CHAPITRE VII
LES FEHHES ET LES SALONS SOUS L'EMFIRS, SOU RATION, sons LA MONARCHIE OB JUILl
Le cardinal Mazarin. — Lo chancelier Maupeou. — Le ICMiiberjç. — Jean V de Bretagne. — Une lettre de Jo<u^phine. — Madame de Staël. — Madame Boland. Muntesson. — Madame Récamier. — Les femmes cél 1)eautti sons l'empire. — Les femmes sous la restaurât lu marqaise de Castries. — La dachesse de Guiche. Saint-Aalaire. — La jeane dachesse de Broglie. — Le la monarchie de Juillet. — L'Opéra. — Quelques pc femmes d'affaires. — Transactions entre los blasons — Les cercles, les clubs et le cigare.
l\\ Le cardinal Mazarin^ à l'époque de la p;
rendes, disait à don Louis de Haro, le ministr
■;: « Vous êtes bien heureux en Espagne : che:
femmes se contentent d'êlre galantes ou dé^
-** obéissent à leur confesseur ou à leur amant^
quiètent pas du reste. Mais, chez nous, el gouverner l'État, et nous en avons trois, en la duchesse de Chevrcuse, la princesse Palati chesse de Longueville, qui sont femmes à ] des empires par leurs iiUrigues. »
Le chancelier Maupcou, de langage peu ga que, pour la politique, les femmes n'y enU plus que les oies.
Ne montrait-il pas le même dédain pour l ce duc de Wurtembeig qui répondit à la sii qu'elle lui adressa quelcjucs observations sui qu'il «ivail a soulomY cv^wVvo \^ ^w\5îXs^ %
tious VOUS avons prise pour avoir des enfants, et non pour nom donner des conseils.
Jean V de Bretagne prétendait qu'une femme était assez savante, quand elle savoit mettre différence entre la chemise et le pourpoinct de son mary. Molière a mis an vers, dans les Femmes Savantes, ce mot historique rapporté par Montaigne :
Nos pères^ sur ce points étaient gens bien sensés^ Qui disaient qu'une femme en sait toujours assez, Quand la capacité de son esprit se hausse A connaître un pourpoint d'avec un haut-de-chausse.
Dans une lettre à Joséphine, du 6 novembre 1806, "empereur Napoléon 1®' écrivait :
a Tu me parais fâchée du mal que je dis des femmes. L est vrai que je hais les femmes intrigantes au delà de 3ut. Je suis accoutumé à des femmes bonnes, douces et conciliantes ; ce sont celles que j'aime. »
Toujours prête à lutter avec le vainqueur d'Italie, mao,me de Staël ne craignit pas, un jour, de lui demander ^vant un cercle nombreux ; quelle était à ses yeux la pre- :i îère femme du monde, morte ou vivante? m Celle qui a •.it le plus d'enfants, » répondit en souriant Napoléon K
Cependant, en France, les femmes ont toujours exercé /n certain empire sm* la société de leur temps; elles ont VI changer de rôles, d'altitudes et de séductions, sous :>iis les régimes, et, à bien des époques de notre his- :^îre, elles ont même prétendu gouverner l'État.
1 Mémotm de Napoléon .
. * Au commencement de la révolution de 1789,
des femmes ne fut pas de longue durée : les sale si nombreux, si brillants, la veille tout-puissaul furent vite neutralisés, dominés par des ii brutales et menaçantes : celles des clubs^ cell rue; ces influences eurent bientôt rompu des c I sons impossibles sans un certain calme pour
. [ . yeloppement régulier.
: . Madame de Staël, alors dans sa première ,
essaya, à l'époque du ministère de M. de N
pendant l'Assemblée législative, d'exercer dans
1 une certaine action sur cette assemblée, d'en rai
1 diriger les principaux membres, comme on i
^ fÎEdre plus tard au milieu du mouvement anû
K( réglé d'une monarchie constitutionnelle. Ce sa:
i. tique précoce fut emporté par le même coup in
;r qui renversa le trône au 10 août.
y^ , La haute influence du salon de madame R(
r> historique. Cette femmo supérieure, ambitieuse
tueUe^ dominait les hommes de son parti, dont <
presque le chef. Elle chercha la première à org
bourgeoisie, dans cette France de 89. Elle avait
grâces et d'amabilité cjii'on ne lui en suppose c
ses projets d'avenir, peut-être raisonnables, mais
turcs, furent vite interrompus par les cataslro
n'y eut plus de salons dès qu'on eut en permani
chafaud I
Après la Terreur, les femmes surtout recomm( à régner. Les beautés d'alors, parmi lesquelles i Tallien occupe historiquement le premier rang, as leur cnjpire à force d'humgLwVV^, vV*?. e*:i\\\^%^\oii
ictimes. La bonté de leur cœur les entraioait même à le faciles tendresses.
Sous le directoire, revenant de Suisse, madame de >tael vit entrer dans son salon tous les chefs, toutes les luances des anciens partis. Il ne fut fermé qu*au parti acobin. L'auteur de Corinne dut son influence à de :randes qualités d'esprit et de cœur, à une activité infaigablc, à une certaine prodigalité d'elle-même et de ses snlimcnts. Ceux à qui elle plaisait le moins capitulaient
guerre lasse. Elle réussissait à faire mouvoir dans sa ibère tout ce qui avait distinction ou crédit. Mais ce lion où madame de Staël prétendait régner et gouverer fut jugé incompatible avec Tordre nouveau. Exilée
1 Suisse, elle y regretta longtemps son salon de Paris j, comme elle le disait, son ruisseau de la rue du Bac.
Le consulat vit se rouvi'ir et laissa subsister plus d'mi lion de quelque importance. Madame de Montesson, iuve d'un duc d*Orléans, dont elle avait été l'épouse »inaie madame de Maintenon avait été l'épouse de h uis XIY, réunissait chez elle des personnages attachés des partis contraires, et cherchait à hâter la fusion des XXX régimes. Madame de Montesson, amie des Beau- .m*nais, se montrait dévouée aux Bonapartes; elle faisait s prisonniers au profit du Qouvel ordre de choses parmi » émigrés, parmi les grands noms de Tancienne no- ^«se.
A cette époque, la grâce, le charme et l'esprit de maorie Récamier attiraient aussi autour d'elle une société Xiable et polie, mais peut-être plus lettrée, plus frivole •^ politique.
Sous ïempire, les femmes que Von eVVaàX, ^ \siax-
chaient au premier rang, que la cour de remi;
les brillants états-majors aimaient à montrer di
jours de fête, brillaient de cette liche beauté
spire ni des élégies, ni des madrigaux, ni des so
qui émeut les sens avant que l'esprit et le ca
parlé.
Madame la duchesse de Bassano, madame la < Duchâtel, madame Regnault de Saint>Jean-d madame la duchesse de Vicence, madame Vis( au second rang, plus d'une femme de préfet, n ncnt de loin l'idée de cette beauté compatible a gance et la grâce, mais qui n'a besoin, pour sé( rien emprunter à l'imagination^ aux rafGnen l'esprit, à toutes ces coquetteries méditées et que recherchent et qui passionnent des époq tranquilles et plus calmes.
Les nombreuses variétés, les moindres nuf beauté, sont, en tout temps, représentées p femmes; mais les régimes divers qui gouverne ciété ne se plaisent à produire sur le premier ] celles dont la beauté se montre, pour ainsi dire fait accord avec l'esprit, avec les idées, je dirais avec la philosophie du temps. Ainsi, sous l'eri taille droite et imposante, les lignes grecques, l plein de feu, cette puissance d'attraits qui n'éU plus à mettre en doute que la bravoure de nos g du sens, de l'esprit, mais un esprit peu nourr mères et de nuages, se renfermant dans le cerc n'appréciant que les choses positives, et préfér J'amour rhéroïsmc soiileuvi à une oisive sentimi
/,ilf. n^v%t Anna \t\a TM»arr»\»Vf»«l î\TVw6.0."^ ^\\ ^W.oXck \<
paiix tmits^ au physique et au moral> des femmes célèbre» par leui^ triomphes de salon^ et peut-être aussi par la gloire de ceux qui les aimaient.
Les femmes de l'empire avaient dans leur cœur les plus tendres enthousiasmes^ les plus délirantes faiblesses ^ pour les illustrations des champs de bataille^ pour ces brillants ofticiers dont toute la personne révélait la force^ la vigueur et le courage. Lies Lauzuns de cette époque étaient des héros.
Toutefois, vers la fin du régime impérial^ auprès de la reine Uortense^ et par elle, s'annonçait un gix)upe de femmes plus émues, plus purement gracieuses et d'une sensibilité plus fine et plus délicate.
Avec la restauration commença un nouveau règne de femmes. Dans les salons brillent, entourées d'hommages et déjà honorées d'une discrète et respectueuse célébrité, les femmes d'esprit d'une certaine beauté, d'un certain relief aristocratique, d'une élégance nouvelle et d'une simplicité à laquelle pourtant il n'aurait pas fallu trop ?e laisser prendre* Lamartine est venu : la femme politique, la femme poétique et littéraire, ont le beau du jeu. 11 faudrait faire revivre les diverses classes, les diverses opinions de la société d'alors, pour rendre justice à tout ce qui s'y rencontrait de femmes distinguées ayant leur cercle, leur monde, leur sceptre respecté, et luttant entre eUefl de charmes, d'esprit et d'émulation.
Après les salons en reaom de madame de Montcalm, de madame de Duras et de quelques autres, que M. Vil- Icmain a récemment décrits avec de profonds regrets pour le temps pa^sé, on citait tout un jeune w\q^tà^ q^\) ^"épanouissant sous la restauration, en Ie^TQÔM^sa»^.^Rs*
principaux traits par une physionomie poétique, par uu l mélancolie gracieuse et par une philosophie chrétieime.
Qui n'a vu, à quelque bal de Madame^ duchesse de Berry, se glisser légère^ touchant le parquet à peine^si mouYante qu'on n'apercevait en elle qu'une grâce avaiit de savoir si elle était une beauté, une jeune femine à b chevelure blonde et hardiment dorée; qui n'a va apparaître alors la jeune marquise de Castries dans une ^ ne peut, sans doule, se faire une idée de cette mwfék beauté, charmante, aérienne, applaudie et honorée dtv les salons de la restauration. La société d'alors, qu'anU émue et attendrie la vaporeuse Elvire des MédUatm, vivait moins terrestre et moins païenne dans ses goâlsts dans ses extases que ne Tavait été l'empire. Gependiri l'imposante beauté était encore dignement représentée, avec je ne sais quel éclat d'élégance puisé dans k sik et dans la naissance, par la duchesse de Guiche (depoK duchesse de Grammont). Une jeune fllle, rechercbtf dans tous les salons aristocratiques, s'y faisait déjài^ marquer aussi par une beauté pure et splcndide, aos bien que par le talent de poète qui faisait d'elle la lfa(< de la patrie.
Les hommes politiques étaient alors ménagés et, pi*c ainsi dire, présidés, dans les salons de madame de Saiil- Aulaire et de la jeune duchesse de Broglic. On rtmarquait dans ces personnes distinguées un séduisut accord d'esprit, de pensée (le mot était nouveau), de sentiments élevés et religieux, compatibles avec toutes fc attentions et les insinuations politiques et mondaines.
C'en était fait du pouvoir un peu despotique ée&^
sait plus duels^ bullctiDs de la grande armée^ charges de cavalerie. Les prédicateurs célèbres et les évêques un peu mondains^ les gens de talent et d'esprit d'une certaine retenue^ les hommes politiques d'une certaine impor* tance^ furent bientôt seuls entourés d'une clientèle dans les intimités élégantes et aristocratiques.
Les femmes du bel air suivaient même les séances intéressantes de la Chambre des députés. Chaque orateur plaçait son monde dans les tribunes^ les jours où il devait parler. Dans les plus hautes destinées politiques d'alors, on surprenait le secret d'une protection féminine : chaque ministre avait son Égérie. La princesse Bagration, dont la beauté^ les grâces et l'esprit^ admires dans plus d'un congrès^ devinrent historiques, aimait et protégeait, par ses assiduités de tribune, l'éloquence facile et spirituelle de M. de Martignac.
Avec la monarchie de Juillet, un nouveau monde commença. Les salons du régime précédent se continuèrent, mais avec des regrets, avec du dépit et de la mauvaise humeur, contre le gouvernement qui venait de s'installer. Une nuance nouvelle et distincte se produisit, prit le cachet du jour et prétendit donner le ton. Ces jeunes femmes, d'une beauté qui tenait le milieu entre la beautë de l'empire et celle de la restauration, entrant dans le monde après que le gouvernement de Juillet fut établi et consolidé, ne connaissant que celui-là, s'inquiétèrent peu de toutes les élégances précédentes, déjà plus on moins fanées, prirent à tâche de montrer au grand jour des séductions à elles, pleines de grâce et d'agréments. Pour tout dire d'un mot, on eut le \'^tttk%. ^MlV^î».bourg Saiat-^iermam, du faubourg SaVaVltoaw^^^v.^^^'^
Ht MEMOIRES
tôt ravénenieut de la place Saint-Georges. Ghaq ticr (le Paris afOche^ en effet, des mœurs dif dont le contraste ne peut en aucune façon se s'apprécier d'après les distances. On vit alors ap aspirant à la célébrité frivole et passagère de '. de jeunes femmes ayant du charme sans doute, gance toujours, mais une élégance plus consi riche et recherchée; un certain esprit, mais re^ choses posilives et que le vaporeux n'enivrait p précision de but et de volonté qui se suivait sa au milieu des plus diverses et des plus brillantes tioDS. Dans ce monde d'alors, la fortune tec grande place comme toujours, mais une place ( ment plus comptée et plus marquée. On prenait sir à faire montre de richesses, soit par de coûte rures, soit par une recherche d'équipages soigne attelés, soit par un luxe d'ameublement n'exc les arts ni la haute curiosité. On ne saurait réi méconnaître ces trails distinctifs des femmes à sous la monarchie de Juillet, dont quclques-unei attirèrent l'attention du jeune héritier du trône, rait de citer quelcjucs noms, si on osait se le pei pour personnifier et pour illustrer ces études di Hors du cercle de la cour du roi Louis-Philippe viendrait impossible de saisir et de suivre les vani velles dans leur confusion et leur agitation de 1
Plus d'une jeune femme commença alors sa réputation de femme du beau monde dans une^avant-scène ou dans UDe des loges le plus en tub de TAcadémie royale de musique. Il est certaines beautés dont Téclat des lumières et les regards de la foule animent la physionomie et rehaussent les attraits.
Qui n'a indiscrètement poursuivi de sa lorgnette^ dans une avant-scène de l'Opéra, cette charmante rieuse aux sourcils et à l'œil noirs, dont la poitrine et les épaules, d'un ton mat, offraient les lignes les plus gracieuses et les phis heureux contours? Sa physionomie spirituelle peignait avec une charmante soudaineté d'expression tout à la fois les vives émotions qui lui venaient du théâtre et les joies contenues que lui causaient les hommages dont elle était entourée. Lea jeunes gens les plus riches, les plus distingués, et quelques vieillards d'une proverbiale galanterie, se pressaient et se succédaient auprès d'elle pour livrer assaut à sa jeunesse, à son cœur, malgré le feu de la rampe, en dépit de ses rivales et d'un mari. La repaitie moqueuse ne lui faisait pas défaut : ne répondit-elle pas un jour à un septuagénaire, qui l'importunait de ses hommages incessants : « Prenez-y garde, je vais vous céder. y>
On retrouvait cette jeune femme, dont le nom était si «cuvent cité, dont la situation et les relations côtoyaient la cour, aux bals du meilleur monde, conune dans les tribunes de courses les plus recherchées. On se fût presque inquiété d'elle si elle eût manqué à un de ces rendez-vous donnés à l'opulence, au luxe, à la frivolité. Elle baillait là où elle se montrait et, suivaut VV:k\%\Afv&\vSa&sv<» Bù magie prœfulgebaA qudd non wUbcUuT,
Pendant ce régime de dix-huit ans, les romans de nudame Sand^ de Balzac^ les poésies d'Alfred de Musset, imprimaient im certain pli particulier aux jeunes femmes avides dliommages et de célébrité. Hardiesse de pensée, élégance un peu cavalière, peu de poliies^e même avec le meilleur air, des nerfs sans vapeurs^ uk sensibilité susceptible d'émotions profondes, mais seulement pour des causes positives et surtout pour des questions d'intérêt : tels sont les traits distinctifs des femmes plus ou moins politiques, plus ou moins à la mode; m le règne de Louis-Philippe.
Quelques-unes, d'une haute naissance, d'un cbanmii et vif esprit, se jetèrent même dans toutes les excentiicités des mœurs les moins féminines. L'une d'elles, chtfseur infatigable, cavalier intrépide, prête à tirer le pistolet ou répée contre une madame Patin, qui aurait élé sur ses brisées, abusant du cigare, cédant à toutes Ifi fantaisies de son esprit et de son cœur, attirait autov d'elle, soit au théâtre, soit à des steeple-choses, soitdiff les salons, les hommes sérieux, importants, aussi biei que la fine fleur de la jeunesse dorée. Esprit libre s'ilei fut, caractère élevé, indomptable, prenant la vie haitt ment, grande dame philosui)he, elle eût, comme la dechesse de Bomgogne, par ses mots spirituels, parsï traits perçants, égayé la vieillesse de Louis XIV; elle eût dans les premiers jours de sa jeunesse, réveillé par îé riches et gracieux attraits les sens blasés de Louis XV.
Que tout cela soit dit ici sans dédain et sans raillen pour ce giand nombre, de plus en plus brillant, de je» nés femmes aimables, instruites, régulières, raison»
classe moyenne se disputent Thonneur d'élever avec des mérites qui se rapprochent chaque jour et tendent à se confondre.
Ces transactions entre des titres de noblesse et des chiffres de grosses fortunes, qui s'étaient produites sous la restauration, se continuent sous la monarchie de Juillet. Sous ce deraier régime, la balance à faire dans un contrat entre un blason et un bilan se règle, peutêtre, avec plus de parcimonie, avec un douaire moins avantageux pour le blason. Telle jeune femme, héritière des niillions paternels péniblement amassés dans une profession plus ou moins libérale, achète même son titre de comtesse, son droit de cité dans les salons du faubourg Saint-Germain, moyennant une assez modique pension fixée d'avance et consentie par le mari, prise sur les revenus annuels, mais n'engageant, en aucun cas, la disposition des propriétés et du capital. Sous la branche cadette, la noblesse ne s'achetait plus qu'au rabais.
Le gouvernement parlementaire entretint, il faut le reconnaître, dans les salons de ce temps-là, non point un langage élégant et précieux, mais du moins un certain goût et quelques applaudissements pour le talent de la parole et pour l'esprit.
Parmi les fenmies qui, sous la monarchie de Juillet, se donnaient le plus la peine d'être femmes, se rencontraient surtout, créons le mot, des femmes d'affaires. Telle beauté à l'œil le plus charmant, à la physionomie tout à la fois la plus piquante et la plus poétique, au milieu des élans d'émotions nouvelles, au mWexv. ^«^xsC^^ soucis d'imc élégance individueWe el cYkaVo\îiw\fc,^^'«vww-
31G MËMOIRES
irait plus habile à combiner et à suivre de grandes opérations de bourse, à établir un bilan de maison de ban- «lue, que son mari, tinancier plus teixe à ten-e et ayant moins d'entregent.
L'une des femmes le plus à la mode sous le gouvernement de Juillet^ ci dont Tenivraiite beauté eût faitID£^ veille dans les salons de Terapire et de la restauratkn, se montra surtout entraînée^ comme par un goût de &mille^ vers les gi*andes spéculations. Elle les conçoit, eo combine les immenses développements et les conduit k plus souvent jusqu'à un dénoûment heureux ^ qu'elk seule peut-être avait entrevu : tout cela avec une nobk passion pour les arts^ avec une appréciation bien sentie des intelligences d'une certaine valeur ou d'une certaine originalité de \uc9.
Dans le salon de cette femme du meilleur air, î la tournure et aux attitudes de duchosse^ sont entouré d'attentions fines, de soins délicats^ la diplomatie, lâ finance, les gens d'esprit, les hommes d'État d'uw grande situation, aussi bien que le plus modeste aitiste. Les vifs entraînements pour tout ce qui est rare et bcaa créent le besoin des richesses, et c'est ainsi qu'au milieu des progrès de l'industrie et du commerce, se révèle, chez certaines femmes qui sembleraient devoir ne se préoccuper que de leur beauté et de leiu* élégance, une capacité pratique pour les affaires de l'exécution la plu> difficile et la plus compliquée. Au dix-septième et au dix-huitième siècle, les grandes dames de la cour n'avaient que le jeu pour se ruiner ou pour s'enrichir : au* jourd'hui, l'intelligence et l'esprit jouent un rôle plus
conquête d'une giosse fortune. Chez ces femmes h la mode, que je n'étudie qu'à distance, les richesses sont cependant loin de glacer le cœur, et leur donnent, au contraire, un incessant entrain de largesse et de générosité.
Dans cette nombreuse galerie de portraits tracés de main de maître par Saint-Simon, ces femmes incessamment préoccupées des soins de leur beauté, de leur luxe, de brillants plaisirs et de sérieuses affaires d'industrie ou de finance?, font entièrement défaut. Quelques-unes se sont passionnées pour la politique jusqu'aux plus grandes et aux plus petites intrigues ; mais aucune n'a su allier l'imagination de Law, je dirais presque le génie de Colbert, au sévère et charmant maintien d'une Maintenon, à la coquette espièglerie d'une duchesse de Bourgogne, au cœur tendre et aimant d'une La Vallière.
Sous la monarchie de Juillet fleuril*ent aussi quelques salons politiques. Un litre de noblesse, une grande fortune, une hospitalité élégante, un charme personnel ou une ancienne réputation de beauté, ne suffisent pas aux femmes distinguées aimant le monde pour attirer autour d'elles des hommes considérables, occupant ou ayant occupé de hautes positions, et pour créer ainsi un centre d'assiduités et de conversations bien renseignées sur les affuifes du temps. 11 faut surtout encore avoir entretenu de persévérantes relations avec les célébiîtés soit de notre pays, soit de l'étranger. La présence presque régulière d'un Cliateaubriand, d'un Guizot et de la fleur du personnel diplomatique, illustre surtout ces réunlou^^ où la ÎDaîtresse du logis, spmlufeYLe , %\^<£vïv»ft.> ^^"^
SIS M c. MU mes»
parler à chacun le langage qui lui convieni
moyen de plaire à tous.
Sous Louis-Philippe^ dans ces salons poli sidés quelquefois par une grande dame étaient admis comme privilégiés des membn Chambres^ des ministres^ des artistes et des réunions intimes et familières rapprochaient lités politiques^ et plus d'une transaction u1 se conclurent ainsi^ au milieu des conflits qu'entraîne le régime parlementaire. Bien académiques se décidèrent même par des inl salon^ dans un de ces petits groupes d'acadëni par des relations régulières et des habitudes n finissent par s'attribuer le pouvoir d'une i spirituelle coterie.
Les femmes ont été souveraines et se son tourées de flatteurs dans tous les siècles. Des dans Homère^ admirent les grâces d'Hélène, v charmes^ ses attraits^ en gémissant sur la pu tant de séductions. Théocrite, plein de scntim passion, fait chanter la beauté de la fille de Tj ses compagnes et ses livalcs.
La munificence des empereurs et des rois celles qu'ils ont aimées des statues et des palai que Dieu pour qui Thomme ait fait de plus b
se mulliplient chaque jour^ nous éloignent de la société des femmes ; nous nous dérobons à leur intimité douce et retenue; elles sont forcées de s'assouplir au sans-gêne de nés mœurs et de nos habitudes^ voire même à la fumée narcotique de nos cigares.
Le dix-neuvième siècle est bien loin de ce temps où un La Rochefoucauld disait d'une duchesse de Longueyille :
Pour mériter son camr, pour plaire à ses beaux yeux^ J'ai fait la guerre aux rois : je rauns faite aux dieux !