REFLEXIONS SINGULIERES
Nous avions eu déjà l'héritage de Lagorgote ; il nous arrivait en plus l'héritage de Gorgotin. Tout cela n'était certainement pas à dédaigner, mais nous n'en fîmes pas moins des réflexions que la plupart de ceux qui héritent ne font point, car nous étions devenus en vieillissant de très grands raisonneurs.
L'héritage , quoi qu'on fasse , disions-nous , a perdu maintenant sa puissance ; les fortunes par lui ne se reconstitueront pas. La richesse est de moins en moins inféodable et transmissible. Nous avons été / en lait d'héritage , parmi les fevorisés ; eh bien! ce que nous possédons, que serace divisé entre nos dix enfents? Sur quoi ces dix enfants peuvent-Qs baser leur avenir , sinon sur leur propre travail ? Les pères doivent donc aujourd'hui songer bien moins à laisser un gros
c..,Googic
\hi uËHomES d'un imbécile.
héritage à leurs enfants qu'à leur rendre le travail facile et productif. Voyons en eux les travailleurs plutôt que les propriétaires. La propriété , devenue déjà presque illusoire , le sera plus encore pour nos fils que pour nous.
Désir, qui devait maintenant une partie de son avoir au testament de Gorgotin , n'en avait que plus de réserve et d'objection contre le droit de tester. J'avoue que , de ce côté . j'étais moins ombrageux que lui. 11 ne me déplaisait pas que chacun pût disposer en partie de ce qu'il a su acquérir et conserver par son travail et son économie. Mais Désir voyait à ce droit de tester toutes sortes d'inconvénients, dont quelques-uns, à la vérité , ne sont pas imaginaires.
L'héritage de Goi^otin ne nous fit pas faire seulement de belles conversations, il nous fit faire aussi de bonne besogne agricole. Nous augmentâmes le nombre de nos bestiaux , et nous vîmes avec les bestiaux s'augmenter les récoltes.
Ah ! si le bonhomme Lagorgote , quinze ans après sa mort , eût pu revenir parmi nous un instant , quelle surprise , quelle joie il eût éprouvée à voir combien la ferme s'était améliorée , embellie , enrichie !