MES NOUVEAUX AMIS
rasser du fardeau qui pesait sur moi, je quittai ma place, je me dirigeai vers la chaire de M. Pellerin, j'en gravis en chancelant les degrés et, me penchant à son oreille, je lui dis d'une voix étranglée par la honte:
«Monsieur, c'est moi qui ai causé ce malheur. J'aime s mieux vous le dire tout de suite. »
M. Pellerin me regarda avec une surprise qui me fit mal.
c Vous, Besnard ? me dit-il. Vous êtes le dernier élève que j'aurais soupçonné.»
J'éclatai en larmes. lo
c Oh ! monsieur, balbutiai-je au milieu de mes sanglots, vous pensez «bien que je ne me doutais pas que des résultats pareils fussent possibles.
— Je le crois, mon enfant, me répondit-il, et j'espère que M. le proviseur en sera convaincu comme moi. . . Il 15 faut aller le trouver. . . Je vais demander à me faire remplacer et vous accompagner chez lui ! ... »
Cet aveu m'avait fait du bien. J'étais presque calme quand je revins à ma place mettre mes papiers en ordre, car je me doutais que je ne rentrerais pas de sitôt au 20 quartier. Aussi regardai-je Tanguy avec un mépris mêlé de pitié, quand, au moment oli je passai près de lui, il me dit à demi- voix:
«Imbécile! Au moins, ne va pas nous dénoncer!»
Le proviseur, averti par M. Pellerin, nous reçut im- 25 médiatement dans son cabinet. Il ne fut pas surpris, lui, d'apprendre que j'étais l'auteur du crime. Les bouchons portaient le nom du marchand de liqueurs, et une enquête sommaire chez cet industriel avait déjà permis de remonter jusqu'à Piffard ; il était donc probable que le complot 30 était parti de la classe de sixième.
Pifïard devait bientôt, comme je le sus plus tard, donner, à la première sommation, mon nom et celui de Tanguy. Pour mon compte, il fut impossible de m'arracher celui d'un seul de mes camarades. M. Ruette
5 n'insista pas d'ailleurs sur ce point. Il reçut ma déclaration avec une tristesse profonde, et me vit trop désolé pour m'accabler de reproches.
c J'ignore quelle décision prendra à votre égard l'autorité académique,^ me dit-il, mais il faut vous attendre à
lo une sentence d'expulsion. J'ignore même si la justice criminelle ne sera pas saisie de l'affaire. Présentement, je ne puis que vous envoyer au séquestre jusqu'à nouvel ordre. Vous allez vous y rendre sur l'heure. Monsieur Pellerin, veuillez avertir M. le censeur que je dispense
15 Besnard dit pensum ordinaire.»^