‹ Mémoires d'un imbécile: écrits par lui-mêmeChapitre 18 sur 98 · CHOIX D UN ETAT · texte numérisé non relu

CHOIX D UN ETAT

Mon père avait laissé à tous ses fils , a,\i sortir du collège, le choix de leur profession. Mon tour était venu de prendre une décision : il s'agissait, bien entendu , d'entrer dans une école. Je réfléchis longuement , sérieusement , et le résultat de mes réflexions aura de quoi vous surprendre.

Je demandai d'entrer à l'Ecole de Médecine, Etait-il possible que , de ma part , on s'attendît à ce choix?...

Mais, si la famille et les amis furent étonnés de la décision , ils l'eussent été bien plus encore s'ils en avaient pu pénétrer le motif-

IjB bicteur a vu que , plus haut , je lui recomman<lais de ne pas oublier les orties de mer. Eh bien ! ces orties de mer étaient entrées pour beaucoup dans ma détermination. Ces productions étranges , ces êtres ambigus qu'on hésite

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à classer , qui , participant de tons les règnes , semblent n'appartenir complètement à aucun .

. ces essais d'oi-ganisation . où l'animal , le végétal paraissent confondus à l'état d'ébauche et d'instaliilitè , étaient restés pour moi , depuis notre voyagea la mer, un objet de préoccupation constante. Avec nos moyens actuels d'investigation, il me semblait d'instinct que leur étude pouvait nous mener loin en piiilosopliie... Désir aussi m'avait interrogé sur ces singuliers êtres , et je n'avais rien tant à cœur que de satisfaire sa curiosité et la mienne. Je formai donc le projet d'étudier les orties de mer et tous ces animaux-plantes, point de départ des deux règnes organiques , persuadé qu'en eux pourrait être éclaircie la question de l'origine et de la transformation des êtres...

Eh bien ! ce problème du point de départ et du développement de la vie organique en sa double manifestation , végétale et animale , je n'en pouvais demander la solution aux mathématiques, ni à l'astronomie , ni à la physique, ni même à la chimie; je devais, pour cette solution, m'élever à la science qui les résume, les continue et les complète , c'est-à-dire à la science de la vie, ou biologie, si vous tenez aux étymologies grecques.

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Mais la science de la vie est composée de l'anatomie , de la physiologie , etc. ; or , ces diverses parties de la science , je ne les pouvais acquérir que dans une Faculté de Médecine. Je n'hésitai donc pas.

Là aussi , d'ailleurs , j'apprendrais à mieux connaître et soigner mes cliers bestiaux ; les lois de la vie végétale aussi m'y seraient enseignées.

Je me résolus donc à être de nouveau soumis au supplice de l'école et des examens , si antipathiques à ma cervelle rétive , à mon esprit « sans moyens. »

Il est vrai que, dans cette école, je n'allais plus avoir à étudier autre chose que la nature ellemême, et, pour ce genre d'étude , je n'étais pas tout-à-fait inepte ; en mathématiques , en physique , en chimie , j'avais montré quelque intelligence.

Mon père ne fut pas sans me faire quelques observations sur les difficultés , les longueurs . les ennuis d'une telle entreprise ; mais je pei^ sistai. Il fut donc convenu que j'irais à Paris suivre les cours de la Faculté.

PBEMIÈnE PAKTIE.

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