<n dpoxXXiox xx't «ktgor. Suit une fausse explication du texte. Aristophane suppose qu'en dirigeant de loin sur les tablettes du juge la chaleur concentrée par une lentille, on fondra la cire de ces tablettes et on effacera ainsi le texte d'une accusation. La même propriété des lentilles est attestée par Pline, UUt. nat., XXXVII, 2, et par Lactance, De opi/lcio Dei, c. 10.
s'adapter autant de lampes. On aurait ainsi sous les yeux un candélabre à lampes% comme on connaissait déjà des candélabre* à cierges, désignés en latin par le mot cwiolare *. L'autorité des monuments ne manque pas non plus à celte conjecture 2. L'offrande serait ainsi plus digne de la générosité du donateur et répondrait plus exactement encore à l'usage pieux que nous avons supposé.
C'est là du reste une question sur laquelle le dernier mot appartient aux antiquaires plutôt qu'aux philologues. J'ajouterai que ce n'est pas la seule question que. sur ce sujet, la philologie puisse soumettre à la science des antiquaires.
En archéologie, comme en histoire naturelle, il est souvent bien difficile de fixer avec précision le sens des termes techniques employés par les auteurs anciens, quand ces termes ne sont pas accompagnés d'une description ou d'une définition exacte de l'objet indiqué. Cela doit surtout arriver à propos des termes qui sont d'un emploi rare, et pour lesquels on n'a pas même la ressource de comparer entre eux divers exemples. Pour citer quelques faits à l'appui de celte observation générale, et pour les choisir voisins de ceux mômes que nous venons de discuter, quand on rencontre dans YOnomaslicon de Pollux 3 las expressions Xûyvo; otjjiuçoç et X6/vo; xpfvwÇoç, « lanterne à deux, à trois mèches, » on applique facilement et volontiers ces locutions aux nombreuses lampes soit en bronze, soit en terre cuite, qui, outre l'ouverture centrale par où on y versait de l'huile, offrent deux ou trois ouvertures latérales, également destinées à recevoir autant de mèches plongeant toutes par leur extrémité inférieure dans
1 Orelli, Inscr. lai., nû» 2505 sq ,2515, 4068. Cf. Milliogen, Vases grecs.
pl XXXVI.
* Antich. di Krcolano, Lucerne, Tav. lxiv ; Museo liorb., vol. VU, Tav. xxx; K. 0. Mûller, Denkmàfer derallen Kunst, t. II, Taf. xu, n°504; exemples dont je dois l'indication à l'obligeance de M. de Witte.
» II, 72; fï, 103; X, 115
le môme bassin. Les recueils d'antiquités offrent même des corps de lampes percés d'un plus grand nombre de becs Mais on s'explique moins ce que pouvaient être les lucernœ bilychnes, mentionnées dans un document latin provenant de Pétilia en Calabre *. Étaient ce des lampes à deux becs comme le Xuyvo; 5îjxv;o;, ou n'étaient-ce pas plutôt des lampes à deux compartiments ou des espèces de candélabres supportant chacun deux lampes? Pour ma part, je n'oserais rien décider sur ce sujet. Un autre terme de ce genre, èosXtcxcAOyvtov, aussi mentionné par Pollux devrait désigner une petite lampe fixée au bout d une tige de métal. Mais Athénée, qui trouvait ce mot dans l'historien Théopompe, conjecture qu'il signifie la même chose que lo ÇuàoXuxvsjxgç, relevé par lui dans le poète Alexis *. Voilà donc les anciens déjà incertains sur le sens du premier de ces deux mots, de tous les deux peutêtre. D'ailleurs la synonymie que propose Athénée ne paraît guère admissible : il y a dans l'instrument désigné par le second mot une partie en bois que rien ne fait supposer dans la composition de lWAicxoX6yv».ov. La forme du (juXoXoyvouyoç rappelle les mots :
?t|ÀsyX0(î> <ïui suppose ti^t).
GXYj7r;&0xo<;, — cx'/jirrpov (avec suppression du p) .
» Lucernœ fictiles Musei Passera, II, lab. 82 (lampe à trois bec») ; lab. 50. (lampe à quatre becs) ; III, tab. 79 (lampe a sept becs), etc.
" Orelli, fnscr. lat., n° 3678 ; plus correct dans Mommsen, Inscr. rtgni neapol., n» 79.
> Onomasticon, VII, 103.
* Dipnosoph.y XV, p. 700 : E-jXcXuxvcûx'o ^ {iip.vr.Tai AXtÇi;, %%\ râ/.a Ttiru oaftiov <<jti to ir*fà 0eoiTS{A-w è&Xiox.sXûxvicv.
Elle rappelle surtout par sa forme et par l'analogie des idées :
Zxl'Js/zz, qui suppose txz—lxliz,.
I» fy\ow/y&/jsq devait donc être le support d'un bjk6\uyw ou ÇuX&uyvs;.
Mais ce dernier mot ne s'est trouvé jusqu'ici que sous forme latine, dans une inscription où la leçon est douteuse et dont l'authenticité n'est pas bien établie1. Assurément les documents latins suffisent à faire foi des mots qu'ils nous ont seuls conservés ; ils ont fourni déjà et ils fourniront encore de précieux suppléments aux lexiques de la langue grecque. Par exemple, le mot zothecn (espèce de niche, £ii>0Yjy.r() semblera de bon aloi à tous les hellénistes, bien qu'on ne le trouve que dans Plino le Jeune 1 et dans quelques inscriptions latines \ De môme, un assez grand nombre de noms propres grecs ne nous sont connus jusqu'à présent que par des transcriptions latines. Mais ici nous manquons même de ces autorités indirectes, et nous sommes réduits à rétablir, sur de simples analogies, le mot zS/Shs/yz; dans la série des composés où entre le mot Xûyvo:. Userait donc trop hasardeux d'en vouloir déterminer le sens avec précision.
On voit par ces exemples combien de recherches restent encore à faire sur cette partie de l'histoire de l'industrie an-
1 Orelli, n° 2512 : Plisthenes Leophronis ctrycibus \ tt pop. prœsêntipu* (sic) ante porticvm | xytolychnum (xylolychnucon dans les deux éditions d'Anlonini) Proserpinœ. — Cf. Mommsen, inscr. rtgni neapol. spwriœ, n° isi et p. il, 15. — Le mot lychnuchus, connu d'ailleurs par Ammonius, s. v. Xu/vcjy/.;, et par Pollux, Onomast., vi, 103, etc., se trouve dans l'inscription n° 2511 du Recueil d Orelli.
» Epist. ii, 17, § 21. Cf. v, § 26, où Pline en dérive le diminutif Zo- Ihecula .
5 Orelli, Inscr. lot., n«» 1368, 2006, 3889.
tienne, et combien dételles recherches sont délicates. Ce sera notre excuse si nous n'avons pas pu fixer plus sûrement la signiûcation du mot nouveau que l'inscription du Sérapéum ajoute à nos lexiques. Mais, d'un autre côté, sans engager la critique par des assertions téméraires, nous avons cru qu'il était opportun en cette occasion, comme il est utile en général, d attirer sur ce sujet la curiosité des savants en nous empressant do leur soumettre, avec le texte d'un document inédit, les conjectures qu'il avait pu nous suggérer.
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