MONSIEUR DE SAINT-ALBIN
Il sera fait prècisémeiit comme il a été dit , et l'on verra tout-à-l'heurG le récit de nos fêtes ; mais , peu de jours après le projet que je viens d'exposer, nous eûmes à la ferme une visite dont je dois rendre compte.
Un monsieur décoré de plusieurs ordres , d'apparence très aristocratique et de grande distinction , vint au chef-lieu d'arrondissement et s'informa des exploitations agricoles de quelque importance qu'il désirait visiter. Tout naturellement nous fûmes signalés à son attention par notre ami le sous-préfet. Voilà donc qu'un matin son équipage arrive à notre barrière. Un domestique en descend , me remet une carte hlasonnée oîi je lis :
Comlc ilaurkc ilc Saiitt-Albiu . et ce domestique me demande si je puis recevoir.
c..,Googlc
212 MËHOIRES d'un lUBËCILt.
Je portais ma réponse moi-même au comte , lorsque je le vis descendre de voiture et venir à ma rencontre.
— Monsieur, permettez, dit-il, qu'avant toutes choses je vous félicite de vos belles cultures et de tout ce que j'aperçois déjà de votre établissement. Je ne crois pas avoir vu rien de mieux en France, et j'ai vu peu de domaines qui lui soient comparables.
— Je suis honoré, monsieur le comte, de vos paroles bienveillantes , mais peut-être votre opinion se modifiera-tr-elie un peu en voyant les choses déplus près. J'avoue cependant que nous mettons tout notre soin à bien faire.
— J'ai vu vos champs de ma voiture , et j'en suis même deux ou trois fois descendu pour mieux me rendre compte de votre mode de culture. J'ai compris tout de suite que l'on fait ici de l'agriculture scienUfique, sans que cependant rien y soit poussé à outrance. J'ai trouvé ailleurs des chimistes agriculteurs , mais je suis ici chez un agriculteur chimiste. Je ne fais nullement un jeu de mots, et j'espère que vous saisissez bien la nuance.
— Parfaitement.