‹ Mémoires d'histoire ancienne et de philologieChapitre 7 sur 102 · M. A.-J. LETRONNE · texte numérisé non relu

M. A.-J. LETRONNE

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Messieurs, depuis noire dernière réunion, un grand deuil est venu affliger le monde savant, la France, l' Université. Le premier critique de ce temps, M. Letrorme, est mort, emporté par une courte maladio, à un ùge qui, pour tout autre, eût été le déchu de la vie, et qui, chez lui, rappelait encore la jeunesse par la verdeur obstinée du corps et de l'esprit. L'un de ses disciples, disciple tardif mais plein d'ardeur, l'un de

1 Le mercredi '20 décembre 1848, eu reprenant, quelques jours après la morl de M. Letronne, le cours de mes leçons sur l'histoire de la littérature grecque, je crus devoir consacrer celte séance au souvenir du savant illustre que la Frauce venait de perdre. Le Journal général de l'Instruction publique du 30 décembre reproduisit la plus grande partie de ce discours. Je n y ai fait ici qu'un très-petit nombre de changements et d'additions. On peut aujourd'hui consulter, pour plus de détails sur notre célèbre critique : 1° la Notice hisluriquc de M. Walckenaer, lue daos la séance publique de l'Académie des Inscriptions du 10 août 1850, réimprimée récemment en téte des Mélanges d'érudition et de critique historique de A.-J. Letronne, par la librairie E. Ducrocq; l2° la Notice de M. A. Maury, en tête des Mémoires et documents publias dans la Hevue archéologique par A.-J. Lett onne, et les deux articles du même auteur dans le Moniteur du 4 et du 5 mai 1855 ; 5° le recueil intitulé : Notices sur A.-J. Jjetronne et discours prononcé à ses funérailles, Paris, Leleux, 18 i9. in-8; 4° l'article Letronne, par M. F. Dehéque, dans l'Encyclopédie des gens du monde; 5° l'article Letronne, par M. Barthélémy Saint -Uilaire dans la Biograpbie universelle de Michaud.

ceux qu'il encourageait de sa bienveillance, qu'il soutenait et dirigeait par la salutaire sévérité de ses conseils, je ne puis me résoudre à continuer ici avec vous nos communes éludes sans rendre à cet homme illustre un hommage public de reconnaissance. Je voudrais essayer de faire revivre sous vos veux, en quelques traits, la vive originalité de son talent : aussi bien, peindre et définir un si éminent esprit, c'est la plus digne manière de le louer.

Si je pouvais vous raconter aujourd'hui l'histoire de son enfance cl do sa première jeunesse, elle aurait, je vous assure, un merveilleux à-propos dans ces jours d'enthousiasme réformateur, où nous avons tous hâte de réaliser pour les plus pelils lo droit de grandir vite, malgré les obstacles que peut leur opposer la société, pourvu que Dieu les ait doués de facultés brillantes. On verrait qu'une grande capacité triomphe toujours de ces conditions défavorables où tant d'esprits chagrins ne voient qu'une sorte de condamnation fatale et sans appel

M. Letronue est né loin, bien loin des chaires de grec et d'archéologie, daus une position très-humble, et qui le devint plus encore par la mort prématurée de son père. Il débuta donc dans la vie par toutes les gènes de la pauvreté, avec deux consolations toutefois, et doux consolations puissantes : l'amour d'une mère tendre et dévouée, qui a eu la douleur de lui survivre, et son génie, qui lui valut promptement l'appui de quelques savants protecteurs avec leur amitié. En même temps qu'il donnait des leçons d'écriture et de dessin pour gagner sa vie, il compilait des livres d'histoire et de géographie, soit pour M. Mcntello, soit pour le compte d'un libraire. Il s'aperçut bien vite que répéter sans cesse les assertions d'autrui, sans les vérifier, transcrire après tant d'autres des banalités historiques, copier, en un mot, sans penser par soi-memo, était un exercice indigne de lui. 11 y avait d'ailleurs compromis sa santé par des travaux excessifs.

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