‹ Mémoires d'outre-tombe, Volume 3Chapitre 40 sur 40 · I£M0IRES D'OUTRE-TOMBE · texte numérisé non relu

I£M0IRES D'OUTRE-TOMBE

propriété à leur mort, dans le cas où ladite Infirmerie n'aurait pas cessé de subsister^ sans aucun changement dans le but et Tesprit dans lesquels a été fondé rétablissement.

« Année 1824. — Au mois d'octobre 1824 , M. et madame de Chateaubriand se virent forcés , pour l'avantage de Tlnfirmerie^ de faire l'acquisition d'une maison et d\in terrain de la valeur de cent quatre-vingt mille francs.

Cette propriété , attenante à l'établissem^it , était à vendre et oii devait y établir des jeux publics, voisinage qui aurait rendu le service des malades impossible. M. et madame de Chateaubriand ont pris, sur la nouvelle propriété de laquelle ils ont distrait, une portion de ter* rain qui règne le long du principal bâtiment de rinfirmerie pour en faire une cour à ladite Infirn^erie et Fisolerdes maisons' que Ton pourrait construire sur le reste du terrain de M. de Chateaubriand^ s^il venait à le vendre.

« Année 1825. — Pendant les premiers six mois^ l'Infirmerie a reçu un nouveau témoi*

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gnage des bontés de Son ÀUesse Royale madame la Dauphîne , qui a daigné permettre qu'un de ses plus beaux ornements royaux fat employé à Tornement de la chapelle.

« Année 1 820.— Dans le courant de celte année , les bâtiments ont été augmentés d^une sacristie, d'une dépense, d'une pièce de dépendance et d^une cour ajoutée aux terrains de rinSrmerie, laquelle a été enclose de murs et pavée dans toute sa longueur.

« Année 1827.— L'Infirmerie s'est encore accrue d'une chapelle dite de Sainte-Thérèse.

« Année 1828. — L'Infirmerie se trouve entièrement libre de toute dette à Fépoque du 24 septembre , jour du départ pour Rome de M. et de madame de Chateaubriand , à moins cependant que l'tnfirmerie ne vînt à manquer en leur absence; alors M. de Chateaubriand aurait à réclamer la somme de 2,150 francs.

« M. de Chateaubriand laisse en toute propriété à l'infirmerie de Marie-Thérèse la petite maison et le jardin dits de la rue de Lacaille ,

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qui avaient été achetés de ses deniers pour la somme de 14,000 francs avant Faugmentation des terrains.

« Cette année Sa Sainteté a bien voulu envoyer à madame de Chateaubriand te corps de sa patronne, sainte Célestine^ et une fiole de son sang, avec permission de déposer ces précieuses reliques dans P oratoire ou chapelle de Tlnfirmerie, et, avec la permission de monseigneur Farchevêque , elles y resteront jusqu^à nouvel ordre : elles appartiennent en propre à madame de Chateaubriand (qui en a fait don à Tlnfirmerie).

H De même sainte Thérèse^ tableau de M. Gérard; appartient en propre à madame de Chateaubriand (qui en a fait don de même).

« La dernière partie de cette année 1628 a été un temps d'épreuve pour Tlnfirmerie. L^absence de la personne particulièrement occupée de recueillir les aumônes (madame de Chateaubriand) a nécessairement ralenti le cours de ces aumônes, tandis qu'un surcroit de malades

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et de maladies est venu multiplier les dépenses : c*était une épidémie (qui avait ^ dit-on, les symptômes du choléra) ; elle enleva dix-sept personnes à Tlnfirmerie et la sœur Reine, qui avait dirigé l'établissement, en qualité de supérieure, depuis sa fondation.

« Année 1829. — Point de quête cette année; quelques dons ont été faits.

« Année 1 831 « — Rarement une maison de charité est parvenue sans ressource particulière à cet état de prospérité. Placée dans Fun des quartiers les plus sains de Paris , elle présente dans ses bâtiments et dans ses jardins rétablissement le plus agréable. Il serait bien fâcheux qu^au moment de son succès et lorsque les principales difficultés sont levées cet établissement vînt à se dissoudre; mais la Providence n^abandonnera pas son ouvrage, et cette maison, qui est le seul asile ouvert aune classe de personnes qui ne peuvent trouver de ressources dans les soins communs de la charité, ne tombera pas, je Tespère.

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« Nota. Les demandes d'admission deviennent si nombreuses qu'il serait bien à désirer qu^on pût augmenter les bâlimenls , celui des prêtres surtout, qui n'est disposé que pour recevoir quinze ecclésiastiques, tandis que depuis un an on en a toujours de seize h dix-sept.

« Année 1832- 1833. -Au mois d octobre, Sa Sainteté le pape Grégoire XVI, par une bulle en date du mois d octobre 1 833, a accordé à Tinfirmerie de Marie-Thérèse la dévotion dite de Tootave des morts , sous la protection de Wotre- Dame de Prompt-Secours ; un grand nombre d'indulgences est attaché à cette dévotion.

« Années 1 834-35-36-374 — Le nouveau bâtiment destiné aux ecclésiastiques a coûté, y compris les peintures, boiseries, papiers, corps de bibliothèque, etc., la somme de 76,195 fr.

« Cette belle et indispensable construction sera d'un intérêt majeiuc pour rétablissement, en donnant d'abord le moyen de soulager un plus grand nombre d'infortunes.

« Année 1838* — Madame de Chateaubriand

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laisse cet élablissement , qu^elIe a commencé sans autres ressources qu^une somme de 400 fr. donnée par le roi de Prusse , sinon riche , du moins en pleine prospérité, et libre de toutes dettes et charges autres qu'une rente de quarante francs à la ville de Paris, pour la concession d'un terrain, dit : la ruelle de Lacaille. »

Yoilà ce qne la notice ou chronique de rinfirmerie de Marie-Thérèse, par madame de Chateaubriand^ sa fondatrice^ nous a semblé offrir de plus intéressant.

Néanmoins madame de Chateaubriand ne dit pas tout, et je n^ai pas répété tout ce qu'elle dit ; mais je crois en avoir cité assez pour qu'on puisse voir qu'outre Tintérêt de son but, cet établissement si récent a déjà des souvenirs qui ne le cèdent point à ceux de plus d'un établissement célèbre. 11 commença, comme on Ta vu, par n'avoir que quelques femmes et quelques prêtres. Il n'a encore que quatre femmes et bientôt il n'en aura plus, mais il a vingtcinq prêtres aujourd'hui.

AU sujet de ce commencement de rinfirmerie de Marie-Thérèse, dont madame de Cha^ teaubriand parle à la fin de sa chronique, elle racontait quMtant à Gand avec le Roi et M. de Chateaubriand, pendant les Cent-Jours, elle avait fait, non pas un vœu absolu, mais une promesse d^entreprendre quelque chose qui serait agréable à Dieu s^il daignait faire rentrer en France Sa Majesté légitime Louis XVIII.

Le ciel ayant exaucé ses vœux, madame de Chateaubriand voulut accomplir sa promesse.

Mais bien que M. de Chateaubriand iût déjà dans les honneurs, Targént manquait, je veux dire Targent suffisant.

Madame de Chateaubriand ne cachait ni son désir, ni son impuissance. Un jour elle faisait connaître Tun et Fautre dans son salon rempli de hauts personnages, parmi lesquels se trouvait le prince royal, maintenant roi de Prusse. Une quête pour rétablissement futur sMmpro* visa, et le prince y mit quatre cents francs.

Ce fut à la suite de cette quête que madame

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de Chateaubriand commença; mais elle dut avoir à y ajouter beaucoup, car le loyer seul de la maison se montait à trois mille francs.

Madame la Dauphine fut non-seulement la marraine, mais la principale bienfaitrice de Finfirmerie de Marie-Thérèse.

Sans la haute munificence de cette princesse, rétablissement n'aurait probablement pu se maintenir; mais sans la sollicitude, le dévoue*ment et les dons continuels de madame de Chateaubriand, non-seulement il ne se fût pas maintenu, mais il n^eût jamais existé.

Jamais, m^a dit son médecin M. Charpentier^ jamais madame de Chateaubriand n'entrait à rinfirmerie les mains vides.

Madame la supérieure de Marie-Thérèse m^a donné la preuve de ce que m^avait avancé le docteur.

Fine acheteuse, connaissant bien les choses, ne craignant pas de marchander et s^en tirant à merveille, madame de Chateaubriand allait chez tous les marchands, même les marchands

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de bric-à-brac, et elle achetait d^abord ce qui était nécessaire et ensuite ce qui était utile à son établissement. '

Ceci m'explique une chose qui m^avait longtemps étonné dans madame de Chateaubriand :

c'était son entente des affaires et sa connaissance des diverses maisons de commerce.

Quand on avait des emplettes à faire on pou^ vait s'adresser à elle^ on était sûr d'être bien renseigné. Il pouvait arriver pour les marchands ce qui arrivait pour d'autres, qu'elle les jugeât parfois trop sévèrement ; mais c'était bien rare que ceux qu'elle signalait comme bons ne le fussent pas.

Un nouveau trait de l'esprit généreux, de la religion éclairée de M. et de madame de Chateaubriand, et dont on doit surtout tenir comp^ te à madame, qui n'était ni naturellement ni toujours des plus tolérantes, c'était de recevoir indistinctement dans leur Infirmerie des personnes de toutes les religions.

Un grand bien résultait de cette intelligente

MÉMOIRES B'OUTRE*TOBfBB. 365

tolérance: c'était d^abord de détruire les préjugés des protestants et même des schismatiques grecs contre les catholiques; c'était même de les rappeler à la vraie foi par le bon exemple de cette sainte indulgence et de cet accueil généreux.

Aussi, outre Tabjuration de cette protestante hollandaise que madame de Chateaubriand vient de nous raconter, y en eut-il quatre autres en 4831. Ce fut d^abord une demoiselle de |Vally, d'origine hollandaise, comme madame Buman, et maintenant religieuse de la Visitation à Boulogne-sur-Mer; ce furent ensuite sa mère et ses deux sœurs.

On m'a parlé aussi d'une jeune Grecque, dont les vertus et la rare beauté ont laissé un touchant souvenir à Marie-Thérèse, où elle est morte loin de sa belle patrie.

L^œuvre des femmes périt à Thospice Ma* rie-Thérèse qui fut fondé pour elles; et c'est un^malheur, car combien n'est'- il pas de femmes intéressantes qui ont besoin d'asile et

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conlre le vice, et contre la solitude, et contre l'infortune, et contre le désespoir !

Si Elisa Mercœur en avait eu, cette jeune muse bretonne ne serait pas morte de misère et d'abandon au milieu de ses belles poésies.

Si la spirituelle et bonne duchesse d'Âbrantès en avait eu, elle n'aurait pas vu Thuissier lui disputer en quelque sorte jusqu'à son lit de mort.

Si celte autre jeune fille en avait eu, elle ne se fut point vue flétrie dès son aurore, perdue dès son printemps; si cette autre en avait eu, elle ne se fût point empoisonnée ou asphyxiée dans son grenier, elle ne se fût point jetée des toits sur le pavé, des ponts dans la Seine, et vous n'eussiez pas eu besoin de la recevoir à la morgue.

La femme est l'être le plus faible : et, dans la chute et dans le malheur, c'est l'être. le plus délaissé. Le repousser après l'avoir brisé, 'ce n'est pas tout cependant»

D'autre part, il est bien naturel que maintenant l'archevêché, directeur de Marîe-Thé-

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rèse et propriétaire de Tancien hôtel de M. de Chateaubriand, tienne plus à Fœuvre de ses prêtres infirmes qu^à Tœuvre des femmes. Mais ne se trouverait-il donc plus quelques bonnes âmes qui aidassent à relever cette œuvre qui, dans le principe, formait au moins la moitié de Tœuvre de Tinfirmerie de Marie-Thérèse ?

Hélas, non.

La France est sans doute le plus éclairé^ le plus noble pays du monde, mais elle ne se gêne guère i et si le roi de Prusse n^eùt point contribué à cette œuvre, s^il n^en eût pris même Finitiative, elle n^eût peut-être jamais existé. Si quelque reine d^Ângleterre ou de tout autre pays ne vient pas la relever, elle tombera.

Déjàelleest tombée: on ne reçoit plus defemmest et des anciennes il ne reste plus que quatre.

Si Farchevêché de Paris avait moins de charges, peut-être penserait^l à reprendre cette œuvre , ou du moins à développer celle des prêtres en y adjoignant Thôtel de M. de Chateaubriand. S'il est forcé de le vendre, ce qui

sera difficile dans les temps où nous sommes, peut-êlre finira-t-on par y établir des guingaetteS) des bals de barrière et desjBontagnes russes, comme on le voulait déjà lorsque M. de Chateaubriand Tacheta pour préserver Tlnfirmerie d'un tel voisinage.

Ainsi le séjour de la sagesse deviendrait Fan* tre de la folie.

Nous sommes sûrs que la délicate générosité du prélat qui est à la tête du diocèse fera ce qu'elle pourra pour conjurer ce malheur et pour conserver une demeure consacra par la gloire chrétienne; déjà même il a été question d'y établir une école professionnelle^ sous le nom ^ École de Chateaubriand : et peut-être n'y a-tK)n pas toul-4«<fait r^ioncé.

Une école vaudrait, mieux sans doute qu'uiL cabaret, mais un hospice siérait mieux qu'une école à la demeure de M. de Chateaubriand.

Si la force des choses finissait par llarracher des mains de notre digne archevêque, Dieu sait ce qu'elle deviendrait ; car aujourd'hui on

nbiOlRBS D'OUTRE-TOHBB. 359

lient beaucoup plus au moindre sou qu^au plus grand souvenir.

SMl en ëtait autrement, une souscription na-* lionale serait bientôt faite pour ]a sauTer de toute chance mauvaise et pour la rendre au malheur intéressant, auquel Tauteur du Génie du Christianisme n^eût pas manqué de la léguer, s^il eût été riche et s'il en fftt mort pro* priétaire.

Depuis plus de deux mille ans, la Chine, dont nous rions, la Chine reconnaissante voue une sorte de culte à son grand philosophe Confucîus, et conserve avec respect ce qui lui appartint et sa tombe même.

Si Homère eût fondé un caravansérail , un asile, un hospice pour les rapsodes errants de la Grèce, comme les musulmans en fondent pour les chiens et les chats, les Turcs euxmêmes le conserveraient avec un pieux respect*

Quant aux Anglais, si MiJton et Shakspeare, qu^lls ont, il est vrai, laissés mourir aussi de misère et devinés seulement après leur mort, leur

Xlf. 24

no itfifOIRfiS D OUTRB^TOMU.

eussent lëguë un hospice fondé de la snéur dé leurs fronts, da prix de leurs œuvres, ils ne croiraient pas poayoir donner trop de millions pour y enrichir et Fagrandir. Si Fun de cesdenl grands génies a?ait laissé en outre une mai<oni son prix aurait déjà doublé, quadruplé : elle serait devenue un annexe de Fhospice ou pin-» tôt une propriété nationale, un monument pn^ blic fièrement et religieusement conserré.

A défaut de cette annexion à Fhospice, cette conservation serait ici d^autant plus facile que rien n^y est changé. Les livres et les meuUes de M. de Chateaubriand sont remplacés^ il est vrai, par quelques fauteuils de Farchevèché, mais ceux-ci ne sont pas d'un grand luxe non plus. Quanta la distribution des appartements, elle est restée telle qu'elle était. J'ai même re<* connu sur les degrés de Fétroit escalier qui monte au cabinet de M. de Chateaubriand la petite toile cirée, grise et à petits dessins, qui s'y trouvait déjà lorsqu^il y a vingt ans je cem* mençai à gravir et à descendre cet escalier.

ittMOmra D OUTR£-TOMBE« 371

La présence saccessii^e des archevêques de Paris aîoote un nouvel intérêt à cette demeurq illustre. M« dé Quélen en fit Pacquisiticfn ; Tar^ efaevéque martyr y passa toute la première an« née de sa préiature, et dans la suite il se fit tou« jours un plaisir d^ venir passer trois ou quab^ joui«^ par an ; enfin le vénérable successeur du Aiartyr vint Tbabiter aussi quelque temps après avoir pris possession de son nouveau diocèse, comme pour s^inspirer de Talliance de la re-* ligion et de la liberté qui f^it le fond des ouvrages du grand écrivain que plusieurs ont Bominë le nouveau Fénélon.

Mais que nous fait cela, à nous autres Fran- ^ii9?N0iis sommes les rois do monde, les meiUeurs chrétiens de la terre, comme on sait, mau nous sommes loin des préjugés conserva^ taras des peuples que nous vanonsde nommer.

Nous ne now tenons jamais pour plus grands que lerèque nous détruisons, et nous croyons avoir fait merveille quand nous avons tout profané» J

ari lAMOIRES D*(>UTRE<^TOI0HI.

Uhôtel de notre grand écrivain, de Tun des plos grands que nous ayons eus, que nous aurons peut-être, semble prévoir son malheur et, en l'attendant, porter le deuil de son propre destin, comme celui de son ancien maltre« Il semble s^affaisser et, avec ses grands massifs d'arbres poussant comme ils veulent, il a Tair de Tun des sept dormants qui s^incline sur une tombe et qui laisse croiure sa barbe et ses.

cheveux en désordre.

Si le Virgile antique eût vu cet asile agreste du Virgile moderne, il lui eût dit dans un de ces vers qui bravent la mort, s^élèvent jusqu^au ciel et pénètrent Fétemité :

« Pasteur harmonieux du beau troupeau des^ brebis blanches de la pen8ée,^rmo^£ pecoris custosy si ton pays t^oublie, tes arbres chéris te pleurent ; je les ai vik, et tes pins eux^^mômest et tes arbustes devenus arbres t'appelaient, la lâte voilée de feuillage et lés bras étendus;

Ipsft te, Tytire, pfQQSy

Ipsi te fonieS; le ipsa bsec arbusta vocabant.

UfiSfOIBES D'OtJTRE-TOim» 97^

' a Maintenant ils te rendraient au centuple l^ombrage que tu leur prêtas jadis. Rien n'égale leur grandeur , sinon ta renommée connue au-dessus des astres: super sidéra notas, i^

Le grand calvaire en bois, dont on voyait du cabinet de M. de Chateaubriand la tige peinte s^ëlever au fond delà pelouse et les bras blancs se croiser au-dessus des arbres avec les instnï* ments de la passion, ce calvaire est tombé. La croix de fer qui le remplace, mais qui n^égale pas sa hauteur» est noyée sous des voûtes, sous des flots de verdure. Tout le terrain notait autrefois qu^un champ; maintenant c^est un bois, nul fer ne le touche; il a du moins cette beauté^ et c'^est une beauté solennelle comme son silence et sa solitude. On y entre avec respect ; on en sort pénétré.

A côté de ce jardin, les jardins de Tlnfllrmerie font contraste : ici tout est vivant, tont est soigné. On y retrouve ce que je voudrais appeler Tëclat modeste de la propreté chrétienne, le reflet simple et brillant des bon-

974 MtWHBBd D'OITCM-TOliM*

oes consciences et des devoirs bien remplis.

Les maisons comme les jardins relnisent d^légance et de fraîcheur. On ne doit pas juger de rinfirmerie par son entrée, par les seuls édifices qne Ton aperçoit d^abord. Il faut pénétrer dans les jardins et aller jusqu^au bâtiment neuf qui se cache derrière les peupliers et que Ton ^aperçoit que lorsqu^on y arrive.

Cet édifice loin de la rue et isolé au milieu des arbres, comme une maison de campagne^ peut loger vingt-six infirmes, sans parlw des infirmiers et de la chapelle-bibliothèque qui occupe une partie du rez-de-chaussée.

Cette idée d^une bibliothèque dans une chapelle me plaît; la science devrait toujours dé-* fendre la vraie religion^ et la religion admettre toujours ainsi la science dans son sanctuaire.

Cette bibliothèque est tellement disposée, qu^on ne Faperçoit pas quand oh entre dans Foraloire. On dirait que les murs sont boisés tout simplement; mais c'est dans cette boiserie que se trouvent les armoires contenant les li-

vres« Quand on en veut preodre oa ouvre un panneau; on le referme quand on les a pris ou r^nJst et rien ne parait

On reconnaît encore là legoAtetlegënie de madame de Chateaubriand; on le reconnaît Qiéme, et on lui rend hommage, dans un orne* pient qu^elle acheta pour celte chapelle : c^est un tabernacle et un devant d^autel en cœur de chêne bruni par le temps et rejHrésentant en relief la naissance de Notre^Seigneur, la sainte crèche, les animaux de Tétable et Tadoration des mages.

J^ai vu ailleurs, et surtout dans les églises de rintéressante ville de Provins en Champagne, de ces chœurs d^église, de ces tableaux en bois plus considérables, plus riches et plus finis que celui«»ci; mais madame* de Chateaubriand n^en a pas moins bien mérité de Tart et de l'oratoire de la maison des prêtres en Tornant de cette précieuse relique découverte par elle au milieu du fouillis et de la poussière des ms^asins de revendeurs.

3?« MaiMllSB'OimE-TINnB.

J'en témoignais ma joie e« en quelqoe sorte mon admiration à madame ia supérieure.

Charmée de celte nouTelle occasion de ùite valoir les soins et de relever le mérke àe sa chère et vénérée fondatrice, elle me disait: <c Madame de Chateaubriand connaissait tout } elle allait partout et découvrait tout. >

La maison étant double^ un corridor s^are les deux rangées de chambres de chaque élage^

Le corridor est en brique, mais les chambres sont bien parquetées, bien closes, bien ta« pissées, bien aérées, fort gaies, et par eonsé«» quent tres-suines. Elles sont meublées avec élégance et même presque avec richesse.

Entourées de hauts et flottants remparts dW* bres, elles ont tout un horizon de verdore et sont comme plongées dans un bain de Imaière et d^air aromatique.

Entre les pics verdoyants de ces montagnes mobiles, les ceiloles des hauts étages ont des échappées de vue sur les monuments de Paris; mais celles des étages inférieurs n'ont pour

3Tr

perspectif es que fe leaHkge, le gazon, le»

fleurs, ks fmito et ua petit dutàet d^abeilles.

Oa se croirait 1^ àe Paris, dans les jardins d^nne forêt. G^est un petit paradis oitre le bou^ levard et la rne d^Enfer.

Cet Ëden des invalides du service divin est protégé non par le glaive, mais par des ani-- BMiux, par des chiens fidMes et forts, contre les marmidettrs des barrières qne tente toujours le fruit défendu.

Lesin6rmes qui ne pravent plus marcher sont promenés à bras dans de jolies petites voitures dans lesquelles ils se font trahier dans )a coor d^entrée« Là on les voit arrôlés sur leurs chars dételés et se livrant à de pfiisibles convenaticms.

Madamwi de Chateanbriarid elle-même pas-* sait souvent dans cette cour lorsqu'elle sortait pour virfter ce qu'eUe appelait son naine.

Scm usine c'était la fabrique de diocolat :

elle en envoyait des prospectus et des produit» à tout le monde. Madame la duchesse de Berry

ait ^ÈbÊùmm wmmm^vmmLé

en prenait ck» pasien et <fes caisMs «i boft* bons façonnés de tontes les miBmktm s madame de Oiatcaubriand s'en oecnpaît sîiort, elle 7 p^isak tant, qu'an lien de yicaailœse de Chateaubriand, on Ta Tne signer dans ses lettres ti&co/i»te»« ^<^ c^Moi^t.

Il serait impossibte aux lAfiraies et awi; Yieiliards de se procnrar dtoe eni^ onailleaMf' même à haut prix, tut de jouissanoes, twt de douceurs, tant de soins, tant île eonsolalions et une si bonne cempagnie^

Aussi est-il pins d'un vieux prêtée <|wi quitte l'isolement de son ehez soi pour venir demmH der, en payant, un a«le dans celte dowe et honorable retraite.

D'après le prospectus que j'aiâMS las yeux et qui doit être dé la nu»in de n^dame de Chateaubriand, les prêtres pMvres y sont neçi»

gratis, qomid niiHM«pMir Ëardieiàftte de Paris le permet et quand ils ont fnmwé qaHh ^nt dans rimpossîbîKté de se fince soigner chez eux.

yÉUMÊM B'OOm-TOllML 919

Le vieil abbë Desmatures, connu par ses voyages an saint sépulcre, par ses succès dans la chaire, par sa grande barbe orientale et par la force de sa voix, termine en ce lien son pèr lerinage.

Je Tai vu longtenps, le dimanche, dire la messe de midi on d^uae heure aux Missions- Ëtrangères.

. Souvent aussi je Fai vu, dans la rue du Bac, venir chercher lui-même chez le boulanger son pain de quatre livres, et remporter, non sans blanchir sa soutane , comme nn long enfant dans ses bras : il n^en paraissait point triste; mais il feisait peine à voir, et il était temps de hii venir en aide, car sa mémoire était si perdue qu^il ne pensait plus aux besoins de sa vie et qu^il y avait quatre jours qu'il n*avait pas mangé quand il fut reçu à M arierThérèse. . Ce fait seul suffirait pour recommander cet aiHle, et il a pu compter plus d^tin fai t de ce genre.

Ce ne sont pas seulement les habitants de Marie-Thérèse, ce sont aussi ses voisins qui

390 ]tfËMOIRBft D'OITtBB-TOMBBj

aiment ce saint Heu. Llnfirmerie est populaire dans le quartier.

L^oratoire de la maison des prêtres n^est pas public^ mais la chapelle de la commtinauté Test entièrement, et toujours la porte en reste ou-* verte. Comme il se trouve vingt-cinq prêtres dans rétablissement sans compter Paumônier, les messes n^y manquent pas.

Les fêtes et dimanches surtout fl y en a depuis quatre heures du matin jusqu^à onze heures ou midi.

C'est une grande commodité pour les voisins, si éloignés de toute autre église. Ils y viennent donc et là ils sont exempts de payer les chaises. Ainsi Fa voulu madame de Chateaubriand; et en ceci, comme en tout le reste, sa volonté est scrupuleusement suivie.

Màrie-Thérëse est donc en quelque sorte une succursale bénévole et gratuite dé la paroisse de Saint-^Jacques-du-Haut-Pas et de celle de Montrouge, sur les confins desquelles elle se trouve.

Si madame de CbateaubrîaDd a tant fait ponr riofirmerie de Marie-Thërèse^ ai Ton y recon^ patt part<Hit aoQ ioterymitioD^ son génie^ ses idées, partout aussi relrooTe*tr<m son souvenir.

Riea de plus doux que de voir comme elle est prisée, comme elle est comprise, comme elle est aimée là. Rien d^affecté cependant ; tout y est convenable^ parce que tout y est sincère;

Il vous sera difficile de trouver dans cet établissement quelque chose qui ne soit pas de madame de Chateaubriand ou qui ne la rappelle pas. Cest madame qui a conseillé cette chose ; c^est madame qui a fait Taptre.

Cette chapelle de la communauté, modeste; mais convenable, sans luxe, mais ncm sans goût ; ses. ornements, non d'un si haut prix, mais d^unsi haut intérêt, c^est madame qpi les a donnés, comme citait madame qui aupara-* vaut avait fait construire la chapelle où se voit le beau portrait de sainte Thérèse.

Ce chef-d'œuvre de Gérard, si remarquable au milieu de tant de bcms tableaux qui Tratou-

aaa hkuoius B*oi7f bs-toiab.

rent, cette sainte patronne de rétablissementi cette sainte Thérèse à genoux dans un cadre à ogive d'or qoi^ sons nn jour tombanf d'en haut par mie ouTerture qu'on ne voit pas, resplendit au delà et an^lèssus du ms^re-aiitel, dans le fond du sanctuaire, et domine tout le petit temple de sa figure inspirée, c^estle peintre qui Ta donné à M. de (Uiateaubriand, cdni-ci à madame, et madame à son Infirmerie.

La patronne de madame de Ghateaubrismd eDe-méme^ saiiM Célestine^ que lepape LéonXII kd avait donnée pandaat Tambassade de M. de Chateaubriand, et qui dort vêtue comme une jenne princesse sous son autel vitréf c'est encore dame CékMie de Lavigne-Buisson^ vicmo^ teaae de Chateaubriand, qui Ta donnée; e^^t elle qui a fait mouler sa figure encire^ elle ^i Fa parée df vêlements Isâls de drap d'ai^^t ei d?or, relevés de tm>deries portées p»r la 9làé de Louis XVI dans ses lêtes et incrustées de j^evrenes.

Cette grande maisofi à quaire étages, la

MÈmnaa vofjTBfrTomk a«i

maison des prêtres^ la gloire du jardin^ le modèle des bonnes coibtrtictioiis et da bon mar«r ebé| ^est madame de Cbateaubriand qui ea a cbotsi le site et trace le plan.

CTest elle qià atronré pour la construire ua simple maiire maçcm, mais un maçon honnête honmie, un maçon u&i()ue qui, avec des mater riaui récomms excellents par expert secret. Fa bâtie, couverte, boisée, peinte, parquetée, mut nie de ses portés et fenêtres, et Ta livrée, clefs en mains, pour la somme de soixante-seize mille francs, tandis que tous les propriétaires qui ont fait construire et qui la voient Téva^ luent à cent vingt ou cent trente mille francs.

Ce jeune gëant de la Bible, qui devait fair^ placera la maison des prétires de TËvangile, ce jeune cèdre qui pousse en France comme le paltnier dans Gadès,qui domine la haute mai-r son et s'élance à une hauteur qu'en gâiéral n'atte^neni pas les cèdres, c^est madame ejH core, ssms doute^ qui Taura fiût venir de la ce-* lottîe de la FalUe-^aux-LoMips,

«84 WtaSOmÊS D'OOTBS-'TOm*

Enfin, la rue ôeLacaiOey C6tte radie impure et dangereuse^ comme celles qira la poKee fiiit fermer dans Paris, cette rnâtte avec les mai* sons et terrains. y attenants, c^est M. de Gba-^ teaubriand qui les acheta des deniers qni lui revinrent de la P^ie du duc de Bûrrjr^ et c'est est* core madame qui les a donnés à Marie-Thérèse,

Un autre tableau que sans madame de Cha-* teaubriand rinlirmerie n'eAt pas eu, van taUeau qui m^a frappé plus que tous les autres, bira qu'il n'en soit pas le plus beau,, c'est ime apo* théose, Marie-Antainette par mademoiselle Lebrun, portraitiste de la cour.

Sur un fond ou plutôt sur ua c\A d^un bleu pâle se détache en longue robe blanciie la reine înforlùnée. Elle est debout et presque de grau-* deur naturelle. On dit que sa figure œtu^s^ressemblante et je le crois : ces longs traite allé** inands ne sont pas de fantaisie* Son teint est blanc, ses yeux bleud. Ses lon^ cheveux blonds, que la mort n'avait pas plus épargnés queea téle^ flottent sur ses épaules ou se déroulent aux

MÉMOIRES DOUTRE-TOHBE, 385^

vents. Elle a en main la palme verte du martyre. TransBgurëe elle monte vers le ciel ou Louis XYI Tattend couvert de sa couronne, de son manteau et de tous ses insignes royaux.

A côté du roi et sous ses bras étendus vers la reine sont deux petites têtes aux ailes d'anges. On devine quels sont ces anges* Ils sont calmes, presque radieux, et le roi aussi : mais 1» reine ne les a pas encore atteints, elle va res-* sentir HnAuence de la sérénité des cieux : miais elle paraît être dans le trouble encore. Ses yeux ouverts, ses traits tendus, semblent conserver quelque chose dereffroi du supplice : on dirait que c^est encore moins le ciel qu^elle croit atteindre que Tenfer dici-bas qu^elIe veut fuir...

Ce tableau est placé dans le salon où Ton re* cevait madame la Dauphine, il fait face à la porte* .

Ce salon, situé au bas de Téglise, est mainte-nant transformé en chapelle, et Téglise en est agrandie d^autant.

Dans cette chapelle, que Ton pourrait appe* xn. »

, 1er cbapelle ée Marid-^Àntoinelte, se trouve au^ai Tamel àe la chapelle domestique que M* et madame -de Chateaobdaud é'élmeM Ênite dans leur appartemmit de U rue du Bac.

îhskB UQ petit sidon, ou plutôt un csdbhiet, aUeoanl; à cette cbapeile, se trouve uu mOite portrait jeiob taQ>iits remarquableet parluHnéme ei parce.qu'H n'est que là, et que soae^iistesce oi'^t poiut connue du public : c^est eeluii de lak fondatrice, de la bienfiaitrtee^ c^est celui de ma^ 4ame de Chalcaubrtimd {)sa* «Kidenoiselle Lo-rittier.

Je ne me sens pas compétent pour ju^r l'œurré d^un peintre sous le rapport de Ywt, mais je juge le portrait de madame de Chateaubriand fious Le rapport de la véiilé et je le trouve iDèsi'reasemblaAft*

Uartiste a parfaitement saisi cette physykwO'^ mie énergiqm ei raris. Cest bien son m^ ce sont bien ses yeux, som nés, sa bMMJw, wn menton ; ce sont même les bauidbsaiAe stt ah6^ veus et les barbes de seobc^net*

Madame de Chtteattbmtid porté au cou une croiselte enrichie d'une parcelle de la Traie crok que/venakde luî donner madame la supérieure de Marie-Thérèse. Ce fut en recoimaissance de ce don que madame la vicom* tesse posant, dît-elle, pour la première fois, Toukit aussi lui donner son portrait, honneur qu^elle n'avait jamais («t à personne.

Outre qu^il est ressemblant, ce portrait ^est donc unique ; ce qui douÛe son prix. On y re-^ eonnsâl, comme en toute chose, un trait de Foriginalrté de Tesprit de madame de Chateaubriand.

Nous s»vons qu>lle tenait à se donner 4w rapports avee les sorars de Saiiit«Vincent de Paul. Nom avons vu qu'elle allait fait faire un Ht à Finstar des leurs. Dans- son portrait elle voulut amssi sur son vêlement de femme du monde porter quelques insignes du leur. Ce fut bientôt trouvé.

Elle ne* pouvait se doimer leur eoîfRerre, elie Tovdut adopter leur collet du rabat< Mais ^te

n'en avait pas alors à sa di$poditkm, et Faritste veut toujours un modèle.

Madame de ChateaubriaDd^ <)iii n^était jaittais odibarrassée, ne Test point encore m : elle tire de son sein la guimpe de sa collerette ; de des*^ sous sa r<^ Fétale dessus { Tartiste. copie^ et voilà un collet, voilà un rabat tout trouvé} voilà une .quasi religieuse ou, du i»oinSi une quasi novicO) ou quelque tierçaire de Topdre de Saint^Viacent de Paul.

Tont à Mairie-Thérèse T^PPt^Uô teUmieftt M. et surtout madame de Chateaubriand , que si celte noble retraite ne portait pas le nom d^InFia^r MSRiB n£ MARi£-THBawE, clU devnût perler C0lui âilsFitMmiM im Cbatkjlvbmxàxb.

Aussi madame y serait^Ue veaue oioonr^ si elle ^H survécu à son illustre époux, de même qu'elle y est venue refk^s^r après sa.moi4« y ai vu au fond des massifs des jardins la maison--^ nette qu^elle s^était réservée; elle est j^s petite^ que toutes les autres, plus; sieste et plus isolée que la maison des prto^s; i>e n'w( isuèreplu&

HfiMOIREg D'OtmŒ-TOlIME. Uè

qu^ûne cellule de chartreux au fond d^un enclos, et elle n^est vue que de Dieu, que des oiseaux qui Tolent, et du soleil quand il passe.

Cet ermitage était, il est encore habité par «ne des quatre persomies qui restent de rœuvre des femmes absorbée, remplacée désormais par rœuvre des prêtres.

Tous ces dons de terrains, de maisons, de meubles, d^omements, faits par M. et madame de Chateaubriand, reposent sur des actes au*thentiques, et forment, et les donataires Tentendaient bien ainsi, autant de titres de propriété pour rinfirmerie de Marie-Thérèse.

Marie-Thérèse était la principale, mais non la seule œuvre dont s^occupât madame de Chateaubriand : elle avait aussi des entrevues avec M. de Janson pour Tœuvre de la Sainte En^ fûmce; quand elle s^y rendait, elle nous disait : Je vais au concile.

Itn^est pas nécessaire de donner plus de détails pour faire comprendre que tout à Marie* Thérèse étant plein du génie et des bîenfeîts de

380 NtMOlUS irOinBfrKWM.

M* et de ituidwis^ieCSiatâaubriadd; H e8ttî^ mtutél et bl juste que tout y sait |Aeîaausftt de /ecaniiaissaku^ et de vféQoratîoii pour eiii. Cet asile religiaiix, c'eat en quelque aorte leur saoctiiaîre domestiq«e* Mor Muvwir y est ri- Vaut à c6té du Clurlsl et de ses saints, et je tob bien qu^il y vivra toujours.

Lorsque les sceura et madame de Chateaubriand raisonnaient sur leurs plans et projets, et que ehacune avait sou afvis, madame de Chateaubriand leur disait s « Mes chères sœurs, croyez- en »a vieille expérience. »

Les sœurs croyaient et tout allait bien.

Les bonnes religieuses n^ont oublié ni les conseils ni les bienfaits de leur fondatrice.

Moi, qui finis par^ne plus guère voir les choses que d^un œil critique et plus que froid, je suis touché, je me sens attendri d'une reconnaissance si vive, d'une si sincère affection, d'un si pieux respect pour les morts.

Ces exceUentes sœurs sont plus justes que

les lettres, pkrs récocinâiftsàtitës que la ï'rAbce i elles savent garder la mëmoîre; et, pour ces âmes dirétiaoMs kpures,Ja bieflfaisâfice tft la gloire ont tout leur charma iteligimx.

Elles sont dtgQM if avoir le tombratt de Vé*

pousê et même mUêx. , sa pisce est là» On

comptait sur sa présence, croyant que IVnfent des grevés et le rojageur des denx mondes avait assez vu les orages et la mer, et qu^à sa mort, an moinsy il cesserait de voyagi^.

Le cavean funèbre qui devait i^eoevoir tes deux tombes, qui en pourrait coM^nrir quatre et portien* le nom de cas^eau de Chatêauèriand, n'en a qu'une , celle de madame, qui Ta fait feire elle-même, avec Tespèce de rotonde qui s'élève au -^dessus et forme la chapelle de SahUe-Thérèsê.

Abdame k vî^mtesse de Gfaateaiâ)riând, qui f e|K>se dans les fondements de cette cba^ pelle, ^st enfermée d'abord en un cercueil d<e plomb, qu'enferme ensuite une châsse de cliéiie^ et que recouvre enftm itlié tombe de

302 IffilIOIBES D'OUnUB-TOBira.

pierre. C^est sous cette triple eaveloppe que sa dépouille repose.

Surhaussée d^uu pied et demi au-dessus du sol du cayeau, la tombe en occupe la partie du levant, tandis que Tâme de la pieuse fondatrice, reçue en un asile encore meilleur, se réchauffe «t se délecte sans doute aux clartés sans nuage d^un soleil qui ne s^est point levé, qui ne se couchera pas.

Le caveau est fermé par une pierre carrée, l>ercée au milieu pour qu^on la puisse soulever, ^t large à peu près d^un mètre en tous sens.

Cette pierre et les dalles qui Tentourent fornment le pavé d'une sorte d Vrière-chœur , qu'on appelle la chapelle de Sainte'-Tfiérèse, mais qui n'a pas d'autel. La place manque.

Au dos du maltre-autel qui ferme cette cba«j>elle, sans laisser d'autre issue que deux petits passages latéraux pour circuler, est appliqnée une tablette en marbre noir, couverte de lettres gravées dans ce marbre et dorées.

Cette tablei placée derrière l'auteli au. fond

MÉVOIBBS 1>'0frTRE-i:0iiIffi. a93

du sanctuaire, que les Hébreux appelaient le Saint des Saints, rappelle, mais ne contient ni la loi, ni les prophètes; c^est Pëpitapherla voici :

Cî-gît dame Céleste Buisson^

VieomtesM de Chaleaiibriaiid.

Distinguée par l'exercice des bonnes œuvres

Qu'inspire la religion^

£Ue a TOQla faire bénir sa, mémoire

Par la pieuse fondation

De Finfirmerie Marie-Thérèse

Faite et cobc^ aveo son époux

Le Yicomte de Chateaubriand.

Décédée le 9 février 1847, â Tàge de 73 ans,

Elle repose dans le caveau de cette chapelle

Selon le désir qu'elle en a exprimé.

En face de cette épitaphe et sous la lumière dont nous avons parlé, s^élève le tableau de sainte Tiiérèse, comme dans une gloire. C'est sa grande figure qui frappe les yeux dès qu^on entre dans Féglise.

On dirait que de son prie-Dieu elle illumine et dirige rétablissement dont elle est la pa«tronne.

Le reste des murs de sa petite chapelle, qui

est aussi h chapelle da lonbeatr^sotit peials en grisdilles;

De kir demi-voûte de eette éèuàrTùUmée ajo]atée à l'égUse depuis sa construction) de»^ cend, non-seulement la jour gui éclaire le tableau et le saint asile, mais encore un joli lustre qui peut Téclairer pendant là nuit.

Don de M. Delaroy» l\in des bienfaiteurs de rétablissement^ ce lustre, comme tous ceux de cette église, est couwrt d'une gaze argentine. Ou dirait, une gaze de soie du jaune le plus frais. Sans voiler aux yeux ces beaux ornements, elle les défend de la poussière et des atteintes de rbumidité.

De la chapelle de sainte Thévèse oa de la chapelle du tombeau, om n» rok ^e Ie^bd)leaia de la sainte, les murs pektts, <}iielc|ttM n)i^ quaires, quelques bouquets artificielle €M tere^ vers du maitm'^autel portant «ar uiHi; Jondiuoir rëpitaphe d'or.

C^est là, c^est sous cet autel et sous les yenat d^uieeaio»! qoe repoee rutttdCBltaiiiiwqtti ont

le plus agi, le plus pensée le pltts senli^ sinon leplussocÉOfert.

PeDtr^iyisxianfiree saneitiaire avec uô respect profond, «K énation me ; je si^pendais mes pas pour les mdre sourds } je craignais de faire dv bruH comwe lorsque j^entrais dans sa chambre alors qu^elle souffrait et que sa plainte affîoblie me révéhiit sa présence.

Icipkisde plasife: cependant elle estlà^ Âme délicate, esprit suscqstîfale, paix tous soit !

ie TÎas du Grand-Bë et me voici. G^est moi; et si éià lien 0Ù vous ^es, lieu on rien ne trouble ptem la bonne barmonie des jnstes, si de ee lîtu vous nons parliez encore, peutêtre encore^ comme lorsque j^avais le bonheur 4e Ikive quelque chose qui vous étaîl agréable, nae ^inm-vM» : -^ C^st^ biai : je m^y étais attenéna.

¥iMmMsM5 fiafent^ vous êtes mieux là qu^an Clrand^Bé* Si vous n^^es point leveime dans tolMpaya, vous élesMBfedS dans votre famille.

¥ds eo^pératrkea dans k duoité^ vos illes

396 mtmùmMifomm^'iOÊÊK.

en Jésus, vous entourent comme elles vous en* touraient dans vos jardins, quand j^eus Phonneur de vous voir pour la première fois. Elles vont et viennent autour de votre toiiri>e, comme jadis autour de votre demeure ; dles vous ai* ment, elles parlent de vous, elles prient pour vous.

Les vieux prêtres auxquels vous avez assuré un asile ^ un repos précurseurs de celui que vous goûtez, ies secondent.

Lorsque le matin, avec le jour, ii semble tomber quelque chose des cieux; lorsqu^àFarrivée de la lumière, qui est, dit-on, la parole de Dieu, il se fait dans la nature comme une sortie des limbes, comme une résurrection quotidienne; lorsque les chariots des caoH pagnes * arrivent aux barrières qui sWvrent ; lorsque les oiseaux se réveillent avec les hommes sous les feuUles et tes fleurs éclatantes de rosée; lorsqu^un rayon nouveau arrive de la maison des prêtres et va à travers la vitre de la cfai^elle frappw à la vitre de' Pautel

IMÉIWOIUS D'OCTBE*T<HnB. 397

de sainte Célestîne; lorsque la cloche régulière^ et d'un son aussi pur que Faurore naissante et que le dbant des oiseaux dans les arbres^ tinte Fheure de la prière et appelle à Péglise vos religieuses et vos prêtres ; oui, alors n'entendez*vous pas leurs voi:^, les oraisons de la messe qui se célèbre en quelque sorte sur votre tombei et où vous ne manquez jamais d'avoir un recoanaissant m^Vi»ei»^o ?

Ëcoatez^ c'est le pas de vos religieuses^ de vos vieilles, femmes qui s^2q>prochent de la table sainte en vous bénissant. Elle reçoivent le pain des anges en pensant au pain des hommes que voii« avez donné aux pauvres, et, après l'avoir distribué en votre nom, eUes se figdrent faire ^aemre la cène et communier avec vous.

Youfi ik'ea êtes pomt séparée.

Repé^ qui manque ici^ René lui«^même est niaint^ant auprès de vous. Le . voyageur a trouvé le terme de sa course et l'idéal de ses voeux. L^tnsaitkble rêveur est e^n rassasié : au lieu de plaintes, son âme inquiète^ nmnter

nant apaîsée, ne rand plus que des bysmes.

Unis plus que jamais, vous vous aimez dans la lumière et bien au-nlessus de ces étoHes que les télescopes de l'Observatoire^ 'Voisin de Marie-Thérèse, atteignent à peine an fond des deux.

Si maintenant le lecteur veut faieof se rappeler ce que j^ai dit cî-dessus^ il sfvra nm^idée de rintérieur de M .et madame ée CbateauMaed , et c^est pour marqim* la $péciaHté4e cef in«é« rieur, du caractère et des habitudes des demc illustres époux, cpie je n^ai pas or^fnt de deseeiH dre dans des détails qm sans ce Imt auraient pu paraître légers ou ftMfles.

Tels étaient donc, ^bs cesvècle désestidale et de jouissances matéridles , Tiolérien^ pur ^ la vie simple , les seuls plaosirs de cm deux personnages éminents, de ces deox oalures d^te.

Leur table, bimi servie, éMgaMe, mai» simple couMne tout le reste, receniic paKIoB à dtner qmiqaea parents^ qielques an^Hi, quelques-

prêtrâs^ quelques évêquea* Oa causait jusqa^à hmi henres ; mais jamais de galas^ de grandes srârées, ^le spectaclefi'i jamais de jeux.

Je ne crois pas que N. de Cbateaubriand cou* BÛt les cartes, toujours est-*il qu'il n'en usait pas^ je B^ea ai jauiaîs vu une seule dans la maison.

Cette vie swifilei je le sais, ne devait pas mettre Fauteur des Méqmipe^ d'outre-- tombe à Tahri de la critique lituécaire; mais il me sera*ble qu'un académicien de rÂbbaye-aux-Bois , fui fait mawtenant de la critique dans le Constitutionnel^ est aile plus loiq* Je le savais fin el apirituei, inais non m^cbaAt ; je x^e savais pas qu'il eût à se plai»dre4u graQ4 iKimme^ et il ne w^ sectît paa difficile de prouver que la per^ s0n»e di^nguée qui lui a Uvrë des lettres pour laire MA article Ta mal renseigné.

ReBipli poifr le génie vivant, de respects et d'éloge qui n'ont peut-être pas été iuuiiles, pmirqttoi le traiter ainsi lorsqu'il est couché t lorsqu'il n'a. plus de voix à rA.cadémie?

4oo hémoires D'ounuB-TOiniE.

Le critique n^en parlait pas ainsi autrefois. H sait sans doute ce qu^il en a dit lorsque les Mémoires furent annonces au public et lus chez madame Récamier pour la première fois.

Rien ne me serait plus facile que d^opposer à chacune de ses attaques dans le Coyistitatiorvr nel de 1850 un éloge tiré de Tarticle qu'il publia sur le même sujet dans la Revue des deux mondes du ^5 avril 1850^ et peut-être dans le National du 5 mai de la même année. Le critique était alors dans le mouvement, et j'ai ses articles, comme ceux de bien d'autres, sous les yeux, et voici comment :

Lorsque les Mémoires furent chez madame Récamier pour là première fois , et annoncés dans les journaux par des citations précédées des articles dont je parle, une personoie placée auprès de M. de Chateaubriand recudtlit ces citations et ces articles en un volume in-8.

Cette personne eut la bonté de m'en donner tin exemplaire : je le conserve d'autant plus précieusement qu'il est peu connu, quoique

MfiMomBS iroimii.Toiiuu m

fait sous les yeux de M. de Chateaubriand.

Il renferme des choses curieuses et je m^en servirai au besoin. Tout ce que je puis dire ici, c^est que le célèbre critique da Constituthfmel réfuta d'avance ses méchancetés avec une verve que )e ne saurais atteindre.

Dans notre dernière entrevue, Tithistre vi-* comte me fit promettre de PaHer voir sur- le Grand-Bé et d'être fidèle à sa mémoire. J'ai accompli la première partie de ma promiesse : il me reste à tâcher d^aceomplir la seconde.

M. de Clttieaubriand daas «en çriiinet. «- Ses occttj^iioii^

quand il éul cessé d'écrire. -< Ses lectures. — Set mémoires.

Si je ne suis pas ûu bon écrivain, ce n^est faute ni de bonnes leçons, ni dHllùstres modè- ^Ies. J'ai eu du moins cette chance ici^bas de voir de près les grands hommes, de les voir à Toeuvre, d^étre initié aux mystères de leurs études, aux conceptions de leur pensée, et de travailler même avec eux.

Xn. 26

9m de t«<nps Rpr«s mop arrivée à Paris, M* <)e Cliateaubriaad, devioaot 1119» go6(s et

rçq^rçbw PQUps#» £U94(i9ffMtorigMff comme ii 1^ dit liiiH!K){ime à )» fia de la pF^««<

Il m'a fait ensuite cinq fois Fliannwr d9 me nippeler auprèt» de lui eo qualité d^ secrétaire et de coupagpon de voyage,

(la roijyte coiamç dam ^on cabiaet, lovsqii^U était ^nt, qfiCil avait queiqnlvn doDt re»prit lui çaAV^uait et qu'il jugeait cai^^ble de q9p^ verser, M. de Chateaubriand, si réservé, même si taciturne en public, aimait qu'on lui tint conywBs^ofk ûu quW lui fit des leioAurea, surtout lorsque épuisé par Tâge il ne composait plus ou presque plus^

Trop affaibli pour pouvoir créer et produire encore, trop actif pour pouvoir restçj[*ji^r|i^^ son esprit toujours vif, toujours Inmioeux, aimait à s'exercer sur toute chose, ipais à sou aise et pour ainsi dire sans se déranger^

Il aimait à revoir ses travau^K» à relire les

vieu)^ )ivr»9, et parfois à conuaUre laa nouveaux ftur IfMqufiU il me obargeaît de lui ftire c}«s rapport» détailléa avM das létatbna dqs {Myswgtfl )(M plM frappwt»*

T0«|Qttra (dein de 6«as et d« goAt^ d'iui goût phi9 «éY^ qiie}aniiiiat il M plaisait» îl excellait s«f toirt à Qûrriger, abvéger et perFeor tioiwef.

Dans oes délataeiaeiits de toute une Tie de tnYall, ou plntât daniem ocoupatkms dermei^seten quelque scHte posthumes^ oeque M. de Chateaubriand aimait le plus, c'é|ait la va<^ riiétë.

Cependant» au nombre de ces lecturea^ de oes ooQYWsations^ il en était de longue kileine , il en était qui nous prenaient non-^seolement plusieurs jours^ maia mâqie phiaieurs aitoifi.

De ce noBihre étaient la leoUir^ raiaraoée de ses OEn^ns a^mplH^y dont il déaira tou*jours donner une nouvelle et dernière édition avec préfaoes et notes nouvelles; la révision de

404 MÉVOIUS D^OOTU-TOMBE.

ses Mémoires^ et puis enfin la lecture comparée des plus beaux livres antiques, et quelques autres recherches qu^il m^avait com* mandées on consallées, dont ensuite il me demandait compte, sur lesquelles il me donnait son avis, ses vues , et qui à la longue sont devenues des ouvrages entre mes mains.

Quand c'était les propres ouvrages de M. de Chateaubriand que nous lisions, presque à chaque phrase il appelait la critique et offrait la discussion. Ceût été le désobliger que de n^y pas répondre, et il se fût bientôt aperçu si Ton n'avait eu que Fintention de lui complaire et de le flatter.

Ainsi mis en demeure, je lui disais toute ma pensée, que je n'eusse pas toujours osé lui dire de mon propre mouvement.

Bien que je n'épargnasse rien de ce qui me semblait susceptible de critique, il me disait souvent : — * Monsieur, ce ne sont pas vos éloges, c'est votre pensée que je veux.

— Mais, M, le" vicomte, sr ma pensée se

MÉMOIRES p'OUTRE-TOMBE. 405

trouve être un éloge sans cesser d'être vraie, que faut-îl faire ?

— Rengainer, monsieur, et passer outre.

Je passais doQC; parfois aussi je m'arrêtais, et ce n^était pas pour louer.;

Quand il trouvait que j'en disais trop, il mVrrêtait et soutenait son dire par des raisons et des développements dont Fintérêt ajoutait à celui de ses chefs-d'œuvre.

J'aurais voulu que l'univers entier assistât à ces explications, à ces commentaires vivants d'un homme de génie sur ses œuvres ; c^eùt été le meilleur cours de philosophie, d'érudition et de littérature.

Quant à moi, j'écoutais de toutes mes oreilles et je prenais dés notes ; pour mieux dire, j^écrivais sous la dictée du grand écrivain, découvrant les ressorts de son art sur lesquels il était généralement si discret.

Je croyais entendre. Homère raisonner sur la poétique, sur le style, Platon sur les idées.

Quelquefois c'étaient des digressions sur les

405 MÉMOIRES D'OCTRE-TOMBË.

lieux dont il parlait et stir les voyages quil avait faits.

C'est ainsi que nous avotls relU toutes ses œuvres, dont il avait à CcBUr de dôimet* une dernière édition et doht il mindiqbiit les plissages qu'il voulait modifier, II ne Itii à pas été donné de réaliser ce projet, qui le préoccupait et dont il parlait souvent.

Ceux de ses héritiers qui ont eu la grande édition du Génie du ChPistiaiïiimëy qui devait se trouver dans le placard à gauche de la cheminée de &a thambre à côiSchèr, peuvent regarder; peut-être trouveront-ils encoi'è, surtout au commencement du |>remief vdldtne, des coups de crayon donnés sur ct^rtiins passages s c'éttut le signe des supprefisiofts, rébauche de Sédition projetée.

kl n'oubliait pas non plus qu'il ne serait plus là pour corriger les épreuves et pour donner une nouvelle édition des Mémoires t C'est pour cela qu'il lés remaniait et les retouchait Incessamment.

Mtlf OEBl» D'CWTBM-tOlItBiS. 407

Piarfois même) datiB son ardeur tonjours croissâiite de revoir et d^abréger^ il les bonle^versait iitt point de ne s^y plus reconnaître.

C'était facile de la |>ari d'un vîetUard dont la mémoire était peut-être la faculté qui avait le plus souffertj c'était d'autant plus facile^ que les feuilles de son manu^rit de douze volumes étaient volantes et non numérotées.

C'était surtout quand nous étions séparés que le désordre, se mettait dans l'immense manuscrit, car il était presque jseul à le manier alors, et il le maniait si rudement qu'il confondait tout.

Il enlevait ça et là une ou plusieurs pages, il en déplaçait d'autres, et ne pouvait plus et même ne s'occupait guère de les remettre.

Il ne s'occupait guère plus de combler les lacunes résultant de ses suppressions et de faire les liaisons entre les parties qu'il consér-> vait.

Parfois il parvenait à opérer une telle coti-^ fusion, qu'il était obligé dé s'arrêter.

408 MtMOam D'COTBB-TOIIM.

Alors il disait, comme dliabilode, à François Louiset, son fidèle serviteur, qm peoi Tattesto* : ^ Il faut aller cberclier Daniélo.

François Tenait, et Doiiëlo allait.

Quand f arrivais, M. de Chateaubriand m^accueillait par ces mots bien simples^ mais qui me semblaient bien touchants, qui m'^allaieni au cœur et me faisaient oublier bien des choses : .

— Venez, venez, me criait-il dès la porte :

je ne sais plus où j^en suis.

Cet aveu paraissait le peiner, çt, pour en éloigner sa pensée, je m^empressais de répondre : — Hë bien , monsieur le vicomte , nous nous mettrons tous deux et nous essayerons de nous retrouver.

— Vous vous retrouverez bien seul ; quant à moi, jV renonce.

— Diable! me disais-je de mon côté, en regardant sa grande table en cœur de chêne toute couverte de portefeuilles enta&sés, évenlrés et

vomissant de toutes parts leurs feuillets égarés et dépourvus de numéros.

Le vicomte, qui avait entendu l'exclaniaikm involontaire qui venmt de m^édiapper, et ne me voyait pas trop rassuré au milieu d^iin chaos si complet, me disait de sa voix la plus fine : — Non, monsieur, vous verrez que ce rfest pas le diable : un homme comme vous n^a pas besoin que des pages soient numérotées pour savoir si elles se suivent : le sens le guide. Les savants déchiffrent parie contexte le6 mots d^un passage tronqué et 4^une inscription fruste; vous êtes un savant, monsieur, et vous ferez comme eux-

Ce compliment, peu désintéressé et légèrement ironique, me faisait rire, mais rire un peu jaune.

Le vicomte en était peu touché : — Le contexte, le contexte, ajoutait-il sans quitter son sour«re aussi doucement malm que le mien était piteux.

~ Le contexte, monsieur le vicomte, c'est

4to MtiKHMB roinruMmlK.

bon quand il n'y a que peu de pages, mais

quand il y a des volumes, une doucaine de vo-

InttieSê**

-^ Bah 1 TOUS vans en tireree bitin.

-^ Mais si je vais mettre des pages du onzième volume au preïnîer, et dd neuvième au seeond ?

-— Vous aveK trop d^esi^rit pour cda, mon^ sieur.

— Vous êtes bien bon, monsieur le vicomte, cependant il faudra mdr prêter Paidè du vôtre ; et quand j^àurai rassemlMé des pages qui m^auront ptiru se suivre, il foudra que Vous y donniez un dernier coup d^œil, si mieux n^aimez en entendre la lecture, afin de juger si ça va bien.

— C'est une nouvelle lecture des Mérimires que vous me proposez? Quand v^tre travail sera fini, nom verronSé

fit je me mettais, non pour la première fois, à la tâche la plus ingrate du monde : celle de remettre en ordre pkisseurs milliers de feuillets

ttÈUOmtSS h'OtJThÈ-fùÊSbE. 411

brottilléd comme k pinhif et par la main des fées.

Quand H vôyftit thbtï embftt-ru m comble H mes mains pleines de papiers dont je ne ratais que fÀîfé^ lAon tf ès^graciét»! et trës-impitoyable patl^on mëdiâAit àrèc title cfilàlitë charmante t — Hé bien ^ monsiëtir, nous arançons, à ce qu^il me semble, et ce sera bientôt fait?

^ Pas dé êi tôt^ monsieur le vicomte.

— N^importe : nous avons le temps.

Quand j^eus enfin terminé, je dis : — Mon* sieur le vicomte, je crois que c^est fait; mais, pour m^assurer que je ne me suis pas trompé, il faudrait me permettre de vous lire au moins les passages dont je ne suis pas sûr.

->« Lisons le lovt, si vous le voulez 4

•*-i- NouÀ avoDB d^à relu ^ monsieur le vfcomte«

^ Oui, monsieur, mais vous liaez si bien, que je me plais à vous entendre*

•^ G^est bien différât, monsieur le vtconte, et je ne m'M serais pas douté.

412 BIÉMOmES D*OUTRE-TOBIBE.

Alors nous recommençâmes la lecture inté« grale des Mémoires, en discutant chaque page, que je numérotais ensuite au recto et au verso.

Il en fut de même de toutes les pages, et c^estsur cet exemplaire, comme on peuts^en assurer, qii^ont été imprimés les Mémoires.

Cest ainsi qu^il m^a été facile de coniiaitre les dernières pensées de M. de Chateaubriand et les secrets de son art.

Le manuscrit dé M. Daniélo continue; il entre dans Texposé des idées que M. de Chateaubriand lui suggérait sur les sujets sur lesquels il lui avait conseillé ou commandé de faire des recherches, tels que les Saintes légendes du moyen âge, V Histoire du peuple^ Y Histoire des Maronites et des Druses., les ÉtU"

HtMOIRBS D'OUTBR-TOIIBK. *13

des de iittératur*e orientale ei de littérature comparée j un petit poëme intitulé les Chants du soir^ le Siècle et la vie de la reine Blanche^ — dé Pétrarque, — de François de Chasleuil , gentilhomme de Provence et solitaire au Liban, etc.

Maijs notre volume est complet, et nous arrêtons ici nos citations. Nous les avons prises dans les passages du manuscrit q/ai concernaient particulièrement le caractère, les habitudes< et Tintérieur de M. et de madame de Chateaubriand. Ces habitudes et cet intérieur ne ressemblaient pas à tous les autres, et c^st pour marquer cette différence d^une manière toute particulière que nous avons cité de petits tableaux domestiques qui sans ce but spécial auraient peut-être pu, malgré leur grâce et leur vérité , paraître un peu légers aux lecteurs des Mémoires.

 coté de ces détails familiers se trouvent des passages qui s^élèvent au ton le plus haut et aux questions les plus vastes, comme on le

414 UrtWKWMW J^OCTBIl^TQMii.

yarro 4a0s Touvrtge que M. Daniélo doit po^ blier à part «pus ce Ulre : 1^ t>wnik)W Çw-' versatiom de M. de Chaieauiriand,

Les ÈditeoK, E. et T. PENAUD frères.

fm M BOUZIÈMB ET DllUam YOLUIIB.

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