UNE RICHE IDEE
Dmz , à table ua jour, discutant avec Graindorge , avait dit :
— Le véritable artiste met sa passion dans son art et non dans ses mœurs.
C'est en cela justement que , moi aussi . je me reconnaissais artiste à ma manière , c'est-à-dire artiste en culture, en élevage, etc.
J'avais mis là ma passion ; tout le reste en moi et autour de moi s'était arrangé pour le calme.
Amédée, évidemment, avait, lui aussi, sa passion dans son art , et son art consistait à tout transformer. C'était une perpétuelle inspiration de réforme, ou, comme il aimait à le dire, de révolution , car ce mot était celui qu'en vraii Parisien il avait adopté.
Cependant , j'ai à faire conn^tre une autre
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conversation à laquelle je n'assistai point , mais qui me fut redite.
Froment et CoI?.ette étant venus ensemble passer deux jours à la ferme , on causait donc en se promenant.
— Nous aimons l'art, disait Amèdée, et vous, mes enfents , vous ne pouvez pas ne plus aimer la campagne : vous y êtes nés , vos meilleurs attachements y sont encore ; la campagne a été l'origine même de votre talent. Les choses , malheureusement , sont oi^anisées de telle sorte que vous, vous n'avez plus cette chère campagne , et que , de notre côté , l'art nous manque. Mais la nature sans l'art ou l'art sans la nature, c'est trop peu.
— Que faire à cela ? dit Colzette en riant ; démolira-t-on la Comédie-Française et l'Opéra pour les rétablir ici , et vous verra-t-on , vous autres, installer votre colonie au Jardîn-des- Plantes?
— Eh! cousine, rien de plus simple que ce que je propose ; Graindorge , Froment et vousmême n'êtes jamais longtemps sans venir passer ici quelques jours ; mais ces visites ont lieu selon le hasard des circonstances , et les circonstances
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jamais ne vous ont permis de vous trouver ici tous ensemble. 11 faudrait donc tout bonnement régulariser vos visites , en porter le nombre à deux chaque année , à la condition que toute la famille, pendant cinq jours, y serait réunie
— Touche là , dit Colzette en lui tendant la main ; c'est affaire conclue et je réponds de Droz.
— Et moi , dit Froment , je réponds de Graindoi^e. Mais quelles époques de l'année choisirons-nous pour ces fêtes ?
— Choisissons pour l'une les magnificences de la belle saison, du 20 au 25 juin; pour l'autre, les longs et bons soirs d'hiver, si gais, si bruyants, du 20 au 25 décembre. Cette fédération de la famille sera une fête en l'honneur des arts : la musique....
— Oui , la musique , voilà pour Graindorge !
s'écria Colzette....
Et puis , après une pose , se tournant vers son frère avec vivacité :
— Toi, Froment, tu nous barbouilleras un décor de théâtre ; tout le monde y mettra du sien, et nous arriverons à montrer tous aux chers parents ce que nous savons feire. Ah !
quelle riche idée !
QUATllIËME PARTIE.