‹ Mémoires d'un bourgeois de Paris (volume 3)Chapitre 17 sur 28 · NOUVELLE LETTRE DE REMERCIMENTS · texte numérisé non relu

NOUVELLE LETTRE DE REMERCIMENTS

« Monsieur le ministre.

— Ma femme et ma fille ont tu le général Gavaignac hier; vous les avez rendues bien heureuses^ et je viens vous en remercier du fond du cœur. — Le commandant du château n'a voulu les admettre qu'une seule fois et pour une seule heure.

» Aurez-vous l'extrême bonté 4e permettre que^ pendant les deux ou trois jours que ces dames comptent encore rester à Ham^ elles soient admises une heure par jour. — Ce serait un bienfait de votre part.

» Jusqu'à ce moment^ on n'a pas voulu permettre au général d'écrire à sa future : ne pourrez-vous pas autoriser M. le conmiandant à recevoir du général ses lettres ouvertes, pour vous les faire tenir directement, monsieur le ministre, et les recevoir ensuite de vous.

» Vous devez ipe trouver bien importun; mais il s'agit du bonheur de ma fille, vous m'excuserez ceilainemfînt.

» Encore une fois, merci de ce que vous avez déjà bien voulu faire pour nous et de ce que vous ferez encore.

» Votre reconnaissant serviteur,

» Signé : James Odier.

» Paris, ce j«adi 11 décembre I8&1. »

Le 16 décembre 1851, M. le ministre de llntérieur écrivait à madame OJier :

« Madame,

» M. le président de la république a dû, dans les premiers moments, prendie des mesures trop graves ^<ivsj: s'arrêter devant éeê considérations de ^\:%o\\we&% v«»>a»

il in*a exprimé, immédiatement après le rétaMiss

du calme , le désir de rendre à la liberté M. le g

Cavaignac^ dont il n'a pas oublié les services rei

l'ordre et à la société, et qu'il ne confond pas a^

[,! conspirateurs qui méditaient la ruine de son pouv

4;; n N'ignorant pas l'opinion de toute votre famille

^ j sirant lui donner une preuve de son bienveillant i

1 il m'a chai'gé de vous dire qu'il verrait avec peii

> j la cérémonie du mariage de mademoiselle votre fil

|,j l'honorable général fût attristée par les murs d'ui

; 1 son, et de vous adresser l'ordre de sa mise en libe

j^i n'ai pas besoin de vous dire avec quel plaisir je

|/: quitte de cette commission, et je vous prie d'agréi

^ ;g e surance de mon profond respect.

I; » Signé : A. db Mornt.

p Le 17 décembre 1851, M. le général Cavaigna

f^ I de son devoir d'adresser, du fort de Ham, à M. le m

•f j de l'intérieur, la réponse suivante :

l;ij'j « Monsieur le ministre,

I' , » Madame Odier, bientôt ma belle-mère, me r(

l'instant l'ordre de ma mise en liberté. A cet on jointe une lettre que vous lui avez adressée.

» Si M. le commandant du fort de Ham eût reçu ] pur et simple de m'ouvrir les portes de cette p j'eusse purement et simplement aussi repris ma li qui m'a été illégalement ravie ; mais Tordre qui m cerne est accompagné d'une lettre que vous n'a^ comiâérer comme une coï\Mei\ee. tV ajûi devait m

ornent m'être communiquée. Le commentaire qu'elle înferme et les motifs qu'elle prête au pouvoir au nom uquel vous agissez ne sont point de nature à être aceptés par moi.

» Certes , personne plus que moi n'a à souffrir et ne oufTre des tristes débuts faits à mon union avec made- Qoiselle Odier; mais je n'admets pas, elle n'admet pas lle-méme que cette considération scit celle qui doit me lire rendre à la liberté. Je dois sortir d'ici, monsieur le ninislre, par un seul motif : c'est parce que je n'ai rien lit pour y être. Il ne dépend pas de moi d'être prisonier malgré ceux qui m'ont illégalement arrêté ; mais il ëpend de moi et il est de mon honneur de n'accepter ucun compromis tacite avec mes obligations envers loi-même.

» En conséquence, monsieur le ministre , j'ai l'honeur de vous déclarer que je resterai ici jusqu'au venredi soir 29 du mois. A cette époque, je remettrai à 1. le commandant l'ordre que je conserve. S'il n'en a as reçu de contraire, je serai en droit de dire et de rearder comme reconnu par le gouvernement lui-même u'ainsi que je le disais plus haut, je suis sorti de prison ar cetle seule raison quMl n'y avait pas de motif légime de m'y retenir.

» Recevez, etc.

» Signé : Général Gavaignac. »

Le 18 décembre 1851, M. le ministre de l'intérieur ré- 3ndait au général Gavaignac 4a lettre sulvawl^ , ^V\w^ Q modération et de bon goût :

276 IIËIfOIRES

ij IJ. « Général,

; j » Lorsque j'écris, c'est avec l'intention que mes

|î soient lues seulement par les personnes à qui elle

3; *^ adressées.

^i l ; 9 En transmeUant à madame Odier l'ordre de

' mise en liberté, je n'ai eu d'autre but que d'être ag

à une famille que j'aime ei que je respecte ; je n'

; ! songé à autre chose. Si je me suis laissé aller à

[ des sentiments de M. le président de la république

Il que (et vous le savez mieux que personne, gêné

fj| I les grands actes politiques qui ont pour but le salu

L^ ;: pays imposent parfois de dures nécessités, ils n'el

|j| l : pas les sentiments d'estime qu'on peut éprouver p(

^.t- adversaires, et n'en interdisent pas l'expression.

iv » Vous comprendrez donc que je ne réponde pc

que vous me faites Tfaonneur de me dire sur l'ill

de votre arrestation, et que je me borne à me ft

que la date du 19, choisie par vous, soit si rappr

» Veuillez recevoir, etc.,

» Signé : A. he Morny.

Je puis encore publier ici, avec l'autorisation c réchai Magnan, qui rendît de si importants service les journées de décembre , les lettres que lui ad M. le comte de Morny, ministre de rintérieui' :

fD'UN BOURGEOIS DE PARIS Î77

fensifs; mais il y en a qui ont prononcé la déchéance du président : ce sont MM. Berryer, Oudinot et Piscatory. Il est inipossible de relâcher ceux-là sans manquer à ses devoirs.

» Le préfet de police donne ^ je crois ^ des ordres en conséquence.

» Signé : Morny. »

LE MINISTRE DE L'iNTÉRIEUR AU MINISTRE DE LA GUERRE.

< Paris, le 2 décembre 1851.

» Un ami m'apprend que Tarrondissement doit être couvert de barricades demain : je vous transmets cet avis ; car il est de la plus grande importance que le service du ministère de Tintérieur soit assuré.

» Le secrétaire particulier du minislref y> Signé : Léopold Lehon. »

LE MINISTRE DE l'iNTÊRIEUR AU GÉNÉRAL EN CHEF.

< Paris, le 2 décembre 1851.

c( Les patrouilles de la nuit ne sont pas bonnes. Elles sont peu nombreuses^ facilement entourées. Il vaudrait mieux ne pas voh* de troupes du tout ou en voir davantage. Cela les fatigue inutilement.

)> Je maintiens avec entêtement mon système : la police seule pour épier les projets; la troupe pour agir violemment si ces projets s'exécutent. Mais de grosses patrouilles n'empêchent jamais rien ; elles rendent seulement l'usage des troupes moins efficace le lendemain.

LE NUItSTRE DE l'iNTÉBIEUR AU GÉMÉHAL EN CHEF, c Paris, le 3 déoombte 1851.

» De la préfecture on me mande que quelques troupes trop faibles sont cernées. Gomment fait-on cette faute, au lieu de laisser les insurgés s'engager tout à fait et des barricades sérieuses se former^ pour ensuite écraser Tennemi et le détruire ? Prenez garde d'user la troupe à des escarmoucbes et de ne Tavoir plus à l'heure décisive. i> Signé : Moairr. »

LE MINISTRE DE l'iNTÉRIEUR AU GEHÔUL UAC^A»,

€ Paris, le 8 déoeaibre 1851.

)> Je vous répète que le plan des émeutiers est de fatiguer les troupes pour en avoir bon marché le troisièi&e jour. C'est ainsi qu'on a eu 27, 28, 29 juillet, 22, 23, 24 février. N'ayons pas 2, 3 et 4 décembre avec la même fin. 11 faut ne pas exposer les troupes, les faire entrer et loger dans les maisons. Avec peu de troupes, à chaque angle de rue, aux fenêtres, on tient tout un quartier eo respect. J'ai rencontré bien des petites patrouilles inutiles. La troupe sera sur les dents. En la faisant coucher chez des particuliers, elle se repose et elle Intimide tout le quartier. On me paraît suivre les vieux errements. Les vivres sont indignement servis : on pille des vivres.

» Je TOUS livre ces réflexions. 11 n'y a qu'avec une abstention entière, en cernant un quartier et le prenant par famine, ou en l'envahissant par la teiTeur, qu'on fera la guerre de ville.

LE MINISTRE DE L'INTÉRIEUR AU GÉNÉRAL MAfiMAN.

< Parif, le 4 décembre 1851.

)» Voici un avis du préfet de police, peùt-éti-e faux> car il s*alarme facilement. Néanmoins, si cela était, ce serait désastreux. Il faut occuper militaii'ement^ et faire coucher les troupes dans les maisons, et passer la nuit sans abandonner le quartier. C'est l'effet moral décisif; sans quoi, ce sera à recommencer tous les joui-s, et la troupe sera éreintée. Pardon, général, mais je rabâche; car j'ai foi seulement dans ce système, et j'ai à rassurer bien du monde contre les faux bruits qui circulent et me viennent surtout de la préfecture.

» Si^ : MoRNT. D

LE MINISTRE DE l'iNTÉRIEUR AU GÉNÉRAL MAGNAN.

< Paris, le 4 décembre 1851.

» Vous comprendrez que c'est un avis d'amitié que je vous donne.

» J'espère que quand l'affaire aura été faite et la bataille gagnée, vous ferez occuper militairement le quartier en logeant les soldats dans les maisons des angles des rues. Rien n'intimide les émeutiers comme cette mesure, et, avec deux pelotons, on garde toute une rue.

» C'est un avis que je me permets de vous donner, parce que les émeutiers fuient, puis, quand la troupe se replie, les émeutiers reviennent et croient avohr regagné le champ de bataille. «

» Permettez-moi cette remarque, et croyez à mon dévouement.

LE MIlflSTRE DE l'iNTÉRIEUR AU GÉNÉRAL MAGNAN.

c Paris, le 4 décembro 1851.

» Le ministre de la guerre yieot de nous communiquer votre rapport. Le conseil me charge de vous témoigner sa reconnaissance de la remarquable direction donnée aux troupes.

1» Je vais, d'après votre rapport^ faire fermer les chilK des boulevards. Frappez ferme de ce côté.

» Gi-j6int une lettre de M. le gouverneur de la Banijoe. Voyez ce que vous pouvez faire.

» Signé : Mornt. »

Toutes les heureuses aptitudes d'esprit et de caractère de M. le comte de Momy rencontrèrent une occasion de se manifester dans cette situation suprênae^ qu'il eut à diriger, qu'il domina par son courage, par sa netteté, par sa modération. Je n'oublierai jamais les recommandations pleines de sagesse pratique, de prompte décision, faites de vive voix par M. de Momy eu ma présence pour qu'elles fussent transmises au ministère de la guem et au général Magnan : a Qu'on fasse retirer les troupes, disait-il; qu'on leur donne la soupe et du repos. Les soldats en armes dissipent, dit-on, les rassemblements; mais ils sont aussi la cause de rassemblements^ et puis les groupes se rapprochent et se reforment derrière les troupes dès qu'elles sont passées. Toutes les révolutions se sont accomplies ^n trois jours ; révolution de Juillet, révolution de Février. Et savez-vous pourquoi? Le premier jour, les troupes se promènent; la nuit et le second jour,

ligne l Fivent nos frères I le troisième jour, on les désarme et on leur fait subir d'indignes affronts. Que l'insurrection construise des barricades si elle veut : quand elles seront debout, nos soldats les prendront; ils feront le siège des maisons d'où l'on tirera. La troupe, ainsi engagée, ne reculera pas et fera son devoir, croyez-le bien. » Aussi, le jeudi 4 au matin, M. de Morny, revenant d'une inspection dans Paris et trouvant son entourage pâle, effrayé à cette nouvelle que de nombreuses barricadas s'étaient élevées dans Paris, dit à tous avec une chaleureuse gaieté : « Comment! hier vous vouliez des barricades, on vous en fait, et vous n'êtes pas contents?... »

Les hautes positions écrasent les hommes médiocres; elles révèlent les grands esprits, elles élèvent les nobles caractères. Un moment d'hésitation, et le coup d'État du 2 décembre était compromis. M. le comte de Morny donnait de la confiance et du cœur à tout le monde. Je ne sache personne qui eût accompli le coup d'État avec plus de justesse de vues, avec plus de sûreté d'exécution, avec plus de simplicité modeste et décidée.

iiTAT-mASOWL DE MJk CARDE liATIONAUI.

Du ministère àe l'intérieur, je conduirai le lecteur à l'état-major de la garde nationale, aân de ne laisser dans Toubli aucune des péripéties qui se produisirent le 2 décembre et jours suivants.

Le 2 décembre, à cinq heures du matin, M. Yieyra reçoit chez lui, rue de la Chaussée-d'Antin, M. de Menneval, officier d'ordonnance du çtV!iCJ^^T^^\^<^^^« ^^^^

9n MÉMOIRES

lettre toat entière de la main du prince est rem colonel d'étatHnajor. Cette lettre portait pour suscri jiu général Lawcestine, commandât^ de la gan Honale^ ou, m son absence, à M. Fieyra, colonel < major. Elle contenait Tordre de s'opposer à tout<

ill d*annes de la garde nationale; le prince ajoutai

;' - s'il avait besoin de légions dévouées, il donneri

ordres plus tard.

I î^ colonel Yieyra se rend immédiatement en uni

à rétat-major de la garde nationale (aux Tuiiaries

I arrive au moment où le 49* régiment de ligne sor

'^ caserne du Carrousel pour aller prendre sa place •

1^1: taille.

M. le comte de Niewerkerke, colonel d'état-maj

f ;'" détaché, avec quatre officiers, auprès de la persoi

prince à TÉlysée.

M. Albert Courpon, chef d'escadron d'état-roaj* détaché, avec deux officiers, auprès de M. le con Morny, ministre de l'intérieur.

M. Yieyra fait signer au général Lav^œstine tou lettres adressées aux colonels des diverses légions di et de la banlieue. Ces lettres lem* enjoignaient laisser battre le rappel sous aucun prétexte, sans ur exprès de l'état-major général.

Ces ordres signés furent immédiatement portés micile avec ordre de demander un reçu. On se fil tôt donner, à l'état-major général de la garde nati l'état d'armement des légions par le capitaine d'i rie préposé à ce service. On apprit que dans les di mairies étaient déposés 7,303 fusils et 132,000 c ches. Avis en est adres^ aumVm^tîe de l'intérieu

ministre de la guerre. Le général Magnan donne Tordre d'enlever et de porter à Vincennes ces armes et ces cartouches sous la surveillance des majors des légions et sous les ordres du général Hubert^ chargé du service de l'artillerie.

Dans la 10* légion seidement, le général Lauriston^ colonel^ malgré les injonctions de Tétat-maJor^ convoque tous les officiers^ mais en bourgeois, à la mairie de l'arrondissement; plus tard, les gardes nationaux eux-mêmes sont convoqués en armes, à domicile, par les tambours sur l'ordre du colonel.

M. Albert Gourpon, chef d'escadron de Tétat-major, est envoyé auprès du colonel de la 10« légion, pour lui signifier que tous les gardes nationaux qui paraîtraient en armes seraient fusillés. Ce jeune et brillant officier montra dans cette mission autant de résdution et d'énergie que d'intelUgence.

A la mairie du x* arrondissement, s'étaient aussi réunis, vers dix heures du matin, un assez grand nombre de députés, entre autres MM. Benràst d'Azy, Berryer et Vitet.

M. Benoist d'Azy, vice-président de l'Assemblée nationale, s'installa au bureau, entouré de deux secré-^ taires. On sait que cette assemblée décréta les mesures suivantes : «Le président de la république est. mis hors la loi, et le général Oudinot est nommé général en chef de l'armée et de la garde nationale. »

Le président de la république, M. le ministre de Tintérieur et M. de Maupas furent vite informés de ce qui se passait. Le président de la république envoya le général Roguet au ministre de la guearte, ^%si o^ ^^ ^^-

nier avisât Le ministre de la guerre objecte qu'il s'agit d'une répression civile, que cela regarde le ministre de l'intérieur, et se refuse à prendre rinitiative d'aucune mesure. M. le général Roguet se rend imnaédiatement au ministère de Tintérieur : là, M. de Momy assume sur lui sans hésiter cette responsabilité^ et signe un ordre qui charge le général Forey de disperser cette réimioD de députés.

Vers midi, le commissaire de police Barlet fut chaiigé par k préfet de police de faire évacuer la mairie du X* arrondissement. Dans la cour de la mairie stationnait une compagnie de chasseurs à pied. Il se produisit là, entre le commissaire de police et le capitaine qui commandait cette compagnie, un conflit d'autorité. Le capitaine avait reçu Tordre de ne laisser sortir pe^ sonne; le commissaire de police avait reçu Tordre de faire sortir tout le monde. On en référa aux autorités supérieures; mais ce ne fut guère que vers trois heures que le capitaine de chasseurs à pied dut se tenir à la disposition du commissaire de police. Pendant cet intervalle de temps, les députés haranguèrent la foule réunie devant la mairie. Quelques-uns des gardes nationaux en uniforme, convoqués par leur colonel, crièrent même : Five V Assemblée l Mais les chasseurs à pied montèrent dans les appartements du premier où étaient réunis les députés, en fermèrent les fenêtres et ne permiient pas qu'elles fussent rouvertes.

Vers trois heures, le commissaire Barlet, revêtu de ses insignes, se présenta au milieu de cette réunion déjà un peu émue. A son entrée un assez grand nombre de dé-

D'UN BOURGEOIS DE PARIS m

«Comment ycms appelez-vous? demanda le président.

— Je m'appelle Barlet. Mais vous^ monsieur^ quel est votre nom?

— Je suis M. Benoist d'Azy, vice-président de l'Assemblée nationale. (U fit ensuite connaître par leurs noms plusieurs des députés présents.)

— Je suis chargé de mettre fin à vos délibérations et . de vous faire sortir d'ici.

— Vous n'en avez pas le droit. Je vais vous lire l'article 68 de la constitution de la république.

— Je n'ai point à discuter avec vous : j'ai reçu des ordres, et il faut que je les exécute. Si vous persistez, je serai contraint d'employer la force. »

Des murmures, des huées, se font entendre.

Le président relit à nouveau L'article 68 de la constitution. «Nous ne céderons, dit-il, qu'à la violence; vous nous emmènerez tous. — Général Oudinot, ajoute le président, c'est à vous maintenant à faire votre devoir. » Le générai Oudinot interpelle alors le capitaine des chasseurs à pied qui était présent : « Me connaissez-vous, capitaine? — Oui, général. — Eh bien! je vous charge de la défense de l'Assemblée. — J'ai des ordres contraires de mon général, et je les exécuterai. »

Le commissaire Barlet prend alors entre le pouce et l'index le collet d'un des députés : «Vous n'exigerez pas, loi dit-il, que la violence aille plus loin?» il eu pousse légèrement quelques-uns vers la porte; mais ceux-ci résistent en lui disant : « Poussez-nous plus fort ! »

Bientôt tous les députés se décident à descendre dans la cour. Le général Forey venait d'arriver à \ss. \»axx\ft. du x« arrondissement avec un végvmeuV ài^\\^xve,^^^^-

286 IfÊMOIRSS

gagea les députés à se retirer paisiblement chee eux; mais ils refusèrent tous de profiter de leur liberté. Us furent escortés par le général Forey et le r^^iment de ligne jusqu'au quartier du quai d'Orsay» et bientôt eonduitf dans les chambres des officiers. Des yoitiires les transportèrent ensuite au mont Yalérien.

Pour décider le plus grand nombre à rentrer chei eux, on fut même forcé, plus tard, d'avoir recours à ht imt On les fit sortir du fort et monter en Toiture ; on ks conduisit en plaine, lis refusèrent de descendre. «On va, leur dit-on, dételer les chevaux et vous laisser là. » Sur celte menace, ils consentirent enfin à descendre et à regagner leur domicile.

Il advint du dénoûment de cette tentative avortée que le général Lauriston envoya sa démission de c<^nel de la 10* légion. Quinze ou vingt gardes nationaux parurent peut-être en uniforme; mais dès que la démission du général fut connue, ils rentrèrent chez eux. Cette légion de la garde nationale fut immédiatement placée sous les ordres du commandant Gilbert, chef de bataillon.

Pendant cette première journée du 2 décembre, dem mille ofiiciers ou gardes nationaux se rendirent isolément à l'état-major de la garde nationale en bourgeois. Les uns se plaignaient qu'on leur ôlât les moyens de s'opposera la construction des barricades dans leur quartier; d'autres demandaient à concourir personnellement au coup d'État qui sauvait la France. Plus d'un capitaliste murmurait, qui trouva bientôt, dans le calme et k prospérité du pays, les conditions de succès de grandes entreprises, et accrut ainsi, dans d'énormes proportions)

très-empressé aujourdliui auprès du pouvoir^ comblé de faveurs, qui, le 2 décembre, comptait dans les rangs ennemis.

Dans cette première journée, très-peu d'arrestations furent nécessaires parmi les officiers de la garde nationale.

La nuit fut tranquille.

Le 3 décembre, des barricades furent construites dans la rue des Moineaux, dans la rue des Poulies et nie Rochcchouart. Une foule d'officiers de la garde nationale vinrent s'offrir à détruire les barricades, demandant l'autorisation de revôtii- leur imiforme et de prendre leurs armes, a Les insui^gës, leur dit M. Vieyra, n'ont ni armes ni uniformes : prenez des bâtons et chassez-les. » Un grand nombre d'insurgés furent en effet ainsi mis en déroute, par des gardes nationaux sans uniforme, armés de bâtons, sous la direction de M. Génestal, alors capitaine dans la 2^ légion ; par M. Moreno Henriquez, alors chef de bataillon de la é^ légion.

Dans la journée du 3, un capitaine convoqua chez lui tous les officiers de la 3^ légion. La réunion eut lieu ; mais, au milieu de l'assemblée, ce capitaine est enlevé çans résistance par le commissaire de police attaché à l 'état-major de la garde nationale. Comme le bruit se répandit bientôt qu'on devait battre le rappel dans cette légion, le colonel Vieyra fit consigner tous les tambours et enlever toutes les caisses.

Ce 3 décembre, la mairie du Y® arrondissement est attaquée par des insurgés. L'adjiidant-major Gérard des Rivières fit jeter dans un puits tous les fusils des gardes nationaux absents du poste. 11 défendit la mairie «»k^v\. qu'il le put; cependant on s'en emipara.

288 MËMOIREfS

On attaqua aussi la mairie du yi« arrondis»

mais elle fut défendue avec beaucoup de cours

M. Dreux^ major de cette légion^ et par les gardes

k . ' naux présents sous les armes. Hs repoussèrent et

en déroute cinq ou six cents insurgés.

Aucune tentative d'attaque n'eut lieu dans les mairies. On se rappelle qu'avant le 2 décembre la 8®, la 9« et la 12* légion avaient été licenciées^ 1 par le général Cavaignac, les autres sur la prop du général Cbangarnier, commandant en chef garde nationale de Paris.

Le 4 décembre^ M. le comte de Morny, minis l'intérieur, transmit au colonel Vieyra cette qr qu'on lui adressait à lui-même : « Pensez-vous qu'il être utile de réunir dans la cour des Tuileries, t réserve, quinze cents gardes nationaux dévoués, < forme et en armes?» Ce n'était point un ordre, ce qu'une question. Le colonel Vieyra réjiondit qu'il rait facile de rassembler quinze cents gardes nat dévoués; mais qu'aussitôt qu'im garde national autorisé à se montrer librement dans les rues d< en uniforme, tous prendraient les armes : commen distinguer les bons des mauvais, les hommes' dévo ceux qui sont ennemis?

Le colonel Vieyra rendit au 2 décembre les plus : tanls services, en contenant toute la garde natioi Paris et de la banlieue, en tenant tête à toutes les mations, en empêchant les convocations, les réu en faisant avorter les incessants projets qui pou mettre tout en péril. Par sa prévoyance, par sa k pA son ent^rtrie. \e co\oi\G\N\e>\\*à. VvV 'i\vî^ccvK>^c<x^ or

n'eut lieu entre la garde nationale et la troupe. On se rappelle que dans les journées de juillet i830> et dans les journées de février 1848, ce fui l'appoint de quelques gardes nationaux faisant cause conunune avHC rémeute qui décida le triomphe de l'insurrection. Tous les officiers de Fétat-major et un grand nombre de courageux citoyens secondèrent activement le général Lawoestine et le colonel Vieyra.

i<E ninviSTÈiuB DU a pfecraBRB tsst.

Le cabinet formé le 3 décembre était c(»nposé d'hommes déjà éprouvés dans les affaires pubUques. Les noms du comte de Momy, de M. Rouher, de M. Achille Fould, du général Leroy dû Saint-Arnaud, de M. Magoe, du marquis Tui-got, de M. Ducos, de MM. H. Fortoul et Lefèvre-Duruflé, furent accueillis avec confiance par l'opinion publique. Les hommes qui ayaient servi les derniers gouvernements se tenaient à l'écart ; le président de la république s'entoura d'hommes nouveaux, mais qui, malgré les dédains afiectés des parlementaires, avaient aux yeux du public leur valeur et leur autorité. Je ne saurais étudier ici les hommes politiques placés aujourd'hui à la tête des divers départements ministériels, mes appréciations pourraient être soupçonnées de partialité et de flatterie. Je tiens toutefois adonner le crayon de deux hommes nouveaux qui se sont distingués dans les assemblées sous la république, que le prince Louis-Napoléon avait faits ministres sous sa présidence et qui, sous l'em^ive, <^c^>^pent une pwiUon honorable, maôs Bat uxl %ec»cv\^s$^»sv ^

je veux parler de M. Roulier et de M. de Parieu K

Les collèges électoraux du dëpartement du Puy-de- Dôme envoyèrent, soit aux dernières assemblas du règne de Louis-Pbilippe, soit aux premières assemblées de la république de 1848, trois bommes nouveaux qui ne tardèrent pas à s'y faire remarquer par leur talent et par leur caractère : M. le comte de Momy, M. Eugène Rooher et M. de Parieu. J'ai déjà publié dans ce volume des études biographiques sur M. le comte de Momy : je tiens aussi à faire connaître par des détails intimes MM. Eugène Roûher et de Parieu.

Fils d'im ancien oratorien, avoué plaidant à Riom, M. Eugène Rouher est né le 30 novembre 1814; son aïeul, l'un des notaires du Puy-de-Dôme, comptait quinze enfants.

Le plus jeune de quatre fils, M. Eugène Rouher perdit son père dès sa première enfance. La tendresse d'une mère, le dévouement éclairé d'un frère aîné, veillèrent sur son éducation.

Il fit ses études au collège communal de Riom et an lycée de Clermont. On le destina d'abord à la marine; dès l'âge de douze ans (en 1826), il passait ses examens pour entrer à recelé d'Angoulôme. Cette école fut supprimée; le jeune marin, faisant divorce avec l'Océan, continua ses études classiques, qu'il put finir à l'âge de seize ans.

Après avoir passé quatre années et demie à Paris aux cours de l'École de droit et dans une étude d'avoué,

ï Cet article était écrit et imprimé a\ant le décret qui vient (Je nommer M. Eugène Uouher ministre des travaux publics^ en

M. Eugène Rouher débuta au barreau de Riôm comme avocat en i836j U avait vingt et un ans. De 1836 à 1848, il plaida à Riom avec autant de succès dans les affaires civiles que dans les affaires criminelles.

Étudiant avec soin les dossiers, d'une grande promptitude d'esprit,' d'une fécondité prodigieuse d'arguments de bonne qualité et d'expédients heureux, protégé, d'ailleurs, par la réputation d'un frère aîné que la maladie ne tarda pas à éloigner du barreau, M. Eugène Rouher fut pendant douze ans, à Riom, un des avocats les plus recherchés par les plaideurs et des plus écoutés de la cour. En Auvergne comme en Normandie, les procès abondent et se transmettent souvent dans les familles comme Héritage.

En 1846, le brillant avocat se présente à Riom {extra muros), comme candidat à la députation : il est battu à vingt voix de différence par son concurrent, M. Combarel de Leyval, qui sut, dans les assemblées de la monarchie de Juillet, se faire une réputation de savoir et d'indépendance.

En 1848, M. Eugène Rouher, porté sur la liste réactionnaire dont la moitié des noms passa au scrutin, fut éln représentant, appuyé surtout par une clienlèlc de palais, d'amis et de famille.

L'avocat de Riom ne convoitait pas de fonctions publiques; son ambition n'allait point au delà de son titre de représentant et de sa profession de jurisconsulte.

Remarqué déjà dans les bureaux, dans les commissions de la Chambre et môme à la tribune, pour son instruction, pour sa netteté d'aperçus, ]pouT «a l^<ù\\V.^ ^^ \»^rôle; lié d'amitié avec M. le comlc Ae^o\tv>i, vv^V^^^^^^-

par lui^ M. Eugène Roulier fut appelé à faire partie d'un ministère presque à son insu : le portefeuille de la justice lui fut confié dans le cabinet du 30 octobre 1849. A côté des hommes politiques que leur situation et les passions du moment poussent dans les assemblées^ les hommes spéciaux, doués d'un esprit juste, comiaissaat les textes de nos codes, au courant des affaires, capables d'étudier une question, d'y jeter de la lumièi'e, capables de formuler en projet de loi une pensée politique, sont en tout temps appréciés et arrivent presque malgré eux au pouvoir. M. Roubcr voulait rester avocat, il fut fait ministre.

Comme garde des sceaux, il présenta et défendit plus d'un projet de loi important et s'aguerrit promptement aux épreuves de la tribune. Il est à remarquer que l'avocat de Riom sut en peu de temps se dépouiller des formes de langage traditionnelles, des attitudes et de la panto* mime convenues d'avocat, en un mot, de cette éloquence de métier qui se continue au barreau. A la tribune, Tart de la parole doit renoncer au luxe parasite d'ornements littéraires, au lourd bagage de longues périodes et d'inutiles périphrases, pour ne chercher que la clarté, la concision, pour se montrer fécond en idées et sobre de mots.

Lorsque, sous la république et sous le ministère da 30 octobre, se discuta cette grande affaire de la Plata, qui préoccupa tant les chancelleries, et tint tant de place dans les journaux, le général Lahitte eut la modestie de prier son collègue M. Rouher, ministre de la justice, de l'assister dans cette discussion. En une nuit, M. Rouber compulse, étudie cet immense dossier. Le lendemain, M. Thiers ne finissait son discours d'opposition que vers

malgré l'heure avance'e. Il monte à la tribune et lutte avec succès de faits et d'arguments contre M. Thiers, son redoutable adversaire. M. Guizot, d'une opinion contraire à celle de M. Thiers sur la question de la Plala, comme sur tant d'autres^ applaudit au talent que venait de montrer M. Rouher. « En voilà un qui a du cœur, dit-il ; il fera son chemin ! »

Sous ce ministère du 30 octobre, M. Rouher présenta et fit voter une nouvelle loi sur la presse. Comme président du comité de la presse modérée, appelé au sein de la commission de l'Assemblée législative, j'y combattis, avec mon collègue M. Lubis, contre M. Rouher, les nouvelles dispositions de cette loi hostile aux journaux. Nous obtînmes de la commission et du ministre quelques allégements dans les droits de timbre et de poste; mais, dans la discussion de cette loi, se produisit, avec chances certaines de l'appui de la majorité, l'amendement Tinguy et Laboulie, voulant que chaque article fût signé. Cette nouvelle exigence obtint, tout d'abord, la plus sympathique approbation de M. Thiers, de M. MaleviUe, et de tous les importants du centre gauche. « La presse, disait M. Thiei's, est une mauvaise denrée; la meilleure ne vaut pas le diable. » M. MaleviUe disait à mon ami Boilay luimême : « Tous les articles du Constitutionnel signés chaque matin Boilay, Boilay, Boilay ! ce sera peu amusant. » C'est ainsi que les enfants gâtés de la presse, qui en usaient et en abusaient, reconnaissaient les services rendus. Les journaux ne poussaient-ils pas l'admiration jusqu'à l'extase devant le talent facile et madré de M. Thiers; et le Constitutionnel, en particulier , ive. s'4tait-il pas efforcé de faire passer po\vT\«v\vQsxv\xv^^<5^^^^

i»4 MÉMOIUËS

ce loui'daud de province qui parvint^ dans sa longt rière politique^ à être ministre tout juste pendan rante-huit heures!... Ce fui ramendement Tm{ Laboulie qui m'inspira la resolution imprudeiite d' et de signer des articles politiques. Je trouvai da luttes de chaque jour un vif intérêt. Grâce à Tactil laboration des anciens rédacteurs du Constitution particulièrement de mon ami Boilay^ les sinistres gi-ates prophéties de M. Maleville ne s'accomplirei L'immense succès et Thonorable popularité du Coi tionnel parmi les amis de Tordre datent surtou nouvelle loi sur la presse^ présentée par M. Roui amendée pai* MM. Tinguy et Laboulie.

La discussion de cette loi fut aussi Toccasion émeute dans TAssemblée législative; les ëiueul étaient pas rares. M. Madier de Montjau venait c iioncer un discours très-vif contre la loi. Les sym{ de la majorité pour le projet ministériel s'endorrc la Chambre, à force d'indifférence, semblait pien Tennui. M. le ministre de la justice réveille TAssi par une seule phrase. S'adressant fièrement aux i gnards : « Votre révolution de Février, leur ditété qu'une catastrophe! v Ces paroles mirent qu secondes à faire explosion ; mais bientôt une tenip freuse éclate : de tous côtés partent des injures cris; on entoure la tribune; les montagnai'ds me du poing Torateur. Ce désordre et ces violences rai le courage et les sympathies de la majorité; la dise est close, ot un grand nombre d'articles sont vote entrain, séance tenante. On voit que M. Rouher, c peu de temps, éVaiV passai iim\.\^ vi,w ^Vx^vé^le» c

prises et en expédients de tribune. Le ministre ne fit ni rélractalion ni excuse, et le mot catastrophe est resté.

Le ministre de la justice du cabinet du 30 octobre 1849 présenta encore une loi d'une grande importance, la loi hypothécaire, dont la troisième lecture, ajournée au delà du 2 décembre 1851, ne put avoir lieu.

J'ai souvent entendu Tancien ministre de la justice du 2 décembre 1851 prendre la parole devant le Corps législatif comme vice-président du conseil d'État : langage simple et correct, dialectique élevée prenant corps à corps les arguments ennemis, pressant de toutes parts la question pour en faire sortir de nouvelles et vives lumières, telles sont les qualités du talent de M. Rouher; talent peut-être un peu froid, mais qui rencontrant, dans une discussion à vaste horizon, un adversaire digne de lui, trouve sa veine de chaleur et de passion.

M. Rouher fut du petit nombre de ceux dont le princeprésident de la république, bien avant le 2 décembre, appréciait la sûreté de relations, et dont il demandait les avis.

La vie régulière et uniforme de Tancien avocat de Hiom a toujoiu*s été une vie d'étude et de cabinet ; la politique a seulement révélé en lui ce courage civil du magistrat qui, à l'exemple des présidents Harlay et Mole, doit se montrer toujours prêt à périr en défendant le souverain, le trône et les lois.

De tous temps l'esprit moqueur et présomptueux des bourgeois de Paris prétendit exiler de nos provinces l'esprit et la beauté. Depuis Molière i^^LSc^u'k ^ik«*wX^ >wv y^^-

vincial était un i>ersoniiage ridicule, ^t Ton se soi

de ce vers du Mécliant :

Elle a d^assez beaux yeux pour des yeux de provinc

j De nombreuses routes praticables, d'incessantes

' tions d'affaires, cette seconde éducation que reç

jeunesse de nos villages sous les drapeaux, la créati

grandes écoles et de facultés, en facilitant le frotti

des populations, le voyage des idées, ont fait et

encore fleurir de plus en plus des mœurs nouvelles

les restes fanés des us et coutumes et des vieilles n

de nos provinces.

Depuis la fin du dix-huitième siècle, et penda]

•^ années déjà écoulées depuis le commencement di

' neuvième, on a surtout vu arriver dans les asscn

: politiques, du fond de leur province qu'ils ont illu

des hommes qui surent bientôt conquérir les pren

places au milieu de ceux qu'ils avaient tout d'i

étonnés par leur solide savoir et par la portée d(

esprit. M. de Paricu mérita et obtint les honnei

cette double bonne fortune.

Né à Aurillac, le 13 avril 1815, pendant les Cent-J issu d'une ancienne famille de magistrature, M. d rieu eut pour bisaïeul un doyen des conseillers ai sidial d' Aurillac. Son père, maire à Aurillac, siég jourd'hui comme député au Corps législatif. Le jeu Parieu poursuivit ses études d'abord au collège d'Aui puis au collège royal de Lyon, où il compta pour ce Ciples MM. Ozanam, Fortoul et Ponsard. 11 lit sa ph phic au collège de iu\\\^. Cc\, ^VaX>\\^^^\xv^^v^ vxiU

était alors dirigé par M. Tabbé de Salinis^ aujourd'hui évêque d'Amiens. On y rédigeait, en 1831, le journal l'Avenir. Très-jeune, M. de Parieu fut présenté comme donnant de grandes espérances à MM. de Lamennais et Lacordaire.

L'élève de Juilly se laissa entraîner par diverses vocations : à Juilly, il se livra avec une certaine passion à Fétude des langues orientales; il suivit ses cours de droit à Paris et à Strasbourg, à Strasbourg pour y apprendi^ surtout l'allemand. L'étude du sanscrit et de la langue allemande passionna l'élève en droit.

M. Guizot, longtemps ministre de l'instruction publique, a surtout eu le mérite de découvrir au loin les hommes d'un grand esprit, de les encourager, de les pro- \ téger, et le plus souvent de les appeler à Paris. Klimerath, ]ce savant qui, bien que mort très-jeune, a cependant ^laissé un des plus beaux ouvrages sur la science du droit : l'Histoire du droit français^ éclairé par les sources allemandeSy fut un de ces protégés de M. Guizot. Klimerath ne fit qu'un seul cours de droit, auquel il n'admit que quatre élèves. M. de Parieu eut l'hcmneur d'être un de ces privilégiés.

, Avant que l'intelligence de Tenfant d'Aurillac eût pris ' pour résidence définitive la science du droit, elle eut encore de nouveaux entraînements pour l'histoire naturelle : M. de Parieu présenta à l'Académie des sdenoes [ quelques mémoires paléontologiques en collaboration de ! M. le colonel comte de Laizer, qui habite le département du Puy-de-Dôme, si riche en ossements fossiles. Ces deux esprits curieux donnèrent la description d'un fragment fossile, témoin irrécusable d'un genre èV«ai\. ^e \siaxsir

tW MÉMOIHËS

mifères, chez lequel l'aptitude destructrice des < multipliait par leur nombre. Ce fragment^ trouvé non (Puy-de-Dôme)^ dont un modèle colorié a et au Muséum d'histoire naturelle de Paris^ fait p cabinet formé depuis vingt ans par M. de Laizer géologie et Tarchéologie du pays qu'il habite. I chants d'eiprit de M. de Parieu lui faisaient rec dans les sciences naturelles Tbistoire des j^ces i de même que^ dans Tétude du droite il s'attacb à des recherches théoriques et scientifiques qu'à cation pratique et vivante des textes de nos co reconnaît là un esprit curieux^ élevé^ abstrait, as de la solitude et de la méditation.

Cependant^ en 1841^ M. de Parieu^ marië^ d^ barreau de Riom. M. Eugène Rouher y tenait c des premières places. Peut-être les plaideurs se taient-ils plus souvent au cabinet de M. Roub celui de son collègue. 11 y avait chez M. de Parie du magistrat que de l'avocat : il se montrait ti pour le client^ et ne prêtait pas assez l'oreille à oiseux détails sur lesquels insiste le plaideur poi fense de sa fortune, aussi bien que l'homme s pour la guéi ison de sa maladie. L'avocat de Rion

garde^ disait-il^ de donner à la présidence des racines de chêne et une végétation de roseau.» Puis^ poursuivant avec logique son raisonnement^ il demandait que le président de la république^ s'il était élu par le suffîrage universel^ reçût de la constitution de grands pouvoirs.

Tous les esprits distingués de la Chambre^ M. Thiers surtout^ fuient frappés des méiites ée ce discours d'un avocat de province.

Dès 1848^ M. de Parieu fut chargé dans plus d'une conunission d'importants rapports sur des questions de finances^ du rapport contre l'impôt progressif^ du rapport sur l'impôt du revenu mobilier. Du premier coup^ M. de Paiieu s'était révélé et s'était placé au premier rang du très^petit nombre des hommes instruits et des bons esprits de la Constituante.

Ce fut M. Ferdinand Barrot^ homme scnsé^ modeste et honnête^ qui le premier désigna au président de la république M. de Parieu comme un de ces hommes nouveaux dont la haute intelligence^ sans préjugés^ ennemie des sophismes^. pouvait rendre de grands services au pays et à un gouvernement nouveau.

L'avocat de Riom fut nommé ministre de l'instruction publique le 30 octobre 1849^ et fit partie du cabinet dans lequel M. Rouher était garde des sceaux.

M. de Parieu défendit surtout la liberté de l'en^igne* ment. Élève du collège d'Aurillac, du collège royal de Lyon et du collège de Juilly^ il avait pu compuQr et apprécier l'enseignement universitaire et l'enseignenient religieux. Ministre^ il publia^ en 1850^ un ouvrage de droit écrit à Riom dans les loisirs du barreau : Étvdes historiques et critiques sur les acliOT^ powta^vÀT^*^^

3M MËMOIftRS

1848^ 1849 et i853^ il inséra dans divers reçue nomie des articles pleins de science et d'intérêt. Lorsqu'au mois de novembre fut discutée dai . reaux de l'Assemblée législative la proposition

It i^ sur la responsabilité des ministres et du présid

^ : ) i 1 république^ M. de Parieu combattit avec tant

5( -^ ' de talent cette proposition, qu'il reçut le soir

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