Cela était écrit en
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ont bientôt formé une armée; un brasseur devenu depuis
fameux, Santerre, se met à leur tête. Ils étoient armés de
longues piques et tratnoient avec eux deux piècesde canon.
Cfî^t étrange cortège, dans lequel s'étoient mêlées beaucoup
de femmes , traverse Paris et se recrute en avançant de tout
ce qu*il rencontre et fait entrer dans ses rangs. On voyoit
sur leurs bannières : Vive la liberté^ à bas le veto, et autres
gentillesses populaires. Que faisoit la garde nationale? Elle
se rassembloit aussi eu tumulte , mais elle ne pouvoit agir
sans ordre de la municipalité, et le coquin de maire ,
Pétion *, se gardoit bien d'en donner. A midi, la salle de nos
séances est investie. On nous annonce que le peuple vient
nous présenter une pétition, et qu'il demande que sa <iépu-
tation soit introduite. « Qu'est-ce que ces gens qui s'appel-
« lent le peuple , qui nous apporte une pétition avec des
« canons et des piques? Fermez les poites , ils les eiilonce-
t ront s'ils veulent : au moins l'Assemblée ne les aura pas
t reçus, elle aura conservé sa dignité. »
Toyez ici la conduite de nos Gitondins. Guoflet monte à la tribune où il prononce la harangue d'un séditieux. Il s'indigne des soupçons qu'on élève sur les prétentions de ce peuple qui est rempli de res^iect pour la loi. Ne lui «^era- Ml donc pas permis de dévoiler ses souffrances, sen inquié-
^' PéOom {Jérôme) , né en 1759, i Chartres, était avoeJt ttn 1799. Il fut l'^Puié à rhatemblée nalionale et à |j Conveotiuo.
^^^rgé avec Barnabe e« Latirar-Hauboorg de ranmer Looif XVI He Va*
'^'^'^^s. Use m renarqner par sa gmêimU , tandis que Barnave, (OQehé
des manieurs de b fanille rovale et révolta des crines auiquels il »iMiista«
'^'^^H mailre em lu des tenûmenU ^htéren\ trop lonfgUrm^^ AUtuïï^n,
^^n deoMcda ^■'•a aifl le roi es y-g^tnemi . fut ^osni le nomm^, m'é\f*î
^*>îs et derÎBt mm mnmmi fidole do feny\e, il prit part mn. jonrnét»
^O join et 10 aoâl , et laifsa eomMnumtr taos ré«fs 'a^ee tf» mstkttêKfH
^^Plenbrr. PiosrrH aver les Gir—4ibA, il sVfifyit et périt é»M \ff
"«ae» de B#rdcan.
tudespeut-êlre trop bien motivées? Elles sont partagées pa. toute la France. Ce n'est pas seulement à Paris que la conduite du roi , dirigée par des conseils perfides , inspir
les plus justes alarmes Si jamais député mérita 1
décret d'accusation , c'étoit ce député de Bordeaux ; mai ^ comment le pioposer à des impartiaux au milieu (L ^ vingt mille hommes? La députation est admise. L'or teur popuiair.e nous débite, en énergumène, un tis&. de phrases menaçantes, mêlées pour la forme de quel ques phrases respectueuses. C'étoient .des plaintes s le renvoi des ministres, une dérision du 2;e^o, une décl mation contre la cour , les émigrés, les prêtres; après qu 11 demanda que tout le cortège fût admis à défiler dans I salle. Il n*y avoit plus moyen de refuser , car plusieu centaines dMiommes s'étoient déjà introduits. Plusieu d'entre eux s'étoient placés sans façon sur nos bancs, c'eî à-dire sur ceux du côté gauche, qui les accueilloient frate nellement. Quant à nos places maudites, elles restère vides : de si bons patriotes ne pouvoient pas se mêler av nous. Le cortège traversa la salle dans sa longueur, e trant par une porte et sortant par l'autre. La processio»^ dura trois heures; il y avoit là des figures hideuses : vois encore cette forêt ambulante de piques, ces mo choirs , ces guenilles qui servaient d'étendards. En passa devant notre côté, on nous faisoit avec les poings d démonstrations peu amicales, ou bien on nous lâchoitd quolibets. Un d'eux vint à moi et me dit à Toreille (c Grand gueux de député , tu es connu , tu ne périras que « ma main. » 11 s'en alloit après cette confidence, je 1 retiens par le bras et je lui dis : « Promets-moi de ne p a m'attaquer par derrière , et tu trouveras à qui parler*.
1. Plus tard, et aux approches du 10 août (séance du 9 août. — Mon
EofiD le cortège a défilé, la salle est vide; le parti
girondin avoit déployé ses forces , mais ce n'étoit pas à
nous, c'dtoit au rbâteau qu'on en vouloit ce jour-là. Nulle
force pour le défendre, car la garde du roi étoit dissoute, et
la garde nationale restée sans commandement ne pouvoit
dfirir d'une manière efficace; seulement quelques postes qui
occupoient les avenues du jardin, voyant déboucher la tête
^^ cette colonne , se replièrent et donnèrent Talarme au
chftteau. Plusieurs de ces braves citoyens s'j introduisirent
pour protéger la famille royale en cas de besoin. La foule
ë^Pondoit autour du palais qui étoit fermé. En un instant les
Sigillés S'jnt abattues, les portes enfoncées à coup de
baclie, la multitude inonde les escaliers, pénètre partout ,
^^ oanon est traîné dans l'appartement du roi. 11 avoit fait
éloigner plusieurs de ceux qui s'étoient réunis autour de sa
P«i*sonne , la reine^ surtout, qui étoit plus particulièrement
* otijet des soupçons et de la haine. M"« Elisabeth r sta
'*^*t»^pidement à ses côtés. Elle croyoit sans doute que la
I^**é:aence d'un ange contiendroit des démons. Des gardes
'^^tîonaux circuloient , veillant sur ce qui pouvoit arriver;
^^^Iques hommes de la Cour avoit emprunté à des insur-
^ do 11 août, û» 224, p. 371), les Tiolences devaient redoubler dans la ^cedu9.
^ ^Ki lit les lettres de MM. Mézières, Regnault-Beaucaron, Frondière, ^^^K^etelle, Soret, Galvet , Quatremère, Chapron . racontant les injures et
^nces dont M. Daroolard et enx ont été victimes. ^^ . Girardin. — Je demande la parole pour un fait : Je déclare qu*hier, '^ Portant de TAssemblée nationale, dans Penceinte même de la salle, j'ai
Irappé....
^n membre de rexlréroité gauche. En quel endroit? (De violents mur- ^^es et des cris plusieurs fois répétés : « C*est indigne ! à TAbbaye » , i^pellent Pinterlucuteur à Tordre.)
'^. Girardin. — On me demande en quel endroit j'ai été frappé. C'est derrière ; les assassins ne font jamais autrement. ..
gés , en les payaiitbien\ leurs habits el leurs piques, et rôdoient, ainsi déguisés, pour protéger le roi. P^
C'est ici cjull faut contempler Thomme juste défendu l^i» par sa seule vertu. Assis dans son fauteuil, il entend une pétition dans laquelle on lui débite mille outrages, on le somme de révoquer le veto qu'il avoit mis sur quelques décrets. Louis XVI est encore roi. Il répond avec modération qu'il est attaché à la constitution de bonne foi, maïs que le peuple aussi doit respecter les droits qu'elle l^^^ donne, et qu'il défendra toujours avec fermeté. « Ce n'©^^ a pas, dit-il, par des menaces qu'on me fera consentir, J^ <r suis honnête homme, et je n'ai pas peur. » Là-desstt^> prenant la main d'un garde qui étoit près de lui, et lis pC^" .sant sur son cœur: « Vous voyez, il bat comme à l'èrd**" « naire , il n'est pas agité. » Cette contenance du roi in» " posa du respect, a Eh bien ! dit l'un des g^ueux, si vous cr pour le peuple, mettez le bonnet rouge. » Louis PaccepI et le met sur sa tête. On paroît content ; alors il s'établ ^^^ entre lui et ses voisins un colloque qui avoit l'air d'un conversation ordinaire. Voilà un côté de cette scène ; toâi en voici un autre.
Madame Elisabeth avoit été prise pour la reine, elle s' attendoit, et son dévouement sublime avoit précisément ^ pour but d'attirer sur elle les dangers que la reine auroS^ ^ pu courir. Elle fut l'objet des injures grossières, des menaces violentes de la multitude trompée. La présence di roi paciiioiL les esprits; celle de Madame Elisabeth les irritoitet les portoit à certains moments au plus haut degn d'effervescence. La reine, avertie de la position de sor héroïque belle-sœur, s'arracha de sa retraite et vint s< présenter elle-même dans l'appartement du roi. Chos^^ incroyable ! son aspect imposa. Le peuple commençoi à être las de la farce qu'on lui faisoit jouer. Il vit d'ailleur!
I chef Santerre s'approcher de la reine et lui parler.
héros du faubourg lui disoit qu'elle n'avoit rien à indre, que le peuple ne vouloit ce jour-là qu'avertir, et ï frapper, lepéndant nous sommes instruits, à TAssemblée, de ce
se passe; nous envoyons une députation au château. > eut mille peines à y pénétrer. Les gueux disoient : fiez à votre Assemblée, vous n'avezque faire ici. » Enfin
trouve moyen de se faire jour. Que voit- elle en enit? L'appartement du roi converti en un lieu d'orgie,
hommes qui fumoient, d'autres qui buvoient à une e dressée près de son fauteuil et couverte de bouteilles. gniaud^ l'un de nos députés, qui avoit des craintes parce l avoit entendu quelques provocations sanguinaires, lut parler; mai» comment se faire entendre au milieu I tel vacarme? Il monte sur le dos d'un homme et dé-
des phrases souvent inten'ompues. Irfais voilà l'illustre on qui arrive, sa présence apaise tout; la harangue de
ridigne maire de Paris étoit en ces termes :
Peuple, s'écria-t-il, tu viens de te montrer digne de ►î-meme. Tu as conservé toute ta dignité au milieu des lus vives alarmes. Nul excès n'a souillé tes mouvements iblimes. Espère et crois que ta voix aura été enfin entidue. Mais la nuit s'approche, ses ombres pourroient Lvoriser les entreprises des malveillants qui viendroient ï glisser dans ton sein. Peuple, retire-toi. » 'eff<t (le ces paroles fut magique, le peuple s'écoula par ^es les issues, comme le flot qui se retire. Le château a dans la solitude et dans la stupeur, ette journée si dangereuse fut très-honorable pour isXVÏ. On avoit tremblé de ses périls. On admira sou g-froid, sa dignité, sèn courage. Hélas ! ce courage étoit atif: s'il eût été «actif, il l'auroît fait vaincre. Mais cet
excellent prince ne savoit que temporiser et sotiffrir.
Cet événement produisit dans les esprits une commotiov^ salutaire. L'indignation éclata de toutes parts ^t je suis encore à concevoir comment le parti constitutionnel ue &ut pas, à la faveur des circonstances, écraser les ennemis du roi et les siens. Ce ne fut pas la volonté, ce fut apparence' ment Thabileté qui lui manqua. Suivons les faits.
On avoit vu avec quelle facilité le château pouvoit êtx*e envabi : ses abords furent mieux gardés, le jardin desT^i* leries fût fermé au peuple. Des proclamations annoncèrexi^ rintention de poursuivre et de faire punir juridiquemeint les auteurs de l'attentat du 20 juin. La garde nationale» animée plus que jamais, fit faire au roi 1 es offres de s^^ services et d'un entier dévouement. Les habitants de Parx^* qui avoient plus particulièrement à répondre à la Fraa^^® de la sûreté du Roi qui avoit quitté Versailles, qui s'étoi** livré à eux avec sa famille, honteux des excès qui venoie: d'avoir lieu sous leur nom, demandoient réparation vengeance. Une pétition adressée à l'Assemblée fut co*-^*^ verte de vingt mille signatures. On l'appela la pétifio^^ des vingt mille. Mais vingt mille hommes qui prennent ^^ plume n'en valent pas cinquante qui empoignent l'ép^' Le département de Paris destitua le maire Pétion, comi ayant évidemment facilité le mouvement du 20 juin. Pre^ que tous les départements de la France se mirent aussi délibérer et envoyèrent pour la punition de l'attentat d vœux unanimes. Ils offroient de faire arriver toutes l forces dont on auroit besoin. C'étoit un concours généraU * sembloit que toute la France avoit le bras levé pour anéa tir les factieux.
C'est au milieu de ces dispositions qu'arriva à Paris général Lafayette, quittant dans cette circonstance sC^*^ armée dont il avoit laissé le commandement au génér'^*'
Luckijer. Celui-ci étoit un Allemaud qui ne comprenoit rien à la réToIutîon pas plus qu'à la langue française ; vieux soldat qui auroit donné la constitution pour un verre d'eau-de-vie; brave homme pourtant, qui étoit très-dévoué au roi de France puisqu'il étoit à sa solde. C'est lui qui auroit dû venir à Paris avec quelques régiments de hussards. M. de Lafayette y arriva avec quel(]ues officiers de son état-major. Il croyoit sans doute trouver une armée dans cette garde nationale dont il avoit été le chef, et que s^ seule présence alloit enthousiasmer comme autrefois. Il se présente à la barre de l'Assemblée sans autre escorte que celle de son discours qu'il tenoit à la main. Vraiment il nous dit des choses très-réelles : que la constitution avoit été plusieurs fois violée (il auroit dû dire mille fois), que la ff^ajesié royale avoit été avilie, que la sûreté du roi avoit ^^é compromise, qu'il falloit poursuivre comme crime de lèse- nation l'attentai du 20 juin, et punir exemplairement ^s ^ut'urs dont les intentions perverses étoient actuellement dévoilées, qu'il falloit aussi que l'autorité ûi justice de cî^tte faction audacieuse qui donnoit des agents à tous les troubles.... M. de Lafayette parloit au nom de son armée dot\t il n'auroit pu contenirl'indignation, s'il ne se fût chargé d*^^ être l'interprète, et de lui rapporter la fïouvelle que ses vœux avoieiit été remplis*.
J'écoutois ce discours, et je disois à mes voisins : « Il s'agit a bien de paroles ! Tout cela n'est rien, si ce soir il ne fait i( pjis envelopper le club des Jacobins, disperser ces bantf (iiis, mettre la main sur le collet aux chefs, nous les n amener à la bane, afin que nous les décrétions d'accu-
1. La Fayette adressa à TAssemblée une lettre qui est aux pag«^8 698 et suivantes du T. XiJ du Moniteur.
A la séance du jeudi 28 juin , il prononça un discours. (Voy. Moniteur) qui fut suivi de celui de Guadet. (T. XII, p. 777.)
« sation et qu'ils aillent à leur tour dans lés prisons à*^^^' « léans....» Nous aurions été justes sans doute, mai^^. auroit fallu être les plus forts, et comme on va le vo^"^ il ne nous survint aucune force de cette échaufTourée ^ H. deLafayette.
Quand son discours fut fini, Guadet monta i la tribun a En voyant ici H. de Lafayette, dit-il, une idée rassuranir a se présenta à moi : c'est que les Autrichiens étoient baP « tus, que nous n'avions plus d'ennemis ; et j'apprends a lui-même que le général a quitté son poste^ qu'il a abaor^ a donné son armée aux dangers réels de la frontière, pou^^ a nous détendre dans Paris contre des dangers imaginaires^^
comme si l'Assemblée n'avoit ni le moyen^ ni le courag
a de faire rentrer dans les devoirs ceux qui meconnoîtroien^ i « son autorité. » L'orateur conclut par demander qu'il Rl€ vérifié si H. de Lafayette avoit reçu un congé du ministre de la guerre.
Le député Ramond de notre côté se présenta pour répondre, n rappela les services du général, qu'il appela fastueusement le fils aîné de la liberté. C'est un titre dont on le décore aujourd'hui même en Amérique, où ce vieux garçon est allé s'enorgueillir l'année dernière au milieu des toasts de ses amis. Mais enfin, à notre époque encore, il jouissoit d'une grande renommée. Ramond disoit donc que, loin de voir en lui un général ambitieux ou usurpateur, il falloit lui rendi*e grâce des soins qu'il avoit pris pour enchaîner l'indignation de son armée, et prévenir le mouvement impétueux qui auroit pu l'amener à Paris. « Soyez, « dit-il en s'ad ressaut au côté gauche, soyez aussi coiis- « titutionnels que lui, et il n'y aura plus de danger en a France. Ramond conclut à ce que la pétition du général fût renvoyée à un comité qui feroit un rapport sur les mesures à prendre. Grand débat sur le fout. On va à l'appel
nominal; la motion de Ramoud l'emporte sur celle de Gruadet à une majorité de 339 voix contre 234 *. Quelle naerveille! Nous n'y étions pas accoutumés ; mais cela s'explique parce que nos impartiaux étoient toujours pour le plus fort, ils entendoient ce jour-là un général promettant l'appui de son armée. Un grand nombre d'entre eux votèrent comme nous, sans entrer pourtant dans nos rangs.
Il paroît pourtant que Lafayette avoit des projets ; mais pour les mettre à exécution, il lui falloit deux choses: Tasintiment de la cour, Tappui de la garde nationale, puisqu'il n'avoit pas amené un régiment avec lui. Ces deux ^utiens lui manquèrent. La garde nationale, depuis son départ pour Tarmée, obéissait à d'autres chefs, et malheu- Teusement à plusieurs chefs (|ui se succédoieut chaque lûois, ou même tous lesquinzo jours au commandement : en sorte qu'il étoit impossible d'établir dans son régime l'ensemble et l'unité, et c'éloit précisément ce 4|u'avoient voulu lesdésorganisateursqui s'étoient mêlés de son administration. Des gardes nationaux sont des bourgeois attachés à leurs foyers, livrés à leurs affections de famille, à leurs affaires; il Içur faut un ordre précis pour se rallier sous le drapeau, et en ordre. Lafayette ne pouvoit plus le doiiîier.
1. Dans la séance du 8 août, le décret d'accusation a été repoussé par 406 voix contre 2^4 ; mais, après le 10 août, chacun s*en.'presse de rétracter son vole. (V. Moniteur du 13 août, p. 2^5.)
Le Moniteur contient en tète de son numéro du vendredi 10 août 179i, i* année de la UbtrU, n» 223, rette note curieuse à plus d*un titre :
Le général La Fayette est condamné, aux yeux de TEurope entière , par le «iécrel même qui Tabsout. Pour avoir le prétexte de demander impérieusement la répre^sion des sociétés p8trioiii|UPs, il av it accusé TAssemblée nationale d*èlre soumise â leur influence. Or, le décret démunlre ëvidenomenl que TAssemlil^e n*y est nnllenicnt soumise : d<»nc le (général dénonciateur a caloumié les sociétés et rAKS<;mblée; donc PAssemblée, par son déerel d'absolution, prouve à toute TEurope qu'il éfji^ coupable.
S^ulriueiil il y eut une espèce de parade. Lat'ayetie en sottaiit lie l'A>seuibiée fut reconduit chez lui par deux ou trois r^ vj:ui^ hommes «^ui se mêlèi'eiit au petit nomiu-e d'officii^rs T M'i'i! a\oi? amenés, et lui tirent ainsi l'honneur i l'un cor- 1 U':,:*^. On cria : a A bas les Jacobins », et ce fut tout. |
Le ;?t^néral ne fut pas accueilli plus chaudement à la cour, 1 OÙ il y avoit bien des préventions contre lui. On se souvenoit «|ue c'étoit lui qui avoit arrêté le Roi à Varennes, La reine ne lui avoit pas pardonné. Aussi quand il ouvrit le projet de faire évader le roi pour le conduire à son armée, ('Mie proposition hardie ne produisit que la stupeur. L«si reine manquoit de contiance, et le roi de résolution. 11 le fit remercier de son dévouement en lui disant que le moyen le pi Us efficace de le servir et de corn primer les factieux, étoil de continuer à remplir habilement ses fonctions riB général. Lafayelte, après être resté quelques jours à Pai'îs oli il ne put rallier aucune force, s'en retourna désespéi'^ d'une démarche courageuse restée sans succès.
Les Jacobins n'attendoient que son départ. Ils firesn*éclater une joie égale à la peur qu ils avoient eue. Leso^*" même, sou effigie fut brûlée au Palais-Royal. On dit que ^^ duc d'Orléans avoit préparé cette scène : ce qu'il y a de ce* ^"^ lain, c'est qu'il la contempla de ses croisées. Il se souvenO ■ ' qu'à la veille des fameuses journées des o el 6 octobre, L ^'^ fayette l'avoit éloigné de Versailles. D'ailleurs ce princ?-^^'» démagogue de sa nature, ennemi du sang royal que depi«> *^ il I répandu, ëtoit, par la bassesse de ses vues, l'allié de ^ ^ Mmultce, et le confident intime des chefs qui l'égaroiem * ' Ktb c'est au club des Jacobins qu'il faut se transporter; ^ I!IQÎI été morne el pi'es(|ue silencieux pendant le séjour (0 ^ UhiQtte à Paris, ses fougueux orateurs se taisoient ; ^^ ymierref le plus Iftche coquin d'eux tous, ne faiso ^ ^ «liiloDgttes lamentations sur les malheurs de la Patrie^ '
s, après son départ, les mêmes excès s'y reproduisirent ; iénonciations, les motions furii3ondes, devinrent, pour i dire, à Tordre du jour. Au milieu des scènes lerriqui se préparent, en voici une qui ne fut que ridicule. 3 bonnes gens imaginèrent d'apporter la paix dans e Assemblée, et d'opérer une réconciliation entre les e partis. L'abbé Lamourette, député du centre, qui oit pas encore dit un mot, monte à la tribune, et dans liscours fort bien fait, prêche Toubli du passé, l'union t concorde, comme il auroit pu le faire en chaire. Il cusoit personne; au contraire, il déclaroit que nous is tous d'honnêtes gens, mais que nous nous suppos réciproquement des desseins perfides, des torts imaires. Ce discours de Tabbé n'étoit pas maladroit, car que^ nous n'étions que des turbulents étourdis, ses conîs les impartiaux étoient donc les sages de l'Assemblée, impassibilité deveuoit prudence, ce n'étoient donc pas tîomînes peureux, mais des hommes circonspects. Aussi bons impartiaux adoptèrent avec transport la propon du baiser de paix par laquelle l'éloquente péroraibtoit terminée. Tout à coup, par un de ces mouvements Is qu'on ne voit que dans les grandes Assembii'es, tous Léputés se lèvent, se répandent dans la salie, se mêlent cris de Vive la Constitution^ vive le Roi^ on se serre la ), on s'embrasse, et enfin on va ^'asseoir ainsi confonindistinctpment sur tous les bancs *.
Séance ou samedi 7 juillet.
le Président — L*ordre du jour appelle la discussion sur les meâures
reté générale; M. Brissol a la parole.
Lainoiiiette. — Je demande k fnire une motion d*ordre sur Tobjet de
discussion.
[>ratcur développe sa motion ; il invite au rapprochement et continue
Je irëtois pas présent à cette scène, je travail lois à mon comité quand elle se passa. Je rentre à TÂssemblée, et je vais piendre ma place ordinaire au côté droit. Quel (uUM^ mon étonnement! Je me vois avec des jacobins, des im partiaux, toutes figures étrangères; je ne rencontre plu^ mes amis. Je crois que je me suis trompé en entrant, ^i}^m~je traverse l'Assemblée pour me réfugier au côté opposé, qu suivant moi étoit le côté droit. Même mécompte, je n'y reconnois personne. On savoit que j'avois la vu,e basse, ^t om' .^m>u rioit de tous côtés de mon embarras. Enfin on me dit c^nzxe qui vient de se passer, et je re^te ébahi. L'embrassade dai^cr-^s l'Assemblée fut appelée le baiser Lamourette, Le roi, aver" ^^ti de ce qui se passoit, vint en personne pour nous témpigo^^aer la joie qu'il ressentoit de cetie révolution dans les esprits. li ^parla avec émotion, avec sensibilité, et le soir même pA i^ ir opérer s'il le pouvoit une réconciliation universelle, il ^iHt ouvrir au peuple le jardin des Tuileries qui étoit resté fern .^lé
« J*ai souvent entendu rlire que ce rapprochement était impossibje , ^^
res mots m*ont fait frémir. Je les ai regardés jcomme une injure fait^^^^^^ tous les membres de TAssemblée. Jamais rapproehement n*est impossibKT '^^^t si ce n*e8t entre les vices et \e^ vertus.... » Il termine ainsi :
• Je demande que M. le Président mette aux voix cette propositi» ^^doû simple : Que ceux qui abjurent également et exècrent la Répulilique et 1 ^ '^ deux chambres se lèvent. «(Les applaudissements des tribunes conlinueo ^cr^Q^O
L'Assemblée se lève tout entière. Tous les membres, simultanément -^^ ^ dans Tattitude du serment, prononcent la déclaration de ne jamais toutf^^ ^^' frir, ni par Tintroduction du système républicain, ni par rétablisseme*^^ ^^^ des deux Chambres, aucune altération quelconque à la Constitution...
Un cri général de réunion suit ce premier mouvement d'enthousiasi
LeS'memhres assis dans l'extrémité du ci-devant côté gauche, se leva ^^""'^'^ par un mouvement spontané, vont se mêler avec les membres du comi^ *■ ^ oppu&é. Ceux-ci les accu- illeut par des «iinbrassements et vont à leur lo* se pia<*er dans les rangs de la gauche. Tous les partis se confondeni ; • ne remarque plus que l'Assemblée nationale.
Plusieurs instants se passent dans des communications fraternelles.
me.
ont oa
depuis la journée du 20 juin. Mais, ce soir-là même, à notre mce, les choses avoient changé d'aspect, les discussions
prirent à peu près leur q^aractère ordinaire d'animosité. dispute n'avoit fait que changer de place, elle étoit établie sur tous les bancs qu'elle parcouroit, au lieu d être concentrée comme ci-devant entre deux portions qui combsàttoient en masse. Le lendemain, toute cette agglomération de députés s'étoit disloquée, et chacun étoit retourné à son côté droit ou gauche ; les impartiaux étoient retombés d^ns leur centre.
Si l'on veut réfléchir sur la position du roi, on verra q^x'avec son caractère pacifique elle n'étoit pas tenable. Tout étoit danger , au dedans et au dehors. Les mesures oi-ciinaires ne suffisoient plus; on lui proposa plusieurs projets hardis, il les rejetoit précisément à cause de leur hsirdiesse et des dangers auxquels des sujets fidèles se soroient dévoués pour lui. Le roi avec son courage passif
On voit assis sur les mêmes bancs MM. Jaucourt et Merlin, Dumas et
<^azîre, Albite et Ramond. Plus loin, MM. Geusonné et Galvet, M. Chabot
^^^^cM. Genty , abjurent entre eux les défiances réciproques, et semblent,
P^ir la cordialité de cette réunion , vouer à Toubli jusqu*à la dénomination
"^^ sectes et des partis.
H^es spectateurs, attendris, mêlent leurs acclamations aux serments de ''^ ^semblée.
ll^a sérénité et fallégresse sont sur tous les visages, et Témotion dans *-• s les cœurs.
ans cette confusion de personnes et de sentiments, un seul cri de ^ l.iement se fait entendre : celui de la Constitution et du danger de la *^**^Tie.
^^d. Ëmmery. — Quand l'Assemblée est réunie, tous les pouvoirs doivent ^^re. Je demande donc que l'Assemblée envoie, sur le champ, au roi, *^^^** une députation de 24 membres, l'extrait de son procès- verbal. ^a proposition Emmery est adoptée, ^eu d*instants après , M. Condorcet entre dans la salle. M. Pastoret,
sembloit se dévouer lui-même. La reine avoit plus de résd lution ; mais elle étoit déjà si malheureuse qu'elle se défia», de tout le monde ; elle étoit découragée tantôt par L ^ craintes du roi , tantôt par ses propres pressentiments. Le nouveaux ministres, qui n'avoient pas désespéré de serv/ le roi depuis la journée du 20 juin , veuolent de donner leur démission. La tempête s'approchoit, et il n'y avoit pas un homme au gouvernail*
Au dehors , les dangers étoient devenus imminents. Jusqu'ici la guerre paroissoit avoir un caractère inoiFensif et être moins d'attaque que d'observation. A présent, on faisoit des préparatifs pour la pousser avec vigueur. Le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume, et le duc de Brunswick s'avançoient à la tête de soixante-dix mille hommes dont qua-
placé à rextrémité du ci-devant côté gauche, va au-devant de lui et Teni' brasse. (Ou applaudit*.)
La députation rentre. Le roi , accompagné de tous ses ministres , est ai milieu d*elle. La salle retentit des cris de : Vive la nation î vive le roi!
Le roi va se placer auprès du président.
Le roi. — Messieurs, le spectacle le plus attendrissant pour mon cœui est celui de la réunion de toutes les volontés pour le salut de la patrie; j*ai désiré depuis longtemps ce moment salutaire : mon vœu est accompli
1. Extrait de la Chronique, article Assemblée nationale, par M. Condorcet.
M. Pastoret a parlé le «premier ; mais il a laissé cette grande tâche à remplir à ceux qii voudraient parler après lui. Il a fini son discours par une invitation à Tunion entre la membres du Corps législatif; mais, comme il n'avait point dit sur quoi devait porter cette union, quelle conformité de principes devait la cimenter, chacun des membres est resté dans ridée quMl avait auparavant, tant sur l'état actuel des choses que sur M. Pastoret loimême.
Lettre insérée dans le Journal de Paris, du mercredi 4 juillet.
A H. Condorcet. — On vient de me montrer, Monsieur, les injures dont vous m'honoM dans le plat libelle où, pour 15 livres par jour, vous outragez tous les matins la raison, Il justice et la vérité. Je m'empresse de vous en témoigner ma reconnaissance.
Emmanuel Pastoret.
rante mille de cavalerie, qui avoit la réputation d'être la tûeilleure de l'Europe. On citoit dans cette armée plusieurs capitaines expérimentés; des légions d'émigrés marchoien^ avec elle , et quinze mille Autrichiens dévoient s'y joindre. ^ roi avoit donné avis à l'Assemblée de la marche de ces troupes. Que va-t-elle faire ? car rien n'est préparé. Elle commence par rendre un décret qui déclare que la patrie €^t en danger. Cela étoit très-vrai ; mais pourquoi le dire ? Cette formule ne créoit aucun moyen. Ces terribles paroles alloient retentir par toute la France, ajouter aux terreurs, à l'exaspération des esprits. On prit une autre mesure qui pouvoit ranimer l'enthousiasme français. Une troisième fédération fut convoquée. Elle eut lieu, comme tes deux précédentes, à l'anniversaire du 14 juillet au Champde-
La nation et son roi ne font qu*an. L'un et Tautre ont le même but. Leur réunion sauvera la France. La Constitution doit ôtre le point de ralliement de tous les Français. Nous devons tous la défendre ; le roi leur en donnera toujours Texemple.
(Les applaudissements et les cris de : Vive la nation ! vive le roi ! recommencent.)
M. Je Président. —• Sire, cette époque mémorable de Ttinion de toutes les autorités constituées est un signal d'allégresse pour tftis les amis de la liberté , et de terreur pour ses ennemis : de cette union sortira la force nécessaire pour combattre les tyrans coalisés contre nous ; elle est un sûr ^rant de la victoire.
Les applaudissements se prolongent.
11 se fait un grand silence. Le roi paraît ému.
Le roi. — Je vous avoue , M. le Président , qu*il me tardait bien que la députation arrivât, pour pouvoir courir à l'Assemblée. Les applaudissements et les cris redoublent.
Le roi sort au milieu des cris d'allégresse de l'Assemblée et des tribunes.
La séance est levée à 3 heures et demie.
(MonUeur, T. XIII, p. 70 à 72.)
Mars. Si le sujet étoit moins grave , on pourroit dire qvLe Tes années se suivent et ne se ressemblent pas. Cette fédération ne ressembla point aux premières. Au lieu de présenter des légions armées prêtes à voler aux frontières, elle ne présenta qu'une cohue populaire. La veille, l'Assemblée législative,en traînée par ses Jacobins appuyés des clameui*^ erdes menaces d'une foule immense qui la cernoit , avoît cassé l'arrêté du département de Paris par lequel Pétio^i avoit été suspendu de ses fonctions. Ce fut un triompb^ pour ce maire imbécile et pour le peuple. Le nom de Pétio £ fut inscrit sur toutes les bannières, tracé avec de lacrai^ sur tous les chapeaux. On étoit assourdi de ces cris : Vive Pétion , Petion ou la moH. Le roi parut au Champ d* la Fédération ; au moment où il s'avança vers l'autel de 1^ patrie pour y renouveler son serment, mille voix le dénoncèrent comme parjure. Il y eut même un moment oîi ^^ personne eut besoin d'être protégée par les gardes suisses ^^ quelques compagnies de la garde nationale. Leur contenance fière le garantit des attentats d'une multitude forcenée , mais non de ses insultes et de ses outrages. Qu'^^" juge, par ce trait , à quel incroyable degré étoient montée* les fureurs populaires!
Les événements vont se presser d'une manière effrayar»*'*" Elles marchent rapidement à la catastrophe du 10 ao«3^t- Pour bien les concevoir il faut se rappeler ce que j'ai dit ^'^^ l'existence des deux factions des Jacobins et des Girondiï*^^' sur leurs projets également hostiles, quoique différetï^^' Les Jacobins vouloient le renversement du trône; Gironde vouloit la déchéance du roi. Et pourquoi c^^ ambitieuse et coupable idée? C'est que, le roi déchu, s^^" fils étoit proclamé, on créoit une régence, et messieurs ^^ la Gironde auroient été le conseil de cette régci.ce. Ainsi *^ trône étoit conservé et leur pouvoir établi. Voilft ce fl*^'
explique comment on les trouve toujours mêlés aux Jacobins dont ils se servent jusqu'au moment ou ils pourront b'en passer. Eux seuls n'auroient pas pu remuer le peuple; il faut d'abord que les deux, bandes de conjurés se confondent et qu'elles marchent d'accord jusqu'à ce qu'elles soient au pied du trône. Au moment où les Girondins croiront y mouler , les Jacobins vont l'abattre : voilà , en deux mots , les causes du 10 août dévoilées.
La cour ne pouvoit ignorer tout ce qui se tramoit contre elle , elle ne l'ignoroit pas non plus. Elle prit le parti des foibles , elle chercha à diviser , à corrpmpre avec de Tor des gens qui n'étoit corruptibles que pour le crime. Les trésors de la liste civile furent ouverts. Danton , Fabre d'Églantine *, Lacroix d'Eure-et-Loir et autres coquins qui avoient plus ou moins d'influence et de popularité, en turent gorgés, mais ils n'en firent pas l'emploi qu'ils avoient promis*. De leur côté les Girondins intriguoient
1. Fabre (TÉglantine (Philippe-Fraoçoîs-Nazaire), né k Garcassonne en 1755, était connu au théâtre par plusieurs pièces qui avaient obtenu du guccès lorsqu*éclata la Révolution. II en adopta avec ardeur les principes, devint membre de la Commune de Paris , successeur de Danton et enfin député à la Convention nationale. Là , il professa les doctrines les plus violentes.
Plus tard, accusé de corruption, il fut traduit devant le tribunal révolutionnaire, condamné et exécuté le môme jour que Camille Desmoulins et Danton, qui se plaignaient d'être accolés à un voleur. (5 avril 1794.)
Lacroix, député d'Eure-et-Loir, nullité au service de Danton.
2. Nous sûmes, par le roi lui-même, quelques jours avant le 10 août , que Pétion et Santerre avaient promis d*empêcher Tinsurrection moyennant 750,000 livres, qui servirent à la payer.
(Mém. Malouet, p. iil.)
La confiance de la reine venait de ce qu'elle croyait pouvoir compter sur Danton, à qui elle avait fait remettre 50,000 écus peu de jours avant ces terribles journées (10 août).
(Mémoires de La Fayette, cités par Téditeur de Malouet, p. t57.
auprès d'elle; ils cherchoient à Teffrayer en dévoilant le
vues sinistres, les projets sanguinaires de leurs rivaux; i
proraettoient monts et merveilles si on vouloit rétal ^ — dUv leurs ministres.
Au milieu de ce conflit qui devenoit plus flagrant d'he
en heure , il auroit fallu être apathique comme nos imp
tiaux pour ne pas chercher des moyens de salut. Le c
droit ne fut pas étranger à tous les projets. Il en est
dont on me tit la confidence et qui avoit été concert
entre quelques-uns d'entre nous et des personnages att
elles à la cour. M. de la Boche foucault-^^Liancourt^ en étoî
le chef; il commandoit à Rouen quelques régiment
dévoués , il proposa d'y conduire le roi avec sa famille
L'esprit de la ville et de toute la province étoit bon , on u'jt ^
partageoit pas, on y détestoit les mouvements révolution —
naires qui agitoient Paris. Rouen étoit dans le rayon cons —
titutionnel, à la distance de trente lieues; le roi avoit ledroir i^^**
de s'y transporter sans qu'on pût apporter légalement ^rM^i
obstacle à son voyage. Arrivé là , il y seroit en sécurité par— *^ '*'
1. La Rochefoucauld- Liancourt (François-Alexandre-Frédéîic, duc de)C ^^ -^''
né en 1747, fut grand-mailre de la garde- robe sous Louis XV et Louis XVv- ^^ ' '
puis député aux États-Généraux (1789), se montra dévoué au roi et ei
môme temps zélé pour les iatérôls du peuple. Il eut part au rappel d
Necker après la prise de la Bastille , défenJit le roi après la fuite de V
rennes, et fut un des membres Its plus actifs du club des Feuillants ^ ^^^ '
Nommé commandant militaire de Rouen après la clôture de rÂssemblée ^^ ^^^ ^
il offrit un asile à Louis XVJ, qui le refusa, et fut destitué après le 10 août ^^ ^"
11 alla alors visiter les États-Unis. Rentré en France après le 18 brumaire** -**'
il s^occupa d*entreprises philanthropiques , fonda diverses manufactures
créa Técole des Ârts-et-Métiers , dont il avait déjà donné un modèle
1780, lit faire dans son château de Liancourt les premiers essais de E
vaccine et contribua de tout son pouvoir à la propagation de cette impoi^
tante découverte ; il fut aussi un des protecteurs de l'enseignement mulu
Pair de France en 1814, il y professa des idées libérales; il mourut
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faite ; si les. circonstances Texigeoient, des secours arriveroîent de toutes parts.
Voilà qui est bien , dira-t-on. Ce projet d'évasion pouvoit s'effectuer par des militaires; M. de la Rochefoucault- Liancourt avoit des régiments ; mais vous autres , pauvres diables de députés du côté droit toujours battus, qu'auriezvous été faire dans cette galère, et à quoi auriez-vous servi ? Puisqu'on demandoit notre coopération , apparemroent nous servions à quelque chose. En effet, le roi ne pouvoit agir constitution nellement que par les lois. Le Corps législatif devoit donc travailler avec lui à la restauration de la France. Si TAssembléeétoit subjuguée à Paris, elle devenoit libre à Rouen. Chaque député du côté droit s'y seroit rendu à jour dit , nous nous serions réunis pour foriïier le noyau de cette Assemblée , et alors de deux choses Tune : ou nous aurions été en nombre, le mouvernent ayant réussi , ou le roi prononçoit la dissolution du Corps législatif et en convoqtioit un nouveau. Il falloit bien apposera la Révolution une mesure révolutionnaire pour la ^^iricre. Mais, dirait-on , c'étoit une résolution désespérée. ^^î ; mais tout étoit désespéré autour de nous : le roi étoit ^ï'i'ivé à ce point qu'il falloit vaincre ou mourir. Il faut voir ^^pendant comment ses ennemis surent préparer et hâter ^^ ciénouement.
Le 15 juillet, décret qui ordonne que les troupes de **Sïîe sortiront de Paris. Quelques jours avant, Tétat-major "^ la garde nationale parisienne avoit été licencié. Pétion ^^olara toutes les sections en permanence à l'effet de déli- "^ï*er sur les dangers de la patrie. Vergniaud , enflammé ^ ïdées lugubres, monta à la tribune et fit un discours dans ^^^uel on ne savoit qui Temportoit , de Taudace ou de la Perfidie. Le malheureux roi y étoit dénoncé , traîné à la "^Tre du peuple comme coupable de trahison. Lui seul
étoit la cause des malheurs publics; les échecs que nous avions essuyés à la guerre , c'est lui qui les avoit préparés; nos défaites étoient son triomphe et (en se tournant vers le côté droft) le triomphe de son parti. Je ne sais comment cet enragé ne nous fit pas assassiner ce jour-là; les tribunes étoient ivres de fureur. Vergniaud demanda que la déchéance fût prononcée séance tenante.
Quelle diflTérence il y a entre un tribun du peuple et un véritable orateur! Je vois encore notre Mathieu Dumas recueilli au pied de la tribune , ne perdant pas un mot de ce discours et s'apprêlant à improviser sa réponse. Il le fit d'une manière victorieuse, au jugement de tout le monde, amis et ennemis. On resta étonné de cette production spontanée d'un rare talent. Son courage , sa figure animée , son geste , tout en lui étoit imposant. Vergniaud fut vaincu , la déchéance ne fut pas prononcée.
Mais l'Assemblée ne décidoit plus de rien, son règne étoit passé. Ce sont à présent les sections de Paris qui délibèrent. Pétion vint nous apporter une pétition insolente dans laquelle elles déclaroient que Louis XVI avoit perdu la confiance de la nation. Le lendemain , plusieurs de ces sections se convoquèrent elles-mêmes et protestèrent énergiquement contre le Vœu qu'on leur avoit fait émettre. Ce fut une suite de luttes et presque de combats. Les Jacobins , vainqueurs dans une section, se jetoient dans une autre pour taire plier tout ce qui résistoit. Les injures, les menaces , les voies de fait furent employées ; force fut aux gens honnêtes et paisibles de se retirer et d'aller gémir chez eux. Des fédérés aussi arrivoient de toutes parts à Paris, et quelle députation redoutable! lisse regardoient comme les représentants armés de la nation , et ils annonçoient tout uniment qu'ils étoient venus pour renverser le trône. Eh bien î ces gueux-là étoient des modérés auprès
d'une autre bande vomie par le midi et qu'on appeloit les Marseillais*. Leur troupe n'étoit composée que de cinq cents hommes, mais d'hommes capables de tout. Voici leur
début à Paris. •
Plusieurs grenadiers de la garde nationale de Paris s'étoient réunis dans un repas aux Champs-Elysées. Ils animoient le festin par des toasts joyeux , par des cris de : Vive la nation^ vive le rot/ Les Marseillais vinrent s'établir dans un lieu voisin. Ils avoient avec eux Santerre, le général des faubourgs , et d'autres chefs du parti jacobin. Ils ne purent supporter longtemps le cri de : Vive le roi. Ces furieux s'élancent sur les grenadiers , le sabre à la main. Ceux ci résistent , mais ils sont inférieurs en nombre; le peuple encore se met du parti des Marseillais. Les grenadiers font leur retraite comme ils peuvent; l'un d'eux , />w^aw^/ , lieutenant au bataillon des Filles-Saint-Thomas*, avoit reçu plusieurs blessures en se défendant avec courage ; il se réfugie dans une maison où les Marseillais l'atteignent et le tuent. L'alarme est aussitôt répandue pariout; des bataillons de gardes nationaux se rassemblent; mais la peur , ou au moins une grande prudence, régnoient dans leurs rangs; ils restent immobiles et les Marseillais rentrent en chantant effrontément leur victoire. Le lendemain les grenadiers adressèrent une pétition à l'Assemblée pour
1 . Cette troupe de bandits qui prit Paris pour théâtre de ses exploits (ce fut toujours et c'est encore, au moment où j'écris, le sort de cette malheureuse cité) était un ramassis d*aventuriers étrangers: Génois, Maltais, Piéinontais , Corses , Grecs , gens sans aveu , ayant pour principaux chefs un nommé Fournier, dit rAméricain, et le Polonais Lazowski.
2. Le bataillon des Filles-Saint-Tbomas (quartier de la Bourse) s*est toujours signalé par son dévouement constitutionnel au roi. l\ avait pour chefs Tassin de l'Étang, banquier; Boscary de Vileplaine, agent de change, et Àclocque, brasseur comme Santerre, mais présentant avec ce misérable un honorable contraste.
obtenir vengeance au nom de la loi. L'Assemblée n'écouta pas des gens qui portoient Tuniformeet qui n'avoient pas su se battre; elle les repoussa av«c mépris.
Je parle fle cette scène, parce qu'elle fut remarquable. Mais combien d'autres qui se passoient tous les jours I On sortit de Paris comme d'une ville qui va être assiégée ; plusieurs familles se réfugièrent à Rouen. Chaque soir il y avoit tapage au Palais-Royal ; notre salle étoit entourée de groupes parmi lesquels on pouvoit distinguer de fort mauvaises ligures. Les Tuileries étoient redevenues fermées; mais, par un décret, la terrasse des Feuillants .restoit ouverte au peuple. Rien ne l'empêchoit de descendre dans le jardin ; mais jugez de son respect pour nos décrets : on avoit tendu un ruban tout le long de la rampe en signe de barrière , on y avoit attaché mille inscriptions; Tune disoit : N'allez pas dans la forêt noire. Je traversois, malgré cette défense, cette forêt tous les jours, car, venant par le pont royal, c'étoit mon chemin: Aussi, en arrivant à la terrasse , je recevois nombre d'injures et de quolibets. L'un disoit : Voilà un mauvais Français, Non , disoit l'autre, c*est un Allemand^ il aime à se trouver sur la terre d'Autriche (c'est ainsi qu'on appeloit le jardin). Une fois, en montant les marches, une femme, qui m'avoit vu v^nir et qui m'attendoit , m'empoigna par la tête qu'elle courba avec ertbrt en me disant : Baisse la tête , J, f, de député : cest le peuple qui est ton souverain. Je regardai, en me relevant , cette furie : sa figure étoit horrible. La vérité est que j'étois reconnu partout, et que je ne savois plus par où entrer ou sortir.
Je jette un dernier regard sur cette Assemblée que je vais bientôt quitter. Elle n'a plus qu'un jour à vivre, si la vie d'un corps délibérant est dans la liberté. On proposoit le décret d'accusation contre M. de la Fayette. C'étoit une victime que les Jacobins et les Girondins étoient convenus
d'immoler. Après une discussion orageuse et prolongée, on va à rappel nominal. Cette fois, je ne sais quel courage avoit saisi nos hommes pusillanimes : 446 voix contre 224 déclarèrent qu'il n'y avoit pas lieu à accusation *. Plusieurs des députés qui avoient volé en sa faveur , et je n'ai pas besoin de dire que j'étois du nombre, furent nou-seulemeut insultés , mais attaqués , frappés , et ne durent leur salut qu'aux gardes nationaux. Ce jour-là, pour éviter les gueux qui me connoissoient trop bien , je fis un détour