‹ Mémoires d'histoire ancienne et de philologieChapitre 91 sur 102 · XXI. LN HISTORIEN GREC · texte numérisé non relu

XXI. LN HISTORIEN GREC

agitée par le mécontentement des Souliotes, naguère licenciés, et qui réclamaient le reste de leur solde ; ces troubles agitaient l'esprit autant que le cœur du malade.

« Un de ces Souliotes voulut entrer dans l'arsenal où était la fabrique d'armes; comme il n'avait pas de permission, la sentinelle s'y oppose ; il insiste et l'injurie ; l'officier Sassos intervient, et une dispute s'engage, où l'officier, ne pouvant se faire écouter, frappe de la main le soldat ; celui-ci tue l'officier d'un coup de pistolet et est arrêté comme assassin. Toute la ville fut mise en émoi par cet événement ; les Souliotes coururent aux armes et demandèrent qu'on élargît leur compatriote, menaçant, si on ne les écoutait, d'envahir l'édifice où étaient la fabrique d'armes et l'appartement du lord, qui était le protecteur de rétablissement. Leurs ennemis aussi s'armèrent pour proléger l'arsenal et l'appartement du lord, et ils placèrent des canons à l'entrée. Enfin le meurtrier fut relâché, et le calme se rétablit. Mais le lord, irrité de cet événement, déclara tout haut que si les Souliotes ne se retiraient pas, il se retirerait lui-môme dans les Sept-Iles. Toujours intraitables, les Souliotes réclamaient leur solde ; alors les malheureux chefs de la ville, redoutant les maux qui la menaçaient, empruntèrent au lord 3,000 talaris d'Espagne, et avec cette somme ils réussirent à les éloigner. Ce qui restait de soldats dans Misolonghi sortit également et se réunit jusqu'à nouvel ordre à Xiromeron. Mais les troubles que je viens de dire eurent un autre fâcheux effet. Les ouvriers qui travaillaient sous les ordres de l'ingénieur Sary se retirèrent chacun chez eux, et les ateliers chômèrent ; enfin un dernier malheur mit le comble à tous les autres. Au milieu de tant de soucis et de dégoûts, le lord n'avait pour toute distraction que la promenade qu'il faisait chaque jour à cheval, et le malheur voulut que cette distraction le conduisit au tombeau. Le 28 mars, pendant sa promenade, survint une forte pluie qui le transperça ; il fut bientôt pris d'une fièvre violente, et

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il dut garder le lit ; il ne voulut pas se laisser saigner à temps, et l'inflammation s'étant aggravée, il expira le 7 avril au soir, le lendemain de Pâques. « Je bois, disait-il à son mé- « decin qui insistait pour qu'il se laissât saigner et qui ne « pouvait d'abord le convaincre, je bois toutes vos drogues, a mais que du moins je ne verse pas sur ce lit une goutte de « mon sang; je suis prêt à en verser jusqu'à la dernière « goutte sur le champ de bataille. »

« Le grand nom de cet homme, sa générosité à soutenir la lutte au milieu d'une extrême détresse, les maux qu'il avait endurés par amour de la Grèce, les brillantes espérances qu'il avait paru sur le point de réaliser, suffisent à faire comprendre tout ce que perdaient les Grecs en sa personne et la douleur que leur causa sa mort. Chacun regarda, chacun pleura comme un malheur personnel ce malheur de la patrie. En réglant la pompe funéraire, le commandant de la ville disait : « Cette fois les joyeuses journées de la Pâque « sont devenues pour nous tous des journées de deuil. » Il avait raison. Tous oubliaient la Pâque devant l'événement qui les privait d'un tel homme...

« Byron était enthousiaste comme poète, mais son enthousiasme était profond comme sa poésie; sa politique en Grèce était profonde aussi , et intelligente ; point de rêves comme ceux de bien des philhellènes ; point d'utopies démocratiques ou antidémocratiques; le journalisme même lui semblait chose intempestive. L'essentiel à ses yeux, c'était l'affranchissement de la Grèce; et pour cela il prêchait aux Grecs la concorde, avec le respect des cours étrangères. Son principal souci était d'organiser l'armée et de trouver les ressources nécessaires pour l'entretenir. Il aimait la gloire, mais la gloire solide. Il refusa le titre de commandant général de la Grèce continentale, que lui offrit le gouvernement, d'accord avec toute la population. En général, il détestait la politique et fuyait les discussions parlementaires, même dans sa patrie... »

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