SAUVAGERIE
Ne croyez pas que je raconterai ma vie d'étudiant : cette vie , qui eut , par l'étude , de l'intérêt pour moi . n'en aurait pas pour vous.
En dehors du travail , en dehors des promenades et des réflexions solitaires , j'eus ù Paris une existence assez maussade.
Les camarades voulurent trois ou quatre fois m'entraîner dans leur tourbillon , j'y fus d'un triste et d'un bête qui ne les encouragea pas à faire de moi leur compagnon habituel.
J'avais, à Paris , retrouvé Arthur ; je fus présenté chez son père, devenu ministre. Je m'ennuyai à mourir dans cette maison officielle, Mon frère aîné , maintenant ingénieur , avait déjà tiré pas mal d'avantages de cette relation. On eût voulu me voir suivre ce bon exemple , et c'est ce qu'eût fait tout garçon d'esprit à ma
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place; mais je n'étais pas un garçon d'esprit. Je dois ajouter encore à ma charge que le ministre, chez lui, était un homme aimable; que j'avais reçu de son fils , de toute sa feraille un parfait accueil. Avec tout cela , je restai comme un niais à l'écart. J'avais peut-être aussi mes ambitions ; mais le ministre ne pouvait rien à leur satis&ction. Je fus poli , aimable , affectueux même ; mais j'évitai les réceptions officielles, les dîners d'apparat. On parut , du reste, accepter ma sauvagerie ; car c'est un des charmes de la vie parisienne , que la Ëicilité qu'on y laisse à chacun de s'arranger à sa guise.
J'avais pris fort à cœar les études physiologiques ; mais je me permettais de trouver nos professeurs , pour la plupart , au-dessous de ce qu'ils ensfflgnaient ; quelques-uns paraissaient même n'en comprendre qu'imparfaitement la portée. Je regrettais aussi que la science, dans ces différents cours, nous fût distribuée à l'état parcellaire , sans que jamais on nous signalât le lien qui en relie toutes les parties ; j'aurais voulu que l'enseignement scientifique nous fût présenté quelque part en sou ensemble , et que de toutes les connaissances acquises on essayât de nous
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donner la conclusion , car la science me paraissait devoir produire aussi sa philosophie.
— Mais l'heure des conclusions philosophiques n'a peut-être pas sonné , me disais-je , et j'en revenais à l'étude des détails.
Du reste, je prenais peu de part aux discussions philosophiques de ce temps-là , encore moins me mélais-je aux luttes politiques , littéraires, artistiques... J'entendais même, sur tout cela , professer des doctrines qui me paraissaient incompréhensibles, tant mon esprit était incapable d'atteindre k ces élévations.
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