‹ Mémoires d'un imbécile: écrits par lui-mêmeChapitre 86 sur 98 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

pas SU encore mettre à profit ce spectacle. Un poëte comique ! Est-ce bien là , pourtant , ce qu'il fendrait? Et moi-même ne suis-je pas pris ici aux influences du passé î Le sentiment comique rèpond-il bien à ce qne je demande ? C'est moins la gaîté , en effet , que je voudrais voir exprimée dans une œuvre d'art qu'un sentiment de sérénité , desécaritéetde joiesupérieure.

Les gattés de la comédie ont , sans doute, et auront toujours leur place en ce monde ; mais ce que je conçois en ce moment est autre : je voudrais qu'au rire produit par les quiproquos , les malentândus , les drôleries et les ridicules de ce monde, s'ajoutât la joie calme, élevée , d'un esprit attentif aux grandeurs , aux beautés , à l'harmonie , au développement étemel de l'immense univers 1

Sur quel visage voyons-nous briller ce majœtueux sourire d'une âme à qui les sciences ont montré combien la nature est divine î

Ah ! vous pleurez , bonnes gens , de ce que la science tend , dites-vous , à montrer que le monde n'est pas sorti d'un miracle ; mais , au lieu de pleurer, riez donc en voyant que le monde est lui-même un miracle !

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2i2 MÉMOIRES d'un imbécile.

Vous croyez la science contraire aux anciens instincts ; elle en est la continuation et le complément : sans doute , sur beaucoup de points, elle a dû voir autrement en voyant mieux ; mais , sur d'autres aussi , elle n'a fait que confirmer, poursuivre et dévdopper leur

— Mais les mœurs de ce temps . monsieur le philosophe , que nous en direz-vousî

— Rien , sinon que , sur ce point , nul siècle ne me paraît avoir été supérieur au nôtre ! Eh t je n'ignore pas les turpitudes , les horreurs contemporaines ; mais , en quel temps n'en vit-on pas de semblables , en quel temps n'en vit-on pas de pires ? N'oubliez jamais ce feit , qui , dans sa nouveauté et dans son but , caractérise parfaitement nos sociétés modernes : le dix-neuvième siècle a créé les phares , les phares destinés au salut de tous les navires , à quelque nation qu'ils appartiennent , taudis que nos pères allumaient des feux au milieu des écueils, dans le but liorrible d'y attirer et de voir s'y perdre les navigateurs ; ils avaient même inscrit dans leurs codes le hideux droit d'aubaine. Eh bien ! con-

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