Séance des 4 et 5 juin.*— Moniteur , pp. 586 et suiv
ment au roi , à la constitution, et que je de vois alors i^ défendre jusqu'à la fin; et lui , il maudissoit nos électeurs de m'avoir donné leurs suffrages dont il avoitété tant flatté, et il me répétoit toujours : «C'est un malheur pour toi d'avoir été fourré là. d II ne se trompoit pas.
Je rentre à l'Assemblée pour y voir les événements que je vais décrire. Mais d'abord, quelques observations.
En révolution , il faudroit se garantir de deux choses : la crédulité, la peur. La crédulité qui crée les objets, la peur qui les grossit. La peur des honnêtes gens fait la force des coquins. Pourquoi les Jacobins étoient-ils si forts chez nous? Parce que les impartiaux trembloient, et ici , ce n'est pas légèrement que je les accuse, cent fois ils nous en ont donné la preuve. Nous votions par assis et levé; dans les occasions diiSciles, une partie d'entre eux ne se levoit pas , ou bien se levoit avec le côté gauche. Quand les circonstances devinrent plus dangereuses , si par hasard nous avions la majorité , on la contestoit avec mauvaise foi , on demandoit » grands cris l'appel «nominal , et alors qu'arrivoit-il ? Une défection honteuse dans les rangs des impartiaux : ces honnêtes gens se retournoient pour les Jacobins, et notre majorité devenoit ainsi minorité. G^'est un fait constant , dont noUS tous avons été témoins. Nous perdions toujours cent voi^ ^ l'appel nominal : c'est que , par un abus intolérable , l^^ appels nominaux étoient toujours imprimés ; il étoit bon » disoient les jacobins , que le peuple connût ses amis et ^^^ ennemis.
Les impartiaux redoutoient d'être inscrits au mauV^*^ côté de ces listes fatales qui, en effet , dévoient devenir ^^ jour des listes de proscription. Qu'on s'étonne à présent ^ la manière dont les décrets étoient enlevés! Ces gra^*^^ moyens étoient pour les grandes occasions. Mais qu^**^
pitié encore dans les délibérations ordinaires ! Il n'y avait point d'ordre du jour distribué à l'avance; dans tous les cas on n'étoit pas astreint à le suivre, en sorte qu'en entrant à l'assemblée on ne sa voit pas ce qu'on alloit y faire. Le premier gredin du côté gauche (je n'efface pas cette expression parce qu'il y en avoit plusieurs parmi ce» Messieurs) venait avec une motion toute faite et qui avoit été préparée la veille dans une coterie; il la jetoit au milieu de l'assemblée. On n'étoit point préparé ; nous, nous demandions le renvoi à un comité : point de renvoi ; on faisoit déclarer l'urgence, et, bon gré, mal gré, il falloit délibérer séance tenante. Autre tactique aussi perfide : celle-là étoit à l'usage de Thuriot , homme adroit et dangereux, car il se possédoit toujours; il était froid, même dans le crime. Ce grand drôle venoit proposer , non pas un projet de loi , mais ce qu'il appeloit un principe : ainsi il falloit décréter , en principe , que les biens des émigrés seraient mis sous le séquestre, que leurs revenus seroient employés aux frais de la guerre en attendant la confiscation des fonds , ou bien que les prêtres insermentés seroient soumis à une surveillance spéciale.... On lui répondoit : Mais votre principe , c'est l'âme de la loi , c'est toute la loi. Laissez donc délibérer , renvoi au comité pour faire son rapport... Pas du tout, il y a urgence, la proposition est décrétée , le comité arrangera comme il pourra les articles t^ui ne vaudront rien , si le principe n'a pas de sens commun. Voilà comment, avec la docilité des impartiaux , on se jouoit d'une assemblée qui dans la main des factieux i^*étoit plus qu'une machine à décrets. Cependant, avant qu'elle tombe à ce degré d'avilissement, il y a encore des combats à soutenir ; nous allons la voir opposer une résistance quelquefois honorable , quoique inutile.
Voici une rude journée : c'est celle où le côté gaixolie proposa et fit décréter le licenciement de la garde constitutionnelle du roi ^ Elle avoit été créée après la suppression des gardes^ du corps ; elle étoit composée de jeunes gens ^Q général bien nés, et qui avoient été choisis sur la préso citation des départements. Ils pouvoient répondre à la Frar^<^ de la sûreté du roi. Ils formoient donc un redoutable ol>stacle aux projets des factieux. Ceux-ci cherchèrent d'abox'd à la diviser, puis à la discréditer. Les imputations menso digères, les fables absurdes furent inventées; on répandoit dans le peuple la terreur de celte troupe d'élite , elle avoît fait des serments impies, juré l'extermination des patriotes. Enfin on excitoit contre elle les craintes et les furei»^^ populaires. Les choses arrivées à ce point, les meneuï"Si Jacobins et Girondins (car ils étoient d'accord en cela^ ) crurent que leur projet étoit mûr. Ils proposèrent à l'Asseï^' blée la dissolution de cette garde , à la condition pourtsi.:^^ qu'elle seroit remplacée sans délai , condition illusoire do^^ ils se moquoient et qu'ils se promettoient bien de ne f>^ remplir. Cette fois le côt^ droit retentit d'accents d'indigi^ ^'
1. Séances des 28 et 29 mai. — T. XH du Moniteur, pp. 523 et saÎT* Cette garde, organisée par un décret de TAssemblée constitua <*^^* voté dans sa dernière séance du 30 septembre 1791, était destinée à r^^^ placer les gardes du corps, licenciés après le voyage de Varennes. Eli^ ^
fut cependant installée que le 2 mars 1792. Violemment attaquée par
sonné, dans la séance du 23 mai suivant, où il dénonça Texistence ^^ ^
Comité autrichien , sa dissolution fut votée le 20 , sur la demande de M^^" zire , après un orageux débat.
La garde constitutionnelle avait pour commandant en chef le du. ^^ Brissac ; sous ses ordres, MM. de Pont-fAbbé et d*Hervilly commandai ^ ' Tun rinfanterie , Tautre la cavalerie.
(Malouet, T. H, p. 137.)
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tion , il n'y avoit plus rien à ménager ; dans cette occasion &irardin fut sublime.
« Voilà donc , s'écria-t-il , que se dévoile le projet d'iu- « surrection dès longtemps méditét Le roi ne pourra se défendre , on lui enlève la garde que la constitution lui donne. La constitution 1 Elle n'existe plus; vous l'avez idngt fois violée. Mais le roi, que deviendra-t-il ? » GrÎTardin prend ici un ton concentré et prononce ces ^Sarcles : « Je vois une faction qui marche au régicide Itl »
«Où est-elle, s'écrie le côté gauche? Dénoncez-la,signalez
or ses auteurs , prouvez... » — « Ma preuve , dit-il , est dans
oc l'histoire, dans la frappante analogie de votre conduite
dt avec celle du parlement d'Angleterre. A une époque de
ce sa révolution on licencia aussi la garde d'un de ses rois.
a Quel sort lui étoit réservé ? Quel sort est réservé au roi
« de France * ? »
Pour cette fois, nos impartiaux furent ébranlés, plusieurs
d'entre eux qui commençoient à voir où on les menoit,
lofèrent avec nous; le décret ne passa qu'à une faible
Majorité. Il n'en étoit pas moins rendu , et nous allons en
Toir tien d'autres*. Puisqu'on avoit inventé une conspira-
1* J e dis que, dans un moment de faction, je craindrais que les malveillante ne fissent un rapprochement de votre conduite avec celle du parlement ci'Angleterre. Dans une époque trop fameuse des révolutions de ce
roya\s.nie, on a aussi licencié la garde d*un roi (Il s*élève de violents
mumures. Plusieurs membres demandent que M. Girardin soit rappelé â l'ordre.) ^
Après un moment d'agitation , M. le Président parvient à rétablir le ûience {Moniteur, p. 527).
Yergniaud prit la parole après Girardin.
2* Pendant qu'on délibérait sur la suppression de cette garde constitutionnelle, nous nous réunîmes pour supplier le roi de ne pas sanctionner
tion dans la garde , son commandant, le duc de ne pouvoit être qu'un conspirateur. Au fait, ce vieux mi taire étoit ami du roi ; il avoit la franchise d'un soldat , parloit que de couper les oreilles des gueux dé Jacobin ^s ; il n'en falloit pas tant pour attirer leur haine. Un décmc^^i d'accusation fut lancé contre lui. Voilà encore une victirsci.^ envoyée à Orléans. Une autre va le suivre , c'est un juge <^^ paix de Paris, la Rivière; voici sou histoire. /
Il paroît (car rien ne fut jamais prouvé à cet égard) que le roi , qui avec raison avoit peu de confiance dans \^s ministres que les Girondins lui avoient donnés s'étoit foi*— mé un conseil intime pour l'aider dans ces circonstances si diflîeiles.On plaçoit dans ce conseil ^. Bertrand deMollevil/^* 9 l'ex-rainistre , M. le comte de Montmorin * et M. hfa."
le déi'Tet de suppression , et de saisir cette occasion pour reconnaître ^^ réunir le parti nombreux qui ne demandait qu*à le défendre. Malgré toutes nos instances, le décret fut sanctionné....
Nous étions au désespoir ; nous vîmes tous les préliminaires du 20 jisî'^ sans qu'il y eût aucun moyen d*opposer le moindre frein à Taudace d®^ factieux ; la personne du roi et la famille royale furent soumis aux pl**s avilissants outrages. Cependant la majorité des départements et Tarfii^^ tout entière se prononcèrent contre ces scènes de cannibales.
(Malouet,pp. 137 et 138.)
1. Bertrand de MoUeville (Antoine-François, marquis de), minî»*^^ d*Etat, né à Toulouse en 1744, fut nommé intendant de Bretagne pa^ * chancelier Maupeou, reçut la mission de dissoudre le parlement de Ren^^ et fut appelé par Louis XVI, en 1791, au ministère de la marine. Dans ^ poste difficile , il eut de vifs démêlés avec l'Assemblée nationale, surtau^ Toccaàion des désastres de Saint-Domingue , et se vit bientôt obligé d0 ^^ retiner. 11 se réfugia en Angleterre , où il publia plusieurs écrits politiffU^^ et historiques. II mourut à Paris en 1818.
2. Montmorin Saint-Herem (ArmauU-Maïc, comte de^, d'une ancieo*'^ famille d'Auvergne, ne en 1745, ambassadeur à Madrid en 1777, et meml'^^
^oue^^hommes de talent et biendignesen effet delà confiance d'un roi malheureux. Mais se dévouer au roi , c'étoit conspirer contre le peuple. On appela cette réunion , réelle ou imaginaire , leconiité autrichien. Un journaliste, Carra , du fit la révélation ; il accusa MM. Bertrand de Mollevilie et de Montmorin d'en faire partie. Ceux-ci sommèrent le journaliste de produire, devant le juge de paix la Rivière, les ^^enseignements à Tappui de son accusation , à peine d'être poursuivi comme calomniateur, a Monsieur , auroit pu ^ dire Carra , calomnier est mon métier, car mon Journal ^ est au profit des Jacobins. » Il se contenta de répondre que ce qu'il avoit écrit lui avoit été dit par Chabot, Bazire et Merlin , députés , membres du comité de surveillance de ' l'Assemblée nationale. Voilà donc ces trois honorables députés impliqués dans une affaire correctionnelle; aux termes de la constitution ils étoient inviolables, on ne pouvoit les poursuivre qu'en vertu d'une autorisation de l'Assemblée; le juge de paix vint la demander, on lui répondit par un ordre du j(mr\ c'est-à-dire : il n'y a pas lieu à délibérer.
de rassemblée des notables , fut ministre des aft'aires étrangères , du 16 février 178*7 au 90 novembre 1791; massacré à TAbbaye le 12 septembre
1. âfalouet (Pierre-Victor), né à Riom en 1740, mort en 1814, servit dans la marine jusqu'en 1789, fut envoyé aux États généraux par la ville de Riom, y défendit les principes de la monarchie tempérée et fut appelé au conseil intime de Louis XVI. Forcé de quitter la France après les massacres de septembre, il y rentra en 1801 ; fut nommé par le premier consul commissaire général de la marine, à Anvers, et conseiller d*État. Disgracié en 1812, il fut appelé par Louis XVIII au ministère de la marine.
Cet homme d'État, qui était en même temps homme de bien, a laissé des mémoires extrêmement curieux, qui ont été récemment publiés par son petit-fiis M. le baron Malouet.
Cétoit une tête apparemment que ce M. la Rivière; il sa dit; « Puisque l'Assemblée ne veut pas s'en mêler, elle me laisse donc libre.» Le premier acte de sa procédure fut un mandat d'arrêt contre les trois députés. Le malheureux ! 11 ne savoit pas à quels enragés il sejouoit: c'est à lui qu'on va faire le procès. Le côté gauche propose le décret d'accusation; c'étoit à une séance du soir , toujours plus agitée, plus violente que les séances du jour, car nos patriotes, qui ne manquoient jamais de bien dîner, venoient avec la tête échauffée , quelques-uns d'entre eux se trouvoient dans un état d'ivresse ou dans un état voisin , le vin allumoit leur fureur. Cette séance du soir fut une des plus épouvantables. Le côté droit fit sa résistance accoutumée ; je montai à la tribune avec l'espoir d'arracher le malheureux juge à ses bourreaux. En ma qualité d'avocat, je me regardois comnae le défenseur né des accusés. Je cherchai d'abord à faiï^ honte aux accusateurs : a Que demandez-vous à c^^ « homme ? Il a rempli son devoir ; il est venu vous derna»' « der l'autorisation de poursuivre ; vous ne la lui avez p^^ « pas positivement accordée , mais il falloit la lui refuser « nettement. C'est donc un piège que vous lui tendi^^' « vous le poussiez à sa perte, car vou^ savez bien <ï^^ « le cours de la justice ne peut être interrompu....
« Étrange position, dans laquelle i! faudra être coupBt>^^ « ou pour agir , ou pour n'avoir pas agi ! C'est votre co^' « duite qui l'est...» A ces mots je suis interrompu P^\ les cris : « A l'ordre , à bas de la tribune , ôtez la parole a V orateur, »
Mais mon ami Gorguereau m'avoit donné un bel ex^^^' pie de fermeté. « Continuez^ M. Hua », me crioit-oa ^ (îôté droit; la parole m'est maintenue par le président, e^ J recommence avec plus de véhcîinence, animé par la co^^"
^ï^diction. Je ne sais plus ce que j'ai dit, il falloit qu'il y ^4t des choses bien fortes ; le côté gauche ne put supporter roa harangue jusqu'au bout. Les cris redoublent : A bas l'mimr ; et pour exécuter ce vœu, les plus forcenés montent à la tribune pour m'en arracher. Un d'eux m'empoigne par le milieu du corps; j'étois furieux, je m'accroche du bras gauche à la balustrade, et du bras droit, tendu comme une barre de fer, je renverse mon antagoniste qui roule sur les marches et va tomber au beau milieu de la salle. C'étoit là un beau fait d'armes. Bravo, bravo^ disoit-on au côté droit; mais ils crioient au côté gauche : Cest une hor^ reur/ à l'Abbaye! à TA ôôaye/ Le vacarme était augmenté par les vociférations des tribunes. Quand le calme fut rétabli, on ne voulut plusentendKe personne, elle décret d'accusation fut de suite prononcé. La proposition de m'envoyer à l'Abbaye ne fut pas reprise ; les Jacobins, contents de leur soirée, me laissèrent aller coucher chez moi. Mais tout n'est pas fini. Il étoit environ minuit quand la séance fut levée, tout le monde s'en alloit, je m'étois arrêté au bureau du Président pour faire inscrire un rapport que j'avois à débiter le lendemain. Plusieurs de mes amis, qui avoient aperçu du mouvement dans les tribunes, étoient restés cïans la salle, et ne me perdoient pas da vue; deux d'entre eux, Mathieu Dumas et Daverhoult s'approchèrent de moi qui étois fort tranquille, ils me disent : « Partons, M. Hua : a vous n'êtes pas bien ici.... » En effet, nous trouvons à la porte un tas de gueux qui dirigent vers moi leurs poings et bâtons; mais j'avois bonne escorte ; Dumas et Daverhoult, tous deux militaires, leur présentent le pistolet -, nous passons et avançons, quoiqu'avec jpeine. Mes collègues vouloient me conduire jusque chez moi; à l'entrée de la rue de Seine où je demeurois, je les priai de me quitter pour que
rent effrontément jour pour dévoiler à la tribune ce secf'^et plein d'horreur, La séance fut solennelle, nous attendiorvs avec impatience les grandes révélations qu'on alloit novm.s faire: les deux orateurs firent pitié, leurs discours furent v».n tissu de rapsodies, ils disoient toujours: «Nous prouvons »o, et ils ne prou voient rien. Le côté droit étoit attentif et silev icieux, car il s'agissoit, pour ainsi dire, de son acte d'accus» ^ition.Mais, quand Thomélie fut achevée,on demanda Timpr^^ ssion avec des éclats de rire. « Ces documents sont précieua. 3C, « disions-nous avec ironie, il faut que la France les co wn- « noisse. » Le côté gauche, qui attendoit merveille, t^iit aussi désappointé que ses deux orateurs qui avoient ciit dans leur extrên&e embarras : « Que voulez-vous que ao^^s prouvions? Les conspirations ne s'écrivent pas. » Phf^se qui devint fameuse. Quand, par la suite, des Jacobins ** Girondins, traduits au tribunal révolutionnaire, dem a- ^^' doient que Taccusateur public produisît des preuves, F^^^^*' quier TinviUe leur répondoit : Les conspirations ne s'éc^T^ ^' vent pas^ et ils ailoient à Téchafaud!
Le roi avoit ses ennemis dans son Conseil , ses miaitrès le tourmentoient et ne le servoient pas. Il voulO' mettre le veto dm décret qui licenciait sa garde ; ceuxprotestèrent qu'ils ne pouvoient le contre-signer sans exposer leur responsabilité. Le roi céda. Peu de jours après ^ Servan, son ministre delà guerre, vint proposer à rAssera-
La Montagne nous a sauvés En congédiant Gensonné :
Au diable les Buwt, Les Vergniaud, les Brissot.
Dansons la carmagnole , etc. !
blée la formation d'un camp de vingt mille hommes sous les murs de Paris, et pourquoi faire? Les ennemis étoient loin et ne faîsoient pas mine d'avancer. Paris étoit alarmé, c^ar on croyoit voir dans cette mesure toute autre chose qu'une défense, mais un moyen d'attaque. La garde natioxiale parisienne s'indigna qu'on ne se reposât pas sur elle <jle la sûreté du roi , de la défense de la ville. Huit mille cîitoyens signèrent une pétition pour obtenir de l'Assemblée 1 a révocation du décret par lequel elle venoit d'autoriser 1 a formation de ce camp. Je vais anticiper un peu pour i"en4re compte du sort de cette pétition auquel je ne fus p>as étranger. Elle avoit été renvoyée aux deux comités de 1 égislation et de sûreté générale réunis pour faire un rapport. Le hasard voulut qu'elle fût comprise dans les cardons du comité de législation où elle dormit longtemps. IMais après le 40 août et à l'époque où on préparoit déjà les proscriptions, le comité de sûreté générale, ne trouvant pas la pétition dans ses papiers, nous fit prier d'en faire la recîherche dans les nôtres. Nous n'étions que deux au comité, c[uand cette demande nous fut faite, M. de V.... et moi. 11 ^toit du côté droit, comme presque tous les membres du <;omité de législation. Nous nous mettons à chercher la pétition, il la trouve. Je fus tout à coup saisi d'une idée; je lui dis : « Vous voyez celte liste de huit mille bons citoyens : si nous la remettons au comité de sûreté générale, elle deviendra une liste de proscription. C'eât la Providence qui Ta «nvoyée dans nos mains, supprimons-la. — Ypeusez-vous, nie dit-il ? Elle est enregistrée à notre secrétariat : c'est une preuve écrite qu'elle nous a été adressée. — Eh bien ! on dira qu'elle est pçrdué. — Ah ! répondit-il, cela est bien hardi. — Écoutez-moi: nous sommes entre nous deux. Dieu spuI nous voit, laissez-moi emporter la pétition, elle n'existera pas dans une heure. » Il me laissa faire, j'ac-
cours chez moi, je m'enferme dans mon cabinet, et jebm\e la pétition.
J'avois un contentement intérieur comme un homme quii vient de faire une bonne action. Mais elle devoit me donner par la suite de terribles inquiétudes. Ce V.... dont la conduite à TAssemblée fut irréprochable, devint ou eut Tair de devenir un Jacobin enragé quand il fut revenu dans son département. Peut-être la peur lui fit-ellé, comme à beaucoup d'autres, jouer ce rôle pour sa sûreté. Tant il y^ a toujours qu'en 4793 au fort de la terreur, et lorsque j'étois réfugié à Nogent, Carlier de Coucy me fit lire dans «.né gazette les hauts faits révolutionnaires du citoyen V..- Mon trouble fut visible apparemment; Carlier me d^-
manda ce que j'avois. Je lui dis que je ne pouvois voir sans peine un ancien collègue que j'avois estimé, s'enrôl^^ 1 dans la bande de scélérats, et devenir la terreur de ^^^ pays. Mais j'avois aussi d'autres idées, des pressentincioi^^^ funestes. « Si ce misérable, me disois-je, vient à se rapp^' « 1er ce qui s'est passé entre nous, si par hasard il vier**^ « être instruit de ma demeure, s'il a la lâcheté de me ^^' « noncer, je suis un homme perdu. » Cette idée me pei"^' cutoit souvent et me faisoit vivre dans des angoisses ^ ^^ j'avois peine à dissimuler. Ma femme me disoit quelcj^-^^' fois : « Tu es triste, tu as quelque chose. — Je n'ai rien ^^ « vérité ; mais comment veux-tu qu'on soit gai dans ^^^^ a temps déplorables? Je souffre du malheur démon pay^ ^\' et puis pour la réconforter, j'ajoutois : « Heureusement **^ « nous n'avons rien à craindre. »
Nous recevions les journaux trois fois la semaine, et J^ lisois avec grande attentionnés débats de l'horrible AsseU^" blée. Un jour je vois qu'un membre du comité de sûr^^ générale annonce à la tribune que la pétition des huit milï^ est retrouvée, que les signataires vont enfin être connue-
ce Qu'ils tremblent, disoit-il, les scélérats : ils n'échapperont «r plus à la justice nationale. » — a Parbleu t m'écriai-je, c< "v^oilà un effronté menteur! »
€IZIette exclamation m'échappa, a Et comment sais-tu , me <ft dit Vielle, s'il ment? » — « Parce qu'ils mentent tous ; « ne vois-tu pas le système des Jacobins? Il faut que tout « t^xemble , ils ont besoin de la terreur , voilà un moyen de a la répandre dans Paris. Voilà huit mille malheureux qui « ne pourront plus dormir. » Cela étoit vrai, mais je ne poiavoisleur rendre la tranquillité. Je sentis bien alors l'importance du service que j'avois rendu , et je remerciai Dieu d^ la résolution qu'il m'avoit inspirée.
ïlevenons à l'Assemblée législative. Ce n'étoit rien de commencer ; le plus pénible à présent est d'achever son histoire.
Le décret pour la formation du camp de vingt mille hom-
naes près Paris agitoit toutes les têtes. On a vu que la garde
nsitionale n'en vouloit pas. Chose assez singulière, les chefs
les plus avisés des Jacobins n'en vouloient pas non plus,
car ils n'étoient pas sûrs d'y trouver des auxiliaires pour
les grands coups qu'ils raéditoient. Leur armée à eux étoit
daj3s le peuple qu'ils savoient si bien ameuter. Ce camp
^toit donc l'œuvre du parti de la Gironde, il comptoit s'en
servir pour contenir le peuple et pour intimider le roi.
■• ôlle étoit la profonde politique de ces messieurs.
CSependant le général la Fayette avoit écrit de la frontière î^*il sauroit bien l£^ défendre contre l'ennemi extérieur , et ^^xis sa lettre, qu'il adressoit à l'Assemblée, il se.plaignoit f ^Ile-même des atteintes qu'elle portoit à la Constitution, ^^ <iisoit que son armée étoit décidée à châtier les factieux , ^^ l'Assemblée ne savoit pas se délivrer et délivrer la nation ^^ leur joug honteux. M. de la Fayette, qui voyait le péril, ^Uroit bien mieux fait d'arriver avec quelques bataillons
pour rétablir l'ordre à Paris ; mais ce général, qui n*a jamais su que parader dans la révolution, ne fit, comme on le verra bientôt , qu'une école.
Cependant ces apparences dévoient rendre au roi de T&s- 1 poir et du courage. Il refusa sa sanction au décret d^s vingt mille hommes, il renvoya Servan son ministre de la guerre qui Tavoit proposé , et avec lui deux autres ministres, Roland et Clavières. Nous étions dans la joie et nous disions : « Bon î voilà le roi qui se montra > « Tarmée , la garde nationale , tous les honnêtes gens d© « France sont pour nous; nos impartiaux se voyant so^-*^ « tenus vont prendre courage, ils nous donneront enfî^^
« la majorité. Les Jacobins n'ont qu'à bien se tenir ^
Insensés! Nous étions vraiment tcop bonnes gens, ^^^^ côté droit !
Le roi fait un message à l'Assemblée pour lui annoncer ^ ^
renvoi des ministres. Grandes exclamations au côté gauclm- ^^ c'est-une douleur qui s'exprime comme la rage. On propo- ^^^ de déclarer que ces chers ministres emportent les regr^^ * ^ de la nation, a Ah! pour le coup, c'est trop fort, c'est me t^f^' a tir à la nation , c'est insulter le roi , il a le droit const^ ^ '^ « tutionnel de prendre et de renvoyer ses ministres , iL ^ « bien fait de chasser ceux-là. A l'ordre , à l'ordre ! ^ Voilà les cris qui partoient du côté droit. Mais la propos i'' tion passe; il est déclaré par décret que Servan^ Roland Clavières emportent les regrets de la nation *. Nous étio