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tre société honore surtout les vertus et l'esprit de famille. Le dix-neuvième siècle n'est ni débauché, ni chevaleresque; et s'il aimait moins l'argent, le dix-neuvième siècle serait tout à fait un galant homme. Les sociétés cliangent peu en haut et en bas; mais le miheu obéit au courant des idées et des progrès du temps. Ces Mémoires n'eussent été (ju'un iiitldèle tableau de l'époque que j'ai essayé de peindre, s'ils fussent devenus une galerie de portraits représentant l'antique dynastie de tous les vires humains.
Par une contradiction fâcheuse avec la vérité, nos romans et notre théâtre ne reflètent pourtant que les mœurs exceptionnelles des bas-fonds de la société, que la pliysionomie immorale de ces vices plus ou moins élégants qui se produisent à la surface, mais heureusement ne pénètrent point dans le milieu sain et lionnête des populations. Nos romanciers et nos poètes ont toutefois une excuse. Vêtus du même costume, tous élevés au collège, nous ne leur offrons ni des ridicules effrontés, ni des vices sans pudeur, ni des passions ardentes. Passions, vices ou ridicules foisonnent, au contraire, dans ces ruelles où la jeunesse fait ses premières armes, et oii l'âge mûr vient quelquefois chercher le ridicule, la ruine et la honte. Nos ro-
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manciers et nos poètes prennent leur bien où ils le trouvent. Les honnêtes gens rougissent devant ces taljleaux, et les reclierclienl pourtant avec une vive curiosité, tout en criant au scandale.
Dans ces Mémoires, j'ai tenu surtout à rappeler les folies politiques de notre temps : folies politiques qui, en se succédant à de courts intervalles, expliquent même cette vivacité des sentiments de famille et des sentiments religieux. Lorsque des troubles et des désordres agitent la place publique, on se retire au sein du foyer domestique, au milieu des siens; on se réfugie au pied des autels.
En racontant comment se préparent, comment s'accomplissent et comment finissent toutes les révolutions, je me suis proposé pour l)ut de montrer sur quelle pente rapide on glisse, pour arriver bientôt aux premiers tumultes de l'insurrection, et pour tomber ensuite dans tous les abîmes de l'anarchie et de la démagogie. Ne pouvons-nous pas dire de tous ces mouvements désordonnés et convulsifs des peuples, après en avoir tant vu : Ab uno disce omnes !
J'ai regardé comme un devoir de faire parvenir les six volumes des Mémoires d'un Bourgeois de Paris h Sa Majesté l'Empereur. Voici la lettre
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dont, à cette occasion, elle a Ijien voulu m'iionorer.
Palais (les Tuileries, 8 mars 1855.
Mon cher monsieni' Yéron, j'ai reçu avec plaisir vos Mémoires d'un Bourgeois de Paris, et je lirai les deux derniers volumes, sui'tout, avec d'autant plus d'intérêt qu'ils résument les souvenirs fidèles d'un homme qui a Ml beaucoup, qui a jugé sainement, et qui a raconté sans passion.
Il me sera bien agréable, n'en doutez pas, de retrouver, dans l'écrivain réunissant d'utiles matériaux pour l'histoire de notre épot^e, celui-là même dont la sympathie désintéressée m'a donné, aux jours difficiles, l'important appui de l'un de? premiers organes de la presse. Recevez mes remerciraents sincères, et croyez à mes sentiments.
Napolkon.
.V. /.. Vrron, ile'piil'
MÉ>[OIRES