UN VOYAGE D EXPLORATION LOINTAINE
Cependant, Désir et moi , un soir, après avoir, à notre cœur content , joué du galoubet , nous fûmes atteints de la fantaisie , non pas de nous enraciner, mais de prendre vol et de faire ensemble un voyage. Nous n'avions jamais vu la mer, la ferme n'en était pourtant éloignée que de vingtsix kilomètres ( on disait en ce temps-là sis lieues et demie). Nous résolûmes de nous y transporter à pied . un dimanche , et d'y emmener avec nous Gorgotin ; mais Lagorgote , informé de notre projet, nous conseilla de prendre la carriole.
— En trois petites heures , avec Coco , vous ferez le trajet , nous dit-il ; ça vous permettra de vous promener un peu là-bas , d'y rester plus longtemps et de rentrer plus tôt.
Mais il nous fut enjoint que pas un autre que Désir ne conduirait la carriole , ne soignerait
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Coco et ne dirigerait rexpêdition. Et puis , nous (levions être rentrés avant la nuit.
Le lecteur nous voit-il tous les trois en route, assis dans la chère carriole , sur la même planchette : Désir à droite, tenant le fouet et les rênes ; Gorgotin au milieu et moi à sa gauche , seize ans, quinze ans, quatorze ans . libres , gais , radieux comme l'aurore qui nous éclairait ! Nous avions tout préparé dès l'aube , et le soleil n'était pas levé, que déjà nous filions...
On était aux premiers jours de septembre, et le temps s'annonçait admirable. Au froid un peu vif du matin succédait un beau soleil, qui doucement nous échauffait et nous égaj'ait. D'ailleurs, en nous éloignant de la ferme , tout devenait pour nous sujet de surprise , d'admiration, d'interrogations mutuelles. Qu'était-ce que ceci? Qu'était-ce que cela? Quels singuliers peuples! Un peu plus , et je vous le dis , nous nous fussions crus les explorateurs de régions inconnues.
Le petit port de mer, but de notre voyage , nous fit pousser de bien autres exclamations. Nous prîmes pQur des Troglodytes , pour des Topinambours , pour des Saraoyèdes , pour des races encore plus étranges , les premiers marins
c..,Googic
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que nous .aperçûmes. Ils avaient Jes toucles d'oreilles! Jamais nous n'avions entendu parler de pareil ornement à des oreilles d'homme ailleurs que chez les sauvages. Nous eussions ri, si les bonnes et loyales figures de ces marins n'avaient tout de suite éveillé notre sympathie.
Si les marins nous avaient étonnés , jugez de l'impression que put nous causer la vue delà raerl Un poète, un romancier essaieraient de vous la décrire ; quant à moi , je m'en garderai bien , ne croyant pas la chose possible . même avec du talent ; que serait-ce donc de moi , qui n'en ai pas , si je m'imposais sottement une telle tâche?
Nous eiimes le spectacle de la marée montante et d'une mer agitée ; cela n'empêcha pas que Désir, qui nageait très bien , ne voulût se baigner, et , ma foi ! quoique moins bons nageurs que lui , nous nous décidâmes à l'imiter ; nous avions , d'ailleurs, sous les yeux l'exemple d'une vingtaine de baigneurs de même âge que nous , et nous goûtâmes pour la première fois les voluptés de la mer.
Nous avions laissé Coco dans une petite aub3rge , à l'intérieur de la ville ; nous y allâmes dîner. Jamais aucun de nous n'avait eu pareil