XXI. LN HISTORIEN GREC
fortunes. Après lo premier élan d'une révolte à peine concertée au dedans, c[ seulement soutenue du dehors par des souscriptions pécuniaires et par les efforts de quelques volontaires arrivés d'Allemagne, d'Italie ou de France ; après cette première période, si môlée de revers et de succès, est venue la période des alliances nationales et régulières, des victoires décisives, des traités de pacification ; puis l'organisation du nouvel État grec, d'abord sous la présidence du comte Capodistrias, et ensuite sous la jeune royauté du prince Othon de Bavière. Cette royauté, même depuis son établissement, a traversé des crises bien diverses, et le laborieux essai d'uu gouvernement moitié bavarois, moitié hellène, et l'essai non moins laborieux d'un gouvernement tout national appuyé sur des institutions représentatives. A toutes ces phases de la renaissance hellénique semblent correspondre comme autant de phases de l'opinion publique en Europe à l'égard de la Grèce. Passionnée d'abord pour l'héroïsme de ce petit peuple qui se jetait si résoiûment dans les hasards d'une lutte inégalo avec ses oppresseurs, l'Europe s'est bientôt refroidie au spectacle de ses divisions intérieures, plus faciles à prévoir qu'à conjurer, et l'on dirait aujourd'hui qu'elle se reproche par moments ses anciennes sympathies pour les Grecs, et qu'elle regrette les sacrifices que lui coûte la reconstitution d'une nationalité chrétienne en Orient.
Triste et douloureux retour, que nulle prudence humaine n'a pu prévenir, mais qu'on voudrait du moins expliquer. Si quelque chose peut nous aider à en apprécier les causes et à y faire la part dos préventions comme celle do la justice, c'est assurément le livre de M. Tricoupi, livre où nous aimons à reconnaître les plus solides qualités de l'historien *.
1 IctcjIx rr.; i/.Xr.vix.T,; fcnavaaTaatw; , 4 volumes in-8* , publiés à Londres, de 1853 à 1857. Oo en peut rapprocher aujourd'hui avec intérêt le Ac.xiu.ic-* T.içi tt,; é'/.Xr.vtxx; «ravaoràattt; de M. J. Pullémon (Athènes, 1859, deux vol. in -8»).
Les documents abondent sur celte histoire moderne do la Grèce. J'en ai sous les yeux toute une bibliothèque, lentement et curieusement amassée par un dos plus savants hellénistes de notro pays, mon confrère et ami M. Brunet do Pre9le. Il y a là, en vers et en prose, de quoi occuper la vie entière d'un historien consciencieux : chants populaires qui ont excité ou entretenu l'enthousiasme belliqueux des Clephtes et des Pallikares ; longs récits rédigés pendant ou après la guerre de l'indépendance par le3 chefs mêmes qui la dirigeaient, et quelquefois écrits en ce rude langage des montagnards, que répudient maintenant les élèves de l'Université d'Athènes 1 ; statistiques générales du nouveau royaume, témoignant des progrès difficiles, mais constants, de sa prospérité ' ; histoires spéciales des villes, des institutions, ou des grands hommes ; proclamations des patriotes qui levèrent les premiers l'étendard de la révolte, depuis le manifeste du malheureux Alexandre Hypsilantis, daté du 13 mars 1821, et adressé aux Dare*, c'est-à-dire aux Valaques, jusqu'à celui que Pierre Mavromichalis, général on chef de l'armée insurrectionnelle, et le Sénat de Messène adressent, du camp de Calamata, près Sparte, aux cours de l'Europe ; nouvelles à la main qui propageaient à travers les villages le feu de la guerre sainte en racontant les premiers succès des défenseurs de Tindépendance ; journaux improvisés à Hydra, à Nauplie,
1 On comprend que les ciblions spéciales pourrnient ici m'entralner bien loin; je ne puis pourtant m'erapêcher de signaler le curieux volume intitulé : ù répM» KiXucTpta; (Athènes, 1851), et je renverrai pour une plus ample bibliographie au répertoire si utile que 11. A. Pappadopoulo - Vreto a publié, à Athènes, en 1854-1857, sous le titre : NêctXXtvixT, ©ùc- Xoy-a. xT^i KaraîXop; t£>v àr.o îTTwasw; ?f,; H'jÇxv'rûrtK aùrcxf ar&f lia^ jAi'xpi t-pcxô'.Jfôoîw; rn; ÉXXxd\ {iactXsîa; rjrwÔê'vTo» £toXi»v u; tt,* éjMÂcupitvTiv i\ il; rrn àpxaîav iXXïwxTiv fXûaeav, 2 parties in-8».
1 L une des plus récentes et des plus instructives est l'ouvrage d'un de nos compatriotes, M. Casimir Leconte (Paris, 1847).