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Ces pages rencontrent dans notre littérature une comparaison redoutable, car elles rappellent le tableau qu'un philhellène français, éloquent entre tous, a tracé du dernier dévouement et de la mort de lord Byron *. La prose grecque n'a pas encore, sous la plume de M. Tricou pi, l'éclat que donne à notre prose le talent d'un maître tel que M. Villemain. Nous avons là-dessus déjà fait nos réserves. Mais à chaque temps ses devoirs et l'ambition qui lui convient. Le plus urgent pour la Grèce n'est pas d'avoir d'éminents écrivains, c'est d'avoir des publicistes judicieux qui l'intéressent sans la flatter et qui l'encouragent sans l'enivrer par de vaines fanfares de patriotisme. A ce titre, M.Tricoupi est un bon historien, cherchant et disant de son mieux la vérité, sans trop songer aux agréments supérieurs du langage, visant au nécessaire et réservant le reste pour des temps plus heureux. A ce titre, on appréciera, je n'en doute pas, la discrète simplicité du récit qui précède, surtout si l'on songe qu'il est écrit par un témoin oculaire des événements, que dis-je? par un acteur et par celui même que la confiance de ses compatriotes avait désigné pour prononcer l'oraison funèbre de Byron ».
On n'appréciera pas moins l'hommage rendu, dans le morceau suivant, par M. Tricoupi au caractère de Jean Capodistrias, dont H blâme d'ailleurs, presque sur tous les points, lt politique.
« Capodistriês, ayant grandi à la cour de Russie, était considéré non -seulement comme l'ami, mais comme le ehaleu-
* Biographie universelle de Michaud, Supplément, au mot Byron. Quelques divergence* de détail sur le fond da récit entre lea deux historiens pourraient être, à l'occasion, utilement discutées.
« U lecteur curieux d*y recourir trouvera le textede cette oraison funèbre, non pas dans l'Histoire de la révolution grecque, où l'auteur ne s'est pas même nommé à ce propos, mais dans le recueil de ses Discours, publié a Parle en 1130, aux frais de M. P. Rhalls, et dans le volume futilulé : Sélections from modem greek wrUers, par Pilton, Cambridge, 1856, fn-8.
reux partisan de la politique rosse en Grèce. En vain, lorsqu'il fut appelé au gouvernement de sa patrie, refusa-t-il tout traitement russe pour garder de ce côté son entière indépendance ; personne ne crut à la sincérité do sa conduite: c'était lui faire tort. En effet, quelle que fût son inclination pour la cour de Russie, il n'est pas un Hellène qui eût le cœur plus hellène que lui. Son influence en Russie fut toute employée au service de la Grèce, et non son pouvoir en Grèce au service de la Russie. Placé à la tête d'un peuple, et cela non par l'influence des Russes ou de quelque autre nation étrangère, ni par quelque intrigue intérieure, mais par la libre volonté du peuple même, il n'avait aucune raison pour embrasser les intérêts d'une autre puissance au détriment de sa patrie. S'il paraissait incliner vers la cour de Russie, il faut avouer que, comme gouverneur do la Grèce, il devait à cette cour beaucoup de reconnaissance, car elle accueillait avec empressement toutes ses demandes en faveur des Grecs ; elle avait bien disposé à son égard le gouvernement de la France, et elle l'avait protégé contre l'opposition malveillante du ministère anglais ; en un mot, elle n'avait rien épargné pour soutenir son gouvernement, sans jamais rien lui demander en échange pour elle-même, et ses bonnes relations avec Capodistrias furent un vrai bienfait pour le pays. Le but principal que poursuivit le président fut l'amélioration matérielle du peuple grec, amélioration qu'il considérait comme la base et la condition de toutes les autres ; autant il s'occupait de ce progrès-là, autant il était froid pour le progrès intellectuel. Reaucoup de vertus honoraient cet homme : ses mœurs étaient graves, son caractère intègre et bienveillant. Il respectait la religion de ses ancêtres, et le dimanche, comme les autres jours de fête publique, il aimait à rendre à Dieu ses devoirs. Sa vie était simple, modeste, sans apparat; ses manières étaieut gracieuses et dignes, son désintéressement reconnu de tous. Parmi les diplomates de son temps, il se
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distinguait par la finesse de son esprit, par son activité au travail, par une habileté conciliante. Sa parole n'avait pas moins de séduction que sa plume ; et pendant qu'il charmait Nicolas par ses opinions monarchiques, il fascinait La Fayette par son libéralisme. Sous sa vigilante autorité, le gouvernement coûtait peu d'argent au pays (que, d'autre part, il enrichit fort, comme l'avoue un peu plus loin notre auteur) ; mais quelques taches gâtent cette brillante figure. Il aimait beaucoup parler de lui-môme, se vanter lui-môme, rabaisser les hommes de la lutte, et, ce qu'il y a de plus inconvenant, il les persiflait en face, tandis qu'il les louait dans sa correspondance avec l'étranger, etc. »
Mais je m'arrête, car si les éloges de M. Tricoupi disent beaucoup dans leur brièveté, ses griefs tiennent une bien large place dans la seconde moitié de ce volume. Il est vrai que, par un scrupule où je vois quelque prudence (une prudence, il est vrai, légitime), M. Tricoupi, prenant à la lettre le titre môme de son ouvrage, s'arrête au moment où fut tiré le dernier coup de canon pour l'indépendance, et où le choix d'un prince souverain consomma l'affranchissement des Grecs, au moins dans le droit public de l'Europe. De cette façon, il n'a pas eu à raconter la mort tragique de Capodistrias. Autrement, avec la même sympathie pour ses vertus, il eût montré peut-être plus d'indulgence pour des fautes en partie contestables et, en tout cas, cruellement expiées. Mais je n'ai pas voulu entrer à ce propos dans un débat difficile. Un mot seulement avant de finir.
A la fin de l'ouvrage nous espérions trouver une table alphabétique des matières, secours si utile dans un livre tout plein de faits, de dates, de noms propres. Au lieu de cela, nous y avons trouvé une liste des souscripteurs qui en ont encouragé la publication. A la bonne heure. Il y a toujours quelque chose d'instructif dans cette liste où figurent en si grand nombre les Grecs do Bucharest, de Jassy, de Marseille,
de Manchester et de Liverpool. Quelques noms y figurent pour quarante, cinquante et jusqu'à cent exemplaires. On aimera cette alliance de tous les Hellènes, hommes d'État, littérateurs et négociants, pour soutenir une œuvre d'intérêt tout national. Ce n'en est pas le premier exemple ; ce ne sera pas le dernier, et rarement, je pense, la libéralité hellénique aura trouvé un meilleur emploi.