Lettre du roi
Je vous plie , M. le Président , de prévenir l'Assemblée nationale que je viens de changer les ministres de la guerre , de l'intérieur, des contributions publiques, et de les remplacer : le premier, par M. Dumouriez; le second, par M. Mourgues. Je n'ai pas encore remplacé le troisième. M. de Neuillac , maire aux Deux-Ponls, remplace M. Dumouriez aux affaires étrangères.
d'une grande colère, et cette fois c'est contre les impartiaux, auxquels nous reprochons leur éternelle lâcheté. Ce n'étoit pas le moyen de les attirer de notre bord ; mais il y a des moments où l'on ne se contient plus.
\G'étoit à la séance du 14 juin qu'avoit lieu cette équipée. A la séance du soir le comité de la guerre fait un rapport duquel il résultoit que Servan n'établissoit pas bien clairement l'emploi d'une somme de 7 à 800 000 fr. qui avoit été allouée à son département. Mais ce Servan étoit un si honnête homme, que sans nul doute il donneroit des éclair-
.le veux la Constilution ; mais, avec la Constitution , je veux l'ordre et l'exécution dans toutes les parties de l'administration, et tous mes soins seront constamment dirigés à le? maintenir par tous les moyens qui sont en mon pouvoir.
Signé : LouiS. Contresigné : Duranthon.
De leur côté, les ministres démissionnaires crurent devoir écrire à l'Assemblée.
Clavière disait : « Je rentre dans mon état avec la satisfaction de l'honnête homme, celle d'avoir consacré tous les moments de ma courte administration à mériter l'estime des lions citoyens et d'avoir entrevu qu'il n'y a, dans le déparlement dont j'étais chirgé , aucun obstacle dont on ne puisse espérer de triompher, avec du zèle , de l'assiduité et le soin de faire parler la raison. » (On applaudit.)
Roland écrivit an roi une longue leltre , dont lecture fut donnée à l'Assemblée et frrqtiemment interrompue par les plus vifs applaudisseinenis.
« La vérité dont ;e m'honore d'niiprimer le c.iractère sur toules mes actions me l'avait dictée, dit Roland dans sa lettre d'envoi ; c'est elle encore qui m'ordonne d'en faire part à l'Assemblée. » (On applaudit.) [Moniteur du mercredi 13 juin, T. XII, p. 31.)
On lit dan» la lettre de Servan....
« .... Au moment où, encouragé par mes concitoyens , je commençais à jouir de la flatteuse espérance de pouvoir être utile à ma patrie , j'ai reçu l'ordre du roi de remellrele |)orlQfeuille au ministre des affaires étrangères. (11 s'élève de violents murmures.) Ma conscience me dit que je n'en dois pas moins compter sur les bontés de l'Assemblée pour moi (cris de bravos et applaudissements unanimes) , et j'espère qu'elle voudra bien permettre
cissements satisfaisants sur ce point. J'avois écouté attentivement ; aussitôt le rapport fini , je demande la parole. « Sur quoi? me dit le président; est-ce sur le rapport? » — « Oui, M. le président», et je m'avance à la tribune d'un air recueilli. Voici mes paroles :
« Messieurs, vous avez déclaré ce matin que les minis- « très emportoient les regrets de la nation. D'après le rap- « port que vous venez d'entendre, je vous propose de « déclarer qu'ils emportent aussi son argent *. »
Des cris de bravo partent du côté droit. « C'est bien , Hua;
que j'aille m'acquitter de mes devoirs de soldat, dès que j'aurai déposé mes comptes entre ses mains. »
L'Assemblée décide, presque à l'unanimité, et au bruit des applaudissements de tous les spectateurs , que M. Servan, ministre de la guerre emporte l'estime et les regrets de la nation. — Elle ordonne l'envoi du décret aux 83 départements.
M. Dumouriez entre dans la salle. (On entend quelques murmures et quelques huées.) '
M. Quinette. — Je demande que vous rendiez commun à MM. Clavière et Roland, ministres patriotes, le décret que vous avez rendu en faveur de M. Servan, et que la copie de la lettre de M. Roland au roi soit imprimée et envoyée aux 83 départements.
.M. Jean Debry. — Ce sera une pièce célèbre dans l'histoire de la Révolution et des ministres.
L'Assemblée vote l'impression, l'insertion au procès-verbal et l'envoi aux 83 déparlements.
Elle déclare que Clavière et Roland emportent les regrets de la nation,
1, Extrait du Moftileur. (T. XII, p. 767.)
Séance du mardi 26 juin 1792.
Présidence de M. DaverhouU.
Un de MM. les secrétaires fait lecture d'une adresse des citoyens de Monligny au roi , par laquelle ils se plaignent du renvoi des ministres patriotes.
On demande la mention honorable.
M. Hua. — 11 ne faut pas se hâter de décréter la mention honorable
« il les prend sur le fait. Ah I les honnêtes gens! » Et on riait à gorge déployée. Mais de l'autre côté , c'étoit un tonnerre d'imprécations : C'est une calomnie , cest une horreur ^ à r ordre I et quelques-uns crioient encore : A l'Abbaye. « Comment I à l'Abbaye? Mais un dépulé ne pourra donc « plus dire son opinion? Nous soutenons celle-là , il faut « nous emprisonner tous. » Oui, disoient aussi les impartiaux , «nous voulons la liberté des opinions , et », ajoutoient-ils en se tournant du côté gauche, « nous saurons la maintenir. » Au milieu de ce tumulte, je reviens tranquillement à ma place où je reçois les compliments de mes amis : « Ce grand diable de Hua , qui est-ce qui auroit dit « qu'il est méchant ? Il leur a poussé une (ière botLc. Mais « vous êtes donc sorcier ? Vous avez remué le centre , il a « pris parti pour vous, il s'est fâché tout rouge. Il vient de « déclarer bravement qu'il maintiendroit la liberté des opi- « nions. Il y a de quoi rire jusqu'à demain'. » Ce moment d'hilarité fut le dernier. Les nuages s'amon-
d'une adresse en faveur de ministres dont les comptes ne sont pas examinés et qui, peut-être, loin d'avoir mérité les regrets de la nation , cm plutôt emporté son argent.... (De violents murmures interrompent l'orateur.)
Plusieurs membres demandent qu'il soit rappelé à l'ordre.
L'Assemblée passe à l'ordre du jour et ordonne la mention honorable.
1. Dans une autre occasion, M. Hua s'opposa également aux entraînements du côté gauche, à la séance du lundi an soir 25 juin 1792.
(Moni/ewr, T. XU, p. 761.)
Le secrétaire lit une adresse du conseil général delà Commune de Lyon (qui critique le renvoi des ministres), dont voici l'extrait :
« Législateurs ! la France avait des ministres véritablement amis de la liberté et du bien public. Leurs premiers pas dans le ministère nous présageaient le règne de la prospérité. Déjà Id paix et la tranquillité succédaient aux divisions qui nous déchirent depuis si longtemps !... Par quelle falalité nous sont-ils donc enlevés ? Comment ceux qui ont obtenu la confiance de la nation ont-ils pu perdre celle du roi ? Quelles peuvent être les causes
celoient , la faction scélérate étoit à la veille de faire un coup. Vous croyez que c'est des Jacobins que je parle? Non c'est de !a Gironde. Elle veut se venger du renvoi des ministies , porter non pas le massacre (ce sont les Jacobins qui tuent) , mais la terreur au château. Je ne sais comment s'y prenoientres coquins, niais en deux lieures ils faisoient mouvoir vingt mille hommes. Les faubourgs Saint- Antoine et Saint-Marceau , quartiers aujourd'hui si paisibles * , étoient alors le foyer de toutes les insurrections.
Le 20 juin 1792, les ouvriers du faubourg Saint-Antoine se rassemblent. On leur avoit dit qu'il falloit s'insui-ger. Ils
d'un renvoi si brusque et si inattendu ?... La proposition de former auprès de la capiliiie un corps de '20,000 hommes, l'exlinotion de rinfàme agiotage, ce fléau de la fortune publique, seraient-ils le sujet de cette disgrâce?... Ah ! si ce sont là leurs crimes, ils n'ont qu'à s'en félicit r !
« 11 est temps de prouver que s'il existe une loi conslilutionnelle , qui donne au roi le droit de suspendre la volonté de tous, il en est une autre qui est la première de toutes, c'est le salut du peuple. Celle-ci vous commande de donner au gouvernement une assiette plus stable.
(I Daignez pourvoir au danger qui menace la patrie, prenez des mesures fermes et vigoureuses; nous vous répondons de l'assentiment des Français, Verser leur sang pour la liberté et le maintien de nos lois est l'unique voeu qu'ils brijlenlde remplir. »
On demande la mention honorable de l'Adresse au procès-verbal.
M. ■■* — Au roi appartient le droit de donner ou de refuser sa sanction aux actes du Corps législatif; mais les signataires de l'adresse disent que le salut public est la première loi... (On applaudit.)
M. Hua. — Je suis forcé de rappeler que le salut du peuple est dans la Constitution seulement. 11 faut donc la respecter. Je regarde comme ennemis de la Constitution ceux qui réclament sans cesse contre l'action du Pouvoir exécutif ou du Corps législatif.
Il est possible que les signataires de l'adresse aient été induits en erreur, et que leur patriotisme leur ferme les yeux sur les vrais principes. Je dis que l'adresse est inconstitutionnelle en ce qu'elle inculpe le Pouvoir exécutif... (On murmure.)