‹ Mémoires d'un aide-major sous le premier empireChapitre 40 sur 53 · CHAPITRE X\I · texte numérisé non relu

CHAPITRE X\I

1813. — L'hiver à Tulwlo. Muguiliques soirées du ilnc tie Diiliiialie. — Le Carnaval. — Le Collège des Demoiselle.*! Nobles. El colegio de las Doncellas. La chasse aux maris. — Richesses du haut clergé espagnol. — Immenses revenus des principaux sièges épiscopaux. L'archevêque de Tolède primat des Gaules. Les millions du trésor de la cathédrale de Tolède respectés pendant toute la durée de la guérie. — Arrivée à Tolède des nouvelles de la retraite de Russie. Kllel qu'elles produisent. Regrets de n'avoir pas fait cette campagne. « Que d'avancement là-has ! ». — Le maréchal Soult, rappelé par l'Empereur, ({uitte l'armée d'Kspagne. Le général (ïa/.an prend le commandement. l)('parl de Tolède {'î(> mars). - Retraite définitive de l'armée à Hurgos (11 juin). Le Tomheau du Cid et le général Thiéhault.— Notre infériorité numérique. Le corps du général Claiizel nous rejoint trop tardivement. Matériel immense trouvé à notie suite. — Manœuvres des Anglais pour nous couper la route de France. Bataille de Vitloria (^l juin). Heureux déhuts de la bataille. La cavalerie anglaise charge noire l)arc d'artillerie. Immense désordre dans le convoi et les bagages. Panique. — Cent ciniiuante pièces de canon et deux mille voitures, fourgons, charrettes, tombent an pouvoir de l'ennemi Soldats français et anglais emplissant leurs pttches d'or sur le champ de bataille près des caissons éventrés. — Retraite en désordre de l'armée française. Alfreux épisodes. Rencontre de D. Cayetano. Ha profonde douleur. — Nourris de fèves. — Arrivée à Rampelune (-21 juin). — Rentrée en France. Vive émotitui.

Nous devions passer l'hiver à Tolède. Le maréchal duc de Dalmalie donna des soirées niacrnifiquos pendant le carnaval. Toutes les dames de Tolède y furent invitées et

particulièrement les pensionnaires del cofegio de las Donrellas. Ces demoiselles y venaient simplement vêtues de leur modeste robe de laine grise et blanche, et n'avaient d'autre parure que les grâces de la jeunesse et la candeur de l'innocence. Mais qu'elles étaient belles!

Les demoiselles que l'on élève dans ce colegio appartiennent à des familles nobles et i)auvres. Le gouvernement fait les frais de leur éducation, mais ne leur donne point de dot. Il faut qu'elles s'industrient pour attraper un mari, si elles ne veulent pas rester au collège toute leur vie. Bien que cet établissement soit dirigé par des religieuses, l'accès est facile et les hommes peuvent le visiter intérieurement. Quand je m'y présentai avec d'autres Français, soixante jeunes beautés vinrent se grouper autour de nous, chacune faisant valoir ses moyens de plaire. On assure qu'elles sont d'une sagesse irréprochable. Elles veulent absolument faire la conquête «d'un mari ». J'en ai vu cependant par la suite plusieurs qui voyageaient à la suite de l'armée française et qui n'avaient encore trouvé que des « amis ».

Le clergé d'Espagne est très riche. Les archevêchés et certains évêchés ont des revenus immenses : celui de l'archevêché de Tolède s'élève à trois millions de francs. L'archevêché de Saragosse est un des moins dotés et rend six cent mille francs; l'évêché de Murcie, cinq cent mille francs; les canonicats de Tolède sont d'un revenu de vingt-cinq mille francs; ceux de Valence, de quinze mille francs. Certains couvents ont six et sept cent mille francs de rente. Madrid est du diocèse de Tolède et n'a par conséquent pas de siège épiscopal. I/archevêque de Tolède est primat de l'Espagne. La caihédrale de cette ville possède un trésor dont la valeur ne peut s'ai)précier en millions. La quantité d'argent, d'or, de dia-

SOLS LE I' 1', i: M 1 1: i; kmi'H; i: iiyj

niants, de pierres précieuses qu'il renferme, tient du prodige. La plus grande partie de ces trésors avait été cachée. Et comme Tolède n'a été le théâtre d'aucun combat pendant les campagnes de 1808 à 1813; qu'il n'y a pas eu môme d'émeute populaire qui pût fournir un jtrétexte de dévaslation et de pillage, toutes ces richesses sont restées parfaitement intactes. Les Anglais mêmes, les plus grands déprédateurs de l'Espagne, les ont respectées.

Quand l'armée française arriva pour la première fois à Tolède en 1808, l'archevêque y était encore. Je le vis officier alors. Ce prélat était l'oncle du roi Ferdinand. Il était seigneur d'une infinité de villes, bourgs et villages. Les chanoines étaient aussi de petits seigneurs. Presque toutes les maisons de Tolède leur appartiennent. Le pape et le roi d'Espagne étaient chanoines honoraires de cette métropole. C'était un beau titre sans doute, mais un roi pouvait fort bien s'en passer. Le palais archiépiscopal est près de la cathédrale. Il est magnifique; le maréchal Soult l'occupait.

Tolède a i)lusieurs belles promenades. En hiver on recherche le soleil. Un jour du mois de février, nous aperçûmes de loin un groupe d'officiers français qui se pressaient autour d'un aide de camp du duc de Dalmalie. Cet aide de camp arrivait de Madrid et nous apprit les désastres de l'armée de Russie. Cette nouvelle se réj>andit à l'instant parmi les Français et les Espagnols. Il est facile de se faire une idée des effets divers qu'elle produisit sur les uns et sur les autres. Les gens du monde, qui ne savent pas ce que c'est que la vie militaire, penseront sans doute que les officiers français de l'armée d'Espagne, au récit de cette terrible catastropiio. s'estimèrent

2i0 MÉMOIRES D TN AIDE-MAJOR

lieureux de ce que la fortune les avait retenus dans un climat tempéré et s'applaudirent en secret de n'avoir pas fait partie d'une expédition dont les succès et les revers avaient été si près les uns des autres- Point du tout : il n'est aucun de nos officiers d'Espagne qui, dans ce moniont, n'eût voulu se trouver à l'armée de Russie. Ils ne regrettaient pas d'avoir manqué l'occasion de s'ensevelir sous les neiges de Krasnoë, ou de se noyer dans la Bérésina. Mais ils portaient envie à la gloire immortelle de leurs frères d'armes, aux récompenses que les restes de cette malheureuse armée avaient si bien méritées et si chèrement payées. On n'entendait pas nos ofliciers d'Espagne s'écrier :

— Que nos camarades de Russie doivent avoir souffert ! quels dangers n'ont-ils pas courus! quelle infortune! quels désastres!

Au lieu de ces exclamations nuillipliécs, on n'en entendait qu'une seule :

— Que d'avancement dans cette armée ! ! !

Chacun se transportait en idée à l'armée de liussie et s'imaginait être du petit nombre des survivants. Voilà ce qui fait les bons soldats, les héros intrépides. Dans toutes les entreprises, ils ne considèrent que la gloire, jamais le danger.

L'empereur était à Paris; on levait trois cent mille hommes en France, ^*apoléon, voulant rassembler ses plus habiles généraux, rappela le maréchal duc de Dalmatie, qu'il se plaisait à nommer son premier manœuvrier, titre non moins flatteur que celui de brave des braves dont il honorait le maréclial .\e\ . Le duc de Dalmatie partit de Tolède et laissa le commandement de son corps d'armée au général de division comte Gazan. Tous ceux qui avaient conservé quelque espoir de retourner en Andalousie

SOLS LE PRLMIKi; K M I' 1 K K iil

furent forcés d'y renoncer. Les désastres de la grande armée qu'il fallait réparer promptement, les hordes du Nord qui menaçaient nos frontières appelaient nos troupes sur d'autres points, et l'on ne pouvait plus attendre les renforts dont nous avions un si pressant besoin. La retraite devenait pour nous inévitable et les moins clairvoyants avaient déjà présumé que toutes nos forces d'Espagne allaient se réunir sur le Duero.

Partis de Tolède le 26 mars 1813, nous fûmes rendus à Madrid le 27. Le 10 avril je partis de Madrid pour me rendre à Arrevalo. Je restai dans cette ville ou dans ses environs jusqu'au 18 mai. Le 20 j'étais à Toro, où l'on me logea chez un prêtre aussi fanatique que le moine Tadeo, qui poignardait nos camarades du ponton.

En arrivant à Burgos le 11 juin je fus très surpris en voyant au milieu de la promenade de VFspolon un monument tout neuf qui n'existait point lorsque j'avais passé dans cette ville pour la première fois en 1808. C'était un tombeau assez mesquin sur lequel on lisait l'inscrijitiou suivante, en gros caractères :

Le général Thiébault, gouverneur des deux Castilles, a fait transporter ici les -restes du Cid et de Chimène, avec les débris de leur tombeau.

Ce tombeau était auparavant dans l'église de la Chartreuse de Burgos. Était-ce pour ajouter à la gloire de D. Rodrigue que le général français s'empressa de produire les restes du héros castillan au grand jour? Craignait-il que l'Espagne reconnaissante ne perdit le souvenir d'un brave qui l'avait sauvée ? Ou bien voulait-il que lo nom de Thiébault, que beaucoup de gens ignoraient sans doute, parvînt à la postérité sous le patronage du vaiu-

qiieur des Maures et de l'amant de Chimène? Je laisse à mes lecteurs à décider la question.

Nos forces étaient encore trop divisées pour en venir à une action décisive contre l'armée anglo-espagnole. Le maréchal Suchet occupait la Catalogne. Un de ses lieutenants, le général Robert, commandait à Tortose, qu'il défendit en héros jusqu'à la dernière extrémité. Le duc de l'Y'Ure faisait poursuivre en Biscaye et en Navarre des guérillas que l'on aurait dû mépriser. Nous n'avions donc à opposer à l'ennemi que le corps d'armée qui s'était réuni en Andalousie. Le général Glauzel, qui avait sous ses ordres les troupes auparavant sous les ordres du maréchal Marmont en Navarre, aurait été d'un puissant secours pour notre armée. Les Anglais nous menaçaient. Il fallut attendre que l'oi'dre de nous rejoindre fût demandé à Paris et jjarlit de cette ville [)0ur que ce mouvement si essentiel s'opérât. Le général Clanzel reçut enfin cet ordre, mais trop lard pour l'exécuter. Notre sort était fixé. Un matériel immense d'artillerie et de munitions provenant des évacuations successives des villes que nous abandonnions avait été accumulé à Vittoria. Peut-être les moyens de transport manquaient-ils ?

Pendant que nous perdions du temps à attendre des ordres que l'on expédiait de si loin, le général anglais, n'ayant jjIus rien à craindre sur ses derrières depuis la reddition d'Astorga et l'évacuation du royaume de Léon, suivit le revers des montagnes dans la direction de la route de France. Une division espagnole qui venait de la Galice se joignit à son armée qui marchait sur notre flanc, de manière à nous couper la communication de Rayonne en débouchant sur Rriviesca, Mii-anda ou Villoria, selon ce que la fortune lui oiTrirail de plus avantageux à faire.

sous LK pui:mii:i! i:Mi'ii;t; n's

Lorsque nous fûmes informés de ce mouvement, il était déjà trop tard pour rallier tout notre monde : le général anglais avait l'avantage de ne dépendre de personne. Nous nous retirâmes du Douro sur Ikirgos, puis sur l'Kbre, enlin sur Vittoria où l'on devait se réunir aux corps qui se dirigeaient sur ce point. Mais l'armée anglaise fut plus diligente et déboucha sur la droite de la nuire, qui combattit en avant de Vittoria, faisant face à l'ouest. L'action s'engagea sur toute la ligne. Nos soldats et même leurs chefs étaient persuadés que la grande supériorité du nombre des ennemis présentait une lutte trop inégale. Ils se battaient pourtant avec leur valeur accoutumée et soutenaient l'attaque sans désavantage, lorsqu'un régiment de cavalerie arriva par la gauche de l'armée anglaise, se porta sur la route de Vittoria à Bayonne et poussa jusqu'à notre parc d'artillerie, où se trouvaient les voitures des réfugiés qui nous suivaient. Ce mouvement jeta le désordre dans nos rangs. L'armée française avait fait des prodiges de bravoure, et pendant cette journée mémorable et décisive elle disputa longtemps le terrain. Mais enfin le nombre l'emporta sur le courage et l'exiiérience. Vers quatre heures du soir la victoire se déclara pour les Anglo- Espagnols et l'ennemi s'empara de la grande route. Depuis midi les équi[)ages étaient rangés en avant de Vittoria, en attendant l'ordre du départ. Dès que l'on s'aperrut (juc la retraite était coupée, la peur s'empara de ceux qui devaient diriger les convois. Les voitures changèrent de route et s'engagèrent dans un petit chemin rural. Le plus grand nombre se mit en marche à travers les champs, de manière qu'au f)remier ruisseau que l'on rencontra tout fut arrêté.

On se figure aisément la confusion, rembarras des fourgons, des caissons, des voilures, des mulets se près-

2i4 MÉMOIRES D'UN AIDE-MAJOR

sant sur un petit pont ou renversés les uns sur les autres dans le fossé.' La cavalerie anglaise, poursuivant son attaque, fondit sur nous au galop et s'empara d'un parc de cent cinquante pièces de canon, de plus de deux mille voitures y compris les caissons et les carrosses. De tout ce qui roulait sur un essieu, l'on ne sauva qu'une pièce de canon. Une partie des équipages portés à dos de mulet tomba même au pouvoir des ennemis. Les soldats du train coupèrent les traits de leurs chevaux, abandonnèrent l'artillerie et les caissons pour se sauver. Beaucoup de ces caissons étaient remplis d'or et d'argent. Les Français les ouvrirent et s'occupaient à les vider quand les Anglais arrivèrent. On se battit autour de ces trésors, et comme il y avait assez d'argent pour contenter les deux partis, et que les soldats trouvaient plus de profit à prendre des rouleaux qu'à se donner réciproquement des coups de sabre, on vit des Anglais et des Français puiser en même temi)S au môme tas d'or et remplir convulsivement leurs l)0ches, sans faire attention les uns aux autres.

Je galoj)ais au milieu de cette tourbe de fuyards, dont la plupart avaient jeté leurs armes pour s'alléger. Leur condition était la même. Il était démontré qu'ils s'éloignaient de l'ennemi parce qu'ils ne voulaient pas se mesurer avec lui. Cependant ils s'injuriaient réciproquement, s'appelaient lâches, poltrons et se battaient quelquefois entre eux. Les voitures de luxe étaient occupées par des familles espagnoles qui abandonnaient leur patrie pour se soustraire aux j)ersécutions qui les menaçaient. A l'approche du danger, ces familles laissèrent leurs carrosses et leur fortune et prirent la fuite. Mais les personnes qui ne furent pas assez diligentes ou qui se trouvaient trop en arrière, restèrent entre les mains des Espagnols, qui les égorgèrent dans leurs voitures. Qu'on

s ou s LE PHEMli:!! KMlMIiK 245

se représente l'état d'une jeune femme courant à travers les champs pour se dérober à la fureur de l'ennemi, obligée de franchir les haies et les fossés; de gravir les montagnes en petits souliers de satin, en robe de mousseline; l'état d'une mère appesantie par l'âge, soutenue par sa rUle qui portait elle-même son jeune enfant dans ses bras. C'est ce que l'on voyait à chaque instant. Ces images déchirantes n'inspiraient pourtant qu'une froide indifférence. Chacun était assez embarrassé de sa propre personne et ne pouvait aider les autres dans leur malheur.

Au milieu de cette mêlée, je rencontrai plusieurs de mes anciennes connaissances. Un mot jeté en courant, un signe de la main ou de la tête, « Au revoir si Dieu lèvent», telle était la conversation laconique, improvisée et terminée au même instant. Le hasard me plaça pendant quelques minutes à côté de l'inspecteur des services réunis, mon compatriote, qui avait acheté le palais de l'Inquisition à Séville. Le pauvre homme pleurait comme un enfant, se lamentait en me faisant l'énumération de ses pertes. Quand il en vint à me parler de son palais, je lui (lis en riant qu'il aurait bien fait de le placer sur des roulettes pour l'amener en France et le transporter à Paris sur le boulevard Italien.

Le fournisseur désappointé m'avait à peine (piitté lorsque j'aperçus D. Cayetano sur sa mulo. Je le joignis à l'instant.

— Eh bien, cher ami, que dites-vous de la journée du 21 juin?

— Je dis qu'elle nous sera funeste.

La nuit était presque venue. L'ennemi, retenu i)ar le riche pillage de nos caissons et de nos voitures, avait cessé de nous poursuivre. Nous étions au milieu d'un bois à une demi-lieue de Salvatierra, et pour comble d'infor-

tiinc les chênes sous lesquels nous reposions ne pouvaient nous fournir des glands dans cette saison. Nous cherchâmes un endroit pour bivouaquer. Je partageais alors avec le chanoine de la catlicdrale de Séville un morceau de pain de munition qu'un soldat m'avait donné.

Le lendemain à la jjointe du jour, nous nous mîmes en route. Nous étions entraînés par le torrent des fuyards qui, pêle-mêle, allaient à l'aventure. D. Cayetano était silencieux et triste. Je lui parlais, il ne répondait pas. Je respectai sa douleur, j'en connaissais la cause, et je marchai à son côté en observant le même silence. Ilélas! le malheureux avait embrassé trop ouvertement notre parti. Il avait pensé comme le plus grand nombre de ses compatriotes que l'Espagne devait être heureuse sous la domination française. Les événements avaient détruit ses plus chères espérances. Les désastres de l'armée de Russie rendaient désormais impossible toute nouvelle tentative et D. Cayetano devait s'exiler de sa patrie, que les Français abandonnaient.

— Vous souvenez-vous, dis-je au chanoine, des observations que nous faisions au sortir de Séville en passant en revue l'armée française et les personnes qui la suivaient? Il serait plaisant de les continuer ici... Voyezvous cette malheureuse montée sur un âne? C'est cette belle dame qui partit de Séville dans un superbe équij)age. Sa voiture est restée embourbée au milieu d'un fossé; ses chevaux sont dans l'écurie de Wellington. Elle s'est sauvée à i)ied. Son amant, qui a perdu tout ce qu'il possédait, l'a abandonnée et c'est à la pitié d'un soldat qu'elle doit sa misérable monture.

J'allais poursuivre mon examen lorsque j'aperçus un champ de fèves. Je m'empressai de le montrer à mon compagnon; nous y courûmes. Après avoir fait un repas

sous LE l' P. i: M 1 1; P. kmpire 247

abondant avec ce précieux végétal, nous prîmes la précaution d'en remplir nos jioches et cette prévoyance nous fut très utile. Nous marchâmes encore deux jours et une nuit avant d'arriver à Pampelune, où nous fîmes notre entrée le 24 à cinq heures du malin. Nous étions abîmés de faim et de fatigue. Notre premier soin fut de chercher quelque chose pour manger et nous nous couchâmes ensuite pour prendre un peu de repos. Nous repartîmes le même jour dans l'après-midi et nous passâmes la nuit dans la vallée de Roncevaux. L'ombre de Roland semblait voler autour de nous. T'n vieux refrain injurieux pour les Français me trottait dans la télé et troubla quelque temps mon sommeil.

Page 1