‹ Mémoires d'un bourgeois de Paris (volume 3)Chapitre 2 sur 28 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

APPBNOIGB nSTOBIQUB.

DOCUMENTS ATTTHBNTIQUBS POUR SERTIR A L*HISTOIRB DE LA RÉVOLUTION DE FEVRIER.

Notice de M. A. Romieu sur le maréchal Bageaud, son ami.— Lettre du maréchal Bugeaud. — Rapport curieux, inédit et inconnu, d'un général sur lés journées de Février. — Lettre du général Trézel. — Lettre du général Bedeau. — Liste des tableaux détruits pendant le sac des résidences royales, dans les journées de Février.

Dans ce tableau des trois journées de février 1848, Je n'ai donné que peu de place à ce personnage plein de singulier, à ce grand homme de guerre, et je dirai presque à cet héroïque homme d'Élat, au maréchal Bugeaud. J'ai mieux aimé le laisser parler lui-même : je publie dans ce chapitre, in extenso^ une lettre du maréchal sur sa conduite pendant les journées de Février. Cette lettre a été publiée en partie dans le Journal des Débats et dans plusieurs autres journaux. Elle avait été adressée, le 19 octobre 1848, à M. Léonce de LaNet^'è, ^ ^^^V^

de la candidature du maréchal à la présidence de la RépuMique* La publication de cette lettre sur les événements de Février fit très-grand bruit; elle provoqua d'abord des explications et une réclamation de M. Léonce de.LaYétgne et de M. le colonel Ferey, gendre du maréchal. M. le général Bedeau et M. le général Trézel crurent aussi devoir protester contre les assertions du duc d'Isly. Notre impartialité nous fait donc un devoir de publier aussi, aux pièces justificatives, les lettres de ces deux généraux. Je ne puis toutefois résister à citer ici une étude du maréchal Bugeaud due à la plume habile de M. Romieu *. Certes, si le maréchal Bugeaud eût été appelé à temps comme commandant en chef de Tarmce de Paris, et si le ministère Thiers et Barrot lui eût laissé la pleine et entière liberté de son commandement, moins de sang eût été répandu, moins de larmes versées; la révolution de Février 1848 ne se fût pas accomplie.

(( Le maréchal Bugeaud, dont je m'honore^ d'avoir été l'ami, dit M. Romieu, s'est voué avec un rare et intelligent courage au rôle futur que lui indiquaient les signes de guerre civile. A l'ombre de ses châtaigniers, dans le pauvre pays de Périgord, où il avait donné, la bêche en main, tant d'utiles exemples, il avait entrepris, au début de nos troubles, un hardi mouvement de réaction contre les anarchistes. Son haut renom de sage et de guerrier ralUait déjà, comme autour d'un centre, l'action de dix départements circon voisins. J'ai conservé la précieuse lettre où il m'annonce que si les agitateurs parisiens s'opposent à rinstallation de l'Assemblée constituante, il est

D*nN BOURGEOIS DE PARIS f

décidé à quitter sa retraite et à marcher smr la turi)ttlente capitale, avec cinq cent mille hommes prêts à rejoindre son drapeau. 11 les eût commandés, j'en suis sûr, avant d'avoir parcouru cinquante lieues, et plus d'un régiment l'eût suivi. Sa mâle parole, à la fois claire et pénétrante, son geste ferme et confiant, je ne sais quel mélange de force et de naïveté, faisaient du maréchal Bugeaud un des hommes les plus sympathiques à la fotde. Cette inerte physionomie, qui semblait celle d'un paysan, s'animait avec une merveilleuse promptitude. Un enfant eût pris plaisir à l'entendre causer de guerre ou d'agriculture, tant il savait jeter de charme et d'intérêt sur ces arides récits. Il fallait le voir debout, sur une grossière estrade, dominer de la voix uae masse pressée de laboureurs, enseigner le grand art de la culture dont il était un maître, et combattre, dans le piquant patois du pays, les mauvaises méthodes aiissi bien que les mauvaises opinions... Dieu s'était plu, d'ailleurs, à loger cette âme énergique et simple dans un corps que rien n'ébranlait. Intempéries, fatigues, courses de chasse ou de guerre, rien n'avait prise sur sa robuste santé : sauf l'empereur Justinien, qui ne dormait qu'une heure, je ne crois pas qu'un autre fils d'Adam eût jamais moins connu le besoin du sommeil. Ses mœurs rustiques, dont il riait parfois, répugnaient au luxe et aux élégances de la vie. Il eût fait le repas de Probus et eût émerveillé, comme lui, les messagers de la cour de Perse, lorsqu'ils rencontrèrent l'empereur mangeant, sur l'herbe, un reste de pois au lard, au milieu de ses légions cou(\u.ér rantes, » Oa se souvient de son audacieuse NteWfc wx ç»sw^

d'Abd-cî-Kader, où, trouvant Témir trop longtemps assis, il le souleva de sa forte main, à la face de vingt mille Arabes indignés. La touche vigoureuse de ce caractère ressortait, comme un frappant contraste, sur les nuances effacées du tableau contemporain. Aussi, quel ascendant lorsqu'il se mit à parcourir la France et qu'il se rendit à Tarmée de Lyon ! Chaque pas lui donnait un fidèle, chaque parole un dévoué. Personne n'a gagné davantage à être connu. L'enfantine bonté de ce rude soldat prêtait un indicible attrait au spectacle de son intérieur, au patriarcat de sa famille, aux causeries de son foyer. De proche en proche, et par amendements successifs, les esprits étaient revenus sur son importance, ses qualités, son sincère patriotisme, en partant des injustices de 1832, jusqu'à la popularité de 1849. »

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