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Un décret envoya ce pauvre M. Frondière pour trois jours à TAbbaye. Il faul savoir que TAssemblée avait ce pouvoir assez extraordinaire de faire emprisonner un déj.uté. Avec cette faculté, le côté gauche, qui avoit la majorité, pouvoit faire coffrer le côté droit. Ainsi le député Joiineau 2l\\^ à TAbbaye pour avoir donné un soufflet à Grangeneuve , députi de Bordeaux. Ainsi je manquai d'y aller moi-même dans une circonstance que j'aurai bientôt à raconter.
L'horizon politique devenoit de jour en jour plus somb**^ et plus menaçant. F^es factions déchaînées ne gardoî^*^^ plus de mesure. Tandis que les Jacobins marchoient droit ^ la République, c'est-à-dire à l'anarchie, les Girondins, no^i
logicien et non en déclamateur.... (Il s*élève de violents murmures : '■^° grand nombre de membres demandent qu'il soit rappelé à l'ordre, d*aatv^^ qu'il soit envoyé à l'Abbaye.... Quelques membres demandent que M. FrO*' dière soit entendu.)
Lasource. ~ J'invite M. Guadet â couvrir du mépris le plus profo^^^ les propos indécents de ces Messieurs du côté droit. ^
11 monte à la tribune.
M. Frondière. — Dans une question extrêmement importante , quan ^ *
s'agit du droit sacré, de se défendre (Plusieurs voix : Au fait doiX^ *'
M. le Président, je vous prie d'envoyer à l'Âbbaye tous ceux qui m'ia*-^*' rompent.
M. Lacombe Saint-Michel. ~ 11 est impossible que Monsieur pu*^ justifier le propos qu'il a tenu autrement qu'en aggt avant sa faute, &^^ moins qu'il soit déterminé à la rétracter, je demande qu'il soit envo^T^^^ ^ l'Abbaye.
M. Frondière. ~ J'ai bien ou la patience, Messieurs, devons enten*^^^ pendant six mois; ayez au moins la patience de m'entendre pendant ^^^ mmules.
M. Ducos. — Mirabeau étant à la tribune , M. Foucault lui dit qu'il ét9* un bavard. Mirabeau couvrit ce propos du plus profond mépris , et l'A^^" semblée passa à l'ordre du jour.
•ins coupables , smpioyoient lés violences et T intrigue pouir forcer le roi d'abdiquer. La différence entre ces deux paàT*tis consistoit donc en ce que l'un vouloit abattre le trône, et que l'autre vouloit simplement détroiier le roi. Quand on a vu cela comme moi , on est tenté de prendre en piiié l'ouvrage de M. Lacretelle et son auteur qui dans vingt endroits laisse percer l'intérêt qu'il porte aux députés de Bordeaux.
Je me détourne un moment pour parler d'un voyage queje
fi<( à Mantes vers ce temps là. Je demandai donc un congé de
huit jours à l'Assemblée. A cette occasion (car les méchants
n'en manquent aucune) , le journaliste Gorsas mit dans sa
feuille que M. Hua, député de Seine-et-Oise, qui siégeoit au
M. Fro.ndière. — Mais, U. \e parleur, vous n*avcz pas la parule.
M. Girardin. — J^appuie la proposition de M. Ducos et je demande qu*un passe à Tordre du jour.
L'Assemblée décide qu*elle ne passera pas à l*ordre du jour.
Un grand nombre de membres insiste pour que M. Frondière suit con« damné è trois jours de prison à TAbbaye. L*Assemblée décide qu*il sera entend \a.
M. F*rondière. — Si, eu me rappelant à Tordre, on pouvait le rétablir dans les 83 départements « je voterais avec vous pour êire censuré. (Les murmures de TÂssemblée et des tribunes commencent. M. Frondière veut continuer. Des rris :A l*Abbaye Tinterrompent encore. Un second décret lui donne la parole.)
M. F*rondièrfî commence sa justification. II est interrompu par Reboul.
M. Frondière.— Monsieur, TAssemblée m*a accordé la parole; voire devoir est de vous taire.
Cest ainsi que nous parlerons désormais, je vous en donne ma parole. Oest Un beau talent que Tart oratoire; c*est un beau talent que celui de
tromper le peuple (Le tumulte reoomnience). 11 est de votre devoir
a entendre des vérités sévères, et du nôtre de \ousles dire avec franchise.
l'a' ri *
*y dit à M. Guadet : Depuis six mois Je vous ai entendu, vous et vos pa- » déclamer à h tribune, j*ai vu les agitateurs du peuple. (On interrompt
côté droit, venoil de prendre un passe-port et qu'il étoitpa^'" pour Coùlentz, Je risencoredela grande colère de mon père à qui l'on fit lire cette feuille au moment même où j'étois chez lui. Il étoit furieux contre ce coquin de Gorsas qui me présentoit à tout le département comme un déserteur ^^ mon poste , et fuyard à l'étranger. On étoit indigné, dans toutela ville où j'étois aimé, de celte grossière calomnie; et si Gorsas fût venu à Mantes, il auroit passé, commeon dit, ixn mauvais moment.
Avant mon départ, on avoit proposé de mettre en açci-»sation etd'envoyer à la haute cour mon ami M. Duport ^« Tertre^ ministre de la justice, qui avoit remis les sceaux ^^
avec plus de violence, et l'Assemblée presque entière se soulève en cri»**** « A l'Abbaye. » ) Oh ! vous nrenlendrez plus d'une fois, je vous ea ''*' ponds !
M. Paganel. — Vous n'êtes qu'un perturbateur; vous ne méritez pas <ï*^* nous ayons la patience de vous entendre.
M. Reboul. — Je demande à faire une motion d'ordre.
M. Frondière. — W n'y a pas de motion d'ordre à faire; votre devoir» ^
vous le répète, est de vous taire et vous n'en avez pas d'autres Oh ^
croyez pas m'inlerdire; vous ne me connaissez pas encore. (Un grand noncB '^ de voix : M. le Président, ôlez doue la parole à Monsieur.) Vos murnii^ ^ indécents pourront bien m'eurhumer, mais ils ne m'empêcheront pa^ dire la vérité.
L'Assemblée ôte la porole à M. Frondièr«, et ferme la discussion. (^-^^ tribunes applaudissent.)
M. Léopold. — Je vous prie , M. le Président, de réprimer les mou^s^ ^, ments des tribunes. Il est bien étonnant que l'on rappelle un menibr^^^ l'ordre pour avoir donné son opinion, et que Ton n'y rappelle pas les étr^^ gers qui insultent journellement l'Assemblée.
Au milieu d'un grand tumulte et malgré les efTorls dd MM. Dumas Tarbé, l'Asseinblée vole la clôture de la discussion et décrète que M. Fro^ dière se rendra pour trois jours dans les prisons de l'Abbaye.
{Moniteur, T. XH, pp. bU et 525.)
roi ^t quitté une place qu'il nepouvoit plus tenir. Je m'étois vouié à la défense de ce brave homme, et j'avois préparé un discours qui est peut-être mon meilleur plaidoyer. Craignsintque la délibération s'ouvrît pendant mon absence, j ' a vois remis mon discours à Beugnot qui devoit le prononcer et la tribune. Je fus de retour à temps, et le lui redemandai, il me répondit en se moquant de moi, et le lendemain je lus mon discours sous son nom dans le logographe *.
Dans mon court séjour à Mantes, je fus très-occupé.
Occupé de quoi? Eh mais! de parler politique, cétoit la
maladie de tout le monde ; d'ailleurs ces Mantois, qui sont
<ie bonnes gens en vérité, sont aussi des royalistes dans tous
les temps. Ils rétoient du temps des Jacobins, comme ils
Vavoient étédu lempsde la Ligue: aussi Henri IV leur avoit-
il donné cette devise, inscrite sur le drapeau de la ville :
Cdnis fidelis. De là leur sobriquet de chiens de Mantes, J'étois
doive bienvenu au milieu d'eux, moi leur compatriote et
député du côté droit. Ils étoient fort en peine desavoir
comment tout cela finiroit. J'étois accablé de visites et de
questions, car ils supposoient que j'en savois plus qu'eux.
Mon père, inquiet de ma position, me disoit : « Les Jacobins
« sont les plus forts^, ils l'emporteront et vous feront un
€ mauvais parti. Pourquoi les combattre, pourquoi te mon-
€ trer comme tu le fais? Ta pauvre femme est bien tour-
€ mentée. k ta place , je ne dirois rien , et je laisserois aller
i les choses, puisqu'enfm on ne peut l'empêcher. »
Comme on voit , si mon père eût été député, il se seroit mis dans la bande des impartiaux, il auroit augmenté la partie de l'Assemblée qu'on appeloit ventre. Mais je n'étois pas bâti de cette trempe-là. Je lui dis que j'avbis prêté ser-