‹ Mémoires d'un aide-major sous le premier empireChapitre 41 sur 53 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

État lamenlalilo dos déhris de rarnit3c française. A Saint -Ji-an- Pied-de-Port. — Cupidité punie de notre direclenr général. — [ A Orthez. La ])onne famille Lalanne. — Renforts annoncés à l'armée d'I"]spagne. Le duc de Dalmatie revient prendre le commandement. Réorganisation. — Mutations successives. Départ pour Bayonne. — A l'Hôpital militaire. — .le ramasse un fragment de lettre adressée « au grenadier Salnion dti ^i" de ligne ». A la recherche de mon bienfaiteur. Trop tard! Douleur cruelle. — Au camp de la Baïonnette. — Relais à Orthez. Kncore les Lalanne. Touchante hospitalité ! — Ma division rejoint la flrande Armée. — A Langou. L'aulicrge des Trois-Rois. Rencontre de D. Cayetano en galante compagnie. Jalousie de l'e.v-chanoine. La baronne. Dépit de D. Cayetano. Nous nous quittons mal. — Les prisonniers espagnols très bien traités en France. — A travers la province. — A Fontainebleau. Abdication de l'Empereur. — Anciennes connaissances de la Vicillc-Castille et de VArgonaute. Le capitaine de Montchoisy. — Placards invitant les soldats à déserter. .Y Verneuil. — Brigands de la Loire. — Retour à Paris. Je rentre à Avignon. — Sedaine a tort !

Je ne i)uis exprimer la joie que j'éprouvai en revoyant la France. Du haut des montagnes de Roncevaux je planais sur de riches campagnes couvertes de troupeaux. Des vaches, des chevaux, des poules, des pigeons, se promenaient ou voltigeaient auprès des fermes. Hélas! depuis longtemps on ne pouvait jouir de ce spectacle eu Espagne! Lorsque, enfin, je vis ces mots écritsen grosses

lettres sur un mur : Premier village français, je n'osais en croire mes yeux. Je m'arrêtai un instant pour respirer l'air de la patrie

Après avoir pris possession du sol français que je revoyais après tant d'infortunes, je tirai Cayetano de sa rêverie.

— Allons, mon ami, quillcz ce flegme espagnol. Nous voici en France. Abordez votre nouvelle patrie avec un air riant.

— ■ Vous avez raison, me dit-il.

La conversation s'anima. Le chanoine avait retrouvé sa gaîté ordinaire. Nous doublâmes le pas. et mon compagnon était tout à fait en belle humeur quand nous arrivâmes à Saint-Jean-Pied-de-Port. Avant d'entrer dans cette ville, le chemin est étroit et plus bas que les terres qui le bordent de deux côtés. Nous fûmes obligés de nous ranger dans l'angle d'un petit mur pour n'être pas écrasés parles fuyards qui se précipitaient en foule sur la roule, et par les chevaux et mulets qui formaient alors tous les moyens de transport de l'armée. Il n'existait plus un seul fourgon ni une seule voiture.

A Vittoria, la veille de la bataille, on avait ]myô deux mois de solde à tous les officiers de l'armée pour alléger les fourgons du trésor. Les officiers d'infanterie chcrrhaiont de l'or à tout prix. Notre directeur général profita de celte circonstance et s'empressa de changer son or contre de, l'argent, prenant le quadruple pour cent dix francs au lieu de quatre-vingts, convertit ainsi en argent cinquante mille francs d'onces d'or. Sa voiture et son fourgon restèrent à la bataille. Le directeur général se sauva â pied et sortit d'Espagne comme il y était entré.

Quelques jours après mon arrivée à Saint-Jean-Pied- <l('-Port jo fus dirigé sur Orlhez, ofi l'on me logea chez

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>l. Lalanno. riche propriélaire.qui exi)Ioitait lui-même ses domaines. Il avait auprès de lui sa jeune sœur, son frère commandait un régiment de gardes nationales à Hayonne. Les mœurs patriarcales s'étaient conservées avec toute leur pureté dans cette respectable famille. Elle me reçut d'abord avec une [tolilcsse pleine do franchise et d'amabilité, me traita bientôt comme un ami de la maison, et peu de temps après comme un frère. Il est impossible d'exercer l'hospitalité avec plus de loyauté, de prévenances et d'affection. Il m'est agréable de pouvoir exprimer ici toute ma reconnaissance pour ces dignes compatriotes, pour ces amis précieux, et c'est du fond du cceur que j'accomplis ce devoir.

En apprenant la défaite de Viltoria l'Empereur écrivit à son frère Joseph qu'il allait lui envoyer une autre armée et un autre général. L'armée promise n'arriva point, et le maréchal Soult revint pour prendre le commandement des troupes françaises qui avaient échappé au désastre de- Vittoria et des corps qui évacuaient la Catalogne et la Navarre. Le duc de Dalmatie réorganisa l'armée d'Espagne. Comme le personnel de l'administration était trop nombreux depuis que l'on avait réuni les débris dos trois armées, beaucoup d'employés furent envoyés à l'armée du Nord. Dans cette réorganisation. M. Hlondol fut remplacé par M. Jacob. Celui-ci commença par détruire tout ce que son prédécesseur avait fait : c'est l'usage. Il disait que nous étions des mauvaises têtes, parce que nous avions témoigné ù M. Blondel tout rattachement que 00 chef méritait. M. Jacob m'éloigna d'Orthez, oii je me trouvais fort bien, pour m'attachor à la 7* division, commandée par le général Maucune. Je partis pour Hayonne. J'étais depuis quelques jours dans cette ville lorsque j'appris que mon ami Forget était ;\ Laonce. J'allai le

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visiter. J'avais déjà parcouru plusieurs fois les salles de l'hôpital avec Forget. Mais comme je m'y présentais en amateur, aucun malade ne m'était connu. Je passais et repassais devant les lits sans m'occuper des malheureux que d'autres devaient secourir. Le service était d'ailleurs fait avec beaucoup d'exactitude. Un jour, c'était, il m'en souvient, le 2i août 1813, j'entrai dans le jardin de l'hôpital. Il avait plu le matin et parmi beaucoup de papiers que l'on avait froissés et jetés dans un coin, je vis un fragment de lettre que la pluie avait collé à terre. Ce papier était en quelque sorte affiché pour se présenter à mes regards. Lavés par l'eau de la pluie ses caractères, d'une forte proportion, n'étaient couverts par aucune saleté. Ils frappèrent ma vue et je lus avec la plus vive émotion : « A Monsieur Salmon, grenadier au 2i* régiment de ligne, 'S" bataillon, V compagnie. »

Enchanté de celte découverte je rentrai à l'hôpital. Je trouve le lit du grenadier; mais, hélas! ce brave était mort la nuit même des blessures qu'il avait reçues à Yittoria! Ce funeste événement, la fatalité qui privait ce guerrier généreux des secours d'un ami, secours bien précieux dans un hùpilal militaire, où le grand nombre des malades empêche que l'on ait pour chacun d'eux tous les soins que leur état réclame, la joie que je venais d'éprouver en retrouvant la trace de cet excellent homme, tout s'unit pour rendre ma douleur plus cruelle.

A Saint-Jcan-dc-Luz on me dit que la 7*^ division que je cherchais, était au camp do la Baïonnette. Il était nuit quand j'arrivai sur ce champ de bataille : j'y cherchai vainenieni la 7" division. Après avoir parcouru les taillis et tourné jusqu'au moindre buisson, je vis que la troupe no m'avait ])oint attendu, puisqu'elle ne répondait point

sous LE puemif:r EMI'IRI: 2r,3

à l'appel. Je me couchai au pied d'un arbre, espérant (juc l'astre du jour éclairerait mieux mes recherches que la lumière incertaine du disque argenté de Diane. Le lendemain je rencontrai un général qui me mit sur hi trace de la 7'^ division. Je descendis la montagne et trouvai enfin le quartier général de cette division à Urrugue, petit village basque.

On me logea dans une ferme située au pied des Pyrénées, à une demi-lieue d'Urrugue, ayant nom Campo- Bayta.

Quoique la ferme de Campo-Bayta fût très peuplée, j'y vivais néanmoins dans un isolement complet. Je ne pouvais m'entretenir en aucune manière avec des paysans qui ne me comprenaient pas et dont j'ignorais le langage. La lecture m'aurait procuré quelques [distractions agréables, mais il n'y avait pas de bibliothèque à Campo- Bayta. Désespérant de trouver des livres, j'imaginai d'en écrire un pour employer les heures qui me restaient à dépenser après mes promenades et les courses que je faisais sur les montagnes pittoresques et fécondes pour un botaniste, qui m'environnaient. C'est là que je burinai avec une méchante plume de dinde les Mémoires que l'on vient de lire. Cette circonstance fera sans doute pardonner les négligences de style que la critiiiuc y remarquera sans nul doute.

Mais revenons à Campo-Bayta pour le quitter à l'approche de l'ennemi, (|ui nous j)Oussa vers Saint-Jean-de- Luz, et quelques jours après surBayonne, où je retrouvai mon ami Forget. Le 15 janvier 181 i la 7^ division, commandée alors par le général Villate, reçut l'ordre d'aller joindre la Grande Armée. Je passai par Orlhoz, ol j'allai directement chez M. Lalanne , qui me rorul connue si j'avais été son fils. Les soins les plus alVeclueux mo fiircnl

2oi MÉMOIRES D TN AIDK-MAJOR

de nouveau prodigués et l'on voulut à toute force me laver les pieds, selon la coutume des anciens patriarches. C'est en vain que je tentai de me dérober à cette cérémonie. 11 fallut obéir et laisser accomplir le vœu du maître de la maison. Notre division partit d'Orthez sur des charrettes traînées par des bœufs. 11 semble d'abord que cette manière de voyager ne convenait guère à des troupes que l'on voulait faire arriver en poste. Mais les soldats allaient nuit et jour, n'éprouvaient aucune fatigue, et la continuité de la marche faisait qu'ils avançaient avec une certaine rapidité. Les non- combattants reçurent des feuilles de route pour aller à leur destination à petites journées. Monté sur mon coursier rapide, je pris le chemin de Bordeaux.

A Laugon je logeai à l'auberge des Trois-liois, près du port. Tandis que je me reposais dans le salon en attendant le souper, j'entendis un voyageur qui se disputait avec l'hôte. La voix du pèlerin ne m'était pas inconnue. Son accent espagnol me l'avait à peu près signalé quand j'entrai dans la cuisine, et je vis mon chanoine de la cathédrale de Séviile, le familier du Saint-Office, le senor D. Cayetano qui faisait le tapageur depuis qu'il avait endossé l'habit militaire. Il criait comme un enragé, menaçait de casser les plats et les assiettes si l'on ne s'empressait pas de lui donner à souper. 11 redoutait surtout ({ue le lièvre qui tournait devant un feu très ardent, ne se consumât.

— Un lièvre ti-oj) cuit est un morceau détestable; aut.uit vaudiail manger un hareng.

Je suri)ris mon ami et l'embrassai au moment où il lAchait avec force et conviction cet axiome gastronomique. Je ne l'avais jusqu'alors jamais vu qu'en soutane. Le frac aux boutons d'or, le chapeau militaire, le pantalon galonné,

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les boites cperonnées et l'épée avaient inôlamorpliosé le clumoinc en officier (rctat-niajor et ses cheveux courts et sans poudre ne laissaient apercevoir aucune trace de la tonsure et de la Irisure en 6cuclle arrondie. Il était méconnaissable et je dois dire qu'il avait tout à fait bon air. La tournure même n'annonçait pas un ex-inquisiteur. Chargé par le duc de Dalmatie d'une mission administrative, D. Cayetano allait à Bordeaux et voyageait avec une jeune et jolie dame (jue les habits d'homme qu'elle jtortait rendaient encore plus séduisante. C'était, tlisait-il. la femme d'un colonel espagnol au service du roi Joseph. Son mari avait été tué dans les derniers combats et elle s'était mise sous la i)rolection de D. Cayetano, qui devait la ramener en Espagne quand les circonstances le permettraient. Dans ce temps-là les dames (|ui couraient le monde avec des militaires, des employés ou des chanoines, étaient toutes femmes ou veuves d'ofliciers sujjérieurs, de colonels surtout. Les unes allaient joindre leurs maris, les antres se retiraient dans leur famille.

Je soupai avec I). Cayetano et sa jolie amazone. Le lendemain nous nous embarquâmes sur la Garonne avec cinq autres passagers. Le bateau n'était pas grand. Il contenait, en outre, mon cheval et les montures de trois denos compagnons. Toutes les fois qu'un quadrupède remuait, le bateau s'enfourail d'un côté ou de l'autre, et semblait près de chavirer, ce qui nous donna très souvent de vives alarmes. Le hasard, ou peut-être une volonté réciproque fit que je me trouvais assis à côté do la belle Espagnole. Le bateau était découvert et mouillé. J'étendis mon manteau sur le banc afin que la sefiora fut plus commodément assise et que l'humidité ne vînt pas altérer une santé si florissante. Elle fut sensible à la galanterie et poussa la reconnaissance jusqu'à me donner

la moitié de sa cape pour me garantir des injures de l'air.

Nous voilà donc enveloppés dans le même manteau. Assis devant nous, Cayetano enrageait et ne pouvait déguiser son impatience. La dame ne fut pas la dernière à s'en apercevoir, et soit pour montrer qu'elle n'était pas sous sa dépendance, soit qu'elle voulût s'amuser de la jalousie comique du chanoine, elle se montra d'une gaîté folle et ne cessa de me faire mille agaceries tant que dura notre petite navigation. Cayetano ne pouvait plus contenir sa mauvaise humeur.

Nous arrivâmes à Bordeaux avant la nuit. Je suivis un commissionnaire qui me conduisit à l'hôtel de Lot-et- Garonne. Cayetano boudait et ne voulut pas y venir. Il s'empara de sa belle Espagnole et se dirigea du côté opposé. Je courus après cet ancien ami, je lui pris la main.

— Nous allons nous séparer, i)eut-êlre pour toujours, lui dis-jc. Je ne voudrais pas vous quitter de cette manière... Vous me ferez l'honneur de dîner demain avec moi ?

— Je ne sais pas.

— Mais encore !

— Je ne puis rien vous promettre.

— Au moins nous nous reverrons?

— C'est selon.

Après ces réponses ambiguës il se sauva bien vile. Je ne l'ai plus rencontré, je n'ai même jamais plus entendu parler de lui. Les Espagnols sont jaloux et cette aventure me jirouva que les chanoines le sont autant que les maris, cl même davantage.

En passant à Angoulême nous rencontrâmes des prisonniers espagnols. Notre auberge était pleine d'officiers de cette nation.

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Quel contraste se faisait remarquer entre les concerts (le louanges et de bénédictions que ces prisonniers adressaient à la France et les cris de douleur et de mort, les hurlements de désespoir qui s'élevaient des pontons de Cadix ! Clic/- nous les captifs espagnols étaient traités avec la plus grande douceur. Nos compatriotes leur témoignaient tout l'intérêt dû au malheur. Libres au milieu des villes, les soldats travaillaient dans nos ateliers, dans nos manufactures. Les officiers traduisaient les chefsd'œuvre de notre littérature pour en enrichir leur patrie, alors affranchie du joug de l'Inquisition. Les presses d'Avignon, de isîmes, d'Alais ont imprimé une infinité d'ouvrages de ce genre. Je crois même que le [loète espagnol Mélendez figurait parmi ces laborieux traducteurs. Les moines que la guerre avait rejetés en France étaient considérés comme des martyrs par les mères de ceux qu'ils avaient fait égorger à \'alence, à Lebrija, à ïruxillo.

Si les habitants de la Péninsule ont déposé la haine implacable qu'ils portaient au nom français, nous le devons à la manière dont leurs prisonniers ont été ti'aités dans noire patrie, et non pas aux secours que la France a donnésàFerdinand VII, en 1823. Les peuples ne sont point assez attachés à leurs souverains pour se montrer reconnaissants, et même pour tenir comj)te de semblables sacrifices à une nation voisine. On avait dit aux Espagnols que nous étions des sauvages, des bêles féroces, des juifs, des hérétiques, des impies. Ils ont trouvé la France plus civilisée, plus réellement religieuse que l'Espagne ; enfin, ils ont vu le contraire de ce qu'on leur avait affirmé. Eu rentrant dans leurs foyers ces prisonniers ont détrompé leurs amis, qui eux-mêmes ont combattu l'erreur si fortement accréditée. C'est ainsi que le i>ou[)le enli(M' a [ui connaître la vérité et rendre justice à notre nation. Malgré

les heureux changements opérés par le retour des captifs, on remarque encore une différence entre les Espagnols qui ont voyagé en France et ceux qui n'ont jamais quitté Séville, Tolède ou Valladolid, et qui par conséquent nous connaissent moins.

Gomme les événements qui ont précédé la prise de Paris sont très connus, je ne les rappellerai point ici. Je vais terminer ces Mémoires, en marquant seulement mon itinéraire au milieu des armées qui se croisaient autour de la capitale. Arrivés à Versailles, nous fûmes dirigés sur Corbeil. Je quittai mes camarades. Je leur laissai mon cheval et ma feuille de route et j'allai à Paris, où je restai quinze jours pourvoir cette ville que je ne connaissais pas. J'y rencontrai mon confrère Bar, de l'armée d'Espagne, et nous partîmes ensemble sans trop savoir où nous allions. Nous prîmes une diligence qui nous conduisit à Meaux, où je logeai chez M. de Corbière. En sortant de cette ville, nous entrions sur le théâtre de la guerre et nous fûmes obligés d'aller à pied. Je mis les choses qui m'étaient le plus nécessaires dans une musette, petit havresac de cuir, et j'abandonnai mon cheval et le reste de mes effets. Nous allâmes jusqu'à Soissons, en passant par la Ferté-Milon. Nous avions pris la route de Laon. Mais à une lieue de cette ville nous rencontrâmes un aide de camp qui nous fit rebrousser chemin, en disant que les Cosaques étaient entre l'armée et nous, et qu'ils pourraient bien enlever notre petite troupe. Cet avertissement nous fit retourner à Soissons. Comme la 7*= division n'était pas de ce côté, nous revînmes à Meaux, où l'on nous dit qu'elle occupait Provins.

Je laissai Bar à Meaux. et me dirigeai sur Provins, où je trouvai la 7"' division. Je ne parlerai point de toutes les

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marches et contre-marches que l'on nous fil faire et qui nous ramenèrent phisieurs fois dans les mêmes villes. A Bar-le-Duc, on nous reçut avec des transports d'enthousiasme. C'est la ville natale du maréchal Oudinot, qui commandait notre corps d'armée. Nous vîmes avec plaisir son buste, couronné de lauriers, [)lacé dans la salle de l'hôtel de ville. En sortant de Bar-le-Duc nous revînmes encore sur nos pas à Saint-Dizier, Troyes, Sens, et enfin à Fontainebleau. Déjà la trahison avait ouvert les portes de la capitale. Il était décidé qu'on ne se battrait plus.

J'ai assisté à la dernière revue de l'Empereur dans la cour du château. J'étais dans le champ oii on rassembla la garde impériale pour choisir les six cents braves qui devaient l'accompagner dans son exil. J'ai vu ces vieux grenadiers verser des larmes et se disputer l'honneur de le suivre. Je reconnus parmi les officiers plusieurs de mes compagnons du ponton la Vieille-CasliUe: MM. Carmier, Vermondas, Gamiot et d'autres encore.

On nous assigna des cantonnements dans la Normandie. En partant de Fontainebleau, je trouvai un bivouac de cavalerie. Un cuirassier s'ollrit à mes yeux, et je lui demandai s'il connaissait M. de Montchoisy :

— C'est mon capitaine, me dit le cavalier.

Je suis SCS pas, il me conduit vers une cabane, et j'ai le plaisir d'embrasser encore une fois le vaillant Montchoisy, le héros de V Argonaute, le frère d'armes du pharmacien.

Dans toutes les villes et dans tous les villages que nous traversions on voyait les murailles tapissées d'affiches el de placards. C'étaient des provocations à la désortiou. Nos soldats se débandaient par centaines et nous avions à la suite de la division six charrettes chargées de fusils que les déserteurs avaient abandonnés. Arrivés à Évroux,

nous reçûmes l'ordre de quitter immédiatement la cocarde tricolore, pour prendre la cocarde blanche, et Ton nous distribua la décoration du lys avec la plus grande libéralité. Quelques jours après je fus envoyé à Verneuil. C'est là que nous reçûmes nos lettres de licenciement. Je revins alors à Paris.

Mon frère Elzéar avait fait la dernière campagne de la Péninsule. Il servait dans un corps d'armée que les chances de la guerre tinrent toujours éloigné des contrées que je parcourais. Aide de camp du général Rottembourg, il était à Burgos, à Valladolid; il commandait la place de Logrono, lorsque je traversais les royaumes de Grenade et de Léon. Après l'avoir en vain cherché sur le territoire espagnol, je le trouvai dans la rue Vivienne, et nous nous préparâmes à regagner nos pénales. J'avais eu ma bonne part des maux de la guerre. On me congédia sans me donner les moyens d'assurer ma route jusqu'aux bords de la Durance. J'étais léger d'argent, mais mou frère aîné m'avait recommandé à son ami D. Saucède, qui m'offrit galamment de me prêter ce dont j'aurais besoin. J'acceptai, et calculai si bien le trajet de la bombe que je fis ma rentrée à Avignon avec une pièce de quarante sous dans ma poche. Elle fut la récompense de l'honnête commissionnaire qui porta ma valise. Après avoir embrassé tendrement père, mère, frères, sœur, oncles, tantes, cousins, cousines, amis, amies, je pris la licence d'affirmer que Sedaine a tort et que son grand cousin dit réellement des bêtises : « La guerre n'est pas une belle chose. » Et pourtant j'en étais revenu!

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