GOUVERNEMENT DE EA DÉFENSE NATIONALE
sent peul-ètre pas à un colonel d'arlillerie. Chaque malin, je fais l'exercice à notre parc, derrière Noire-Dame, et au bout de Irois semaines je sais à peu près écouvillonner, servir une pièce, la démonter et la metire en batterie. Assurément, je ne suis pas le modèle du parfait artilleur, mais si mon instruction n'est pas achevée, la bonne volonté y suppléera sur le champ de bataille. J'espère que la légion de volontaires déterminés sera au plus tôt envoyée en face de l'ennemi; j'attends un mois, j'attends deux mois, et les événements se précipitent sans qu'on emploie nos courages. Le gouvernement de la Défense semble avoir peur d'utiliser et nous, et 400,000 hommes de gardes nationales qui fainéantent dans Paris. Il attendra que le cercle se soit resserré autour de la ville et raffermi par des ouvrages conlinus avant de se décider à essayer quelques sorties de masses d'hommes armés.
J'enrage de l'inaction, car je n'ai pas endossé une vareuse, je ne porte pas un mousqueton pour jouer au soldat et monter la garde aux portes du square Notre Dame.
Cependant, je suis retourné aux réunions publiques el j'y figure plutôt que je ne parti-
cipe aux discussions. La tribune appartient toule aux stratèges improvisés, aux inventeurs de projectiles formidables, de bombes, de substances explosibles. Ces guerriers de club ne laissent pas que paraître foncièrement bouffons. L'un expose tel plan de sortie qui surprendra l'armée allemande, la taillera en pièces et rejettera les restes dans le Rhin ; l'autre reproche aux avocats du « Provisoire >> de ne pas lancer sur les Prussiens des bombes chargées de pyrotechnie l Lin troisième s'offre à fabriquer des fusées de nitro-glycérine dont chacune asphyxierait vingt mille hommes. Il en est qui apportent au club des engins de leur façon pour les monlrer au peuple, puis ils les déposent sur la table du président, à côté du verre d'eau sucrée.
A la salle de la rue d'Arras, un certain Monistrol fulmine contre le refus, par le comité de défense, d'une bombe épouvantable qui a l'aspect d'un gros ananas. De la tribune, en sa détermination véhémente, il brandit le cône de fonte sur l'assistance, vociférant :
« Si je laissais tomber ma bombe au milieu de vous, hommes, femmes, avec la maison, seraient réduits en poudre. »
Et tout le monde de gagner la porte, et le