‹ Mémoires d'un bourgeois de Paris (volume 5)Chapitre 13 sur 34 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

RiPONSE A MM. TIIER8 ET CIANBARNIER.

Conrérence pour un projet de coup d'État so^is la Constituante, dans

l'année 1849.

Dans le chapitre précédent de ces Mémoires on lit :

« Au mois de janvier^ vers la fin d'avril et au 13 juin de l'année 18i9^ la Constituante fut surtout menacée par les chefs du parti modéré qui dirigeaient les réunions de la rue de Poitiers. Pendant les jours difficiles de cette époque, une conférence eut même lieu chez M. Thiers, pour arrêter les moyens d'exécution d'un coup d'État. M. Thiers, le général Changarnier, M. le comte de Morny, assistaient seuls à cette conférence.

» Le général Changarnier représentait la garde nationale et l'armée; M. le comte de Morny possédait la confiance du président de la republique; M. Thiers se don-

nait alors comme le représentant et le chef du parti mo^ déré. On discuta d'abord les noms des personnages politiques qu'il fallait avant tout faire an^êter et conduire en prison. Le nom du colonel Chanas fut le premier prononcé; on décida son arrestation à l'unanimité. Le général Changarnier proposa Farrestation du général Cavaignac. M. Thiers fit obsei*ver que le général Cavaignac venait de rendre^ dans les journées de Juin, un grand service au pays, qu'il avait su conquérir la confiance de ]a garde nationale, et que son attitude'ne devait inspirer aucune défiance : « 11 y a un général qu'il faut arrêter en » même temps que le colonel Charras, ajouta M. Thiers, » c'est le général Lamoricière : celui-là est un cerveau » brûle en politique. »

» Le général Changarnier combattit toutes les asserlions de M. Thiers : « Vous êtes bien bon, dit-il, de vous » préoccuper du général Lamoricière; je ne lui recon- )> nais pas la moindre importance. Le général Cavaignac » est un autre homme; c'est parce qu'il a une certaine » attiliide, qui lui donne de l'autorité auprès de la garde » nationale et de l'armée, qu'il faut s'assurer de sa per- » sonne. »

» M. le comte de Morny prit alors la parole : « Dans les » Jours de trouble, arrêter un homme de parti, c'est lui w rendre service ; c'est le préserver de lui-même, c'est » mettre à couvert sa responsabilité vis-à-vis de son » parti, c'est proléger sa personne. Mon avis est d'arrêter » le colonel Charras, les généraux Cavaignac et Lamo- » ricière. » On sait qu'au coup d'État du 2 décembre, M. le comte de Morny, fidèle à son système préventif, au lieu d'en arrêter trois, les fit arrêter tous les cinq,

no MÉMOIRES

M. Thien et le général Changarnier compris. Le projet à peine étudie de ce coup d'État n'eut aucune suite; la dissolution de l'Assemblée constituante chsmgea la situalion. »

Ce récit, reproduit dans les colonnes du journal /a Presse, donna lieu aux dénégations et aux affirmations contenues dans la correspondance suivante :

Le 18 mars 1855, on lisait dans le journal la Presse : a Nous recevons la lettre suivante :

c Paris, 17 mars 1855.

» Monsieur,

» La Presse contenait hier la note suivante, sans si- » gnature :

)) Nous avons reproduit dernièrement un passage des » Mémoires d'un Bourgeois de PariSyOlx il est dit qu'une » conférence aurait eu lieu, en 1849, chez M. Thiers, » avec M. le général Changarnier et M. le comte de Morny, » laquelle avait pour but de dissoudre par la force l'As- D semblée constituante, et de faire arrêter plusieurs de » ses membres, notamment le général Lamoricièrc.

» Les amis de M. Thiers, et M. Thiers lui-même, » nient absolument cette assertion, et afûrment que » non-seulement les détails donnés dans les Mémoires » d*un Bourgeois de Paris sont controuvés, mais que » la conférence dont il s'agit n'a jamais eu lieu. »

» Nous croyons de notre impartialité de rapporter celte » dénégation, n

Je fis à cet article de la Presse la réponse suivante : <i Monsieur le rédacteur, je ne me suis permis de ra-

D'UN BOURGEOIS DE PARIS tîi

» conter des faits aticiens ou récents^ dims les Mémoires » d'un Bourgeois de Paris, qu'après avoir consulté les » documents les plus authentiques^ qu^après avoir in- » terrogé les personnes les mieux renseignées, qu'après » être remonté aux meilleures sources; j'ai donc le droit » de repousser la dénégation anonyme que votre impar- » tialité vous a décidé à publier^ et je maintiens tous les Y) détails relatifs à la conférence dont il s'agit comme » parfaitement exacts.

» Veuillez, je vous prie, insérer cette i*éponse dans » votre plus prochain numéro.

» Agréez, etc.

» L. Véron,

y> Député de la Seine. »

Le 19 mars 1855^ on lisait dans le journal la Presse :

» Paris. — Nous recevons la réponse suivante à la lettre de M. Véron, et nous insérons Tune comme nous avons inséré l'autre :

< Paris, IS mars 1855.

)» Monsieur,

» Vous avez bien voulu, sur ma demande, opposer » une dénégation à une assertion des Mémoires d'un 7> Bourgeois de Paris, qui avait été citée dans votre p journal. Cette assertion étant reproduite, je me borne, » pour n'y plus revenir, à confirmer moi-même la déné^ » gation que je vous avais prié d'insérer, et j*espère que » vous aurez l'obligeance de publier cette lettre dans votre 9 ^Insprodiaki numéro.

p{|YeuiUez^ monsieur^ recevoir à l'avance mes renier- » Ciments.

» A. Thiers. »

Le 20 mars 1855, on lisait dans le journal la Bresse : a Nous recevons les lettres suivantes :

ii A M, le rédacteur de la Presse.

» Paris, le 19 mais 1&55.

» Monsieur,

» Pour répondre à la lettre signée par M. Thiers, que » vous avez insérée hier soir, j'ai fait appel aux souve- » nirs de M. le comte de Morny : voici ma lettre et sa » réponse que je vous prie de publier.

» Je n'ajouterai qu'une seule observation : c'est qu'à y> l'époque où mes notes sur la conférence dont il s'agit » furent écrites, la situation des trois personnes entre les- )) quelles eut lieu cette conférence rendait ces faits tout » simples, tout naturels, et leur donnait un caractère » complet de vérité.

)> Agréez, etc.

» L. Véron. »

tkAM.le œmte de Morny.

> Paris, le 18 mars 1855.

» Monsieui* le président,

» J'ai rapporté dans les Mémoires d'un Bourgeois de )» Pari», sur des notes écrites par moi, une conférence

» qui aurait eu lieu chez M. Thiers^ entre vous^ M.Thiers » et M. le général Changamier. Je prends sous ma res- » ponsabilité la publicité que j'ai cru devoir donner à ce » fait d'une si. grande importance historique; mais^ me » permettrez-vous de vous rappeler que je vous ai en- )) tendu raconter tous les détails d^ cette conférence )> quelque temps après la dissolution de la Constituante^ » et de faire à ce sujet appel à vos souvenirs.

)) Agréez^ monsieur le président^ mes sentiments dé-

» voués et respectueux.

» L. Véron,

» Député de la Seine. »

(( A M. L. Féron.

» Paris, le SO mars.

» Monsieiu* et cher collègue^ » Les faits en question rapportés par vous dans les » Mémoires d'un Bourgeois de Paris sont de la plus » scrupuleuse exactitude.

y> Votre dévoué,

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