IV. c
Sq,144 70
Total JDSqa*à jaillet 1839. .
Totaux réunis.
Depuis le premier jour de ses débuts, 12 juin 1838, jusqu'au 28 décembre 1852, les recettes collectives des représcnialions de mademoiselle Racbel s'élèvent à la somme de 3,804,048 fr. 15 c.
174 MÉMOtREâ
Pour compléter ces appréciations, je ferai remarquer combien il fallut à mademoiselle Rachel d^études, de puissance^ de séduction y je dirai presque de profonde politique^ pour soutenir dans tout son éclat sa réputation populaire pendant le long espace de seize années^ et avec les seules ressources d*un répertoire tragique restreint et peu varié. Nos poëtes modernes ti*ont guère fourni à mademoiselle Rachel que deux tragédies, que deux rôles importants et restés au répertoire : le rôle de Virginie, dans Touvrage de ce nom, de M. Latour Saint-ybars; le rôle. de Cléopâlre, dans Touvrage de madame Emile de Girardin. Casimir Delavigne, Victor Hugo, n*ont rien écrit pour mademoiselle Rachel. Je m'en étonnais un jour : « Us ne savent pas, me répondit-elle, faire des rôles de femme^ »
Je suis surtout surpris que la santé de cette frêle jeune fille ait pu lutter contre tant de fatigues , contre tant d*ëmotions, contre tant de longs et rudes voyages. En compagnie d'une troupe nomade entretenue à ses frais^ notre grande tragédienne a su faire applaudir le génie de Racine et de Corneille en Angleten-e, en Allemagne, à Saint-Pétersbourg; en France, sur tous les grands théâtres de nos provinces , et souvent jusque dans les plus petites villes^ étonnées de tant de poésie et de tant 'honneur;
Le 26 mai 1 849, partant pour un de ces longs voyages, mademoiselle Rachel m'écrivit la lettre suivante :
a Je suis toute triste de ne pouvoir vous aller faire mes adieux ce matin; une répétition à'iphigénie m'appelle à onxe heures au théâtre.
D\UN BOURGEOIS DE PARIS ItS
» Voici mon itinéraire :
Orléans^ 29^ 31 mai.
Tours, 1er, 2 juin.
Poitiers, 3, 4.
Niort, 5.
La Rochelle, 6, 8.
, Rochefort, 7, 9.
Saintes, 10, 12.
Cognac, 11, 13.
Angoulême, 14, 15, 17*, 18.
Périgueux, 19, 20.
Libourne, 22, 23.
Mont-de-Marsan, 23.
Rayonne, 26, 27, 29, 30.
Pau, 1er, 2 juUlet.
Taites, 3, 4.
Bagnères^ 5.
Auch> 7, 8.
Toulouse, 10,11, 13, 14.
Narbonne, 16.
Perpignan, 17, 18> 20, 21* Carcassonne, 23, 24.
Cahors, 26, 27.
Aurillac> 29, 30* Clermont, l^r, 2 aoiit^ Moulins, 3> 4.
Nevers, 5.
Bourges, 6.
Blois, 8, 9i Le Mans, 10, 11.
Layal> 12.
Rennes^ 13^ 14.
Sainl-Malo, 15.
Jersey, 17, 19,21.
Guernesey, 1 8, 20.
Caen, 25, 26,28,29,3!.
» Quelle route !
» Quelle fatigue ! !
p Mais quelle dot ! ! ! ! !
n Adieu, cher ami, ne m'oubliez pas dans ces trois mois; je vous aime de tout mon cœur, et me dis le plus dévoués de vos omis.
» Racuel.
» Le M mai 1849.
» P. S. — Je crois que je m'arrêterai quelques jours (\ Bordeaux, mais rien n'est encore signé. »
Los termes d*amitié que contient cette lettre s'expliquent naturellement par les bonnes relations qui s'établissent vite entre les ailistes d'un grand talent et les joiutiaux en crédit. J'étais en 1 84v> im des proprétaii^es du (UmstttutiotmcL
Dansées longues exclurions, mademoiselle Rachel dort on voyageant, sur un lit dressé dans sa voiture. Je mitonnais (pic sa santé pût résister à tant de fatigues : « Ces voyages, me répondit-elie, me font au contraire grand bien ; le mouvement, l'agitation chassent les malaises, les mauvaises pensées, et font taire les mauvais penchants. »
Dans un feuilleton du 12 juin 1854, mon ami J. Janin donne une esquisse vraie et chatoyante de mademoi-
D'UN BOURGEOIS DE PARIS itî
selle Rachel , de cette ravissante créature qui^ tour à tour^ semble nous être venue de Tenfer ou du ciel.
a Elle est Tenfant de la presse et du public de Paris^ cette Rachel ; elle a été toutes mes révolutions, toutes mes espérances ; et les plus inquiètes espérances, elle les a justifiées, et elle seule encore à cette heure elle représente, et d*une façon souveraine, un art anéanti, perdu, oublié, une poussière... Elle a ranimé d*un souffle tout-puissant cette poussière , et depuis bientôt vingt années elle a marché dans ce grand art de la tragédie à^travei's mille ruines et raille obstacles. Enfant bien inspirée ! jeûne fille aux émotions soudaines ! artiste remplie des caprices du malaise et de toutes les passions de l'artiste ! et tantôt belle, tantôt médiocre, aujourd'hui elle marche sur la nue, à la façon des filles d'Homère, et le lendemain \^ voilà dans l'abîme ! Cette femme est un problème, une énigme, un excès en toute chose ; il n'y a pas de blâme et pas de louange aussi qu'elle n'ait mériiés et qu'elle ne mérite; excessive en tout, en mal comme en bien, en inspiration, en t&i'reà-terrCj esclave et reine, ambitieuse et résignée, éloquente, éclatante, inspirée, ou bien languissante, inanimée, accablée! — Une statue!... un spectre!... une force l... une ombre!... »
Je ferai remarquer que, dans ce jugement, le spiritue et savant critique reconnaît à l'artiste une grande force, une grande puissance, mais semble aussi lui dénier tacitement les entraînements d'une sensibilité profonde, remuant les cœurs jusqu'aux larmes.
IV i«
U nous reste à étudier ici^ avec la réserve la plus craintive, avec toutes les délicatesses du langage le plus contenu et le plus timide^ la femme séduisante et singulière que^ dans de longues ei amicales relations, j*ai pu observer de près, en même temps que je suivais les destinées du talent de l'artiste.
J'ai souvent eu Thonneur de faire asseoir à ma table mademoiselle Rachel, au milieu d'hommes distingués de ce temps-ci; j'ai vu autour d'elle M. le comte Mole, M. le général Ghangarnier, M. ÂchiUe Fould, M. le duc de Soto-Mayor, alors ambassadeur d'Espagne à Paris, M. Sainte-Beuve, M. Eugène Delacroix, M. Meyerbeer, M. Âuber, M. Halévy, etc., etc. La jeune artiste, de Tair le plus naturel, se montrait grande dame, et faisait preuve de toutes ces qualités d'esprit habiles à subjuguer même des hommes supérieurs, qualités raines que possédaient surtout certaines femmes du dernier siècle, dont les salons furent illustrés par l'assiduité des noms les plus célèbres.
Gomme Gélimène, mademoiselle Rachel a pom* politique dejplaire à tous. Ses gracieuses attentions, ses ai^ mables coquetteries ne reconnaissent aucune nuance de position, de fortune ni d'importance. Si dans le coin d'un salon se cache par modestie ou par timidité un inconnu dédaigné, la Gélimène tragique, pour celui-là, sera tout soin, tout empressement, tout attraits. On dirait que, comme le prince de Gonti dont parie Saint- Simon, elle téUilie de plaire au cordonnier , au laquais, au porteur de chaise, comme au ministre d'État, au grand seigneur^ au général d'armée, et si naturellement que le succès est certain. Disons vite que ce désir de plaire et
de séduire est pour mademoiselle Rachcl presque une nécessité de position : elle convoite les applaudissements des galeries et des amphithéâtres au;$si bien que les applaudissements des avant-scène et des premières loges.
Son esprit vif et brillant^ ses reparties promptes^ plai« santés, jaimais blessantes, se gardent bien cependant de se trop montrer et de prendre trop de place; jamais je ne vis tant d*art caché sous une simplicité si naïve, sous une réserve de si bon goût.
M. le comte Mole, rencontrant mademoiselle Rachel chez moi, lui dit, avec cette bonne grâce de grand seigneur qu*on lui connaît : a Vous avez, madame, sauvé la langue française. » Mademoiselle Rachel répondit par le plus respectueux salut, et en se tournant vers moi : « C'est bien heureux, me dit-elle, ne Tayant jamais apprise. » Elle repoussait ainsi modestement une louange un peu exagérée par un aveu qui manquait d'exactitude.
Forte de cette philosophie que donnent surtout les fortunes les plus diverses et les plus contraires, mademoiselle Rachel ne s'enorgueillit, ne s'étonne de rien. Dans ses premières années de début, elle ne se montrait jamais plus gaie, plus charmante fille, à souper au milieu de sa famille et de quelques amis, que lorsqu'elle venait d'être comblée par le public d'applaudissements, de fleurs et de couronnes mérités. Artiste consciencieuse, elle était alors sévère pour elle-même. Elle se reposait avec bien-être dans une familière intimité de toutes les fatigues de la scène, de tout le bruit du triomphe. Revenant un soir de Windsor, oii elle avait dit des vers
devant la reine d'Angleterre, encore ëtourdie de tous les éloges, de toutes les tendresses de cour, elle s'écria en rentrant au logis, et en se jetant sur un fauteuil, au milieu d'ime -compagnie composée de sa mère, de sa SŒfur et de quelques assidus de sa maison : <( Ah ! mes chers amis, que j'ai besoin de m'encanailler ! » Les esprits élevés sont bientôt à bout d'honneurs mondains ; tous estiment que la liberté et le sans-gêne sont les meilleures choses d'ici-bas, et que rien n'est bon, pour parler le langage de nos pères, comme de vivre à ventre déboutonné.
Que j'ai passé de charmantes heures avec la jeune tragédienne dans son bon temps, alors insouciante et rieuse, se prenant d'une fièvre de joie qui durait cinq minutes, pour la moindre nouveauté, pour le moindre hochet, distinguant à peine, dans l'ignorance de son esprit et de son cœm", le bien et le mal >' faisant bon marché de son talent ^ de ses succès ; fatiguée plutôt qu'enivrée de la louange et de l'admiration, aimant à se souvenir de& bonnes gaietés, des poétiques espérances de la jeunesse et de la pauvreté ; généreuse et ten* dre envets toutes les infortunes qui lui rappelaient des temps âpres et rigoureux ; fuyant volontiers l'éclat et le luxe> leur préférant par sentiment^ par habitude^ le joyeux sans-façon de la médiocrité. Comme les grands seigneurs de la fin du dernier siècle, Éermione eût même aimé à se gaudir quelquefois en mauvaise compagnie, à goûter des pots, à tâter des ragoûts du cabslret.
Quelle intéressante figure que celle de cette jeime bohémienne, devenue grande dame à l'improviste et à
D\UN BOURGEOIS DE PARIS Igl
son insu! Rien de plus mobile^ de plus changeant que ce caractère et cet esprit tournant à tous vents : c'est tour à tour la folie^ la sagesse^ la tristesse ou la joie de Tirre, le fou rire ou les larmes.
Je n'oublierai jamais une petite scène dont le hasard me rendit témoin. Mademoiselle Rachel sortait du Théâtre-Italien^ pendant ime représentation. Un laquais fait avancer sa voiture ; elle allait poser le bout de son élégante chaussure sur le marchepied^ lorsqu'une petite marchande d'oranges^ la reconnaissant, s'écrie avec cette inflexion de voix railleuse des halles et des marchés : a Ah ! Rachel ! Rachel ! » La tragédienne s'arrête, se retourne, et gaiement lui répond sur le même ton : a Tiens, c't' autre ! p Reprenant sa voix naturelle : a Eh bien, ma chère enfant, ajoute mademoiselle Rachel, vends-tu bien ta marchandise ? » Avant d'(^tenir une réponse, elle jeta une pièce d'or au milieu des oranges. La petite marchande en haillons, intimidée, étonnée, combla de tendres et respectueux remerciments la grande dame au bon cœur, montant en équipage.
Le 45 août 1841, mademoiselle Rachel m'écrivait de BcM'deaux : « Le public, la rampe, le père Corneille et jusqu'à mon costume me donnant une force factice pendant le cours de mon rôle ; bientôt après je retombe en faiblesse, et je reste triste jusqu'à la représentation suivante. »
Malgré tous les bruits presque périodiques de démission, je n'ai jamais cru à une retraite prématurée de mademoiselle Rachel. Elle n'existe que par le théâtre, que pour le théâtre; il lui faut pour vivre le feu de la
rampe^ un souffleur^ de beaux vers à réciter, de violentes passions à exprimer, un ministre à séduire, un directeur de théâtre à dominer, à inquiéter; il lui faut surtout le bruit et l'ivresse des applaudissements.
Lorsqu'à Paris la jeune tragédienne vient déjouer Fun de ces grands rôles qui réclament toutes ses forces, le sommeil lui devient le plus souvent impossible, et il lui arrive alors de passer la nuit entière à déplacer tout son mobilier, ou à courir la ville eu voiture, clandestinement.
Les esprits sérieux s'étonneront peut-être d*un rapprochement auquel m'entraînent mes souvenirs : j'ai retrouvé dans mademoiselle Rachel plus d'une des qualités de cet esprit pénétrant et pratique qui m'avaient séduit chez M. Thiers. C'est la même netteté de vues, la même ardeur pour le but convoité, les mêmes ruses ingénieuses, les mêmes séductions calculées, la même fécondité d'expédients, la même tolérance philosophique qui ne comprend ni la vengeance, ni les haines, qui se contente de négocier avec les inimitiés, d'apaiser les rancunes et de conquérir toutes les influences , tonteij les amitiés qui peuvent devenir utiles. J'estime qu'à l'clévation et à l'instruction près, mademoiselle Rachel montre dans les familières causeries autant d'esprit, autant de jugement, de bon sens et d'aperçus inattendus et piquants que le grand orateur et l'homme d'État de la monarchie de jiiillet. L'art oratoire (je ne dis pas l'éloquence) et l'art de la scène exigent presque les mêmes études, les mêmes pratiques, au rouge près.
Si j'avais écrit ces Mémoires en 1838, j'aurais eu peine à contenir, même devant le public, la plus folle
admiration pour la jeune Rachel d'alors; mais je suis devenu vieux 9 elle est devenue riche ^ et rien ne modère plus Tesprit et le cœur que les richesses et les années.
La vie de mademoiselle Rachel est*elle restée à Tabri de ces Hautes, de ces faiblesses sans lesquelles, s'il faut en croire Thistoire du théâtre, Tart se montrerait impuissant, et l'actrice incomplète? Adrienne Lecouvreur fut deux fois mère : c'est un nouveau point de ressemblance entre Adrienne Lecouvreur et mademoiselle Rachel, entre l'existence romanesque et agitée de ces deux illustrations dramatiques.
Gomme fille, comme sœur et comme mère, mademoiselle Rachel nourrit dans son cœur un ardent amour de la famille; Dans ce monde de comédiens et de comédiennes on se querelle, on se brouille, on se sépare, mais pour se rapprocher, pour s'embrasser et pour s'aimer davantage. L'opulente tragédienne scelle ces fréquentes réconciliations des plus riches dons, des plus magnifiques présents.
Ne traitez pas mademoiselle Rachel de femme dangereuse, au cœur méchant : elle met presque toujours autant de bonne grâce à réparer ses torts qu'elle éprouve quelquefois de malin -plaisir à s'en rendre coupable. Cependant soyez défiant, ne laissez pas votre cœur s'enfiammer à l'explosion soudaine des coquetteries et des tendresses dont la tragédienne se plaît par caprice à étourdir le premier venu : elle ne se souviendra pas le lendemain de ses paroles engageantes, de ses avances de la veille ; elle se rit parfois des passions qu'elle inspire.
On a plus d*uae fois accusé mademoiselle Racbel de cupidité; chez elle^ excès de prodigalités, excès de pe« tits calculs et d*babiles économies se succèdent et se rem« placent; dans son laisser-aller, elle veut parfois tous donner tout ce qu'elle possède, elle vous apporte à domicile d'inattendus présents ; mais, dans ses distractions amicales, elle serait peut-être, peu de jours après, tentée de vous reprendre plus qu'elle ne vous aurait donné. Tous les contrastes se produisent chez cette mobile et changeante nature : bienfaisance prodigue et esprit d'affaires, dévouement d'ange et malices de démon; nature fiévreuse qui veut tout épuiser, qui. veut abuser de tout, qui ne croit pour l'avenir ni aux rides, ni à Fadversité, ces éternelles et implacables ennemies de la beauté, du génie et des plus hautes fortunes.
Je ne sais si, dans cette étude de mademoiselle Racbel, je rampai fait aimer ou redouter ; je ne sais si j'aurai appelé sur elle le blâme ou l'estime. Il faut tenir compte de son éducation prématurée de tréteaux et de coulisses, de ses privations, de son dénûment à son entrée dans la vie; il faut se rappeler d'où elle est partie, où elle est arrivée, pour lui tenir compte du long chemin semé de ronces et d'épines, plein de périls et d'à* bîmes, que dans son enfance et sa première jeunesse elle eut à parcourir presque sans guide, sans le nécessaire et sans appui. A côté de quelques mauvais sentiments qu'elle réprime, restes impurs d'une vie errante à travers d'épaisses broussailles et de pernicieux marais, on trouve en elle de nobles instincts, le sentiment des grandes et belles choses, une passion ardente pour les plaisirs de l'esprit, une intelligence supérieure, une
aimable philosophie^ et toutes les séductions d*une élégance et d*une distinction natureUes. On devient presque son ennemi dès qu*on ne la voit plus; on la retrouve charmante et avec joie lorsque, comme TenAmt prodigue, elle revient au logis. Absente, on ne se souvient plus que de ses fautes, qu'on appelle des crimes; présente, on est vaincu par ses rares qualités, par ses ravissantes et trompeuses coquetteries.
Ma destinée m'a fait vivre au milieu d'un grand nombre de femmes de théâtre : je n'en ai jamais rencontré qui eussent autant de singulier, autant d'extraordinaire que mademoiselle Rachel, autant de passions contraires et personnelles ; je n'en ai jamais vu parties de si bas et montées si haut. J'ai peine à croire que Champmeslé, Duclos, Adrienne Lecouvreur, Dumesnil, Gaussin, Clairon et tant d'autres chantées par les poètes immortels du dix-septième et du dix-huitième siècle aient été plus dignes de tant d'honneurs et de pareils hommages que la grande tragédienne de notre temps.
Les poètes dont les œuvres traversent la nuit des temps sont dans la postérité une escorte protectrice pour les talents qui n'ont pu briller qu'un jour. Gomme l'écrivait Corneille vieux à une jeune marquise :
Je pourrai sauver la gloire Des yeux qui rae semblent doux, Et dans mille ans faire croire Ce qu'il me plaira de vous.
Je regrette que Racine et Corneille ne puissent illustrer du fond de leur tombeau la jeune muse tragique par des vers en son honneur. N'at-elle pas su faire revivre leur génie au milieu de triomphes nouveaux? Je
regrette que les poètes de nos jours, que Casiiuir Dekvigne, Vietor Hugo et Lamartine, surtout celui-ci, dont la gloire est immortelle, niaient point eu quelque encens et quelques entraînements poétiques pow* notre tragédienne, que leurs vers eussent défendue avec juslice contre le temps et Foubli.