ÇÉANCE ou 10 JUILLET (Mardi
On admet à la barre une députation de fédérés.
L*orateur. — La nation est trahie....
Si la nation ne peut être sauvée par ses représentants, il faut bien qu'elle le soit par elle-même. (Vifs applaudissements des tribunes).... Nous ne voulons pas combattre sous les ordres des courtisans et des complices de nos tyrans. (Applaudissements).... On nous parle de faire la guerre à TÂutriche , et l'Autriche est dans nos camps et dans le conseil du roi ; l'Autriche est à la tête de nos armées. (Acclamations réitérées dans toutes les tribunes.)
A la tête des chefs perfides est La Fayette , le plus méprisable, le plus criminel, comme le plus perfide des ennemis, le plus infâme des assassins du peuple. (Un murmure d'indignation presque général s'élève dans l'Assemblée.)....
M. tluâ. — Il n'est pas possible à l'Assemblée d'entendre traiter de criminel un citoyen qu'elle n*a pas jugé. Qui est-ce qui jugera La Fayette? Est-ce l'Assemblée ou ces Messieurs? (Des murmures s'élèvent dans les tribunes et couvrent la voix de M. Hua.)
L'orateur. — ...La Fayette a foulé aux pieds toutes les lois; il a déclaré la guerre au peuple français et à l'Assemblée, et il existe encore.
Les lois , la patrie, la liberté, ne sont donc plus.... Nous marcherons seuls, s'il le faut, et no'is sauverons le peuple et vous-mêmes. (Les applaudissements recommencent.).... Pères de la patrie , suspendez provisoiremenl le pouvoir exécutif dans la personne du roi. (Applaudissements réitérés des tribunes ; murmures dans l'Assemblée.).-.. Enfin, renouvelez les corps judiciaires.... (Violentes rumeurs.)
(Moniteur, T. XUI, p. 170-171.)
immense et je passai la rivière dans un bateletà Tendroit où est aujourd'hui le pont des Arts. Cette séance est du 8 août ; elle fut la dernière pour moi avant la trop fameuse journée; je partis le lendemain matin. Comment ! Partir, quitter son poste à la veille du danger ! Vous n'y serez donc pas au 10 août ? Non ; mais écoutez mon histoire *.
Ce terrible iO août fut brusqué par les Jacobins , qui avoient indiqué leur coup pour le 13. La tète remplie du projet d'évasion à Rouen , je voulus , avant tout, mettre ma femme à couvert. Elle ne se doutoit de rien ; je remmenai à Hantes le 9 août au matin , comptant la laisser à moB père et revenir le lendemain à Paris. Je dis à mon père les motifs de mon voyage et les tristes pressentiments qui lui procuroient ma visite. Après m'avoir écouté avec
Le décret d'accusation a été rejeté à la séance du 8 août. Le Moniteur du 10, p. 367, relate ainsi ce vote :
L*Assemblée ferme la discussion.
Il se fait un grand silence.
M. le Président met aux voix le décret d'accusation. Il prononce qu'il n'y a pas lieu à accusation contre le général La Fayette.
Les tribunes gardent un morne silence {sic).
Une partie de l'Assemblée élève des réclamations contre la prononciation du décret et demande l'appel nominal , soit à cause du doute de répreuve , soit à cause de la nécessité que chaque membre prononce hautement et publiquement son opinion sur une affaire de cette importance.
Le président lève la séance. Les réclamations se renouvellent avec plus de force.
Le président reprend le fauteuil.
Après une assez longue opposition, l'appel nominal a lieu.
Le décret d'accusation est rejeté à une majorité de i06 contre 224.
La séance est levée à 6 heures.
1. La séance du 10 août est trop longuement racontée dans le Moniteur pour être reproduite ici ; oo peut la voir p. 378 à 400, T. XIII du Moniteur réimprimé.
un air extrêmement soucieux, il me dit : a Ta femme sait- « elle tout cela? » — a Non , je me suis bien gardé de le lui « dire, elle n'auroit pas voulu quitter Paris, o — « Projet de « fou ! Tu as la cervelle tournée ; il faut que tu lui déclares a franchement ce dont il s'agit. » Le soir donc , je dévoilai le mystère à ma femme. La malheureuse pleura toute la nuit. « Tu me connois bien mal , dit>elle , si tu m'as cru (( capable de te quitter dans un moment dangereux. Reste 9 ici , si cela se' peut; je reste avec toi. Si tu pars, il faut a que tu m'emmènes. » Le lendemain matin , nous nous remîmes en route. Mon père nous dit adieu avec le cœur bien gros. 11 m'avoit parlé un quart d'heure auparavant ; il avoit maudit , exécré les Jacobins , les circonstances qui m'a voient jeté dans cet enfer. Il m'avoit conjuré de ne
L^entrée du roi , chassé des Tuileries par rinsurrection triomphante et les massacres, y est ainsi racontée :
Un officier municipal annonce que le roi, la reine, sa famille, les nr.inistres et les administrateurs du département demandent à se présenter à TÂssemblée nationale.
L^Âssemhlée nomme une députation pour aller au -devant du roi.
Le roi, la famille royale, accompagnés de deux ministres, entrent dans la salle et se placent aux sièges destinés aux ministres.
Le roi., — Je suis venu ici pour éviter un grand crime, et je pense que je ne saurais être plus en sûreté qu*au milieu de vous, Messieurs.
M. le Président au roi. — Vous pouvez, Sire, compter sur la fermeté de TÂssemblée nationale ; ses membres ont juré de mourir en soutenant les droits du peuple et les autorités constituées.
Le roi s'assied à côté du président.
Ou observe que la Constitution interdit au Corps législatif toute délibération en sa présence.
L'Assemblée décide que le roi et sa famille se placeront dans une tribune particulière, située deriière le fauteuil du président. (Le rov et sa faniille sont restés dans cette tribune jusqu'au lendemain 2 heures et demie du malin.) Après quelques débats, TAssemblée, pour ne point interrompre ses délibérations, les invite à se placer dans la loge du Logotachigraphe.
plus rien dirse, et même de ne plus me montrer à l'Assemblée que quand je ne pourrois plus faire autrement.
Nous voilà en route vers Paris. C'étoit le 10 août. Le cdnon foudroyoit le château des Tuileries. Arrivés à Triel, nous rencontrons des voyageurs épouvantés qui augmentoient encore la terreur par leurs récits. A les entendre , tout Paris étoit à feu et à sang. Ma femme fut saisie et tomba dans un état que je ne puis dépeindre. Ses paroles entrecoupées me disoient : a Restons ici ! Ne va pas te faire assassiner.... Que deviendrais-je ? Mon Dieu , ayez pitié de nous... Que je suis malheureuse !» Je restai pétrifié de ce que je voyois et de ce que j'entendois. Il étoit tout simple de descendre à Tauberge , d'y passer le reste du jour et la nuit. Mais le projet de Rouen agitoit et troubloit mon esprit. Je résolus d'y aller en repassant par Mantes. Quelle faute! On voit bien que dans ce moment je ne raisonnois pas. D'abord que faire à Rouen? L'événement qui avoit été devancé de trois jours disoit assez que je n'.y trouverois personne. Mais encore, pourquoi passer par Mantes où la terreur étoit déjà arrivée ? A quels propos , à quels soupçons même , mon retour subit n'alloit-il pas donner lieu ? Dans la chaleur du moment je ne fis pas ces réflexions. Mon père, qui trembloit pour ma rentrée dans Paris ce jour-là, fut tranquille en nous revoyant. Ce moment de calme fut de courte durée. 11 y avoit dans la ville une stupeur qui tourna bientôt en agitation; toutlemonde étoit dans les rues,oa se jetoit au-devant des voitures pour avoir des nouvelles ; et puis divers groupes se formoient, tenoient tous les propos que peuvent suggérer la surprise et la peur. On en vint sur mon chapitre. « Mais ce M. Hua qui est arrivé hier, parti « ce matin , revenu ce soir, (|u'est-ce que cela'signifie? et C'est un lâche » , disoient les uns. D'autres disoient : « Ce pourroit bien être un traître : puisqu'il connoissoit
a révénement d'avance, il n'y est pas étranger. » Fertan arriva et me dit : « Tu n'es pas bien ici ; je vais emmener a ta femme , tu viendras nous rejoindre, vous passerez la o nuit chez nous. » Je sors de chez mon père que je ne dévois plus voir de longtemps. Quelle sottise I Quelle équipée! Oui, sans doute, après l'avoir faite j'aurois bien pu ne pas la dire ; il n'y a peut-être plus que moi qui s'en souvienne. Je m'en accuse pourtant , parce que je veux que ce livre soit un livre de vérité. Je continue.
Il y a dans toutes les petites villes un ou deux personnages qui sont les oracles du canton. II y en avoit un à Mantes. Quoiqu'aveugle , il étoit renommé pour sa manière de voir. Il avoit la rage d'endoctriner et de donner des conseils ; ma position étoit grave , et il crut, en conscience, que lui seul pouvoit me tirer de ce mauvais pas. Voilà mon homme qui, après de longues et philosophiques réflexions sur la Révolution qu'il me fallut entendre, se rabattant enfui sur mon chapitre, me dit ces solennelles paroles : « Monsieur, j'ai réfléchi à votre sujet : tout considéré , vous « n'avez pas d'autre parti à prendre que d'émigrer en « Angleterre. » L'imprudent parloit devant ma femme, a Comment ! s^écria-l-elle, vous donnez un pareil conseil à « mon mari ? Qu'a-t-il donc fait pour s'expatrier? a — c( Sois tranquille , lui dis-je, nous n'irons pas si loin. « Monsieur, je vous remercie du vif intérêt que vous me « témoignez; je pars cette nuit, demain matin je serai à a l'Assemblée pour y délibérer et , s'il le faut , y mourir. » L'oracle me quitte enfin , pénétré d'admiration pour un courage que d'abord il ne me supposoit pas.
Mais l'idée de Rouen ne pouvoit me sortir de la tête , j'en étois véritablement dominé. Nous partîmes à minuit dans un cabriolet de poste; nous arrivons chez le cousin Roger ^ pour qui mon apparition fut d'abord une énigme.
G'étoit un brave homme, ennemi juré des Jacobins coni lesquels il s'étoit signalé plus d'une fois dans ses fonctio municipales, a Va au département, lui dis*je, informa a toi de ce qui s'y passe ; quelques députés doivent être ic. ^ , a prends des renseignements avec prudence, et viens »r^K e « dire ce que tu auras appris. »
Au bout de deux heures, Rogf^r rentra Toreille bas^ c< Il n'y a rien de nouveau, dit-il, personne n'est arri^^ « Je vois bien à présent le but de ton voyage , mais il ^^ ^t a manqué. J'ai un ami au département qui m'a tout dit ^^^ n « confidence. Il est bien vrai qu'on attendoit ici le ro a toutes les dispositions étoient prises , des proclamatio- « é|oient rédigées , les autorités civiles et militaires n'atte « doient que le moment. Hais la fatale journée du 1 a tout rompu. Le roi est au Temple , les gens les plus dét « minés se retirent, ne pouvant plus rien. Le départem^- « vient de supprimer de ses registres un arrêté qui co a promettroit aujourd'hui tous ses membres. Que veux-tc-:^^^ ^ a Les Jacobins l'emportent, et je te dirai franchement quer J^
(( ne crois pas que tu puisses rester longtemps en sûr « ici. C'est une > imprudence d'être descendu chez mol « plein jour : on t'a vu si souvent à Rouen , toute ma rue |®
« connoît , et il y a des gens qui savent que tu es dépu a Mais dînons toujours , et nous aviserons de notre mie « à ce que tu as à faire. » Triste dîner! Ma femme s'ét mise au lit , excessivement fatiguée et déjà travaillée douleurs d'entrailles qui dévoient aboutir à une fau couche à Paris. M"»® Roger fit l'impossible pour la retenir^ c( Partez , me disoit-elle , puisqu'il le faut ; mais laisse^ a nous ma cousine qui n'est pas en état de voyager , noc^ a en aurons bien soin ; mon mari vous la reconduira. » ne demandois pas mieux , mais le refus de ma femme f&i^ inflexible. A dix heures du soir , nous nous remtipes e0
té n
rouie dans une ehaise de poste. Elle n'en pouvoit plus. Je la lis reposer deux heures à Écouen. Nous avions un endroit difficile à passer , c'étoit Magny. J'avois bien un passeport, je me fétois fait délivrer à Paris avec la qualité d'avocat , ma qualité de député y étoit omise à dessein. Hais Magny. étoît de l'arrondissement de Mantes, et les électeurs de ce pays-là, qui étoient les plus exaltés comme les plus sots Jacobins , me connoissoient très-bien. J'avois été nommé à Versailles , malgré eui. Que faire , si celui qui me demandera mon passeport est un de ces imbéciles ? Mon arrestation auroit été un triomphe. Ils auroientfait le plus fameux acte de patriotisme en me ramenant à l'Assemblée sous esoorte. 11 n'arriva rien de tout cela : je traversai Pantoise, q o i étoit aussi de mon département, avec le même bonheur. N^ous voilà à Paris; ma femme se mit au lit en arrivant , et '^ lendemain , l'événement redouté se produisit.
iMon absence avoit inquiété mes amis. Je reçus dans le
jour même plusieurs visite^, notamment celle de Fressenel
* ^ui jecontoi mon aventure. « J'étois, dit-il, bien impa-
^ tient de te revoir. » Il me raconta la lamentable histoire
^ ^^ 10 août dans tous ses détails*. Après, irtme dit : a II faut
^ ^ue tu te montres de suite à l'Assemblée, tu vas venir
^ ^vec moi à la séance de ce soir. Je te guettois depuis deux
* jours, je me suis présenté hier et avant-hier chez toi pour ^ ^e donner un avis important : c'est que tu étois à l'assem- ^ l>lée dans la journée du 10, et que lu as parlé à la tribune.
* — * Qu'est-ce que cela signifie? — Cela signifie qu'un ''^ journal s*est trompé, qu'il t'a fait parler quand tu n'y étois ^ I>3as, il a pria' un autre pour toi : dans la circoiistancei:î'est ^ ^ïi bonheur, car il faut te dire que le projet d'aller à
'^ - Il faut la lire dans Touvrage de M. Mortimer-Teroaux : cette narrabasée sur les documents authentiques et les pièces officielles, est
^^^^^ciufeusement instructive.
« kouen n^est pa$^ resté tout à fait inconnu, et si quelqu'un a de nos Jacobins tMmplique dans cette atfaire et demaude a des explications, il faudra payer d*audace, soutenir que (( tu n*as pas quitté ton poste, et en preuve tu citeras cet article du journal. » Nous partons. Il n'y avoit pas uu quart d'heure que j'étois dans TAssemblée, lorsque Le Coinire de Versailles interpella le président de me demander où j'étois le 10 août. Un bruit confus et général s'éleva de mou côté ,. lorsque je m'apprétois à répondre, a Cela n'en vaut « pas la peine, medisoit-on : nous savons tous que vous « étiez ici. lia parlé à la tribune ce jour-là, s'écria Fressenel. « est-ce que M. Le Cointre ne l'auroit pas entendu? » Ces braves gens me tirèrent ainsi d'affaire. La dangereuse motion n'eut pas de suite.
Qu'ai-je à dire maintenant de l'Assemblée? Elle u'e&istoit plus. Du sein de l'insurrection étoient sortis des pouvoirs nouveaux et monstrueux. Uu nouveau Conseil de la Commune né dans le sang justifia bientôt son origine ; il régnera par la terreur, il médite les massacres de septembre. C'est Danton^ c'est Robespierre qui, au bruit du canon qu'ils n^affrontoient pas, organisoieht ce comité redoutable. Les hommes qui le composèrent étoient dignes d'eux. Le pouvoir exécutif étoit emprisonné , le pouvoir législatif est envahi et passe dans leurs mains. Il ne faudra plus dire: L Assemblée a décrété^ mais : On a fait déa^éter par V Assemblée. Ainsi les tiers Girondins vont être à leurs ordres: eux aussi ont été vaincus au 40 août. C'est Vergniaud qui propose et fait adopter de suite le décret portant suspension provisoire du roi , et convocation d'une Convention nationale. ï^q&
décrets d'accusation pleuvent chaque jour sur ceux que poursuit la haine des Jacobins. La Commune y associe la sienne. Elle a aussi ses vengeances à satisfaire, ses victimes à immoler.ilfon^monn, Bertrand de Molleville^ Duport^ Alex^
anàre Lametk, Barnave^ furent décrétés; Barnave, qui avoît
dit dans l'Assemblée constituante ce mot fameux : Périssent
les colonies plutôt qu'un principe. Il pouvoit juger à présent
ce que ces grands principes valoient. On fit remonter au
wïinistère Servan , Clavières et Roland. Danton fut nommé
'ïïinîslre de la justice, ou plutôt il s'y élança. C'est lui-
'ïïême qui dans une circulaire aux tribunaux leur annonça
Q *i*il venoit d'entrer à ce ministère par la brèche du canon
du. io août. Les Girondins n'auront pas de plus terrible
^■^nemi.
L'Assemblée avoit décrété la suspension du roi ; mais
C^toitla déchéance qui lui étoit demandée, elle n'avoit
^loïic satisfait qu'à demi aux injonctions populaires. N'im-
Pc>rt.e, la royauté étoit condamnée, et les factieux s'empres-
sè ront de l'abolir daas ses images. Le 4 i août les statues de
ri IV, de Louis XIII, de Louis XIV, de Louis XV furent
ttues. Ce sont les premières ruines sur lesquelles la
'^^F^ublique s'est assise. Voici une anecdote du Pont-Neuf
i me fut certifiée par un de mes col lègues qui étoit présent.
moment où toutes les machines étoient en mouvement
poui r renverser l'image du bon roi, une femme du peuple
^'^"vance et dit aux démolisseurs : «Quoi! Henri IV aussi, ce
^'^^-Tehommequenousaimonstousl...» — «Oui, lui répond un
"^«:iime de la bande, c'étoit un bon b....; mais il étoit roi,
^ i^'^ut qu'il y passe, ça servira d'exemple aux autres.»
l-.' Assemblée étoit subjuguée. Que la honte de cet état
r^ tcDmbe sur les factieux et les lâches qu'elle recéloit dans
so «^ sein, et qui l'y avoient amenée. II seroit injuste d'étendre
^^*^ le côté droit les malédictions qu'elle mérite. Que pou-
voîtune poignée d'hommes toujours en minorité', toujours
lo^t-tue, et, ce qui est pire encore, calomniée dans ses inten-
tÂ^ns, devenue l'objet «les défiances, et à présent de l'animo-
^Vlfd populaire? Aussi, nous n'allions plus aux séances que
pour constater que nous ne les avions pas abandoDoé^E^i nous ne prenions plus part aux délibérations. Et quand ^^ votait par assis et levé, nous restions immobiles sur im^^ bancA. CY'toit la seule protestation que nous pussions fai^^^» cV'toit la force de la faiblesse. Nous n'en avions pas d'autr*^- Cependant tout néioit pas perdu s il y avoit de 1 ener^^^ dans les provinces. Voyons les effets du 10 août au dehoC^- La terreur qu'il répandit fut à peu près générale. Il y ^ ^^ dans plusieurs lieux une tentative de résistance ; mais eL ^^ ne put être organisée nulle part. Toute action, pourêL^"^ forte, doit partir d'un centre : la Révolution a mille fc^*s prouvé que c'est à Paris que se décide le sort des départ^^^ ments. Ces mêmes autorités qui avoient si énergiquem^ ^^^
protesté contre la journée du 20 juin, se turent devant ceB- 1^ du 10 août. J*ai dit qu'il y avoit eu un projet concerté, A ^^* mesures prises pour mettre le roi en sûreté à Rouen. Vo» ^^^ des faits qui appuyent mon assertion. Ce fut à Rouen que 1^ peuple s'émut. M. de la Rochefoucault-Liancourt fit v^^^ nouveler aux soldats et aux citoyens le serment de fidélS^ ^^ à la constitution qu'on venoit de détruire. Il y avoit là mJ^ ^ régiment suisse qui ne demandoit pas mieux que de vengj'^^' SCS compatriotes morts au iO août; mais ces dispositions -^f^^ suffisoient pas, et pendant qu'on délibéroit sur les moy^ M^^ de les mettre à effet, le temps se perdit, des émissaires <■- ^^^ Jacobins de Paris arrivèrent, produisirent l'hésitation, ^^ trouble dans les esprits. L'idée de la guerre civile a gla». ^^* les courages. M. de la Rochcfoucault est abandonné.
A l'armée, le mouvement de résistance eut d'abord toL^ ^-^ l'impétuosité militaire. M. de la Fayetle avoit son quarti-^^ général à Sedan où un grand nombre de troupes étoi^ •^^ réunies. Il lit publier à l'ordre une proclamation con^C^^® les auteurs de l'insurrection, et contre les décrets de l'i^*-^^' sembl(!e nationale qui l'avoient sanctionnée. L'armée ^'
entendre, par ses cris d'indignation, qu'elle partageoit les sentiments, de son général. L'Assemblée (c'est-à-dire les Jacobins, car il n'y a plus d'Assemblée), prévoyant ce raouvement qu'elle redoutoit, avoit envoyé irois commissaires pris dans son sein : le général les fait arrêter et conduire dans les prisons de Sedan où ils répondront comme otages des jours du roi.
Certes, voilà une levée de boucliers qui annonce quelque chose : vous allez voir que ce ne sera rien. Il y a donc des décrets d'en haut qui veulent que la révolution s'accomplisse? Aux uns, l'audace est envoyée ; aux autres, la peur; à tous, l'esprit de confusion et de vertige qui ne permet plus raccord que pour le crime. Lafayetle n'étoit pas seul général, l'armée de la Moselle étoit sous les ordres du géné- "■^l Luckner; celui-ci, dont la coopération auroit été si puissante , tomba tout à coup dans une irrésolution ^ont il ne sortit que pouf se ranger au parti qui lui paroîssoit le plus fort, aux Jacobins. Il proclama sa sou- '^^îssion aux décrets de l'Assemblée. C'est ici qu'il faut considérer toute la force qui s'attache aux actes du pouvoir. '^oîlà un homme qui personnellement est dévoué au roi ; '^^îs le Roi est au Temple et ne commande plus, son pouvoîr est passé à d'autres, ils en font un exécrable usage; ^ ^Oaporte, ils commandent, Luckner obéit. C'est ainsi que ^ I^rance s'est successivement courbée sous le joug détesté ^ tous ses dominateurs. Elle a obéi à Robespierre!!! ^ ^st une grande leçon que la Révolution, pour ceux qui sa- ^^nt la lire.
Lafayette éprouva une autre défection dans sa propre
^^"ttiëe. Dillon commandoit au camp de Mauldre^ et d'a-
^^^rd il s'étoit prononcé hautement dans le sens du général
*^*^ chef; mais Dumouriez étoit sous ses ordres, et ce Du-
^ouriez, par-dessus tout intrigant et ambitieux, qu'on avoit
vu tour à tour royaliste, girondin, devint cette fois ç^^xr jacobin. Il désobéit, intrigua, divisa, alla même jusci'^^'^ annoncer le dessein de marcher contre Lafayette^ et de faire battre ainsi les régiments entre eux. Le temps ^st bien précieux dans ces circonstances: Lafayetie en avoît perdu. S'il se fût mis en marche au premier moment, il entraînoit son armée, et le coup pouvoit être décisif* lla.îs rester là, faire de vaines démonstrations, délibérer quand il faut agir, voilà ce qui perdit le général. L'enthousiasme ^st une passion qui n'a point de durée. Sans être encox^ abandonné, Lafayette sentit qu'il n'étoit pas soutenu. Il '^^^ voulut compromettre personne dans sa fortune; lui, ^^ quelques amis intimes qu'il ne put empêcher de le sui passèrent la frontière, furent arrêtés par la première J> trouille ennemie et conduits dans les prisons d'Autriche-
Ainsi tout est fini, et le despotisme de la Révolution mence. Rendrai-je compte maintenant de l'agonie de 1* A S" semblée, des derniers soupirs de la liberté? Dirai-je I ^s attentats de ce Conseil de la Commune de Paris dont l'i lence augmentoit chaque jour avec le pouvoir, ses pro criptions, ses arrestations par l'effet desquelles les pri furent approvisionnées des victimes qu'il vouloit immoler^ "^ Retracerai-je enfin les massacres des 1®' et 2 septembre * Non, il faudroit tremper ma plume dans le sang pour tra— —" cer ces épouvantables tableaux, et je n'en ai pas le couragi Je m'arrête.
Quant à mes dangers personnels dans ces derniers temps ils étoient très-réels. Nous autres, députés proscrits, n*al lions plus aux séances qu'armés. Les pistolets étoient la constitution du jour. Plusieurs de mes collègues changeoient de domicile toutes les nuits. J'avois un fameux jacobin dans ma manche, un médecin nommé Lambry^ qui avoit traité ma femme des suites de sa fausse couche. Cet
enragé (politiquement parlant) étoit pourtant un honnête homme, il avoit pris notre position en pitié. Ami intime de ïianton et d'autres chefs de parti, affilié au club des Jacobins, initié même à leurs secrets, il étoit au courant de tout ce qui se préparoit, et m'avoit dit : a Restez chez vous tant que je ne vous avertirai pas d'en sortir. S'il le faut, je « vous ai trouvé un asile, c'est chez moi que vous viendrez, FOUS y serez en sûreté avec certains malades que je traite : il faudra bien que voijs vous laissez traiter, comme si vous i'étiezy il ne vous arrivera pas d'autre mal que la médecine. 9
A quelque temps de là, il vint m'annoncer'que je pouêtre tranquille, et me fit part en confidence de ce qui rtoit de se passer. Dans un comité diabolique, on avoit itéla question si les députés du côté droit, tous conspira tcîurs bien connus, ne dévoient pas à leur tour être im- I. Ce cioup hardi imprimeroit la terreur dans tous les artements, et rendroit plus facile rétablissement de la tnublique. Danton avoit repoussé avec force cette proposition sanguinaire : il avoua qne nous avions été dangereux, ^^-» ^ nous le serions encore si nous devions rester députés; ^5^isla Convontion al loit arriver, nos pouvoirs expiroient. ^ dln sait, dit-il, que je recule pas devant le crime quand il ^st nécessaire, mais je le dédaigne quand il est inutile....» ^■^ôce à cette maxime philosophique et à l'ascendant de I^^nton , il nous fut permis de sortir sains et saufs de ^^t^ te Assemblée maudite qui expira enfin le 21 septembre