‹ Mémoires d'un imbécile: écrits par lui-mêmeChapitre 83 sur 98 · LE PETIT MOULIN A BLE · texte numérisé non relu

LE PETIT MOULIN A BLE

liaconterai-je tout de suite notre fédération de juin ? Comment le feraie-je , mes amis? Cette fédératiim , à l'heure où j'écris , n'a pas encore été célébrée, et qui sait si je la raconterai jamais? Nous ne sommes encore qu'au vingt-et-un mai.

Car remarquez bien que . maintenant . je n'ai plus qu'à noter les événements au fur et à mesure qu'ils se produisent. Ce n'est plus un lointain passé , c'est le présent même que je dois raconter. Cette circonstance changera peut-être le caractère de ces Mémoires ; mais qu'y faire? Ce livre , vous le voyez bien , n'est écrit en imitation d'aucun autre.

Une idée nouvelle est venue, ces jours-ci , à l'esprit d'Amédée : il vient de nous construire un moulin à blé en fonte tout-à-iait portatif; pour

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force motrice, rien autre chose qu'un cheval. Le résultat est parfait. Voilà donc qu'au lieu de porter du blé à la halle , nous y portons d'excellente farine, du son, des recoupes, et tout cela non sans avantage et sans profit. Aussi voyonsnous arriver les commandes de moulins analogues. Amédée, avec son atelier de construction, qu'ila soin cependant de ne pas laisser prendre trop d'extension , augmente notablement l'importance et les ressources de la colonie.

François eut , il y a quelques mois , l'idée d'agrandir la raffinerie ; mais nous lui fîmes très bien comprendre qu'il serait imprudent de nous laisser envahir par l'élément industriel. Amédée , lai aussi , du reste , soutenait avec beaucoup de raison que l'industrie , dans notre colonie agricole, ne devait être qu'accessoire. Et même, selon lui , le temps n'est peut-être pas très éloigné où l'on reviendra aux petits ateliers ; car, enfin, est-il possible que l'Europe entière et le Nouveau-Monde se couvrent d'immenses fabriques . dont quelques-unes suffiraient à encombrer le globe de leurs produits î

Par exemple, lorsque l'Angleterre seule et quatre ou cinq départements français filaient le

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coton pour le monde entier, les ateliers immenses . les métiers gigantesques avaient leur raison d'être; mais aujourd'hui que la Russie file, que la Prusse, la Suisse , l'Italie et l'Espagne filent , pensezvous que de tels ateliers resteront partout possibles? Ou bien cette industrie se concentrera chez un seul peuple , ou bien les grands ateliers devront restreindre leurs proportions. Mais on en est encore , à l'heure qu'il est , aux agrandissements... Agrandir la raffinerie serait une imprudence. Ne craignons pas de trop produire en agriculture : la nature , ici , sert de r^ulat«ur , et le trop n'y est pas possible. Dans l'industrie, au contraire , l'exagération du produit et , par suite , l'encombrement du marché sont un danger permanent , où l'avidité et l'irréflexion poussent le fabricant. Le cultivateur est préservé de ces folies.

Ainsi parlait Amédée , et je suis , sur ce point . de son avis. Voilà pourquoi nous tâchons de mettre un frein chez nous à l'élément industriel. En revanche, nous augmentons autant que possible la partie agricole. En mariant Sainfoin et Luzerne , nous avons donné à chacun sa petite dot , et , des deux sommes réunies , une fort belle

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pièce de terre acquise en leur nom vient d'être ajoutée à la ferme , devenue ainsi la plus considérable du département.

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MËUOIHES D UN IMBDCILH.

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