‹ Mémoires d'un collégienChapitre 22 sur 83 · NON, MERCI · texte numérisé non relu

NON, MERCI

5 C'en était trop! Et je m'étais assez humilié. Un quatrième billet quitta ma cellule. Il portait:

«Je ne suis pas étonné que vous cachiez votre nom; ne serait-ce pas: MALOTRU?»

Réponse en marge: «NON.»

lo Je m'avouai battu et je rompis les négociations.

La journée s'acheva sans nouvel incident La colère que j'éprouvais contre mon affreux voisin m'empêchait de retomber dans mon désespoir, mais elle ne m'empêchait pas de m'ennuyer.

15 La nuit vint. Je fus extrait du séquestre et conduit à l'infirmerie, car, même pour dormir, je devais être séparé de mes camarades. A peine étais-je tombé dans mon lit, que je fus saisi d'un profond sommeil. Ce n'était pas celui de l'innocence, mais c'était celui d'un enfant qui a 20 presque une nuit blanche à rattraper.

Le lendemain nxatin, à peine avais-je été réintégré dans ma cellule, qu'un sentiment de curiosité irrésistible me fît de nouveau frapper à la cloison pour apprendre si mon voisin, lui aussi, était encore au séquestre. Deux 25 coups me répondirent et me fixèrent sur ce point. Mais cette fois j'en restai là et je n'écrivis plus.

Sept heures et demie sonnèrent. Un gros morceau de pain m'arriva pour mon déjeuner.

Je venais de l'entamer avec un appétit que le remords

30 n'avait pas affaibli, quand je sentis tout à coup, sous

mes dents, une résistance extraordinaire. Je recherchai

SUR LA PAILLE HUMIDE lOJ

Tobstacle, et je découvris un papier soigneusement plié qui avait été adroitement logé au fond de mon croûton. Je dépliai ce papier avec un empressement fébrile . . .

C'était un numéro du journal manuscrit du lycée ! . . . Car le lycée possédait un journal dont la lecture se s payait ordinairement cinq centimes, et qu'une main amie, en considération sans doute de ma situation tragique, me faisait, pour une fois, servir gratuitement. »

Je le dévorai d'une haleine. Livingstone,^ quand il fut retrouvé par Stanley dans les déserts de l'Afrique cen- lo traie, n'interrogea pas plus avidement son sauveur sur les nouvelles de la vieille Europe.

Je me bornerai à reproduire les Nouvelles de la dernière heure du journal du Lycée {^Indépendant de Châtillon), les seules qui eussent pour moi un intérêt personnel. 15

Page 1