‹ Mémoires d'un commissaire de police (volume 2)Chapitre 58 sur 58 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Raymond prit la main que lui tendait Irène, et la U^a tendrement à ses lèvres.

4 y^ il avança le siège qu'on lui offrait, et s'assit près 4^1^ Jeune fille.

^^e vi ve rougeur avait monté aux joues d'Irène ; un

y^tt&ttt- elle oublia son beau regard profond sur le

TtimiG, et dégageant doucement la main

— Tout à- l'heure, dit-elle, j'ai eu une longue conversation avec mon père, et c'est à la suite de cette conversation que, d'abord, l'idée m'est venue de vous demander cet entretien.

— Votre père? demanda Raymond, se serait-il inquiété de ma présence auprès de vous pendant les incidents de cette nuit ?

— Mon père, répliqua Irène, n'a d'autre ambition que de me voir heureuse, et il s'est informé des raisons qui vous avaient amendé et retenu à mon chevet.

— Et que lui avez- vous répondu ?

— Je lui ai dit la vérité.

— Ah! parlez... expliquez-vous.

— Je lui ai avoué que je vous aimais.

— Irène !

— Et j'ai ajouté que je croyais que vous, de votre côté, vous ne m'aviez pas vu avec indifférence.

Pour toute réponse, Raymond reprit vivement la main qui s'était discrètement retirée, et la couvrit de baisers passionnés.

— Oh ! je vous aime ! je vous aime ! dit-il avec un complet enivrement ; ma vie désormais est suspendue à la vôtre, comme mon bonheur sera intimement lié à votre amour.

— Alors vous ne m'en voulez pas d'avoir parlé à mon père comme je l'ai fait?

— Taisez-vous! taisez- vous... .Si vous saviez quelle joie est en moi!... mais je veux voir M. Guillemot luimême, et... lui dire...

Irène fit un signe négatif.

— Vous parlerez à mon pèrb plus tard, interrompitelle, et quand je vous aurai fait part des observations qu'il a élevées.

— Quelles observations.

— Dame! après l'aveu que j'avais fait, il était tout naturel que l'on me demandât si je vous connaissais..., ce que vous étiez..., enfin à quelle... famille vous apparteniez...

Le front de Raymond se rembrunit à ces paroles... Mais Irène n'eut pas l'air de s'en apercevoir.

. — Vous comprenez, continua-t-elle, que je me sois trouvée fort embarrassée devant cette question... et je n'aurais su vraiment que répondre, si, à ce moment même, une visite que j'ai reçue n'était venue, fort à propos, me tirer d'embarras...

— Quelle visite? fit Raymond étonné...

— Une femme.

— Son nom ?

— Germaine.

— Elle est venue vous voir ?

— Il y a une demi-heure.

— Et que voulait-elle ?

Irène eut un triste et pénible sourire.

— Oh ! elle est bien désolée, la pauvre femme, répondit-elle, on venait de lui apprendre la terrible fin du duc de Palmarès qu'elle avait connu et aimé, et elle se retirait du monde pour aller passer le reste de ses jours dans une solitude inaccessible.

— Elle vous a dit cela ?

— Et elle pleurait en le disant, et tout mon cœur à moi s'est brisé à la vue d'une si profonde douleur.

— Mais tout cela n'explique pas...

— C'est qu'elle ne s'est pas contentée de me parler de moi ; elle m'a encore parlé de vous ; elle m'a dit qui vous étiez, et m'a expliqué comment le prince Karpèles avait, avant de mourir, légué ses biens et ses titres à son petit-fils. Voilà ce qu'elle m'a dit, mon ami, — puis elle a ajouté même autre chose.

— Quoi donc?

— Vous me permettez de tout vous dire, n'est-ce pas?...

— Mais, je vous en prie, au contraire.

— Même si vous deviez rencontrer dans mes paroles ?n liment que vous puissiez - blâmer?

Comment?

e remua doucement le front.

— Ah ! que m'importe à moi, dit-elle, que votre amour me fasse princesse !.., Ce n'est pas un titre, mais le bonheur que je vous demande. Seulement, quand j'ai questionné cette femme sur votre passé, elle m'a appris qu'il y avait chez vous certain coffret mystérieux qui renfermait tout le mystère de votre vie, et...

Raymond tressaillit et ses sourcils se froncèrent.

— Mais quel intérêt?... fit-il d'un ton troublé.

— Je ne sais pas.

— Au moins vous a-t-elle fait connaître de quelle nature était ce mystère dont elle vous parlait ?

Irène se prit à rougir de nouveau.

— Non, elle ne m'a pas dit cela, répondit-elle ; et pourquoi vous le cacher? c'est précisément ce qui m'a effrayée.

— Que dites-vous ?

— Ah ! vous m'avez permis de vous parler en toute franchise...

— Sans doute.

— Eh bien... écoutez-moi, Raymond, et pardonnezmoi surtout... Cette femme a mis à sa confidence une certaine réserve qui m'a profondément troublée... Pourquoi ne m'a-t-elle pas tout dit... et que peut-il y avoir dans ce coffret que vous ayez intérêt à me cacher?

Raymond fit un geste étonné.

— Irène, dit-il, d'un ton de douloureux reproche, quelle pensée peut donc vous être venue... est-ce que, par hasard, vous songeriez à être...

— Jalouse!... dites le mot... eh bien, oui, ne m'en veuillez pas. Moi, voyez-vous, je vous dirai tout mon passé, jour par jour, heure par heure, comme je le dirais à Dieu s'il m'interrogeait, et je veux qu'il en soit ainsi de vous.

— Ah \ vous êtes mon premier... mon seul amour.

— Alors, nous lirons ensemble les papiers que contient le coffret.

— Cependant.

— Vous hésitez !

— Non!... non!... seulement. . comprenez-moi... Ce que contient ce coffret est un secret qui ne m'appartient pas... il y a là, peut-être, le déshonneur, la honte d'une femme.

Irène parut réfléchir un instant. Puis elle releva tout à coup la tète.

— Eh bien, dit-elle, comme si une pensée subite lui avait traversé l'esprit, il y a un moyen de tout concilier.

— Lequel?

— Ces papiers, dont on m'a parlé, c'est le passé, n'estce pas ?

— Sans doute.

— S'il y a quelque danger à ce qu'ils soient lus, pourquoi ne les détruiriez-vous pas de vos propres mains ? .

— Mais...

— Ah ! vous n'y pouvez tenir.

— Vous avez raison.

— Et puis, par cet acte de résolution, songez-y donc, vous sauvez l'honneur d'une femme, d'une indiscrétion on d'une imprudence.

— Irène !

— N'est-ce pas votre avis?

Raymond ne répondit pas. Il s'était levé, et son regard indécis et troublé plongeait dans celui de la jeune fille.

Depuis quelques secondes, un vague soupçon lui était venu. Ce n'était pas Irène qui était jalouse... c'était Germaine qui était inquiète. Elle voulait surtout que le doute qui pesait en ce moment sur l'esprit de Raymond ne pût jamais être dissipé, et pour cela il n'y avait qu'un moyen, qui était de brûler l'enveloppe noire !...

Raymond hésita à peine quelques minutes. Ce qu'on

lui demandait d'ailleurs se conciliait parfaitement avec

le sentiment de respect filial qu'il avait voué à sa mère;

* vengeance était satisfaite et il ne voulait pas même

sser subsister en lui celte evmûsvlè imprudente qui,

deux fois, l'avait poussé à rompre le cachet de la redoutable enveloppe.

Il fit à Irène un geste d'acquiescement, appela Salomé et lui remit la clef de son secrétaire, en l'invitant à y aller prendre le coffret dont Irène venait de lui parler.

Puis, dès que la jeune soubrette se fut éloignée, il se rapprocha du lit d'Irène.

— Êtes- vous contente de moi, lui dit-il, et aérez- vous encore jalouse ?

— Non ! non ! répondit Irène, car de ce passé terrible, il ne restera plus qu'un souvenir que nous pourrons évoquer tous les deux, sans trouble et sans appréhension, le souvenir de votre mère !

Salomé ne tarda pas à revenir. Elle apportait le coffret qu'elle remit à Raymond, et que celui-ci passa à Irène pour qu'elle l'ouvrît.

Irène en souleva le couvercle d'une main tremblante, en tira l'enveloppe noire, et après avoir y déposé un long et pieux baiser, elle la tendit à Raymond.

Ce dernier l'approcha d'une bougie qu'il venait d'allumer, et ne la rejeta dans le4byer que lorsqu'elle fut entièrement consumée.

Quand tout fut fini, il passa sa main rapide sur son front, et arrêta son regard sur la jeune fille qui l'observait avec une dernière inquiétude.

— Merci, Irène,... dit-il avec une profonde émotion ; si vous m'aviez abandonné à moi-même en ce moment suprême, peut-être n'eussé-je pas eu la force de résister. Maintenant, ainsi que vous l'avez dit, ma vie vous appartient tout entière; le passé est mort, et je ne veux pas y arrêter ma pensée. Il n'y aura plus désormais entre vous et moi que le pur souvenir de ma mère, qu'aucune curiosité malsaine ne pourra même plus menacer... Irène, je vous aime... et vous bénis !...

Qu'ajouter à ce qui précède... L'histoire que notfs avons entrepris de raconter finit à la page où commence le bonheur de Raymond et d'Irène, et nous pouvons fermer le livre.

.Toutefois disons, pour ceux de nos lecteurs qui se seraient intéressés à quelques-uns de nos autres personnages, que Spavento et Ricordi jugèrent prudent, dès le lendemain de la mort du duc, de prendre la fuite et d'aller chercher fortune dans le nouveau monde. Moins heureux, ou plus avide, Médina voulut demeurer, espérant que Raymond l'oublierait dans son bonheur.

Mais si Raymond ne s'en souvenait plus, Hector Beaulieu y pensait toujours... et son premier soin, dès qu'il fut rétabli, fut de déférer le banquier à la justice.

Sa condamnation a fait trop de bruit à cette époque pour que nous ayons besoin de nous étendre sur ce point.

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