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LA COMPOSITION FINALS 14I

de mars, Parmentier, qui voyait mes efforts pour le rejoindre et qui ne voulait pas se laisser dépasser, travaillait si désespérément à la préparation d'une composition en histoire, qu'il tomba malade de fatigue et fut obligé de garder le lit pendant quelques jours. Il ne put con- 5 séquemment prendre part à la composition, et je fus aisément premier. Cela me rendit les dix points que je n'avais jamais pu rattraper sur lui, et nous laissa tous deux au même total: 182 points.

J'avais bien quelques scrupules à ce sujet, et je les lo communiquai à M. Delacour. Mais il me rassura bien vite. C'étaient là des chances adverses ou favorables avec lesquelles il fallait toujours compter, me dit-il. Rien ne pouvait me garantir que je ne serais pas moi-même malade, ou empêché avant la fin du semestre, et il n'était 15 pas possible d'altérer les règlements pour ces motifs tout personnels.

c Parmentier, ajouta-t-il, est malade par sa faute; nous n'avons jamais pu le décider à donner à la lassitude de son cerveau le contrepoids nécessaire des exercices phy- 20 siques, et, au moment oh il a le plus besoin de ses forces, elles lui font défaut. »

Il n'y avait évidemment rien à riépondre, et je m'inclinai devant ces raisons.

Je devais bientôt avoir une satisfaction qui me toucha 25 plus que je ne puis l'exprimer. Baudouin, s'étant présenté au concours ouvert à la préfecture pour la distribution des bourses départementales, fut classé le second et porté sur la liste des élus.

Il voulut bien m'assurer, en m'annonçant cette heu- 30 reuse réalisation de son vœu le plus ardent, qu'il en était

redevable à notre affectueuse collaboration. Le fait est qu'elle était aussi utile à l'un de nous qu'à l'autre, et j'étais souvent étonné des forces nouvelles que j'y avais puisées comme lui.

5 La fin de mars arriva, et, avec elle, la dernière composition, la composition suprême qui devait décider de la priorité entre Parmentier et moi.

Nous l'abordâmes avec le même nombre de points. J'avais bon espoir, car la composition était en version

10 latine, et j'avais eu le bonheur d'être trois fois premier dans ce genre d'exercice, au cours du semestre. Que^ ce bonheur persistât, et j'arrivais au but, j'enlevais de haute lutte, avec un point d'avantage sur Parmentier, le premier prix de Pâques!

15 Je constatai avec plaisir que la tâche était difficile. Le texte écrit sous la dictée, dans un religieux silence, était un passage de Cornélius Nepos.^

Les deux heures qui nous étaient accordées pour le traduire passèrent avec la rapidité de l'éclair. J'écrivais

20 la dernière ligne comme le tambour roulait, et je remarquai avec une certaine inquiétude que Parmentier s'était levé un des premiers pour remettre sa copie à M. Delacour. Il me sembla pourtant lire une expression de tristesse sur sa figure.

25 Je passai dans une impatience fébrile les trois jours qui nous séparaient du samedi. Que n'aurais-je pas donné pour être en possession du résultat! Chaque soir j'écrivais chez nous des lettres enflammées pour faire part à tous les miens des espérances que je caressais.

30 Enfin le grand jour arriva.

Après la récitation des leçons, M. Delacour prit lente-

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