DESCRIPTION
DE
L’ACHIRE barbu.
Espèce de Ple uro n ecte indiquée par Gronou • par E. GEOFFROY.
Parler des pleuronectes , c’est rappeler l’un des plus singuliers phénomènes que nous offre l’histoire des êtres organisés. On sait qu’il n’y a point d’organes doubles qui ne soient rangés symétriquement $ les lois de la nature sont à cet égard invariables , ou du moins le seroient , sans l’exception si digne de remarque que nous fournit la conformation des pleuronectes. Ils ont les yeux placés du même côté , et se distinguent en outre de leurs congénères par l’organe de la queue , développée chez eux à un point si considérable qu’elle forme les cinq sixièmes de leur volume. Ce n’est pas pourtant qu’une telle profusion de vertèbres caudales ajoute beaucoup à l’accélération du mouvement progressif des pleuronectes : ils ne sont pas dans le cas de vibrer leur queue à droite et à gauche, ni d’en frapper l’élément ambiant, à la manière des autres poissons. Obligés, par la position de leurs yeux ? à vivre renversés sur le côté , ils ne peuvent plus nager qu’obliquement et par soubresauts ; les nageoires pectorales et ventrales , déplacées par
rapport au fluide ambiant , deviennent inutiles j mais alors les nageoires du dos et de l’anus en font fonction ; et comme c’est particulièrement celles de la poitrine que remplacent les nageoires dorsales et anales, celles-là se rapetissent au point de s’effacer dans quelques espèces , et de disparoitre entièrement.
C’est sur cette dernière considération que le citoyen Lacépède , dans sa distribution méthodique, s’est fondé pour diviser la famille des pleuronectes. Il a laissé dans un premier genre les pleuronectes proprement dits , caractérisés par la présence de nageoires pectorales ; et sous le nom d ’achire , il a formé un autre genre des pleuronectes privés de ces nageoires.
L’espèce indiquée par Grottou dans son Zoophillaceum , n° 2.55 , appartient à cette dernière division : ce naturaliste l’a en outre décrite un peu plus longuement dans son Muséum ïchthyologicum ? comme on le voit par la phrase suivante.
Pleuronectes oblongus ? maæillâ superiore longiore , squa mis utrinque asperis , pinnis peôtorciltbus carens.
Linnæus, et son éditeur Gmélin , n’ayant pas cru que cette phrase fit suffisamment connoitre cette espèce , ont négligé de l’inscrire dans leur Catalogue des poissons. Mais le citoyen Bonnaterre , à l’exemple d’Artcdi et de Bloch , l’a au contraire considérée comme une espèce distincte, èn quoi ce savant a été suivi par le citoyen Lacépècle, qui en traite sous la dénomination dl achire barbu .
C’est un poisson d’une forme régulièrement elliptique : son rand diamètre est de 2 o 3 millimètres ( 7 pouces 6 lig. ) j son petit diamètre est de 166 millimètres ( o pouces
i i lig ). Sa nageoire dorsale commence dès la lèvre supérieure , et se dirige sur la nageoire de la queue , sans se confondre avec elle : la nageoire anale , qui borde le coté opposé , est presqu’aussi étendue. Cette conformation est à peu près commune au plus grand nombre des pleuronectes et des achires. Voilà ce qui en distingue sur-tout Fachire barbu f il reste , entre Forigine de la nageoire dorsale , et celle delà nageoire anale , un certain espace formant , vers la tête, le complément de l’ellipse ^ lequel estentièrement rayonné 5 singularité qui a valu à cette espèce le nom trivial de barbue , et qui me fournit son caractère spécifique , ainsi qu il suit.
Achirus corpore oblongo et omnino radiato.
Le corps entièrement bordé dans son pourtour de rayons ou deJilameTis cutanés .
Ces filamens , qui complètent ainsi le pourtour de cet acliire , ne pouvoient être des rayons cartilagineux : ce sont simplement des expansions cutanées , lesquelles bordent le premier rayon dorsal , le crâne ^ les lèvres , et la membrane de l’opercule.
Les yeux sont placés vers la droite , et conséquemment c’est de ce côté que l’animal est coloré : il est brun^ et parsemé de taches grises, remarquables par un point noir qui en désigne le centre. Le côté gauche est d’un blanc sale uniforme. La peau est fournie d 7 une quantité de petites écaillas rondes : elle est rude au toucher , comme chagrinée vers la droite , et lisse au contraire de l’autre côté. La ligne latérale naît de Fœil supérieur , et partage Fachire barbu eii deux portions égales. Les nageoires , qui vers la gauche sont d’un noir uniforme, sont^ à leur côté opposé , variées de noir et de grisâtre : le nombre de leurs rayons est détaillé dans le tableau suivant :
J’ai pêché l’achire barbu dans la mer Rouge , à quelques lieues de Suez : il faut qu’il y soit rare , les pêcheurs de cette contrée ne lui connoîssant point dans leur langue de nom spécifique. Il se trouve aussi dans la mer des Indes. Gronou dit que celui dont il a fait mention 7 avoit été envoyé de l’île d’Amboine à Seba.
J’ai trouvé dans les manuscrits de Commerçon le dessin d’un achire qui se rapproche beaucoup de cette espèce : ses nageoires sont tachetées de même : on y retrouve jusqu’à ces taches grêles dont le centre est remarquable par un point noir. Mais cependant .l’achire de Commerçon diffère de l’espèce que je viens de décrire par quelques différences dans les proportions du corps ( l achire de Commerçon étant proportionnellement plus allonge ), par 1 absence des filamens dont la partie antérieure de la tete est bordee 9 et sur-tout par de nombreuses marbrures d’une teinte plus claire.
Nous ne savons si ce dessin de Commerçon constate une nouvelle espèce ? ou si seulement il appartient ? comme variété j à celle dont je viens de donner la description.
Nota. L’ Achire barbu est ici figuré comme s’il avoit les g eux à gauche : cette erreur provient de ce qu’on a omis de le graver au miroir ; il ne faut alors considérer cette gravure que comme une contre- épreuve rfu dessin.
RAPPORT
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