‹ Mémoires d'un bourgeois de Paris (volume 5)Chapitre 28 sur 34 · MANIFESTE A L'EUROPE · texte numérisé non relu

MANIFESTE A L'EUROPE

(( Vous connaissez les événements de Paris, la victoire du peuple, son héroïsme, sa modération, son apaisement, l'ordre rétabli par le concours de tous les citoyens, comme si, dans cet interrègne des pouvoirs visibles, Ja ïaison générale était à elle seule le gouvernement de la France.

» La révolution française vicnl d'entrer ainsi dans sa période définitive. La France est république. La république française n'a pas besoin d'être reconnue pour exister : elle est de droit naturel^ elle est de droit national^ elle est la volonté d'un grand peuple qui ne demande son titre qu'à lui-même. Cependant^ la république française désirant entrer dans la famille des gouvernements institues comme une puissance régulière, et non comme un phénomène perturbateur de l'ordre européen, il est convenable que vous fassiez promptement connaître au gouvernement près duquel vous êtes accrédité les principes et les tendances qui dirigeront désormais la politique extérieure du gouvernement français.

» La proclamation de la république française n'est un acte d'agression contre aucune form» de gouvernement dans le monde. Les formes de gouvernement ont des diversités aussi légitimes que les diversités de caractère, de situation géographique et de développement intellectuel, moral et matériel, chez les peuples. Les nations ont, comme les individus, des âges différents. Les principes qui les régissent ont des phases successives. Les gouvernements monarchiques, aristocratiqi es, constitutionnels, républicains, sont l'expression de ces différents degi^és de maturité du génie des peuples. Ils demandent plus de liberté à mesure qu'ils se sentent capables d'en supporter davantage; ils demandent plus d'égalité et de démocratie à mesure qu'ils sont inspirés pai* plus de justice et d'amour pour le peuple. Question de temps. Un peuple se perd en devançant Theurj de cette maturité, comme il se déshonore en la laissant échapper sans la saisir. La monarchie et la république ne sont pas, aux yeux des

véritables hommes d*Ëtat^ des principes absolas qui se combattent à mort; ce sont des faits qui se contrastent et qui peuvent vivre face à face^ en se comprenant et en se respectant.

» La guerre n*est donc pas le principe de la république française^ comme elle en devint la fatale et glorieuse nécessité en 1792. Entre 1792 et 1848, il y a un demisiècle. Revenir, après un demi-slède, au principe de 1792 ou au principe de conquête de l'empire, ce ne serait pas avancer, ce serait rétrograder dans le temps. La révolution d'hier est un pas en avant, non en arrière. Le monde et nous, nous voulons marcher à la fraternité et à la paix.

)) Si la situation de la république française, en 1792, expliquait la guerre, les différences qui existent entre cette époque de notre histoire et Tépoque où nous sommes expliquent la paix. Ces différences, appliquezvous à les comprendre et à les faire comprendre autour de vous.

)> En 1792, la nation n'était pas une. Deux peuples existaient sur un même sol. Une lutte terrible se prolongeait encore entre les classes dépossédées de leurs privilèges et les classes qui venaient de conquérir l'égalité et la liberté. Les classes dépossédées s'unissaient avec la royauté captive et avec l'étranger jaloux pour nier sa révolution à la France, et pour lui réimposer la monarchie, l'aristocratie et la théocratie, par l'invasion. Il n'y a plus de classes distinctes et inégales aujourd'hui. La libei-té a tout affranchi. L'égalité devant la loi a tout nivelé. La fraternité, dont nous proclamons l'application et dont l'Assemblée nationale doit organiser les bienfaits.

va tout unir. 11 n'y a pas un seul citoyen en France, à quelque opinion qu'il appartienne, qui ne se rallie au principe de la patrie avant tout, et qui ne la rende, par cette union même, inexpugnable aux tentatives et aux inquiétudes d'invasion.

« En 1792, ce n'était pas le peuple tout entier qui était entré en possession de son gouvernement; c'était la classe moyenne seulement qui voulait exercer la liberté et en jouir. Le triompbe de la classe moyenne alors était égoïste, comme le triomphe de toute oligarchie. Elle voulait retenir pour elle seule les droits conquis par tous. 11 lui fallait pour cela opérer une diversion forte à l'avénement du peuple, en le précipitant sur les champs de bataille, pour Tempêcher d'entrer dans son propre gouvernement. Cette diversion c'était la guerre. La guerre fut la pensée des monarchiens et des girondins; ce ne tut pas la pensée des démocrates plus avancés, qui voulaient, comme nous, le règne sincère, complet et régulier du peuple lui-même, en comprenant dans ce nom toutes les classes, sans exclusion et sans préférence, dont se compose la nation.

» En 1792, le peuple n'était que l'instrument de la révolution, il n'en était pas l'objet. Aujourd'hui la révolulion s'est faite par lui et pour lui. 11 est la révolution elle-même. En y entrant, il y apporte ses besoins nouveaux de travail, d'industrie, d'instruction, d'agriculture, de commerce, de moralité, de bien-être, de propriété* de vie à bon marché, de navigation, de civilisation enfin, qui sont tous des besoins de paix! Le peuple et la paix, c'est un même mot.

» En 1792, les idées de la France et de l'Europe n'é-

talent pas préparées à comprendre et à accepter la grande hai*monie des nations entre elles^ au bénéfice du genre humain. La pensée du siècle qui finissait n'était que dans la tête de quelques philosophes. La philosophie est populaire aujourd'hui. Cinquante années de liberté de penser, de parler et d'écrire, ont produit leur résultat. Les livres, les journaux, les tribunes, ont opéré l'apostolat de l'intelligence européenne. La raison, rayonnant de partout, par-dessus les frontières des peuples, a créé entre les esprits cette grande nationalité intellectuelle qui sera rachèvemcnt de la révolution française et la conslitulion de la fraternité internationale sur le globe.

» Enfin, en 1792, la liberté était une nouveauté, l'égalité était un scandale, la république était un problème. Le titre des peuples, à peine découvert par Fénelon, Montesquieu, Rousseau, était tellement oublié, enfoui, profané par les vieilles traditions féodales, dynastiques, sacerdotales, que l'intervention la plus légitime du peuple dans ses affaires paraissait une monstruosité aux hommes d'État de l'ancienne école. La démocratie faisait trembler à la fois les trônes et les fondements des sociétés. Aujourd'hui les trônes et les peuples se sont habitués au mot, aux formes, aux agitations régulières de la liberté exercée dans des proportions diverses presque dans tous les Étabs, même monarchiques. Us s'habitueront à la république, qui est sa forme complète chez les nations les plus mûres. Ils reconnaîtront qu'il y a une liberté conservatrice ; ils reconnaîtront qu'il peut y avoir dans la république, nonseulement un ordre meilleur, mais qu'il peut y avoir plus d'ordre véritable dans ce gouvernement de tons pour

tous que dans le gouvernemcnl de quelques-uns pour quelques-uns.

» Mais en dehors de ces considérations désintéressées, Fintérêl seul de la consolidation et de la durée de la république inspirerait aux hommes d'Élat de la France des pensées de paix. Ce n'est pas la patrie qui court les plus grands dangers dans la guerre, c'est la liberté. La guerre est presque toujours une dictature. Les soldats oublient les institutions pour les hommes. Les trônes tentent les ambitieux. La gloire éblouit le patriotisme. Le prestige d'un nom victorieux voile l'attentat contre la souveraineté nationale. La république veut de la gloire sans doute; mais elle la veut pour elle-même, et non pour des César ou des Napoléon !

» Ne vous y trompez pas, néanmoins, ces idées, que le gouvernement provisoire vous charge de présenter aux puissances comme gage de sécurité européenne, n'ont pas pour objet de faire pardonner h la république l'audace qu'elle a eu de naître, encore moins de demander humblement la place d'un grand droit et d'un grand peuple en Europe ; elles ont un plus noble objet : faiie réfléchir les souverains et les peuples, ne pas leur permettre de se tromper involontairement sur le caractère de notre révolution ; donner son vrai jour et sa physionomie juste à Tévénement, donner des gages à l'humanité enfin, avant d'en donner à nos droits et à notre honneur, s'ils étaient méconnus ou menacés.

» La république française n'intentera donc la guerre à personne. Elle n'a pas besoin de dire qu'elle l'acceptera, si on pose des conditions de guerre au peuple français. La pensée des hommes qui gouvernent en ce mo-

ment la France est celle-ci ; Heureuse la France si on lui déclare la guerre, et si on la contraint ainsi à s'agrandir en force et en gloire, malgré sa modération ! Respousabilité terrible à la France si la république déclare ellemême la guerre sans y être provoquée I Dans le premier cas, son génie martial, son impatience d'action^ sa force accumulée pendant tant d^années de paix, la rendraient invincible chez elle, redoutable peut-être au delà de ses frontières. Dans le second cas, elle tournerait contre elle les souvenirs de ses conquêtes, qui désaffectionnent les nationalités, et elle compromettrait sa première et sa plus universelle alliance : l'esprit des peuples et le génie de la civilisation.

» D'après ces principes, monsieur, qui sont les principes de la France de sang-froid, principes qu'elle peut présenter sans crainte comme sans déû à ses amis et |à ses ennemis, vous voudrez bien vous pénétrer des déclarations suivantes :

» Les traités de 1815 n'existent plus en droit aux yeux de la république française ; toutefois, les circonscriptions territoriales de ces traités sont un fait qu'elle admet comme base et comme point de départ dans ses rapports avec les autres nations.

ï> Mais, si les traités de 1815 n*existent plus que comme faits à modifier d'un accord commun> et si la république déclare hautement qu'elle a pour droit et pour mission d'arriver régulièrement et pacifiquement à ces modifications, le bon sens, la modération, la conscience, la prudence de la république existent, et sont pour TEurope une meilleure et plus honorable garantie que les lettres de ces traités si souvent violés ou modifiés par ellei

y> Attadiez-vous^ monsieur^ à faire comprendre et admettre de bonne foi cette émancipation de la république des traités de 1815, et montrer que cette franchise n'a rien d'inconciliable avec le repos de l'Europe.

p Ainsi, nous le disons hautement : si Theure de la reconstiiiction de quelques nationalités opprimées en Europe ou ailleurs nous paraissait avoir sonné dans les décrets de la Providence ; si la Suisse, notre fidèle alliée depuis François 1^% était contrainte ou menacée dans le mouvement de croissance qu'elle opère chez elle pour prêter une force de plus au faisceau des gouvernements démocratiques ; si les Etats indépendants de Tltalie étaient envahis; si Ton imposait des limites ou des obstacles à leurs transformations intérieures; si on leur contestait à main armée le droit de s'allier entre eux pour consolider une patrie italienne, la république française se croirait en droit d'armer elle-même pom^ protéger ces mouvements légitimes de croissance et de nationalité des peuples. » La république, vous le voyez, a traversé du premier pas rère des proscriptions et des dictatures. Elle est dé* cidée à ne jamais voiler la vérité en dedans. Elle est décidée également à ne jamais voiler son principe démo* cratique au dehors. Elle ne laissera meth'e la main de personne entre le rayonnement pacifique de sa liberté et le regard des peuples. Elle se proclame l'alliée intellectuelle et cordiale de tous les droits, de tous les progrès, de tous les développements légitimes d'institutions des nations qui veulent vivre du même principe que le sien. Elle ne fera point de propagande sourde ou incendiaire chez ses voisins. Elle sait qu'il n'y a de libertés durables que celles qui naissent d'elles-mêmes sur leur propre soL Mais elle

exercera^ par la laeur de ses idées, par le spectacle d'ordre et de paix qu'elle espère donner au monde^ le seul et honnête prosélytisme^ le prosélytisme de l'estime et de la sympathie. Ce n'est point là la guerre^ c'est la nature. Ce n'est point là Tagilalion de l'Europe, c'est la vie. Ce n'est point là incendier le monde, c'est hriller de sa place sur l'horizon des peuples pour les devancer et les guider à la fois.

)) Nous désirons, pour Thumanité, que la paix soit conservée. Nous l'espérons même. Une seule question de guerre avait été posée, il y a un an, entre la France et l'Angleterre. Cette question de guerre, ce n'était pas la France républicaine qui l'avait posée; c'était la dynastie. La dynastie emporte avec elle ce danger de guerre qu'elle avait suscité pour l'Europe par l'ambition toute personnelle de ses alliances de famille en Espagne. Ainsi cette politique domestique de la dynastie déchue, qui pesait depuis dix-sept ans sur notre dignité nationale, pesait en même temps, par ses prétentions à une couronne de plus à Madrid, sur nos alliances libérales et sur la paix. La république n'a point d'ambition ; la république n'a point de népotisme. Elle n'hérite pas des prétentions d'une famille. Que l'Espagne se régisse elle-même ; que l'Espagne soit indépendante et libre. La France, pour la solidité de cette alliance naturelle, compte plus sur la conformité de principes que sur les successions de la maison de Bourbon !

» Tel est, monsieur, l'esprit des conseils de la république ; tel sera invariablement le caractère de la politique franche, forte et modérée que vous aurez à représenter.

» La république a prononcé en naissant, et au milieu

D'UN BOURGEOIS DE PARIS $a7

de la chaleur d'une lutte non provoquée pai* le peuple^ trois mots qui ont révélé son âme et qui appelleront sur son berceau .les bénédictions de Dieu et des honunes : Liberté^ égaliié, fraternité. Elle a donné le lendeniainj par Tabolition de la peine de mort en matière politique^ le véritable conunentaire de ces trois mots au dedans ; donnez-leur a^ssi leur véritable commentaire au dehors. Le sens de ces trois mots appliqués à nos relations exté« rieures est celui-ci : affranchissement de la France des chaînes qui pesaient sur son principe et sur sa dignité; récupération du rang qu'elle doit occuper au niveau des grandes puissances européennes; enfin, déclaration d'alliance et d'amitié à tous les peuples. Si la France a sa conscience de sa part de mission libérale et civilisatrice dans le siècle^ il n'y a pas un de ces mots qui signifie ffuerre. Si l'Europe est prudente et juste^ il n'y a pas un de ces mots qui ne signifie paix.

D Lamartimb. h

POLBMIQUB DU D*^ t« VlillON OONTHB LA LOI Ml 31 MÀt.

J'ai des hésitations et des scrupules.

Mes amis et collaborateurs^ MM. Boilay, Granier de Cassagnac^ et moi^ nous avons reproduit^ à propos de la double réélection de 1852^ les anxiétés et les vœux des chambres de GoaaneTce, des chefs d'usines, des chefs de fabriques^ de Tagriculture et de la finance* Nous vott^

lions seulement éclairer les votes de rAssemblée nationale sur cette question si fiëvreuse de la révision de la constitution. Nos renseignements ont passé aux yeux de plusieurs pour des bulletins terroristes. On nous accuse d'effrayer le pays^ de causer les maux que nous dénonçons. M. de Rothschild lui-même, initié par situation à tous les secrets de la hausse et de la baisse, nous reprocheraity à ce qu'on nous assure^ de faire baisser la rente. Oh! restons muets^ si nos paroles peuvent créer des malheurs publics.

C'est en prêtant Toreille à ces plaintes, que je me suis dit: Attendons 1852.

C'est folie et fièvre, dit Montaigne, de prendre voire robe fourrée dès la Saint- Jean, parce que vous en aurex besoin à Noël. Montaigne, comme nous le racontait, il y a peu de jours, M. Sainte-Beuve, Montaigne conseille à l'honnête homme né pour la vie privée, et cependant engagé dans des temps de trouble et de révolution, de profiter jusqu'au bout, dans un esprit sain, des bons moments et des intervalles lucides. Si Montaigne vivait, il nous conseillerait d'attendre 1852.

Aussi bien notre société est ricbe> pleine de vie et d'activité. Les tableaux, et ceux surtout de l'école française du siècle dernier (ce qui, par esprit de justice, me réjouit fort pour les Jouvenet, les Watteau, les Greuzc, les Boucher), se vendent un prix fou. Les chevaux de luxe et les chevaux de course sont très-recherchés ; ils s'achètent plus cher que jamais. Paris est toujours Paris. Turcs, Dahnates, Yalaques, Allemands, Russes, Espagnds, Portugais, Brésiliens, tous les princes, tous les ûls de famille, écrivent de tous les points du globe :

«Combien nous nous félicitons de l'exposition industrielle de rAngleterre ! ce sera pour nous un prétexte d'aller passer deux jours à Londres et deux mois à Paris. »

Paris et nos départements regorgent de projets d'entreprises, de spéculations et d^argent.

Me pennettra-t-on ici quelques rêves bien inconstitutionnels? me permettra-t-on de rêver que la France a voulu le retour d'un roi, qu'Henri V est sur le trône, que la fusion est faite, ou, ce qui est plus possible et plus vraisemblable, que les pouvoirs de Louis-Napoléon Bonaparte sont prorogés? Oh ! alors, comme l'Europe et la France respireraient! Quelle pacifique et féconde émeute d'idées et de capitaux pour de nouvelles voies de communication, pour d'inattendus progrès de l'agriculture, pour de nobles et heureuses rivalités de la France avec tous les pays civilisés !

Mais réveillons-nous, ne prolongeons pas ces riantes et patriotiques illusions.

Fort dos conseils de Montaigne, confiant dans les ressources du pays, je n'ai pas craint de dire à plus d'un commerçant, à plus d'un propriétaire, à plus d'un industriel, à plus d'un financier: « Attendons 1852. »

Voici le résumé de leurs réponses, et quels seraient alors leurs projets.

Plus d'un chef d'usine, plus d'un fabricant, se sont déjà consultés sur cette question : « Faut-il continuer à acheter des matières premières et à les faire fabriquer avec la certitude de las garder en magasin, ou ne vautil pas mieux ne plus faire d'achats et donner un subside à nos ouvriers oisifs?» Pour plusieurs, la question est déjà résolue dans ce dernier sens. Cette perspective de

mauvais joui'S a même poussé à rëmigralion vei-s TAngleterre un certain nombre de nos ouvriers^ des plus habiles et des meilleurs.

En fait de propriétés^ tout le monde serait très-disqposé à vendre, et personne ne serait tenté d'acheter.

On cacherait dans le 5 ou dans le 3 0/0, ou dans les bons du trésor, à courte échéance, ses capitaux inactifs. Bien entendu qu'on se promet de redemander son aident en temps opportun aux caisses de TÊtat; car, dans cette disposition des esprits, une panique serait grave et ne s'arrêterait pas.

11 en est qui acceptent, même avec gaieté,. ce sursis, cet armistice de tous les partis pendant une année, a Le socialisme, dont la victoire et l'avènement nous paraissent certains, disent-ils, nous laissera du moins vivra tranquilles et heureux au sein de notre famille, au milieu de nos amis, dans «notre robe de chambre et dans nos pantoufles, pendant dix ou <mze mois. Le jour de la lutte est fixé invariablement par la constitution, que l'on veut avant tout respecter. Rien de mieux : toutes nos mesures seront prises, et, sans nous essouffler, nous quitterons la France à l'heure et au jour de notre choix. Les socia-> listes eux-mêmes ne se plaindront point de notre fuite; nous ne voterions pas pour eux. Ce seront donc des ennemis de moins qu'ils auront à vaincre. »

Nous ne jugeons pas ces partis pris; nous racontons.

On comprend que les solutions intéressent peu ces émigrants en plein midi, emportant, comme Ënéè, non sur leurs épaules, mais dans un wagon, leur père, leur famille et leurs dieux, loin des flammes de la Troie nouvelle*

Mais ces hommes sans patrie ne sonV point la foule. Nos nombreuses populations de propriétaires, d'industriels et surtout de paysans sont attachées au sol^ comme ces chênes séculaires dont les racines vigoureuses plongent profondément dans le sein de la terre qui les nourrit. Les destinées de ceux-là sont liées aux destinées de la France, et le dénoûment de 1852 leur importe.

Beaucoup de gens, amis do Tordre, résignés^ en face des résistances invincibles des partis, à attendre 1852> se préoccupent beaucoup alors de la loi du 31 mai. Et voici, pour mon compte, ce que j'ai à en dire :

Cette loi restrictive du sufTrage universel fut, comme on le sait, inspirée à l'Assemblée nationale comme me^ sure de salut au lendemain des dernières élections socia* listes de Paris. Paris était ému, Paris tremblait, et, pour rassiurer Paris, on fit une loi applicable à toute la France. Les habitants de la ville de Washington et du district fédéral; siège du gouvernement, sont privés de droits politiques, afln qu'aucune pression ne soit exercée sur le pouvoir exécutif. Par une sage imitation, la loi du 31 mai eût peut-être été bonne à faire et à voter pour Paris et pour Lyon : Paris et Lyon^ ces deux grandes villes, dont la vie et les mœurs passionnées diffèrent tellement de la vie et des mœurs du reste de la France, qu'elles réclameraient des lois distinctes et spéciales; Paris et Lyon, ce repaire de tous les vices, ces deux grandes places publiques où se fait si souvent la presse des soldats de l'émeute.

Mais la loi du 31 mai existe pour toute la France; elle est universelle et absolue.

La loi du 31 mai a été peu étudiée, et cette loi, suivant

]a conviction d'un grand nombre^ c'est Tinconnu. Pour tous les journaux qui Tcmt défendue, pour beaucoup de représentants qui l'ont votée, elle eut surtout cette séduction de réunir sous le même drapeau tous les amis de l'ordre, et, après bien des jours de danger, de rassurer un moment la France par cette entente cordiale et sympathique. Mais, depuis la promulgation de cette loi, qu'est devenue cette majorité qui Ta votée? Que de scrutins d'opposition, de coalition et de défiance!

Si la loi électorale du 3i mai peut être favorable dans plusieurs dcpaiteracnts à l'élection de nos représentants, elle porte un préjudice certain aux chances de réélection de Louis-Napoléon Bonaparte. Supprimant, dit-on, trois millions de suffrages, elle affaiblirait nécessairement la majorité obtenue au 10 décembre 1848 par le président de la république. Mais de plus, multipliant pour les électeurs les formalités et les démarches, elle découragera, elle rebutera surtout ces amis de l'ordre si nombreux qui renoncent à voter plutôt que de prendre la moindre peine.

Notre société, à la veille des dangers que les socialistes eux-mêmes lui prédisent, obéit avant tout à cet instinct de conservation qui ne fait pas plus défaut aux populations qu'à l'individu. Selon moi, bien des gens sensés raisonneront ainsi : a Nous avons soutenu la loi du 31 mai, favorable à la réélection d'un grand nombre de représentants; mais nous espérions alors que la même majorité acquise à cette loi soutiendrait de ses votes la révision de la constitution avant 1852, et ferait ainsi décider par le peuple la rcéiigibilité et la réélection du président de la république. Certes, s'il en était ainsi, tous nos maux seraient conjurés, et le gouvernement, appuyé

par une grande majorité de TAssemblée nationale, par les vœux ardents de toutes nos populations laborieuses, aurait vite raison des équipées possibles du socialisme devenu factieux.

» Mais si, par la division et l'entêtement des partis, l'Assemblée nationale livre nos destinées aux hasards si menaçants qui peuvent surgir de la double réélection de l'Assemblée nationale et du président de la république^ pourquoi nous agenouiller religieusement devant cette loi du 31 mai, qui ne nous a donné qu'un instant de trompeuses espérances ? S'il faut, par les décisions de l'Assemblée nationale, que nous restions les bras croisés jusqu'à l'époque fatale où les destinées de la France courront les plus grands dangers, que le pouvoir exécutif, que son gouvernement fasse disparaîti*e du moins tout ce qui peut être occasion et prétexte de conflits et de guerre civile. »

A la date de 1852, tout le monde en convient, le parti socialiste nous a prévenus, cette loi du 31 mai sera le drapeau de la révolte; la grande émeute révolutionnaire aura son mot d'ordre, et, nous le savons^ dans toutes les sanglantes journées de notre histoire, il a suffi» pour que la guerre éclatât, d'un mot d'ordre et d'un drapeau.

D'ailleurs, en face de ce respect ardent et invincible de l'Assemblée nationale pour la lettre de la constitution, le président de la république ne peut-il pas, dans son honnêteté, être saisi, lui aussi, de nouveaux scrupules, et s'effrayer pour le peuple, dans son patriotisme, de sanglantes collisions ? Ne peut-il pas alors venir demander, par ses ministres, à l'Assemblée nationale, le rappel de cette loi du 31 mai ?

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Nous croyons que cette loi^qui a troiiyë une forte majorité pour la Toter^ la retrouyerait pour la maintenir. Oli I mais alors qu'on y prenne garde^ TAssemblée nationale se ferait une situation nouyelie et difficile dans le pays.

D'un côté elle ne veut pas qu'on révise la constitution ; de l'autre^ poussant jusqu'au stoïcisme le plus aveugle cette adoration du teite de la constitution^ elle se refuserait à révoquer cette loi du 3i mai^ qui^ au jour des votes^ devrait allumer sur tous les points de la France comme un immense incendie! Cet incendie ne serait pas à craindre certainement^ s'il existait entre l'Assemblée nationale et le président de la république^ entre les deux pouvoirs, un puissant concert de pensées et d'action. Mais si, après avoir fait ses affaires, TAssemblée nationale nous laisse là, exposés à tous les conflits, à toutes les plus affreuses catastrophes, demandons-lui du moins le rappel d*une loi qui n'est utile que pour elle. L'Assemblée nationale, à la veille d'une réélection, pourraitelle alors nous porter secours? Non. Le pouvoir exécutif et le gouvernement, à la veille de changer de mains, seraient-ils assez armés pour nous défendre contre l'assassinat et le pillage? Non. L'Assemblée nationale tient donc entre ses mains la fortime et la vie de la société : elle ne peut vouloir qu'elle soit ruinée et qu'elle meure.

Ainsi, Je me résume. Que l'Assemblée nationale révise la constitution pour le salut et la prospérité de la France ; ou, si la révision n'est pas votée, qu'elle révoque, pour ne pas accroître nos dangers, la loi du 31 mai. Nous attendrons alors, en prenant du bon temps, comme dit Montaigne, le double tirage de cette triste loterie de 1852.

Les réflexions échappées à mon entière indépendance me sont toutes personnelles. Depuis la loi Tinguy-Laboulie^ les journaux sont ime tribune. Tout en marchant vers le même but, tout en roulant ardemment le salut de la France^ chacun peut venir, sous la responsabilité de son nom, exposer des opinions différentes et proposer des expédients divers.

On a la conscience bien tranquille, on a l'esprit calme, lorsque, jeté dans la mêlée des partis, on ne se sent d'autre ambition que celle de conjurer la ruine publique et la guerre civile.

Nous avons soutenu l'Assemblée nationale quand elle a fait la loi du 31 mai. Nous avions cru que la loi du 31 mai était le commencement d'une politique d'union, qui assurait le salut du pays; mais cette loi a été tout à la fois le commencement et la fin de cette politique; et TAssemblée nationale n'en persiste pas moins à penser que, pour que la France soit sauvée, il lui suffit de porter au cou cette amulette de la loi du 31 mai.

Pour que la loi du 31 mai ne mourût pas de sa belle mort dans le Bulletin des Lois, il faudrait de ces deux choses l'une :

Ou que les pouvoirs du président de la république fussent prorogés, ou que l'Assemblée nationale se proroge&t elle-même.

Le président de la république, chef d'un gouvernement de quelque durée, pourrait du moins appuyer, en 18S2^ la loi du 31 mai appliquée à l'élection des représentants.

L'Assemblée nationale^ devenue convention^ pourrait du moins appuyer^ en 1852, la loi du 31 mai appliquée à l'élection d'un président de la république. Nous ne crai* gnons pas de dire à l'Assemblée nationale : Choisissez^ prorogez le président^ ou prorogez-vous. Il faut de toute nécessité qu'un des deux pouvoirs subsiste en 1852^ a6n que la société en ait un pour la défendre.

Si la loi du 31 mai arrive à exécution en présence de deux pouvoirs à l'agonie, nous soutenons que cette loi entoure le pays d'immenses et d'invincibles périls.

Dans le discours qu*ii prononça, le 25 mai 1850, à propos du nouveau projet de loi électorale, M. Thiers disait : tt Ce n'est pas le peuple que nous voulons exclure; ce que nous voulons exclure, c'est cette multitude confuse de vagabonds, partout insaisissable, qui n'a pas d'asile appréciable, qu'on ne trouve nulle part, qui n*a ni domicile ni famille. »

Voyons si ce seront bien là les effets de la loi. On prétend qu'elle éloigne de l'urne du scrutin tous les vagabonds. On pouvait d'abord l'espérer ; mais la ciise violente que créera la loi du 31 mai, en 1852, nous fait craindre, au contraire, qu'elle n'éloigne du scrutin les amis de Tordre ; ce sont surtout les amis de l'ordre qui n'iront pas voler en 1852, et à cause de cette loi.

Certes, nos populations saines, ne voiUant que d'un gouvernement qui respecte la propriété et la famille, ne sont ni sans convictions ni sans courage : rinsmTection de juin n'a«t-elle pas trouvé dans les rangs de la garde nationale des martyrs et des héros? Mais soyons pratiques !

Les socialistes nous disent sans ménagements : « Malgré la loi du 31 mai, nous irons, en 1852, aa scrutin

D'UN bourgeois; de paris 847

comme à un combat; nous vous redemanderons, et à main armée, ce suffrage universel qui vous la donné la Constituante, le prince Louis-Napdéon Bonaparte pour président de la république, et l'Assemblée nationale actuelle. )) Les partis factieux ne recherchent, je le sais, pour renverser les lois^ qu'une occasion, qu'un prétexte. Mais convenons que cette fois le prétexte sera spécieux, et que l'occasion ne sera pas mal choisie.

Ainsi, cette loi du 31 mai mettra en présence, dans toutes les sections de cantons, deux armées : Tune, celle du socialisme, qui am*a attendu deux ans cetlc prise d'armes, et qui, jouant son va^out, combattra avec Tachamement du désespoir; Fautre, l'armée de Tordre, composée de pères de famille, de propriétaires, de petits commerçants, d'hommes ranges, timorés, de fonctionnaires peu disposés à se compromettre devant les chances incertaines d'un scrutin, armée pleine d'hésitations et de scrupules, se rangeant sans ardeur autour du drapeau d'une loi contestée, n'ayant plus derrière elle de pouvoirs établis pour la défendre, et ne sachant pas même quels seront les pouvoirs nouveaux qui seront appelés le lendemain à gouverner la France.

Croyez-le bien, l'armée des socialistes arrivera,ales coudes serrés, sur le champ de bataille, et beaucoup de soldats de l'ordre s'abstiendronl.

M. Thiers disait encore, le 25 mai 1850 : « Oui, la société ne pourrait pas se tenir dans de certaines mains sans périr, et cela parce que les uns voudraient le mal et que les autres ne pourraient pas l'empêcher. » Eh bien I la loi nous livre à ceux qui veulent le mal, et ne nous laisse aucun des pouvoii*s qui le pourraient empêcher.

Rousseau a écrit dans ses Confessions : « Dieu a dit à Fhomme : Je f ai fait trop faible pour sortir du goufEre, parce que je t'ai fait assez fort pour n'y pas tomber. » Ëli bien ! la loi nous pousse dans le gouffre^ sans nous laisser aucun expédient pour en sortir.

Tout sera contre nous alors, les petites difficultés comme les grandes. Pour l'application d'une loi, comme pour toute entreprise, il faut descendre jusqu'aux plus infimes détails d'exécution. Quels sont, lors des élections, dans les villes de quelque importance surtout, les intermédiaires entre la loi et les électeurs? qui distribue les cartes d'admission dans les diverses sections où l'on doit voter? Ce sont de pauvres commis ne recevant que le plus mince salaire. Ne faut-il pas même recruter au hasard, pour ces grandes journées électorales, des commis supplémentaires, ne remplissant ainsi qu'un emploi de quelques jours, et ne recevant qu'une indemnité de quelques écus? Je ne veux accuser la probité de personne; mais croyez-vous que ces nombreux intermédiaires entre la loi et les électeurs ne céderont pas à la pression organisée du communisme ; que les formalité, faciles pour les socialistes, ne seront pas rendues interminables pour le plus grand nombre des paisibles amis de l'ordre? Cela s'est vu!

Nous venons de montrer le revers, voyons la face de la médaille. Supposons que le pouvoir exécutif, que l'Assemblée nationale se mettent d'acord poiu* abroger la loi du 31 mai. La situation change : elle n'est point encore des plus heureuses ; elle est moins inquiétante. Il y a d'honnêtes gens dans tous les partis, et si vous revenez à ce que les républicains considèrent comme la seule ap-

pUcation légale du suffrage universel^ vous détacherez de cette armée de révolutionnaires et de factieux bien des âmes honnêtes et résolues^ et vous trouverez^ par ce sage retour aux vraies conditions d'existence de la république actuelle^ une nouvelle force morale, dont moins que jamais le gouvernement peut se passer. Napoléon écrivait à son frère Joseph, en 1809 : oc Soyez à la fois juste et fort, et autant Tun que Tautre, si vous voulez gouverner. » Le pouvoir en 1852 ne sera pas fort, puisqu'il n'y en aura plus. Mais il y aura du moins une loi, celle du suffrage universel absolu, que personne ne pourra plus accuser de n'être pas juste.

Le parti de l'ordre, j'en conviens, prendra peut-être quelque ombrage de ce libre accès pour tous au scrutin électoral. Nous répondrons au parti de l'ordre : 11 n'est plus question de guerre civile; il ne s'agit que d'une lutte pacifique, dont le dénoûment toutefois peut être la ruine ou le salut de la société. Vous êtes les plus nombreux et les plus forts. Plus de découragement, plus d'indiffé* rence; organisez-vous, surveillez^vous, disciplinez^vous; à la vue des dangers ne discutez pas. Le rappel de la loi du 31 mai peut désunir les rangs des socialistes, et doit rétablir Tunion dans les rangs des amis de l'ordre. Mettons-nous à l'abri du chaos, défendons des biens hounêtement acquis, protégeons l'avenir de |ios familles, faisons renaître la prospérité de la France pour veilla ensuite au bien-être de tous. Gela ne vaut-il pas la peine qu'on se dérange, qu'on mette de côté des préférences ou des rancunes? Ne plions pas ^core notre tente; que les partis, s'ils le veulent, ne renoncent p()int à l'aveniri mais sauvons d'abord leprés«nt« En attendant que la

société puisse élever des palais pour la fusion^ qu'elle sache du moins où s'abriter demain !

11 y a mieux : abrogez la loi du 31 mai^ plus de drapeau pour le socialisme ! Les socialistes factieux devront en inventer un autre. Grteront-ils aux populations : Pillons et tiions les riches ? 11 y aurait peu de combattants pour répondre à un pareil appel, et tous les honnêtes gens marcheraient en masse contre une armée de pillards et de bandits.

A propos de nos premières réflexions sur la loi du 31 maij on n'a pas craint^ par une inutile désobligeance^ de m'accuser de faire de la fantaisie en politique.

Puisqu'on me contraint à le dire^ je fais si peu de fantaisie en politique, qu'il y a près de deux mois, j'eus chez moi une première conférence sur la loi du 31 mai, avec des hommes considérables, dont quelques-uns même siègent aujourd'hui dans les conseils du président de la république. Je ne dirai point un mot de ces conférences; j'ai été élevé de bonne heure à ne jamais trahir, par des indiscrétions malhonnêtes, lès confidences et les conversations intimes. Depuis lors, j'ai souvent causé de la loi du 31 mai, avec mes amis et collaborateurs, avec des républicains de la veille, avec des républicains du lendemain^ et ce n'est qu'après cette enquête que je me suis fait une opinion bien arrêtée sur cette loi, qui joue un si grand rôle dans notre situation actuelle. En vérité, toute cette sérieuse préoccupation ressemble-t-elle à de la fantaisie?

Beaucoup de journaux m'ont aussi honoré de leurs répliques. On m'a dit que ma proposition de rappel de la loi du 31 mai, telle que je la faisais, n'était que rescopette du mendiant de Gil Bios,

Quelques-uns m*ont accusé de proposer à TAssemblëe nationale un marché donnant donnant. Je vais du même coup faire cesser tout ce bruit de suppositions gratuites et d'interprétations injustes et fâcheuses.

Plus le danger approche^ plus il se fait autour de nous nn silence menaçant^ plus il nous semble voir la société s'affaisser sur elle-même. Eh bien ! au milieu de ce silence et de cet afifaissement^ me sera-t-il permis de dire toute ma pensée?

Le président de la république n% selon nous^ commis qu'une faute facile à réparer ; il s'est laissé entraîner, par de faux semblants d'accord et d'union, à accepter la loi du 31 mai.

L'Assemblée nationale est prise aujourd'hui de respect et d'amour pour la lettre de la constitution. N'y a-t-il pas là plus qu'un prétexte, un devoir pour le pouvoir exécutif, de vouloir, lui aussi, que son nom ne soit pas soupçonné, et de rouviir à l'avance les deux battants du suffrage universel pour la sanction de la constitution par le peuple, si TAssemblée nationale en vote la révision, ou pour la double élection de 4852, si la révision n'est pas votée?

L'honnêteté, la loyauté, dominent et déroutent, dans les relations privées, l'hypocrisie et les calculs. L'honnêteté, la loyauté devant les assemblées délibérantes et devant une nation émancipée par le suffrage universel, sont la plus nouvelle et la plus habile politique.

L'Assemblée nationale, nous dira-t-on, maintiendra la loi du 31 mai, et ne votera pas la révision de la constitution. J'ai une plus haute, une plus juste opinion de la droiture et <lu patriotisme de nos -représentants ; et s'ils

I6i MÉMOIRES

se refusent à la révision de la constitution^ ils n*hésilcront pas à prévenir une sanglante rencontre en 1852^ et à nous épargner la guerre civUe.

Que Louis-Napoléon Bonaparte soit réélu, même pour quatre ou cinq ans> président de la république, que de nouveaux représentants viennent siéger en assemblée nationale : quelle autorité morale les pouvoirs nouveaux tireraient de leur origine, du suffrage universel dans sa plus complète sincérité !

Quoi qu'on dise ou qu'on fasse contre «ous, il n*en est pas à nos yeux de la prorogation des pouvoirs de Loois^ Napoléon Bonaparte comme de la loi du 31 mai. Nous persévérons à regarder la réélection du président de la république conmie le seul expédient temporaire pour le salut de la France.

On nous a souvent répété qu'une pror(^ation de la présidence de Louis-Napoléon Bonaparte n'était que du provisoire. Mais le provisoire est une des grandes nécessités que subissent toutes les choses de ce monde. L'enfance est le provisoire de la jeimesse; la convalescence est le provisoire de la santé; les temps de barbarie et d'ignorance sont le provisoire des sièdes éelaii'és et civilisés. Pendant l'enfance, l'homme croit et se développe ; pendant la convalescenee> les forces se r^Ninmt ; pendant les temps de barbarie et d^ignorance, à la vue des maux et de l'abrutissement de l'humanité, les hommes de génie se révèlent et dictent de nouvelles lois au genre humain.

Savez-vous ce qui se produira pendant ce nouveau provisoire de la présidence de Louis-Nap<^éonBoD<4MUle? Le respect de la loi, du pouvoir, s'aSermira dtfis ^

mœurs; et pendant que la société reprendra son mouvement régulier de travail^ le socialisme se désai*mera et se débandera. Un grand parti factieux ne peut vivre qu'avec une armée toujoms sur le pied de guerre^ qu'à l'aide d'une propagande active de ses doctrines^ et^ pour tout cela^ il faut un budget assuré et l'espérance d'une victoire prochaine. Quatre ou cinq années de provisoire sufQraient certainement à épuiser les ressources d'argent et à décourager la persévérance du socialisme.

Je reviendrai sur toutes les conséquences que peut offrîr le rappel de la loi du 31 mai. Mais que les hommes honorables qui ont accepté la glorieuse tâche de sauver la France le sachent bien : la France ne demande qu'à être sauvée. C'est un coup de fortune pour des hommes d'Etat qu'une pareille situation^ et, pour y réussir^ il ne leur faut que des idées^ de l'initiative^ de la vcrve^ du talent^ une sage audace et beaucoup de courage.

D^ L. Yéron.

La tranchée est ouverte. On a commencé le feu à propos de la révision de la constitution : la presse^ par une vive polémique; l'Assemblée nationale^ parles résolutions diverses des partis qui la composent; le pays, par d'innombrables pétitions.

Tous les Journaux qui ont fait Thonneur d une réplique à nos attaques contre la loi du 31 mai s'accordent, sans exception, à considérer l'abrogation de cette loi conmie une politique nouvelle. C'est donc pour nous un Y 23

$54 MËUOIHES

deYoir, dans la crise qui commence, de ne point nous arrêter en route, de défendre cette politique nouyelle que nous croyons sage, et de laisser échapper de notre main toutes les vérités bonnes à dire contre la loi du 31 mai.

Je ne sacbe pas d'homme politique, d'homme d'État, qu'on puisse étudier avec plus de profit que M. Thiers. Vous le surprenez aussi habile à trouver des idées et des formules de gouvernement que des idées et des formules d'opposition.

Dans son orgueil de tribun, M. Thiers veut-il, comme à Louis-Philippe, faire au président de la république une mauvaise querelle, il rassemble avec dextérité quelques faits épars et sans importance; il supplée à la qualité des arguments par la quantité; il devient rhéteur. Mais le grand tacticien bientôt se révèle, et il trouve moyen d'inquiéter les esprits, préparés et prévenus, en s'écriant, à la fin de son discours, d'une voix défaillante : Lempire est fait f

Dans un intérêt que nous apprécierons plus taid, M. Thiers veut-il battre en brèche le suffrage universel, pour s'assurer la bienveillante attention de la majorité, il ne dit point à l'Assemblée nationale : « Je viens demander une loi électorale ; » de sa voix stridente, il s'écrie dès les premières phrases de son discours : « Je viens appuyer une loi contre les vagabonds. » On remarquait devant M. Thiers que les montagnards avaient mal atlaqué la loi du 31 mai. Il répondit en riant ; « Si

cette loi avait été attaquée par moi, je n'aurais pas touIu être chargé de me répondre. »

Quel autre que M. Thiers eût su tourner la difOculté de porter les premiers coups au suffrage universel? M. Thiers prétend n*y pas toucher : il ne supprime que trois millions d'électeurs ; il défend seulement la société menacée par les vagabonds.

On nous accuse de faire peur aux hommes d'ordre des menées et des résolutions des socialistes pour cette fatale époque de 4852, et M. Thiers a eu l'esprit, le talent, rhahileté de faire presque trembler depuis un an la majorité de TAssemblée nationale devant la seule puissance des vagabonds.

Cette première impression de terreur produite, combien on a peu regardé à la définition du vagabond. Quiconque n'a pas trois ans de domicile dans la même commune, vagabond I M. Granier de Cassagnac citait il y a peu de jours de très-honnêtes gens que la loi du 31 mai classe parmi les vagabonds. M. Thiers et M. Mignet ne seraient venus à Paris de la ville d'Aix que depuis deux ans et onze mois, vagabonds ! D'honnêtes commerçants de Paris retirés depuis deux ans et onze mois dans je ne sais quel département, vagabonds ! Le garçon de ferme que les fermiers se disputent pour sa bonne conduite, et qui a passé d'une métairie dans une métairie voisine, mais placée dans une commune limitrophe, vagabond ! Le médecin, l'avocat, l'artiste, Thomme de lettres, qui n'ont point réussi à Paris et ne sont revenus que depuis deux ans et onze mois à la vie humble du toit paternel, vagabonds! En regardant autour de soi, parmi les hommes d'ordre, dans ses relations d'affaires, parmi ses amis

intimes, on est elTmyé de rencontrer tant de vagabonds! Certes^ c'est la première fois que les vagabonds sont ainsi définis, et figurent, comme exposé des motifs, dans une loi électorale.

Napoléon détestait les idéologues et les philanthropes dès les premiers joufô du dix-neuvième siècle, et pourtant il n'avait pas assisté à Tœuvre fatale qu'ils ont presque accomplie dans notre temps. La triste conséquence des idées qu'ils ont propagées et des lois dont ils ont préparé les textes, c'est qu'aujourd'hui on traite les honnêtes gens comme de la canaille, et la canaille comme d'honnêtes gens.

Votre loi électorale du 34 mai est-elle sincère? Faites mieux! Par une loi nouvelle, armez le pouvoir du droit d'expatrier les repris de justice, les forçats libérés; ne vous complaisez pas à perfectionner des prisons cellulaires, des maisons de détention; imitez l'Angleterre : fondez des colonies, et n'hésitez pas à y déporter tous les factieux, tous les bandits qui n'auront pas craint d'attaquer la société. Votre loi électorale du 31 mai deviendra en peu de temps une lettre morte; il n*y aura bientôt plus de vagabonds; le véritable vagabondage mène bien vite au crime.

TV

Un journal qui poursuit, sous le patronage et avec la plume de plusieurs légitimistes et d'anciens ministres de Louis-Philippe, l'idée de la fusion, l*Jssemblee natUh

nale, nous dit surtout : a Abroger la loi du 31 mai> c'est ct^der à la peur. »

S'il est arrive que ce pays-ci, audacieux sur le champ de bataille, subit, dans les mauvais jours des révolutions, de véritables paniques, c'est un fait dont nos hommes d'État doivent pourtant tenir compte. Le lendemain de cette révolution du 24 février, et lors de Tinvasion de TAssemblée nationale, au 1 5 mai, avons-nous .donc vu tant de héros?

D'ailleurs, quand il s'agit de sérieux dangers pour la vie des populations laborieuses et paisibles, quand on peut craindre de faire couler le sang humain, législateure, hommes du pouvoir, ayez peurî II y a une politique qui a été et qui sera maudite dans tous les âges : c'est celle qui peut allumer la guerre civile.

Savez-vous ce que représente, pour tous les amis d'une monarchie quelconque^ la loi du 31 mai, et pourquoi ils s'en font les ardents chevaliers? Cette loi à leurs yeux est déjà un affaiblissement, peut-être même un prochain danger pour la république modérée. Le président de la république, Louis-Napoléon Bonaparte, réélu sous l'empire de cette loi, verrait certainement diminuer ses six millions de suffrages du 10 décembre 1848; et si le socialisme ne remportait pas la victoire, Louis-Napoléon Bonaparte ne serait plus qu'un pouvoir appauvri et bientôt menacé. Qu'on le sache bien, il y a quelque chose qui plairait encore bien plus que la lui du 31 mai à tous ceux qui veulent impatiemment une restauration de Henri V, l'installation d'une régence, ou le triomphe de la fusion : ce serait que le pays ne se mêlât point de ses affaires, et que le président de la république fût tout

simplement élu par rAssemblée nationale. Les chefs de tous ces partis prétendraient alors aux rôles de maires du palais, et tandis que la France demande un gouvernement appuyé sur le suffrage universel, puisant sa force dans son origine, tous ces chefs de partis, qui depuis vingt ans se disputent le pouvoir, voudraient que le président de la république fût placé sous la férule de leur tutelle, et que la France se prêtât à tous les dangereux expédients de leurs rivalités et de leur ambition.

On a reproché au Constitutionnel d'inventer chaque jour des solutions, bien que nos solutions n'eussent d'autre but que le salut de la société. II s'invente bien d'autres solutions dans ces quelques salons de Paris où l'importance politique est restée une habitude et un besoin : solution en faveur de Henri V ; solution en faveur du comte de Paris et d'une régence orléaniste; solution en faveur du prince de Joinville ; solution en faveur de la fusion. Livrez donc aujourd'hui les destinées de la France à tous ces partis qui ne veulent point de ce qui est et qui s'entendent si peu sur le gouvernement nouveau à choisi et à installer!

Le journal de la fusion ne nous a point encore donné tous les développements de Tidée qu'il poursuit ; il n'a point encore révélé tous ses secrets; mais, si nous sommes bien informé, le parti de la fusion comprendrait dans son traité de paix générale le prince Louis-Napoléon Bonaparte. Le président actuel de la république ne serait point emprisonné à Vincennes, il ne serait point banni de France. On compterait même avec lui, pour peu qu'il s'engageât à mener à bien une complète et nouvelle restainaliun. ILn cas de i?ucccs, il aurait droit à de gros rc-

venus^ à des litres et à des honneurs; ce serait un acte sur papier timbre à signer par-devant notaire.

Nous ne voulons accuser le patriotisme de personne^ et nous sommes convaincu que ceux qui rêvent de semblables négociations veulent tout aussi bien que nous^ mais d'une autre façon^ le salut de la France.

Le président de la république^ malgré Téclat et la puissance de son nom^ malgré ses six millions de suffrages^ malgré les garanties qu'il a su donner au parti de Tordre^ suffit à peine à contenir les factieux et à défendre la république honnête et moc 'ée, notre seul abri du moment : et vous voulez que Louis-Napoléon Bonaparte puisse de sa parole ou de son épée faire passer la France du suffrage universel à u^e monarchie!

Si une pareille entreprise se tentait^ Louis-Napoléon Bonaparte perdrait à jamais les prétendants^ qui^ dans un certain avenir^ peuvent encore rendre des services à la France; il se perdrait lui-même, il se déshonorerait; il livrerait la société désarmée à la terreur et au socialisme !

A notre respect pour le suffrage universel, on a surtout objecté que le rappel de la loi du 31 mai nous donnerait la réélection du prince Louis-Napoléon Bonaparte pour président de la république, mais qu'il donnerait du même coup une chambre rouge.

Cet entraînement électrique des populations des villes et des campagnes en faveur de l'élection de Louis-Napoléon Bonaparte n'était certes point inspiré par des passions anarchiques. Les six millions de suffrages donnés

360 ItfÉMOIRES

à un seul homme^ au président de la république^ lui disaient bien nettement^ au contraire : Arrêtez les tristes désordres inséparables d'une révolution; régularisez^ administrez^ gouvernez si vous pouvez la révolution de février 1848^ comme votre oncle sut^ avant les folies de l'empire, régulariser, administrer et gouverner la révolution de 89.

Ce mouvement bonapartiste du 10 décembre 1848 fut ralenti et peut-être contrarié par le comité de la rue de Poitiers, lorsque vinrent les élections de l'Assemblée nationale, au 13 mai 1849.

Ce comité électoral, où j réfugièrent après le nau<^ frage tous les hommes importants des anciens partis, appuya avec bruit, avec éclat, l'élection du président actuel de la république; mais il se fit plus tard un titre auprès des populations de son dévouement à Louis-Napoléon Bonaparte. La plupart des bonmies appartenant aux anciens partis, et restés fidèles au fond du cœur à la cause qu'ils avaient servie, se réveillèrent donc un beau matin bonapartistes, mais afin d'être élus représentants.

Les élections faites, le comité de la rue de Poitiers ' dissous, le présent assuré, on songea à l'avenir, et la loi du 31 mai qui, conmie on le sait très-bien, ne fut surtout inventée et patronnée que par les habiles du comité de la rue de Poitiers, a été faite dans un double intérêt : celui de modérer, pour l'élection des représentants, le mouvement bonapartiste, et celui d'assurer l'élection de tous les hommes des anciens partis, en les replaçant autant que possible devant leurs anciens électeurs.

Abrogez la loi du 31 mai, et le suffrage universel respecté vous révélera la sincérité des opinions de ce pays-

ci; vous aurez dans l'Assemblée nationale une majorité considérable qui aidera le président à maintenir, à défendre la république modérée^ et à assurer ainsi le calme et la stabilité si nécessaires à tous les grands intérêts de la France.

Vous aurez ensuite un certain nombre de légitimistes, dont les opinions sages et honnêtes valent bien d'être représentées et d'être entendues. Enfin, le socialisme et la démagogie viendront aussi s'asseoir en minorité sur les bancs de l'Assemblée nationale pour y défendre l'amour du progrès poussé jusqu'à l'utopie. Les légitimistes nous vanteront le passé; les socialistes tâcheront de hâter pour leurs rêves le triomphe qu'ils croient assuré dans l'avenir; mais, au milieu de ces discussions plus ou moins retentissantes, une majorité forte, bien décidée, soutiendra l'édifice du présent en prêtant un* fidèle concours au président de la république.

Après tout, c'est une expérience faite. Le suffrage universel non restreint, qui nous a donné la Constituante et TAssemblée nationale actuelle, ne nous donnera pas pire : il nous donnera mieux, parce que les esprits sont aujourd'hui plus éclairés sur les dangers de la France, sur les intrigues des partis, et conséquemment plus résolus.

Après la chute de l'empire, la restauration a trouvé une majorité, parce que la paix avec l'Europe était nécessaire à réparer les maux d'une guerre de quinze ans. Après les journées de Juillet, la monarchie de Louis- Philippe a trouvé une majorité, parce que cette royauté d'un Bourbon était nécessaire à nous défendre contre la république, alors redoutée. La république modérée, pré-

sidée par Louis-Napoléon Bonaparte, dont le nom a tant de puissance sur les masses^ trouvera aussi, n'en doutez pas, une majorité, parce qu'elle est nécessaire à nous défendre aujourd'hui contre la démagogie et le socialisme.

Une nation qui ne s'abandonne pas et à qui il reste trop d'orgueil, de courage et dlionneur pour courber la tête sous le sabre d'un soldat ou sous le couteau de la guillotine, ne périt jamais!

D' L. Véron.

On n'applique point assez à la politique l'observation et l'analyse.

Les révolutions de gouvernements, de mœurs et d'idées, qui se sont succédé en France depuis* le commencement du siècle, y ont jeté bien des alluvious impures, germes de divisions, de luttes et de discordes; mais plus que jamais aujourd'hui, pour ne pas s'effarer, il faut observer de près, analyser avec précision la situation des esprits, les passions des âmes et l'insanité plus ou moins profonde de l'opinion pubUque.

Depuis la révolution de février 1848, il n'y a plus seulement en France des opinions politiques; il y a des pai'tis ardents et des factions plus ou moins disciplinées. Nos hommes d'Etat ont donc affaire aujourd'hui :

A des factions,

A des partis

A des opinions.

Des traditions de famille, d'éducation, inspirent cer-

tainement encore à un certain nombre d'esprits quelques sympathies pour le principe de la lëgilimité et pour la branche ainée des Bourbons. Le souvenir si récent des dix- huit années de paix et de prospérité du règne de Louis-Philippe inspire certainement à une assez forte portion du pays quelques sympathies pour la famille d'Orléans. Mais de simples opinions politiques ont ce double caractère, de rester calmes et patientes, et de placer audessus de leurs regrets du passé et de leurs vœux pour Tavenir les intérêts du présent. Parmi ceux qui, conune M. Thiers, se sont résignés, sinon convertis, à la république modérée, on compte donc un grand nombre de légitimistes et d'orléanistes, mais qui, dans leur conduite et dans leurs votes, montrent autant de prudence que de patriotisme.

Les partis représentent bien, il est vrai, des opinions politiques, mais des opinions passionnées.

Les partis ont déjà une organisation et un but; ils mettent leurs regrets et leurs vœux au-dessus de toutes choses, au-dessus du repos et de la prospérité du pays. Les partis ne vont point jusqu'à violer la loi ; mais ils agissent et intriguent contre les gouvernements, contre les pouvoirs établis. Les partis réussissent peut-être plus encore à manœuvrer dans les assemblées que dans les cours. Seulement, le jeu de leur tactique et de leurs intrigues n'a jamais été plus à découvert, et conséquemment plus mal à l'aise qu'avec ce huis-clos du suffrage universel. Il ne faut donc pas s'étonner si les partis cherchent à le restreindre, pour arriver ensuite à le supprimer.

Le parti des républicains de la veille nVt-i! pas tout

osé pour le succès de rélcclion du général Cavaiguac comme président de la république? Eh bien ! malgré la plus active propagande, l'opinion plus sage de ces républicains da lendemain, qui forment l'immense majorité du pays, a pu, grâce au suffrage universel, donner six millions de voix à Louis-Napoléon Bonaparte.

Quant aux factions^ elles ne sont que des partis armés.

Les factions n'hésitent ni à renverser les pouvoirs debout, ni à violer les lois. Tantôt elles se laissent dominer parles partis qui les inspirent; tantôt elles les dominent, marchent à leur tête, et leur disent d'une voix menaçante : Suivez-nous! M. Ledru-Rollin, ce chef de la démagogie qui, à force de talent et de courage, aurait pu, lors de TéchaufTourée du 13 juin, arrêter le bras des factieux, eut la faiblesse de leur obéir.

Avec la loi du 31 mai pour mot d'ordre et pour drapeau, avec ce prétexte de guerre civile, les factions socialistes sommeraient certainement tous les hommes avancés de la démocratie de marcher à leur tête. La loi du 31 mai rappelée, les hommes les plus avancés de la démocratie combattraient, arrêteraient, nous n'en doutons pas, par prudence, toute tentative de révolte et de pillage, et parviendraient à dominer les factions socialistes.

Les factieux se sentent impuissants quand ils n'ont point, pour leur commander, des chefs éclatants qui les aident et les protègent comilio maimgue.

Ainsi, sous le suffrage universel, les coups de dés se jouent en plein soleil, entre l'opinion publique, les partis et les factions.

Les anciens gouvernements avaient pour arme contre

les paiHis, conlre leurs manœuvres, les idées, l'initiative, le talent, l'adresse des hommes d'État.

Contre les entreprises des factions, les anciens gouvernements n'avaient, malheureusement, que les coups de fusil et la mitraille.

Le pouvoir, en France, nous le disons avec conviction, a aujourd'hui une autre arme contre ses ennemis : c'est la pression pacifique et si puissante de l'opinion publique par le suffrage universel !

Oui, ne craignons pas de le dire, cet ensemble d'opinions politiques privées qui forment l'opinion publique n'est jamais un embarras pour les gouvernements, tant que ces gouvernements restent dans les limites de la loyauté et de la justice, sans cesser de se faire craindre, obéir et respecter.

Oui, nous ne craignons pas de le dire, pour déconcerter les intrigues des partis, pour contenir et vaincre les factions sous le suffrage universel, la réaction de Topinion publique suffit, si le pouvoir sait lui inspirer une juste confiance à force d'honnêteté dans sa vie politique, à force de courageuse résolution à faire respecter les lois.

Le roi Louis-Philippe, dont la mémoire nous inspire tant de respect, a montré pendant son règne autant d'esprit politique, autant de tactique habile et rusée que tous les hommes d'État parlementaires qui lui disputaient pied à pied le pouvoir. 11 s'agissait un jour de vaincre le mécontentement du maréchal Soult. Le roi entraîna le maréchal dans un cabinet voisin, pendant une séance du conseil des ministres. Cette causerie intime dura longtemps; mais, pour faire prendre patience aux autres membres du cabinet, qui attendaient la ren-

trée des deux personnages, le roi entr'ouvrit une porte et leur dit : « Encore une minute ! tout va bien : nous avons déjà pleuré 1 »

Ne demandez pas au président de la république^ que nous avions l'honneur d'approcher il y a quelques mois, de ces ruses d'esprit, de ces promptitudes ou de ces faux semblants d'émotion, de ces coquetteries parlementaires. 11 se montrerait sans doute moins habile que Louis-Philippe à venir à bout des prétentions d'hommes d'État habitués à se surfaire ; moins habile que Louis-Philippe à manier et à soumettre des caractères récalcitrants; mais, en revanche, s'il semble s'abstenir de soins minutieux envers les personnes, nous lui avons toujours reconnu de ces qualités élevées et dignes que comprennent les masses ; à défaut de paroles persuasives et entraînantes, il se révèle constamment en lui de ces sentiments d'honneur^ simples et calmes, qu*il sait exprimer dans un parfait langage quand l'ocC&sion le contraint à parler aux populations.

Le sufifrage universel va bien à l'éclat du nom de Louis-Napoléon Bonaparte, et les vertus de caractère de Louis-Napoléon Bonaparte vont bien au suffrage universel. 11 y a dans cet accord sympathique une puissance incontestable. La loi du 31 mai vient, selon nous, affaiblir cette double puissance. Le suffrage universel restreint perd de son action électrique, et le président de la république peut perdre de son autorité et de son prestige en n'allant pas jusqu'au bout de sa politique honnête.

D' L. Véron*

iO SEPTEMBRE.

Ni pamphlet ni satire : la vérité sur notre société telle que de grands esprits l'ont faite.

Nous sommes tous les fils de 89 ; mais^ bien entendu , nous ne voulons honorer que les sentiments d'humanité, que les qualités d'esprit de nos grands parents. Nous ne voulons que continuer leur belle œuvre de progrès, de bien-ôtre et de civilisation pour le genre humain tout entier, les nègres compris.

L^instruction et l'égalité pour tous, tels ont été et tels sont encore aujourd'hui les vœux de la philosophie du dix-neuvième siècle.

Pour obéir à ces vœux, l'empereur fonda l'Université. La loi de 1833 décréta les instituteurs primaires.

L'Université a dû le rang honorable et élevé qu'elle occupe encore dans l'Etat à la gloire littéraire, aux travaux philosophiques, aux travaux historiques de quelques-uns de ses enfants. Certes, on n'accusera point l'Université d'avoir refusé aux générations nouvelles le pain quotidien de l'esprit et du savoir. L'Université nous prend presque au sortir du sevrage, pour bourrer notre intelligence de grec, de latin, d'allemand, d'anglais, de mathématiques, de géographie, d'histoire, de philosophie, de chimie, de physique, d'histoire naturelle, d'anatomie. L'ignorance est traitée comme ce cruel fléau, la petite vérole, et le diplôme de bachelier es lettres ou es sciences est presque imposé àtous comme le certiQcat de vaccine.

La loi de 1833 fut^pour Tinstruction de tous^ un grand n pas de fait en avant : elle imposa à toutes les communes ;p l'obligation d'un instituteur primaire. Les écoles nor- |n maies primaires, où se forment les instituteurs communaux, leur enseignent l'histoire ancienne et moderne, la géographie, l'arithmétique complète, les éléments de géométrie, 1c dessin linéaire, l'histoire naturelle. Fanalyse logique et grammaticale, la musique, et d'autres choses encore que nous omettons. La loi de 1833 n'avait élevé qu'à deux cents francs le minimum du traitement i i des instituteurs primaires. Depuis la révolution de 1848, | i ce minimum a été augmenté; mais il n'en reste pas moins certain que, dans nos villages, le plus grand nombre des Instituteurs ne peut gagner que six ou sept cents francs par an, y compris la rétribution des élèves; et le plus souvent, ces rétributions ne peuvent être payées qu'en nature, en ch&taignes, en pommes de teire, en haricots!

Dans ces derniers temps, nous nous sommes surtout engoués d'écoles d'agriculture. De petites colonies se sont établies avec l'aide du gouvernement, avec l'argent de la bienfaisance et du budget, et on a tenté de fkire de savants agriculteurs des jeunes détenus, qu'autrefois on retenait dans une prison, mais où du moins on leur apprenait une profession, un métier, à gagner quatre ou cinq francs par jour.

Ainsi, il faut le reconnaître, de grands esprits, tous les gouvernements qui se sont succédé, la charité publique, ont pris à tâche de veiller sur chaque enfant qui naît et de multiplier les établissements où Ton peut aller puiser l'instiiiction ci le savoir. Mais voici le fait important que

nous Youlons metlre en relief : là s'aiTêtent la tutelle, la

prévoyance, la paternité de notre société, pour cette jeunesse qui, croyant tout savoir, ne peut manquer ni d'orgueil ni d'ambition. Pourrait-il en être autrement dans un temps où, pour un prix de thème grec en cinquième ou en sixième, on voit, dès l'âge de neuf ou dix ans, son nom glorifié dans les gazettes?

Sous l'empire, on disait à chaque conscrit partant pour nos grandes guerres : « Tu as dans ton sac un bâton de maréchal. L'égalité pour tous, n Mais les batailles meurtrières où se gagnait de grade en grade ce bâton de maréchal diminuaient bien le nombre des prétendants.

Aujourd'hui, ne dit-on pas de même à tous les élèves de nos collèges, à tous les élèves de nos écoles primaires : tt Égalité pour tous. Vous êtes bachelier, officier de santé, docteur en médecine, licencié en droit; vous avez fait votre stage, et vous êtes avocat? Vous pouvez devenir représentant, préfet, ambassadeur, ministre, même empereur, même dictateur! » Il y a mieux! Depuis toutes

' nos révolutions, tout le monde n'a-t-il pas été préfet, ambassadeur ou ministre, et depuis la révolution de 1848 n'a-t-on pas même vu certains commissaires du gouver* nement provisoire ayant plus d'amour pour la république

i que pour la grammaire, ayant plus de prison que d'orthographe?

Ainsi on ense^ne bien des choses à nos jeunes géné-

, rations; mais ce qu'on cultive surtout en elles, croyez-le bien, c'est l'orgueil, l'orgueil le plus résistant à se lais-

, ser désarmer, une ambition impossible h satisfaire, et

j surtout un besoin d'égalité poussé jusqu'à l'aveuglement,

^ jusqu'à la folie.

Croyez-vous donc que loi'sque, reçu à grand'peinc instituteur primaire, on n'a pour vivre que quatre à six cents francs par an, on soit bien disposé à prêcher Tordre, la morale, le statu quo, le respect de nos institutions, Tobëissance aux lois et l'amour le plus dévoué au gouvernement du pays? Croyez-vous donc que le bachelier, le licencié, le médecin, l'avocat, le peintre, le statuaire, le musicien, lauréats ou non lauréats, et même le jeune agiûculteur, pauvres diables que vous jetez sur le pavé de Paris sans argent et sans espérance après les avoir bercés des rêves les plus dorés, restent les plus chauds amis de Tordre, les ennemis les plus acharnés des clubs, des complots et des émeutes, et ne soient pas toujours prêts à s'embrigader, à se discipliner sous un chef ambitieux prêchant la démagogie et le socialisme, flattant et exploitant les mauvaises passions de tous ceux qui n'ont d'autres conseillers que la misère ou les désenchantements d'un cœur ulcéré?

La protection, les bienfaits de la société finissent, selon nous, à cette heure décisive de la vie de Thomme où cette protection et ces bienfaits devraient commencer. Je ne prétends point qu'on fasse trop pour les jeunes gens; mais peut-être faudrait-il faire plus pour eux au moment où ils viennent demander à la société, qui leur a appris tant de choses, Temploi de leur savoir ou de leurs talents, une existence, un avenir, une place dans le monde et du pain !

Qu'on ne cherche point dans mes paroles d'accusations perfides ou lâches contre notre civilisation, contre nos lois. Jamais la charité publique n'a pris de formes si diverses pour multiplier et pour cacher ses bienfaits, pour

épargner même la delte de la reconnaissance aux malheureux et à ceux qui souffrent; jamais on ne s*est tant préoccupé du bien-être général^ de la vie à bon marché, de vêtements à bas prix. C'est là de la politique^ et de la grande politique en face de l'accroissement si rapide de nos populations.

Nous lisons dans un livre sur les colonies agricoles de mendiants, jeunes détenus, orphelins et enfants trouvés, publié pai' MM. de Lurieu et H. Romand, le fait suivant :

a Madame Rendswoude a partagé toute sa fortune entre les trois hospices d'orphelins du culte réformé de la Haye, de Delft et d'Utrecht, pour y faire élever, d'une manière toute spéciale, un certain nombre d'enfants du sexe masculin.

» Les régences ou administrations doivent choisir les sujets les plus distingués par les qualités du cœur et de l'esprit. Ainsi, complètement adoptés par l'œuvre, ces orphelins reçoivent une éducation appropriée à leurs dispositions.

)) On les prépare aux carrières libérales, comme la médecine et les arts ; suivant le vœu de la testatrice, on excepte le barreau et l'Église. L'œuvre' est grande jusqu'au bout envers ses élèves : elle les envoie, à ses frais, compléter leurs études aux universités et même aux écoles d'Italie, s'ils sont artistes. Enfin, quand leurs études sont achevées et qu'ils sont pourvus d'un état, l'institution, en mère attentive et généreuse, leur donne les moyens d'attendre LE TRAVAIL, LES COMMANDES ou LA CLIENTÈLE. »

Nous aussi, après avoir pourvu à Tinstruction des gé«

nérations nouvelles, efforçons-nous de pourvoir au TRA- VAIL, aux COMMANDES, à la CLIENTÈLE !

Au quatrième siècle, toute l'opposition philosophique contre le christianisme déjà triomphant affectait la barbe inculte, le manteau uni et de couleur sombre, et le désordre des vêtements. Julien TApostat, disciple de cette école, n'ajouta que les brodequins de pourpre à ce costume lorsqu'il devint césar. Comme au quatrième siècle, ne voyons-nous pas nos philosophes, nos hbres penseurs, nos démagogues et nos socialistes, affecter aujourd'hui la barbe incuite, porter la vareuse et le bourgeron, comme on portait, en 93, la carmagnole, et conspirer amsi publiquement, par le costume du moins, contre les délicatesses de notre société et contre les distinctions sociales qui peuvent se révéler à l'extérieur ? Le pinceau de M. Courbet honore surtout les casseurs de pierres.

Certes, au milieu d'une pareille société, telle que de grands esprits l'ont faite, au milieu de passions aveugles qui n'ont jamais été plus surexcitées, la loi du 31 mai sera un admirable prétexte, une belle occasion, pour entraîner et pour élever jusqu'au rôle de missionnaires politiques ceux qui ne demandent qu'à renverser la société sens dessus dessous. Toutes ces passions se contiennent et se contiendront jusqu'en 4852; mais leurs armements, leur résoluticH) et leur impatience pow le combat, leurs projets après la victoire, inspirent de l'effroi même aux chefs qui les commandent. Par le rappel ou pai- de profondes modifications de la loi du 31 mai, par

une conduite ferme , mais conciliante , vous jetteriez la division dans les rangs de l'armée des démagogues et des socialistes, et vous diminueriez de beaucoup les chances cl les dangers d'une catastrophe en 1852. Vous ramèneriez à la défense de la société les hommes qui n'obéissent qu'à des passions politiques, et dont l'âme honnête réprouve la guerre civile et le pillage. Une loi qui écarte de Turne du scrutin plus de trois millions d'électeurs comme vagabonds n'est-elle pas une loi de violence et de défi?

Nous vivons dans un singulier temps! Contre tout accident, nous ne connaissons d'autre expédient que des lois nouvelles , oubliant complètement les lois qui existent, et qui se trouvent ainsi annulées et contredites.

M. Thiers appelle vagabonds, dans cette loi du 31 mai, tous ceux qui ne peuvent faire preuve de trois ans de domicile. L'ai^ticle 269 du Gode pénal déclare le vagabondage un délit , et l'article 270 le définit ainsi : « Les vagabonds ou gens sans aveu sont ceux qui n'ont ni domicile certain, ni moyen de subsistance, et qui n'exercent habituellement ni métier ni profession, n

Ainsi, devant la police administrative et devant la police judiciaire, il faut trois conditions pour constituer le vagabondage : défaut de domicile certain, défaut de moyens de subsistance , défaut de métier ou de profession habituelle. Supprimez une seule de ces trois conditions, il n'y a plus de vagabonds.

La police admmistrative est impuissante à prévenir les délits,' et est contrainte par notre Code pénal de ménager certains malfaiteurs qui se sont placés en dehors de la sociélo. Elle peut bien saisir le bandit errant qui rôde

de commune en conmiune, cherchant chaque soir un gîte dans une ferme isolée^ mendiant sa nourriture et attendant l'occasion de quelques vols; mais les Yagahonds de Paris et des grandes villes^ les plus nombreux et les plus à craindre, en payant chaque soir un garni vingt centimes, ou en payant trois francs une quinzaine d'avance, ont un domicile certain.

Ainsi, d*un côté, le Gode pénal ne donne aucun moyen de poursuivre et de saisir les vagabonds, ennemis nés de la société; de Tautre, la loi du 31 mai, loi aveugle et qui va contre son but, interdit Tac • es du scrutin à tous les vagabonds qui ne peuvent point prouver trois ans de domicile, vagabonds parmi lesquels on compte nécessairement les plus honnêtes gens du monde, les plus dévoués à Tordçe et à la prospérité du païs.«,C'est là une sage et prévoyante législation! On exclut du suffrage universel une foule de citoyens paisibles; mais on se garde bien de priver des droits de la liberté individuelle les ennemis de la tranquillité publique, de tout gouvernement, ces véritables vagabonds qui grossissent chaque année les statistiques criminelles, et qui constituent cette population si nombreuse des récidivistes.

Mais sortons des textes et tenons à nos hommes d'Etat, au pays, un langage plus élevé. Pour expliquer toutes les révolutions de ce monde, toutes les invasions de barbarie qui ont sévi sur l'humanité, il faut s'en prendre aux ' passions, aux folies des hommes, aux fautes de ceux qui se sont élevés jusqu'au faite du pouvoir, ou reconnaître dans ces immenses catastrophes de l'histoire, la main de Dieu, qui protège ou bouleverse les empires, suivant les secrètes volontés de sa puissance et de sa justice.

Admcltez-vous que^ s'interdisant la guerre d'Espagne^ s'interdisant la guerre de Russie^ et négociant la paix^ rempereur Napoléon serait mort sur le trône, laissant rbéritage de sa couronne et de sa gloire à ses descendants?

Admettez-vous que Charles X, s'arrêtant devant la signature des ordonnances de juillet, négociant avec Topposition parlementaire ou faisant appel au pays, eût laissé à sa race illustre l'héritage de ses vertus et de sa couronne?

Admettez-vous que Ldiis-Philippe, sans les banquets, ne signant point sob abdication, ne parlant point pour Texil, négociant avec la Chambre des députés ou avec le pays, vivrait encore sur le trône, honoré, estimé de tous, et entouré de ses fils?

Admettez-vous, en un mot, que, sans ce délire d'ambition qui perdit Tempereur, la France n'eût point été envahie par l'Europe; quo, sans les ordonnances, la révolution de Juillet n*eût point éclaté; que, sans l'abdication et la fuite de Louis-Philippe, nous n'eussions point été surpris par la révolution de février 1848? Si vous admettez tout cela, prenez garde de commettre à votre tour de ces fautes qui perdent les nations et ruinent les sociétés. Que tous ces exemples fameux vous éclah^ent et vous retiennent; appelez-en à votre sagesse, à votre raison, devant de si terribles responsabilités; craignez, en maintenant la loi du 31 mai, de faire comme Louis- Philippe, conune Charles X, comme l'empereur Napoléon, et de donner vous-mêmes le signal d'une révolution qui, n'ayant plus de trône à renverser, s'en prendrait à la société, à la civilisation, et attirerait une troisième

fois sur la France cette ruine et cette honte : rinvasioa des barbares.

Si vous pensez, au contraire, que la main de Dieu ordonne et dirige les destinées des empires, et décrète les révolutions pour l'avenir de tous et pour les progrès de la civilisation, respectez les décrets d'en haut, et, pour lutter avec impuissance contre le suffrage universel, ne venez point provoquer de ces guerres civiles qui emportent tout sur leur passage, le foyer, la famille et les autels.

D"^ L. Véron.

FIN DU CINQUlliAlE ET DERNIKK VOLUME.

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