COMEDIES
AbbéderÉpt'e(l'),
Amant bourru (F),
Amour (1^ et la Raison,
Assemblée de famille (I*),
Avare (1*),
Aveugle clairvoyant [V],
Avocat Patelin (l*),
Babillard (le),
Barbier de Se ville (le), ^ Bourru bienfaisant (le), * Brueis ou Palaprat,
Caroline ou le Tableau,
Cercle (le),
Ch4(eaux en Espagne (les),
Consentement forcé (le),
Conteur (le),
Crispin rival de son maître,
Deux Fêtes (les),
Deux Gendres (les),
Deux Pages (les).
Distrait (le),
École des bourgeois (1'),
Épreuve nouvelle (1*),
Esprit de contradiction (I^,
Ésope à la cour.
Étourdis (les),
Fausse Agnès (la),
Fausses Confidences (les).
Fausses Infidélités (les),
Femmes savantes (les),
Festin de Pierre (le),
Florentin (le).
Folies amoureuses (les).
Gageure imprévue (la).
Héritiers (les).
Heureusement,
Heureuse erreur (1*),
Homme du jour (F),
Inconstant (F),
Intrigue épistolaire(rj.
Intrigante (H,
Jeu de l'amour et du hasard (le),
Jeunesse de Henri V (Ip),
Joueur (le),
Legs (le).
Mariage de Figaro (le).
Mariage secret (le).
Méchant (le).
Menteur (lé).
Mère jalouse (la).
Métro manie (la).
Minuit,
Misanthrope (le),
Molière avec ses amis,
Monsieur de Crac,
Nièce supposée (la).
Optimiste (10,
Original (1%
Originaux (les).
Parleur contrarié (le),
Philinte de Molière (le), ,
Philosophe sans le savoir (le),
Plaideurs (les).
Précepteurs (les).
Procureur arbitre (le).
Projets de mariage (les).
Pupille (la),
Retour imprévu (le).
Revanche (la),
Rivaux d'eux-mêmes (les).
Secret du ménage (lé),
Shakspeare,
Somnambule (la),
Sourd (le),
Suite d'un bal masqué la),
Tartufe (le),
Tartufe de mœurs (le).
Trois sultanes (les).
Tyran domestique (le).
A Sainle-Hélène, pendant les longues soirées d'hiver, rerapereur prenait souvent un de nos grands poètes dramatiques dans sa bibliothèque; hésitant entre Corneille et Molière, il disait à sa compagnie bien peu nombreuse : « Irons-nous ce soir à la tragédie, ou à la comédie ? »
Le 3 mars ^ 806, l'empereur créait au Conservatoire de musique une classe de déclamation, et nommait comme professeur Dugazon, Monvel, Fleury, Dazincourt, Talma et Lafou.
L'empereur exigeait que tous les membres de la famille impériale et les grands dignitaires de la couronne eussent leur loge au Théâtre -Français; il donnait l'exemple en payant sa loge par année vingt et un mille francs. Nous avons pu nous assurer, dit M. Laugier, dans ses documents historiques si intéressants et si complets sur le Théâtre-Français, que la moyenne du prix des loges louées à l'année était de douze mille francs par mois, soit cent quarante-quatre mille fmncs par an.
Plusiem's régiments de la garde étaient souvent passés en revue par l'empereur, le dimanche, dans la cour des Tuileries. L'empereur, à une de ces revues, aperçoit dans la foule mademoiselle Mars, il pousse son cheval, franchit le piquet de gardes qui empêchait le public d'approcher, et dit à mademoiselle Mars, avec la plus gracieuse bienveillance : « Vous nous rendez les visites que nous avons tant de plaisir à vous faire au Théâtre- Français. » Cette scène désigna mademoiselle Mars à
rattention de toute la foule et de rétat-major de Tempereur^ et^ malgré son assm*ance de comédienne^ elle resta interdite. J*ai recueilli cette anecdote de la bouche même de mademoiselle Mars.
Elle se montra fidèle au culte et à la mémoire de l'emperem-. La première fois que joua mademoiselle Mars^ après le retour de l'empereur, pendant les centjours, elle portait comme soigne de joie des bouquets de violettes ; elle portait des violettes à sa ceintm'e, elle en portait comme garniture de robe, elle en portait dans sa coiffure. Cette profession de foi politique en bouquets valut à mademoiselle Mars d'assez tristes représailles. La première fois qu'elle reparut sur la scène, après le retour de Louis XVIIÏ, elle eut à subir de cruels outrages. Mademoiselle Mars jouait avec Fleury le rôle d'Elmire du Tartufe; dès que commença la grande scène du troisième acte, des vociférations se firent entendre, elles partaient du parterre et de l'orchesti-e : « Criez vive le roi ! criez vive le roi ! » Fleury crut que c'était à lui qu'on en voulait, et il s'avança près de la rampe : « Messieurs, dit-il, j'ai été incarcéré pendant la terreur, et mes opinions... » On ne le laissa point con- . tinuer : « Ce n'est pas à vous, c'est à cette s..., à cette g... de Mars; il faut qu'elle crie vive le roi ! » Mademoiselle Mars, dont la physionomie pendant cet orage resta calme et dédaigneuse, profita d'un moment de silence et usa de ruse pom- se tirer d'affaire, sans cependant céder à ces cris injurieux : « Mais, messieurs, dit-elle, j'ai crié vive le roi ! » Tout fut dit, et la pièce continua. Mademoiselle Mars, dans le reste de son rôle, obtint d'unanimes applaudissements. Le public, dans
la même soirée, se montra tout à la fois juste, poli et violent jusqu'à la grossièreté.
Les flots houleux d'un parterre français s'agitent au moindre vent, et il en sort souvent de menaçantes tempêtes : « Ayez-vous souvenance, dit M. Joseph de Mais- )) tre, d'un seul trait sublime de piété filiale qui n'ait » pas été profondément senti et couvert d'applaudisse- » ments par un parterre ?
y> Retournez le lendemain, vous entendrez le même » brait pour les couplets de Figaro. »
C'est ici la place de crayonner quelques traits de mademoiselle Mars, de cette grande comédienne qui débuta dès le commencement du siècle à la Comédie-Française. J'eus avec elle de longues relations d'amitié.
Je fus présenté à mademoiselle Mars vers la fin de la restauration, par mon ami Etienne Béquet. Toutes les fois que mademoiselle Maw jouait, nous nous rencontrions après le spectacle cinq ou six dans sa loge, et nous allions souper en sa compagnie, dans son hôtel de la rue de la Rochefoucault,
Amault, de l'Académie française, Etienne Béquet, Coupigny, célèbre à plus d'im titre, comme grand amateur de pêch,e et comme auteur de romances, le comte de Momay, M. Romieu et moi, nous étions les assidus de ces littéraires et gais soupers.
On était alors au plus vif de la discussion, on pourrait dire de la querelle des classiques et des romantiques. Coupigny défendait les' classiques et ses romances. M. Romieu prétendait qu'il n'était plus question de la langue de Racine, de Corneille et de Molière, qu'on allait changer tout cela, et couler en bronze une langue
nouvelle, et Coupigny de pousser des gémissemenls, de bondir sur sa chaise en levant les yeux au ciel ! Voici xm épinard 'pyramidal ! Monsieur Amault, faites donc couler pour nous le miel de vos vers ! Voilà la langue rajeunie qu'on doit parler, disait M. Romieu à Coupigny. Arnault, quoique classique, se prêtait à cette comédie et à cette trahison apparente. Cette complicité avouée contre la langue de Racine mettait le comble au désespoh* et à l'indignation de Coupigny. Il n'en perdait cependant pas une bouchée; il était moins classique que gourmand.
Ce fut ce même Coupigny qui nous disait un premier jour de Fan : « Voilà vingt ans que je dîne deux ou trois fois par semaine chez mademoiselle Mars, et elle ne m'a jamais rien donné. »
Dans l'intimité, comme au théâtre, mademoiselle Mars était simple, naturelle, d'ime gaieté tranquille et aimable; elle faisait preuve dans ses manières, dans son langage et dans sa conduite, d'une rare pénétration et de toutes les délicatesses d'une fenrnie bien élevée; elle ne cherchait ni les mots ni les effets d'esprit; elle pensait et parlait avec tact et bon sens. Voici un de ses aperçus sur l'art du comédien : <( Comme nous jouerions mieux la comédie, me disait-elle, si nous tenions moins à être applaudis ! »
Mademoiselle Mars aimait à conter ; elle contait avec agrément. Comme comédienne, elle avait du singulier, elle ne mentait pas.
Mœurs de théâtre assez étranges 1 mademoiselle Mars ' se respectait; elle prit toujours l'amour très au séneux, et dans les tendres et durables intimités qui firent évé-
nement dans sa vie, elle engageait son coeur et sa liberté.
Dès rage de huit ans^ mademoiselle Mars jouait des rôles d^enfant au théâtre Montansier; elle joua le rôle travesti du frère de Jocrisse, dans le Désespoir de Jocrisse, Baptiste cadet jouait aussi alors la comédie à la Muntansier.
Mademoiselle Mai*s élait, comme on sait, la fille de Monvel, comédien et auteur comique de gi'andes façons et de beaucoup d'esprit.
Ce fut dans les rôles d'ingénues que mademoiselle Mai*s débuta au Théâtre-Français. Jeune fille et comédienne, elle eut aussi ses mauvais jours. Ses débuts n'eurent point un très-grand éclat ; elle fut cependant protégée et conseillée par mademoiselle Contai; elle était même reçue dans le salon de cette reine du théâtre, autour de laquelle se pressaient gens d'esprit, grands artistes, financiei's et gens de cour.
A ses débuts, mademoiselle Mars était maigre, montiait des coudes pointus, des bras et des mains un peu rouges; mais elle eut toujours l'œil le plus vif, une bouche au plus gracieux, au plus varié sourire, la voix la plus intelligente, la plus sympathique et d'un timbre musical qui charmait le cœur et l'oreille.
Ce fut surtout vers la fin de l'empire, et lorsque, à la moii de mademoiselle Contât, elle put jouer le gi*and répertoire, les rôles de grandes coquettes, que mademoiselle Mars fit du bruit et qu'elle conquit l'admiration de la critique et du parterre. Elle prit bientôt l'embonpoint le plus élégant, et cumula toutes les séductions irrésistibles de la beauté, du talent et du succès.
Comme tous les grands artistes^ mademoiselle Mars aimait le théâtre avec passion ; elle était toujours la première arrivée à Theure des répétitions. La retraite de madera(Mselle Mars fut tardive et lui causa un profond chagrin. Les grands artistes^ en quittant la scène, meurent une première fois.
De grandes richesses n^étaient point l'ambition de mademoiselle Mars; elle ne courait point après la fortune ; mais toute sa vie il lui arriva les plus heureuses aventures d'argent : des héritages, des présents anonymes. Outre sa part de sociétaire, elle touchait un traitement de trente mille francs par an, et faisait d'amples récoltes pendant ses congés.
Mademoiselle Mars était généreuse et bienfaisante; elle recueillit chez elle, pendant d'assez longues années, la vieillesse et la misère d'un ancien acteur de TOdéon, du nom de Wal ville. Se trouvant en représentation à Toulouse , elle offrit une amicale hospitalité à une actrice du nom de Julienne, qui fut longtemps sa dame de compagnie.
liademoiselle Mars mourut à soixante et onze ans. Elle a sa place marquée dans les annales du théâtre et de notre histoire littéraire ; elle donna pour ainsi dire aux œuvres de Marivaux une seconde jeunesse; elle ût surtout revivre avec éclat, pour les jeunes générations de ce demi-siècle, les créations immortelles d'Elmire, d'Henriette, de Gélimène, qui sont la gloire de MoUère et l'honneur de notre littérature.
Mademoiselle Mars a souvent joué à côté de Talma dans Misanthropie et Bepenttr^ et dans l'JSco/e de$ vieillards, de Casimir DelaVigûo.
Nous trouvons dans le livre de Y Allemagne, de ma- \ dame de Staël, ce portrait de Talma tracé de main de maître :
« Quand il parsût un homme de génie en France, dans quelque carrière que ce soit , il atteint presque toujours à im degré de perfection sans exemple; car il réunit Taudace qui fait sortir de la route commune, au tact du bon goût qu*il importe tant de conserver lorsque roriginalité du talent n'en souffre pas. Il me semble donc que Talma peut être cité comme un modèle de hardiesse et de mesure, de naturel et de dignité. Il possède tous les secrets des arts divers; ses attitudes rappellent les belles statues de Fantiquité : son vêtement, sans qu'il y pense, est drapé dans tous ses mouvements comme s*il avait eu le temps de l'arranger dans le plus parfait repos. L'expression de son visage, celle de son regard, doivent être l'étude de tous les peintres. Quelquefois ilarrive les yeux à demi ouverts, et tout à coup le sentiment en fait jaillir des rayons de lumière qui semblent éclaii'er toute la scène.
» Le son de sa voix ébranle dès qu*ll parle, avant que le sens même des paroles qu'il prononce ait excité l'émotion. Lorsque dans les tragédies il s'est trouvé paihasard quelques vers descriptifs, il a fait sentir les beautés de ce genre de poésie, comme si Plndare avait récité lui-même ses chants. D'autres ont besoin de temps pour émouvoir, et font bien d'en prendre; mais il y a dans la voix de cet homme je ne sais quelle magie qui, dès les premiers accents, réveille toute la sympathie du cœur. Le charme de la musique, de la peintm*e, de la sculpture, de la poésie, et par-dessus tout du langage.
i^oilà SCS moyens pour développer dans celui qui Técoûte toute la puissance des passions généreuses ou terribles.
y> Cet artiste donne autant qu'il est possible à la tragédie française ce qu*à tort ou à raison les Allemands lui reprochent de n'avoir pas, Toriginalité et le naturel. Il sait caractériser les mœurs étrangères dans les différents personnages qu*il représente, et nul acteur ne hasarde davantage de grands effets par des moyens simples. Il y a, dans sa manière de déclamer, Shakspeare et Racine artistement combinés. »
Otons maintenant à Talma son rouge, sa couronne ou son bandeau de roi; mettons une robe de chambre sm* les épaules d'HamIet, d'Auguste, ^e Néron ou d'Oreste ; suivons Talma le rideau baissé, après ses désespoirs magnanimes, après ses fureurs. En rentrant dans sa loge, il la trouvait toujours encombrée d'une table de jeu et de plus d'un joueur : Kessner, Mira, le ûls de Brunet, Doumerc, le parent d'un munitionnaire, M. Firmin et madame Firmin, et tant d'autres y jouaient d'assez grosses sommes à l'écarté, et les joueurs qui perdaient reprochaient durement à Talma de les gêner.
Sur la scène, Talma était rempli de tSlérance, d'attention et de soins pour ses camaraJos ; dans les dénoûments tragiques, il n'a jamais donné un coup de poing, ni fait un nùir à une héroïne. 11 tuait proprement, et, pour l'illusion du public, il tuait mieux que personne.
Dans plus d'un jeu de scène, les artistes doivent s'entendre et s'entr'aider, et souvent, au contraire, ils se jouent de mauvais tours et se tendent des pièges. Ils
forcent un camarade ou une camarade à tourner le dos au public pendant un couplet important et de longue haleine; ils remontent le théâtre quand Ils n*ont rien à dire, et éloignent ainsi, le plus qu'ils peuvent, de la rampe j leur interlocuteur, que le public n'entendra plus.
Talma ne connaissait ni ces ruses de jalousie, ni ces perfidies de rivalité. 11 se préoccupait presque autant des rôles de ses partenaires que du sien propre; s'il eût pu Jouer avec mademoiselle Rachel, il l'eût servie, aidée, utilement conseillée, et cet Oreste eût été heureux de mourir pour cette Hermione.
Talma ne manquait ni d'esprit ni d'instruction. 11 savait très-bien l'anglais. Toute sa vie il n'eut que du laisser-aller, de l'obligeance, de la bonté pour tous. Aussi sa mort fut-elle une douleur publique; il fut pleuré par tous ceux qui le connaissaient. A Brunoy, où était située sa maison de campagne, cette perte désola toute la commune.
Ce fut en 1787 que Talma débuta à la Gomédie-Fran* çaise dans le rôle de Séide du Mahomd de Voltaire; il créa peu de temps après le rôle de Gléry dans V Intrigue ^épistolaire, de Fabre d'Ëglantine. Ses grands succès et sa réputation méritée datent du rôle de Charles IX, de Marie-Joseph Ghénier. Talma mourut le 19 octobre 1825.
Lorsque Talma mourut, Lafon, ce tragédien gascon, prit tous ses rôles. Jamais Lafon ni ses amis ne prononçaient le nom de Talma; pom* désigner Talma, ils disaient Vautre. Lafon, dans Cinna, jouait Ginna, lorsque
Talma jouait Auguste. Après la mort de Talma, la pre? mière fois que LAfon joua Auguste^ ses amis d'accourir dans sa loge et de lui dire qu'il avait enfoncé l'au* tre ! a Et cependant, dit LaIon,YaiUre avait sur moi un grandavantage : ilavaitun Ginna, et moi je n'en ai pas.»
V Opéra national des arts, qui devint V Académie impériale de musiguey jeta peu d'éclat sous l'empire. La première représentation à'Ossiany <m les Bardes, paroles de Baour-Lormian, musique de Lesueur, eut lieu le 21 messidor an xn. Le 4 février 1806, im spectacle gratis de l'Opéra se composait des PrMendus et d'ime première représentation de l'intermède Austerlitz. Ce fut le 28 octobre 1807 qu'eut lieu la première représentation du Triomphe de Trajan; la onzième représentation du Triomphe de Trajan fut donnée comme spectacle gratis. La première représentation de la Vestale, paroles de Jouy et musique de Spontini, eut lieu le 15 décembre 1807.
Les rôles étaient ainsi distribués :
PerAonnage* : Acf enrs : '
LiciNius MM. Lainez.
CiNNA LaIS.
Le grand prêtre Dérivis.
Le chef des ardspices. . . . Duparg.
Un consul. Martin.
JULIA Mmes Branchu.
Ea grande vestale. : . . . . Maillard.
La première représentation de Femand Cortez eut lieu le 28 novembre 1809. Les rôles étaient ainsi distribués : *
PertManage* : Aoteum :
Fermand Cortez MM. Lainez.
ItLASCO LaTS.
Alvar Laforet.
Le grand prêtre Dérivis.
Morales Bertin.
Officier espagnol Nourrit.
Idem. : Albert.
Officier mexicain Martin.
CortphIb Martin.
Idem Picard.
Amazili. Mmes Branchu.
Sditante Reine.
Idem Lagombe.
Le 1^' avril 1814, repéra le Triomphe de Trajan fut annoncé sur Taffiche jusqu'à sept heures et demie ; mais on exécuta Topera de la Vestale, Les empereurs de Russie et d'Autriche et le roi de Prusse assistaient à cette représentation. Le 17 mai 1814, le roi Louis XVIII vint entendre Topera d'OEdipe.
L'empereur, connaisseur, même en musique, assistait rarement aux représentations de l'Opéra.
J*aurai souvent, dans ces Mémoires, Toccasion de parler plus longuement de TOpéra et des grandes révolutions qui se sont produites dans Tart de la musique.
Le théâtre Feydeau, qui s'appela plus tard le théAfra de TOpéra-Comique, fut mis à la mode, à la fin du directoire, par les concerts où chantait Garât; plus tard, par EUeviou, par Martin et par mademoiselle Alexandrine Saint-Aubin, dont le talent ne fut cependant trèsapplaudi que dans CendriUon. L'ompcrcm' assistait souvent aux représentations^ de ce théâtre, qui comptait
alors beaucoup de loges louées à Tannée. Ce théâtre obtint^ sous Tempire^ de grands succès.
On se rappelle encore Une heure de mariage, un acte (20 mars 1804), par Etienne, musique de Dalayrac; îe Bouffe et le Tailleur , un acte (19 juin 1804), de Gouffé et Villiers, musique de Gaveau; VMrigue aux fenêtres^ un acte (24 février 1805), par Bouilly et Dupaty, musique de Nicolo; GuHstan, ou le Huila de Samarcande, trois actes (30 septembre 1805), d*Ëtienne et de La Chabeaussière, musique de Dalayrac; Monsieur, Deschalumeaux, ou la Soirée de carnaval, trois actes (17 février 1806), de Creuzé Delesser, musique de Gaveau; les Maris garçons, un acte (15 juillet 1806), de Nanteuil, musique de Bcrton; Joseph, trois actes (17 février 1807), d'Alexandre Duval, musique deMéhul; V Auberge de Bagnéres, trois actes (23 avril 1807), de Jalabert et d'EUeviou, musique de Catel; les Rendezrvous bourgeois, uu acte (9 mai 1807), d'Hoffmann, musique de Nicolo; Vn jour à Faris, trois actes (24 mai 1808), d'Etienne, musique de Nicolo ; Ninon chez madame de Sçvigné, un acte (26 septembre 1808), de Dupaty, musique de Berton; Jadis et Aujourd'hui, un acte (29 octobre 1808), de Sewrin, musique de Kreutzer; Françoise de Foix, troîs actes (28 janvier 1809), de Bouilli et Dupaty, musique de Berton; Cendrillon, trois actes (22 février 1810), d'Etienne, musique de Nicolo; le Charme de la voix, uu acte (24 janvier 1811), de Nanteuil, musique de Berton; le Billet de loterie, uu acte (14 septembre 1811), de Roger et Creuzé, musique de Nicolo; Luili et Quinault, un acte (2 février 1812), de Nanteuil, musique de Nicolo; Jean de Faris, deux actes (4 avril 1812), de Saint-
im MÉMOIRES .
Just, musique de Boïeldieu ; les Aubergistes de qualité, trois actes (17 juin 1812)^ de Jouy^ musique de Gatel; la Jeune femme colère, un acte (12 octobre 1812)^ d'Etienne^ musique de Boïeldieu; le Mari de circonstance, un acte (18 mars 1813)^ de Planard^ musique de Plantade; les Deux Jaloux, wa acte (27 mars 1813), de Vial^ musique de madame Gail ; le Nouveau Seigneur du village, un acte (29 juin 1813), de Greuzé et Favières, musique de Boïeldieu; Joconde, ou le Coureur d'aventures, trois actes (28 février 1814), d'Etienne, musique de Nicolo; Jeannot et Colin, trois actes (17 octobre 1814), d*Etienne, musique de Nicolo ; enfin la Lettre de change, un acte (11 décembre 1814), de Planard, musique de Bochsa.
MM. de Piis et Barré, auteurs de vaudevilles joués avec tant de succès à la Comédie-Italienne que quatre de ces pièces seules avaient r^ppoiié au théâtre de la rue Mauconseîl plus de cent mille écus, sans valoir aux auteurs plus de douze cents francs, conçurent, en 1790, le projet de» consacrer une salle nouvelle à un genre repoussé par la Comédie-Italienne. Us trouvèrent des fonds et un terrain près de la place du Palais-Royal. Ce terrain était occupé par une salle de bal, appelée Wauxhall d'hiver, ou le Petit Panthéon. De là le théâtre du Vaudeville, situé rue de Chartres, et qui compta sur cet emplacement près de quarante-sept ans d'existence. •
Le théâtre du Vaudeville, pendant la révolution et sous l'empire, fut presque un théâtre politique. J'ai pu recueillir quelques faits curieux qui datent de l'origine de ce théâtre.
Barré fut le prenuer directeur du Vaudeville; sa direction dura depuis 1792 jusqu'en 1815, époque à laquelle Désaugiers lui succéda.
Barré se retira avec une pension de quatre mille francs, dont il jouit jusqu'au 3 mai 1832. Il mourut à rage de quatre-vingt-six ans.
Le Vaudeville est \e premier théâtre qui ait rétribué honnêtement les auteurs attachés à sa prospérité . Gonmie Barré était auteur; comme Piis, à qui on devait le projet de construction du théâtre, s'était réservé le droit d'y faire jouer des pièces, ils stipulèrent que les droits (d'auteur seraient de douze pour cent sur la recette, à partager entre les pièces jouées dans la soirée. Lorsque l'impôt des pauvres fut établi, cet impôt fut défalqué avant le partage. Ce contrat régit encoi*e le Vaudeville aujourd'hui, et il s'est étendu siu* les autres théâtres* du même genre. Seulement, il se perçoit sm' la recette brute, sans tenir compte de l'impôt prélevé au profit des hospices.
Barré prit pour épigraphe de son affiche, en le modifiant pour la chtîonstance, ce vers connu de Boileau :
Le Français, né malin, eré^ le VaudeTillel
Dans le deuxième chant de VArt poétique, Boileau a dit, parlant de la sature :
D'an trait de ee poëme, en bons mots si fertile, Le Français, né malin, forma le YandeTille, Agréa)>le indiscret qui, condnit par le chant, Passe de bouche en boache,'et grandit en marchant.]
Le Vaudeville ouvrit le 12 janvier 1792.
Une pièce, la Chaste Suzanne, fait époque dans les
!loo Mémoires
annales de ce théâtre. Elle fut jouée le 5 janvier 1793; les auteurs étaient Barré, Radet et Desfontaines, surnommés le Triumvirat du Vaudeville. On connaît l'histoire de Suzanne, accusée d*adultère par deux juges qu'elle ne veut pas écouter, et sauvée par Daniel.
La pièce fourmillait d*allusions. On applaudit à outrance un couplet dans lequel les accusateurs disaient :
Celui qui fait parler la loi, Sail bieo aussi la faire taire.
L'enthousiasme de la salle fut au comble lorsque Daniel s'écria :
« Vous êtes ses accusateurs, vous ne pouvez être ses juges. »
Ces paroles rappelaient Texorde du plaidoyer de Desèze, dans le procès de Louis XVI, instruit en ce moment pai' la Convention.
A la sixième représentation, donnée le 27 janvîei* 1793, une scène violente se produisit. Elle fut courageusement dénoncée à la Commune de Paris par un acteur du Vaudeville nommé Delpêche et surnommé Bourgeois. Cette lettre fut lue dans la séance de la Commime du surlendemain, 29 janvier.
a Depuis plusieurs jours, on nous menaçait de faire interrompre les représentations de la Chaste Suzanne, et nous attendions avec résignation TefTet de cette menace. Mais hier dimanche, plus d'une douzaine de particuliers qui s'étaient trouvés à la fête civique du matin, ayant probablement dîné ensemble, sont venus, dans leur sagesse, juger cette pièce, qu'ils avaient proscrite
d'avance; ils ont commencé ^ar forcer le passage et par entrer sans payer; ils se sont dits députés par la Société des Amis de la liberté et de l'égalité; ils ont demandé à parler au directeur : il les a fait placer dans la salle. Ils ont écouté le premier acte, même le second, sans murmiurer ; mais au second couplet que je chantais, une très-grande partie i\x puLlic m'ayant interrompu par des applaudissements et l'ayant redemandé, alors ces particuliers s'y sont opposés avec une fureur menaçante; quelques-uns d'entre eux sont descendus des premières loges à l'orchestre. Ils ont tenu les propos les plus injurieux contre le public, les auteurs, les acteurs, les pièces!...
» Le commissaire de police de la section des Tuileries leur a i*eprésenté qu'ils devaient respecter les propriétés, que les directeurs de spectacles étaient responsables; et il a cité le décret de la Convention relatif à l'Ami des lois; un pariiculier lui a répondu qu'on ne venait point pour s'opposer à la représentation, mais pour s'opposer aux allusions indécentes que l'aristocratie y trouvait. Voici le couplet qui, selon eux, fomnissait aux allusions :
Air de Caipigi.
ASSecter candeur et teodreise p Da plas offrant que l'amour presse, Recevoir argent et présent, C'est ce que Ton fait à présent.
Refuser plaisir et richesse, Pour conserver gloire et sagesse, De la mort braver le tourment, Ail I c'est de l'Ancien Testament !
D Je vous demande, citoyens, quel homme de bonne
â02 MÉMOIRES
foi peut trouver dans ce couplet quelques rapports aux circonstances actuelles? Je demande que les magistrats du peuple veillent à ce que nous n'ayons rien à craindre des menaces de quelques-uns de ces particuliers qui, après le spectacle^ sont montés sur le théâtre, cherchant ceux à qui ils en voulaient, et sont soHis en promettant de faire im hôpital de oe théâtre. Juste ciel ! verrions-nous se renouveler les scènes sanglantes des 2 et 3 septembre, et les Spectacles seraient-ils sur la liste des proscriptions? J'attends de votre justice que vous voudrez bien, ou charger le département de la police de vérifier l'exemplaire signé que je dépose sur le bureau, ou nommer des commissaires à cet effet. y>
Après la lecture de cette lettre, un membre de la Commune déclara qu'il ne voyait, quant aux allusions, aucune analogie entre Antoinette (c'est ainsi qu'on nommait la reine) et la chaste Suzanne ; un autre traita de faussetés un grand nombre des faits articulés dans la lettre; d'autres demandèrent que la lettre et la pièce fussent renvoyées à leurs auteurs. Enfin, après une longue discussion, la Commune prit l'arrêté suivant :
« Le conseil général charge le comité de police de surveiller la représentation de cette pièce, afin qu'elle n'occasionne aucmi trouble, et d'empêcher qu'elle ne pervertisse l'opinion publique; passe à Tordre du jour sur l'adresse du citoyen Delpêche, attendu qu'elle ne • peut inspirer que le mépris, et cependant ordonne qu'elle restera déposée, ainsi que l'exemplaire de la Chaste Suzaimey au secrétariat, pour y avoir recours s'il y a lieu. »
D*UN BOUKGEOIô DE PARIS 2Ô3
C'était une menace de proscription, et la proscription, alors, c'était Féchafaud. Le théâtre et les auteurs se tinrent pour avertis. La Chaste Suzanne ne reparut que le dimanche 47 février, avec les changements, disait l'affiche, demandés par les défenseurs de la république, et elle fut jouée encore onze fois du 17 février au 27 mars, clôture de l'année théâtrale.
Barré, Radet et Desfontaines furent emprisonnés; ils recouvrèrent difficilement leur liberté. La Chaste Suzanne fut représentée encore à ïa réouverture, qui eut lieu le 31 mars ; mais bientôt un décret de la Convention, des 2-3 août 1793, coupa court à toute velléité d'opposition. Il portait a que tout théâtre sur lequel seraient représentées des pièces tendant à dépraver l'esprit public et à réveiller la honteuse superstition de la royauté, serait fermé, et les directeiu"s arrêtés et punis selon la rigueur des lois. »
Un autre décret, rendu onze jours plus tard, le i 4 août, « autorisait les conseils des communes à diriger les spectacles et à y faire représenter les pièces les plus propres à former Tesprit public et à développer l'énergie républicaine. »
Le 2 thermidor an n (20 juillet 1794), huit jours avant la chute de Robespierre, on joua un vaudeville de M. Després, intitulé l'Alarmiste. On y applaudit le couplet suivant :
Tel répand des bruits infidèles, Qui bien sonvent en est l'auteur :
Le ftibricateur de nouTelles Est pareil an faux monnayeur :
L*an, dans son aTarice immonde, De l'or corrompt la parelé; L'autre corrompt iFTéritè, Qui vaut tons les trésors du monde.
Qualre jours après le 18 brumaire, le 22 (43 novembre 1799), le Vaudeville célébra les événements, dans un à-propos fait et appris en vingt-quatre heures, et intitulé : la Girouette de Saint-Cloud. Le couplet d*annonee était ainsi conçu :
D*an fait qui vivra dans Thistoire, Tout à l'heure on tous parlera; Et si nous manquons de mémoire, Aucun de tous n'en manquera.
Cette pièce, avant d'être prête.
Fut annoncée aux specUteurs :
L'ouvrage est mal dans notre tête, Mais le sujet est dans yos corars.
Les deux couplets suivants eurent les honneurs du
bis :
Nous connaissons certain génie.
Actif autant qu'il est puissant; Qui sait de l'Europoli l'Asie Franchir l'espace en un moment.
Si dans ses courses immortelles.
Il nous mit à couyert partout.
Je crois qu'aujourd'hui de ses ailes 11 pourra bien couvrir Saint-Gloud.
La ftiile en Egypte, jadis, ConserTa le SauTOur des hommes ; Pourtant quelques malins esprits En doutent an siècle où nous sommes. Mais un fait bien sûr en ce jour, Du vieux miracle quoi qu'on pense.
C'est que de l'Esypie un retour Ramène un sauveur à la France.
Le 18 frimaire (9 décembre), première représenta-
tion du Vaudeville au Caire; nouveau couplet de circonstance, également applaudi :
Vot faibles chansons d'un héros
PeoTeDt-elles yanter la gloire?
Peat-il entendre tos pipeaux
An milieu des chanls de Tictoire ?
A de plus sublimes concerts «
Son oreille est accoutumée :
Son théâtre, c'est TunlTers,
Et son chantre, la Renommée !
Un grand succès obtenu sous le consulat au Vaudeville, c'est M. Guillaume, ou le Voyageur inconnu. Ce petit chef-d'œuvre, qui date de 1800, se maintint au répertoire pendant près de vingt-cinq ans. On faisait toujours répéter les deux couplets suivants : le premier, qui célèbre la gloire de Malesherbes, le défenseur de Louis XVI; l'autre, qui est une leçon de morale :
Ce magistrat irréprochable.
L'ennemi constant des abus.
Ce philosophe respectable.
L'ami des talents, des yertns.
Honorant la nature humaine Par son austère probité.
Quelque part que le sort le mène. Il marche à rimmortalité.
La chute inattendue de ce couplet (c'est ainsi que les auteurs appellent les deux derniers vers) produisit un mouvement électrique et une sensation profonde.
Voici le second couplet :
Epoux imprudent, fils rebelle, Vous anrei des enfants un jour :
A l'autorité paternelle Vous prétendrez à votre tour.
a06 MÉMOIRES
Mais, monsieur, ce pouYoir laprdme, Ce ponyoir, le plus saint de tons, De quel droit rexercerei-TOUs, Quand yous l'aurez bravé yous-môme !
Fanxihcm, la vielleuse fut rimmense succès du Vaudeville^ pendant Tannée 1803. Cette pièce fut jouée le 19 janvier.
Geofifroy disait en rendant compte de cette pièce :
« La foule est au Vaudeville : c*est la rareté ; on y voit une vielleuse riche et vestale : c'est la curiosité. Fanchon est presque aussi courue que mademoiselle Georges. »
Un des couplets qui faisaient pâmer le public d*alors^ véritable chef-d'œuvre de pathos, était ainsi conçu :
Au milieu du désordre affreux
Que le choc a fait naître,
€ette rose frappe mes yeux :
Je crois yous reconnaître,
Je yeux yous sauyer I...
Pour yous préserver
De ce péril extrême,
Je sais vous saisir.
Et j'ai le plaisir De yous rendre à yous-mdme.
Mademoiselle Belmont était alors l'actrice à la mode. Elle avait une rare beauté^ et ne manquait pas d'un certain talent. Après le succès de Fanchon, elle épousa son camarade Henri; mais cette union ne fut pas heureuse : les deux époux divorcèrent ; madame Belmont quitta le Vaudeville pour rOpéra-Gomique^ où elle devint sociétaire. Liée avec Dupaty, elle affectait des allures de basbleu. Lors du baptême de M. le duc de Bordeaux en
1821 9 les théâtres de Paris donnèrent des pièces de circonstance'; Théaulon apporta à rOpéra-Comique un àpropos intitulé ; le Baptême de Henri IV. Membre du comité de lecture^ madame Belmont^ qui se croyait obligée d'être libérale^ par suite de sa liaison avec Dupaty^ mo« tiva son avis dans le bulletin suivant :
m Je refuse la pièce^ attendu que Henri IV^ étant né protestant^ n*a jamais été baptisé. » Non-seulement on baptise les protestants^ mais madame Belmont oubliait que Henri IV a été deux fois catholique.
Ce bulletin devint Tobjet de la risée du théâtre.
Pendant Tannée 1804^ le Vaudeville joua deux fois gratis y comme les autres théâtres : le 25 messidor an xn (14 juillet)^ en Fhonneur de la prise de la Bastille en 1789, et le 10 frimaire an xm (l^r décembre), en Fhonneur du couronnement, fixé au lendemain.
En 1805, le Vaudeville fut mandé par Napoléon au camp de Boulogne.
Le 5 frimaire (26 novembre), spectacle gratis en rhonneur de l'entrée des Français à Vienne.
Le 30 frimaire (21 décembre), spectacle gratis pour
célébrer la victoire d'Austerlitz; on y chanta plusiem*s
couplets de Barré, Radet et Desfontaines. Voici un de
ces couplets :
Nos terriers couyerts de gloire En tout lieax toot triomphants :
En marchant à la yictoire Ils Yont à pa» de géants; Les AntriehieDS sont yaincns, Et les Russes sont battus.
Mes amis, des Français Chantons les brillants succès ; Bientôt nous chantorons la paix.
^06 MÉMOIÏWES
Le 22 février 1807, Barré, Rudet et Desfontaines célébrèrent la yictoii e d^Eylau, en ajoutant les couplets suivants au Béve, ou la Colonne de Rosbach :
Le Rosse paraissait eontent De sa dernière danse, Et nnltanment, Fartifement, Recnlait par prudence ; Mais Yoilà qu'en carnayal, 11 yeut revenir au bal :
Hélas I tout comme en Prusse, Le Bussft repoussé,
Rossé, A quitté son pas fusie Pour le croisé -chassé.
Ses généraux disaient d'ayance :
« Nous sommes bien sûrs du succès, » Car déjà le Russe commence » A n'a? oir plus peur des Français. »
Or Yoici quelle est la recette Qui le guérit de sa frayeur :
Defant nous, pour n'ayoir pas peur.
Tous les jours, il bat en retraite.
A la fin de Tannée théâtrale 1807^ une scission éclata entre les auteurs du Vaudeville : quelques-uns^ fatigués de la lutte impuissante qulls soutenaient contre le répertoirc de Barré^ travaillèrent pour le théâtre Montansier-VariétéSy qui^ chassé du Palais-Royal par Tinfluence de la Comédie Française^ jouait & la Cité, pendant qu'on achevait de construire la salle des Panoramas. Cette salle des Panoramas fut inaugurée le 25 juin de. cette année 1807.
En vertu du décret du 8 juin 1806, qui déclarait, article 5, que le ministre de Fintérieur pourrait assigner
à chaque théâtre un genre de spectacle, dans lequel il serait tenu de se renfermer, M. de Champagny prit un arrêté, en date du 25 avril 1807 (Journal de Paris du 4 juin).
Le genre du Vaudeville y est ainsi défini :
a Son répertoire ne doit contenir que de petites piè- » ces^ mêlées de couplets sur des airs connus, et des » parodies. »
L'article 16; applicable à tous les théâtres, porte :
a Les spectacles n'étant point au nombre des jeux publics auxquels assistent les fonctionnaires en leur qualité, mais des amusements préparés et dirigés par des particuliers, qui ont spéciilé sur les bénéfices qu'ils doivent en retirer, personne n'a le droit de jouir gratuitement d'un amusement que l'entrepreneur vend à tout le monde. Les autorités n'exigeront donc d'entrées gratuites des entrepreneurs que pom* le nombre d'individus jugés indispensables. *
Le 6 juin 1807, on ajouta le couplet suivant à la pièce la Colom l de Bosbach, pour célébrer la prise de Dantzick :
Pour nons quel brillant asMinblage !
Après l'être bien défendu.
Forcé par l'art et le courage,.
A la fin Dantzick s'est rendu .
Combien ce nouveau Irait de gloire
Doit plaire à tous les bous Français,
En songeant que celte yictoire
Est un pas de plus yers la paix.
2ja MÉMOIRES
Ce fut le 17 juin 1807 qu'on représenta les Pages du duc de Vendôme, de Dieu-la-Foi et Gersain^ imitation du Muletier de La Fontaine. Grand succès. L'Opéra a mis ce vaudeville en ballet.
Le 26 juin^ sur l'annonce de la victoire de Friedland^ Barré^ Radet et Desfontaines font chanter le couplet suivant dans la Mégàlanthropogénésie :
rai yn ce peuple Industrieux, Eclairé, sensible, intrépide, Capable de tout sous les yeux Du chef immortel qui le guide.
Son génie à tous les EUls Cayre les sentiers de la gloire : Il fait marcher du même pas Les arts, les lois et la yictoire.
Le 2 octobre 1809; fut. représenté Lantaray ou le Peintre au cabaret. — Le premier jour, malgré le succès, on nomma comme auteur de la pièce Jean-Louis- PieiTe de Saint-Yon. Plus tard l'anonyme fut levé, et on sut que l'ouvrage était d|^ Barré, Radet, Desfon- Jaines et Picard. Ce vaudeville avait été improvisé après un déjeuner au Rocher de Cancale, le restaurant à la mode du temps.
Le 11 juillet 1810, MM. Théaulon et Dartois firent représenter Partie carrée, dont le succès fut durable.
Le 20 mars 1811, jour de la naissance du roi de Rome, Barré, Radet et Desfontaines célébrèrent le soir même cet événement dans les couplets suivants, ajoutés à la représentation :
Dès l' point du Jour a? ec i? resse, Tlons ealeiidioi|> t' irot bourdon :
Ifnis è cett' doMçe iilégresse,
II manqoait le bruit do canon.
Vingt COQ ps auraient pu noua suffire; Çd noui aurait égayés tous ; Et f Ma qu' pour nous mettre en délire, Le canon a Tait les cent coups.
Ces cent coups -là dans tout l'empire, En mèm' temps ?oot te répéter; On écoute, à peine on respire, On n'était là qu' pour bien compter.
Combien ce bruit-là dans la France ^
Va faire de plaisir à tons!
Et déjà, je le prédis d'avance, L'Anglais ya craindre les cent coups.
Je déjeunions avec ma femme, Quand j'ayoni entendu c' bruit-là; J' me dis : « Qu'est-c' que c'est qu'on proclame ? ^ Pois, en comptant, j' me dis : « C'est ça 1
C'est la naissance du roi de Rome; Allons, femm', réjouissons-nous!
— T'as raison, qu'ail' m'a dit, mon homme, Faut aujourd'hui faire les cent coups! »
Le 18 avril 1811, /es Deux Edmond, deux actes, obtinrent un succès. La pî^ce resta au répertoire.
Elle était bien jouée par MM. Henri, Joly, madame Hervey et mademoiselle Rivière.
Le 2 septembre 18M, on joua sur le théâtre du Vaudeville les Dervis, arlcquinade en un acte ; les auteurs demandés gardèrent l'anonyme.
Cette pièce est le début de M. Scribe. Il avait pour collaborateur M. Delavigne (sans doute Germain).
« Les auteiu^, dit Geoffroy, sont jeunes (M. Scribe n'avait que vingt ans] : ils ne connaissent pas la scène : quelques traits de leur ouvrage annoncent qu'ils peuvent faire mieux. Ce qui leur fait beaucoup d'honneur, et qui
donne de grandes espérances/c*est qu'ils ont voulu, quoique fort applaudis, garder l'anonyme. Cette pmdence est la marque d'im bon esprit ; c'est aussi ce qui me fait espérer que, pour être applaudis, ils n'auront pas toujours besoin de la charité des ûdèles (allusion au couplet d'an* nonce qui priait le public d'applaudir par charité), n
Nous étudierons plus loin dans ces Mémoires M. Scribe et son œuyre, qui fit rire la restauration, la monarchie de Juillet j la république de 1848, et qui nous fera rire encore longtemps.
Un des théâtres le plus en vogue , sous l'empire, ce fut le théâtre Montansier, qui devint, en i 807, le théâtre des Variétés. L'empereur protégeait la Comédie-Française; Gambacérès protégeait le théâtre des Variétés.
Cambacérès y prit une loge d'avant-scène à Tannée, li honorait d'une publique protection les acteurs et même une actrice de ce théâtre, mademoiselle Cuizot.
Dorvigny, Aude, Francis, Moreau, Désaugiei's, Dumersan, Brazier, Georges Duval, Rougemont, et surtout Merle, défrayaient aloi's le répertoire du théâtre des Variétés; la haute société y venait rire des mœurs populaires prises sur le fait. Ce fut à ce théâtre que s'élevèrent et s'éteignirent les dynasties des Jocrisse et des Cadet Roussel, On se rappelle encore les Chevilles de maitre Adam, par Francis et Moreau, pièce jouée à la Montansier le 28 décembre 1805; M. Vautour, par Désaugiers, Tournay et Georges Duval ( 13 juin 1806); les Trois Etages, par Désaugiers (4 août 1808) ; M. Dumolet dans sa famille, par Désaugiers (14 mai 1810) ; la Petite Cendrillon (12 octobre 1810). C'était Brunet qui jouait
D'UN BOURGEOIS DE PARIS âl3
le rôle de Gendrillon. En partant dans son carrosse pour le bal du prince Mirliflor^ Gendrillon disait à sa marraine : « Ma marraine, s'il vous prenait envie de devenir chatte, n'oubliez pas que votre pâtée est sous la fontaine. » Quinze ans d'absence, par Merle et Brazier ( 13 avril 1811 ) ; /es Habitants des Landes, par Sewrin (21 octobre 1811); Tout pour l'enseigney ]^ax Laîorieile, Merle et Brazier (26 août 1813); le Biner de MaMon^ par Désaugiers (6 septembre 1813).
Nous finirons cette nomenclature en rappelant la pièce du Ci-devant Jeune homme, de Merle et Brazier, représentée le 28 mai 1812. Cette comédie peignait un ridicule de tous les temps; on y sentait Tesprit pénétrant et comique de mon vieil ami Merle ; ce fut surtout lui qui trouva cette veine heureuse de petits tableaux vrais, neufs et qui vous faisaient crever de rire.
Merle était fort distingué de sa personne, d'une figure numismatique ; il se plaça à la tête de la critique littéraire par ses feuilletons dans la Quotidienne, après ses nombreux succès de théâtre.
Je le rencontrais souvent dans Tintimité de M. Michaud, de FAcadiSnie française ; du plus loin que j'apercevais mon ami Merle, j'en éprouvais une douce gaieté et comme du bien-être ; il vous rendait, en mots charmants, en observations fines, en malices bienveillantes, en honnête camaraderie, tous les sentiments affectueux qu'on éprouvait le besoin de lui témoigner.
C'était le plus savant gourmet et le plus spirituel paresseux; il avait des manies chères, des manies de grand
seigneur. Il prenait sob mesures pour manger chaqueannée en primeurs les premières fèves de marais et les premières fraises.
Merle fit la fortune de bien des théâtres qui n*ont pas fait la sienne; il fut quelque temps directeur de la Porte-Saint-Martin, puis du théâtre de Strasbourg, et se garda bien de s'y cnrfchir.
Merle est une des physionomies les plus aimables, les plus souriantes de cette galerie d'originaux qu'on coudoyait à chaque pas, dans cette vie de coulisses, de cabarets et de journaux.
Que nous avons souvent, mon ami Merle et moi, les coudes sur la table, portant tous deux de temps en temps sur le bord de nos lèvres un verre mousseline coloré par un grand vin, passé de bonnes heures à nous égayer du genre humain, à rire des sottes, tristesses de l'opulence, des gais expédients du pauvre diable sans le sou, des hauts et des bas des gens d'esprit, et des crocs-en-jambe de l'amour !
Merle avait le laisser-aller, je ne dirai pas d'un enfant ( l'enfant est l'animal le plus résistant, le plus volontaire, le plus capricieux et le plus criard de la natm*e entière, j'entends encore les cris des enfants trouvés), Merle avait le laisser-aller d'un cœur sans une seule mauvaise passion et sans le moindre intérêt personnel; il a fait des vaudevilles pom- déjeuner et pour dîner, et parce qu'on lui a dit : <i Faites des vaudevilles, n Si on lui eût dit, en l'encourageant : « Faites des comédies, » il eût écrit, du style de Lesage, de grandes comédies qui eussent honoré son nom et la littérature de son temps et de son pays.
Lesage^ lui aussi, écrivit beaucoup de vatidevilles . pour le théâtre de la Foire; mais ce ne fut qvCk la fin de sa Tie, attablé au caliaret et chez les distillateurs du temps, qu'il se gaspilla en vaudevilles; il avait commencé par Tiircaret.
Par justice autant que par un mouvement de cœm*, j'ai tenu à mettre mon ami Merle à sa place, et à le détacher avec relief de tous ceux qui Fentouraient.
M. Alfred Nettement, dans une Histoire de la littérature française sous la restauration, résume ainsi la littérature des écrivains sous Fempire : « Le courage des écrivains, dans ce temps, consistait plus dans ce <{u*ils ne disaient pas que dans ce qu'ils disaient. »
M. de Chateaubriand prouve autrement que pat le silence sa fidélité à ses convictions. Chargé d'affaires dans le Valais, il donne sa démission le lendemain de Texécution du duc d'Enghien. Il s'embarque volontairement le 14 juillet 1806, et rentre en France le 5 mars 1807. Ses voyages en Orient lui inspirèrent V Itinéraire à Jérusalem et les Martyrs, qui fm-ent publiés en 1800. En 1811, M. de Chateaubriand n'en fut pas moins nommé membre de l'Académie française en remplacement de Mai'ie-Joseph Chénier. Le discours de réception de M. de Chateaubriand fut alor^tout un événement; dans ce discours, il foudroyait de son éloquence le régicide; ce discours fut repoussé par la commission de l'Académie ; l'empereur tint à le lire, et y fit plus d'une rature. Chateaubriand ne consentit à aucun changement, et il ne reprit môme la plume que pour écrire,
2t6 MÉMOIRES
en 1814^ cet audacieux et cruel pamphlet intitulé : Bonaiparie et les Bourbons.
Lemercier^ Victorin Fabre et Duels montrèrent de la noblesse et de Tindëpendance jusqu*à des refus de places et d'honneurs.
L*abbé Delille eut le courage de rester fidèle dans ses vers à la maison des Bourbons.
Madame de Staël subit avec dignité^ mais non sans douleur^ dix années d*exil. Son livre de V Allemagne n'avait peut-être d'autre tort que de venir d'un écrivain suspect.
Louis XIV, qui annait aussi les lettres, n'hésita pas à bannir l'auteur à^ Androfmqujs et à'Bsther de son intimité et de son palais, pour avoir commis le crime de rappeler devant lui et devant madame de Maintenon les mauvais écrits de Scarron.
Napoléon n'obéit jamais à de si futiles rancunes, et les nécessités de sa politique de dictateur et de conquérant purent seules le pousser à des persécutions et à des rigueurs.