‹ Mémoires d'un imbécile: écrits par lui-mêmeChapitre 85 sur 98 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

insuffisance à la plupart, leur ignorance, leur

insanité volontaire.

Heureusement, j'avais à ma disposition quelques volumes de vulgarisation scientifique , et je pus voir que , de ce côté-là , le progrès , depuis trente ans , est incontestable. Les récits de voyages ( et quelques-uns excellents ) se sont aussi multipliés. Quel siècle, en effet, devait, plus que le nôtre , élargir sa littérature de ce côtélà ? Le public entier est en train de découvrir le globe, non pas seulement en sa superficie, mais dans ses profondeurs les plus cachées. Le fond des mers a été mis sous nos yeux ; nous avons commencé d'entrevoir la flore sous-marine et le monde immense des poissons. Les eniants de douze ans savent aujourd'hui, sur tout cela, quantité de choses dont , il y a quarante ans , beaucoup d'hommes instruits ne se doutaient

La vulgarisation ne s'en est pas tenue à la découverte du globe que nous habitons. On nous a décrit les autres planètes ; on a Ëiit , dans de savantes leçons , sous les yeux du public , l'analyse chimique du soleil. Nous avons vu , grâce au télescope , des mondes en formation . et les

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dessins , les phot<^râphies qui reproduisent ces scènes grandioses sont aujourd'hui partout. Avec le microscope, nous avons saisi les êtres organisés en leur apparition première , et nous avons vu là se reproduire quelques-uns des phénomènes observés dans la formation des mondes.

L'étude de l'anatomie comparée, de l'anatomie microscopique, de la physiologie , nous a donné l'ensemble, la chronologie, la loi d'unité et la marche de la nature. Des témoignages géologiques , venus de profondeui-s historiques et antêhistoriques incalculables, nous ont éclaire toutà-coup nos propres origines. Evidemment , tout cela donne à notre siècle un caractère de grandeur, de sagesse, d'infaillibilité, de puissance, dont aucun siècle n'a jamais approché , et qu'on ne pourrait nier ou méconnaître sans impété.

Fermons les yeux , je le veux bi«i, sur les personnalités insuffisantes , corrompues ou malsaines qui , follement , ont essayé de diriger le monde ; oublions les noms propres, ne voyons que les laits accomplis : l 'ftffranfthjwowmpt gâterai des esprits ; la liberté , l'égalité . la justice proclamées chez presque tous les peuples ; les torrents de lumière jetés sur l'univers entier ; la

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connaissance de la nature approfondie comme on ne pouvait espérer de le faire jamais ; distances supprimées ; mise en communication instantanée de tous les peuples entre eux ; possibilité pour l'homme de traverser les continents, les mers, les montagnes, les déserts, plus sûrement et plus vite que les oiseaux voyageurs.

Aurons-nous vu tout cela s'accomplir sous nos yeux en moins d'une vie d'homme, pour en arriver à conclure que ce siècle est petit î

Ah I la petitesse, elle est dans nos habitudes, non encore réformées , de suivre les vieilles routines. Nous BOinraes en tout ce que nous avons été dans la question des chemins de fer. Le moyen nous était donné par la science de voyager dans des maisons et des palais. De quoi s'avisa-t-on ? De placer sur' la voie nouvelle des voitures imitées, pour la grandeur et la forme, de nos anciennes diligences. Et , depuis trente ans, nous nous tenons Intrépidement enfermés dans ces boites.

Par bonheur, les Américains commencent à comprendre qu'il convient de placer sur leurs rails autre chose que nos vieilles pataches ; aussi voyez leurs wagons actuels !

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210 UËUOIRES d'un mCBËCILE.

Combien de temps , en philosophie . ea politique , en administration , resterons-nous dans les vieilles voitures î On ne le saurait dire....

La science, depuis quatre-vingts ans, a si vite transformé les choses, que la cervelle humaine n'a pu suivre. L'hébétement héréditaire a tout entravé. Nos malheureux pères ont été tenus dans un tel état d'étroitesse , d'inaction cérébrale, d'éducation baroque, que, subissant la dure loi de l'atavisme, nous n'avons pu être complètement les hommes du nouveau monde.

Les individus , les peuples et les nationalités sont , à cette heure , au-dessous des circonstances. Autrefois , au contraire, il arriva souvent que les individus et les peuples devancèrent leur temps. Voilà pourquoi nous paraissons petits auprès d'eux. Ils dominaient, activaient , dirigeaient les progrès de leurs contemporains ; aujourd'hui, ces progrès sont tels, qu'individus et peuples en sont étourdis, affolés, décontenancés.

Cependant le monde, dans son ensemble, n'a jamais présenté un plus magnifique spectacle, et jamais il ne fut offert au contemplateur désintéressé un tel sujet d'allégresse et de joie.

Je m'étonne qu'un grand poète comique n'ait

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