‹ Mémoires d'un journaliste (volume 2)Chapitre 8 sur 19 · DUMANOIR · texte numérisé non relu

DUMANOIR

« 24 novembre 1857. »

Ânicet Bourgeois répondit par une lettre qui rappelait ses œuvres dramatiques du- boulevard du Temple ; je transcris seulement la fin :

« Grand Dieu!... qu'ai-je lu ! ! !

c Mon nom ! ! ! oui, c'est bien mon nom qu^on a tracé sur cette carte.

« On m'invite chez Figaro, moi!... moi!... Mon Dieu ! que faire !

c Figaro, c'est Villemessant qui rit de tout et toujours... c'est Bourdin, qui a trouvé le moyen de rester spirituel sans devenir méchant... mais c'est aussi Jouvin, Jouvin le tourmenteur, ce tigre myope qui déchire alors même qu'il veut caresser. Oh ! cet homme me fait peur! Peur? allons donc! Ne serai-je pas son hôte, c'est-à-dire sacré pour lui, jusques et y compris le dessert?... Oui, je puis accepter... J'accepte.

€ — J'irai à ce tortureur de mes pauvres enfants... ma main touchera sa main... oh! mais pour que je puisse faire cela, Seigneur, soutenez-moi, donnez-moi de la force... Et si je sors triomphant de cette terrible

épreuve, encore une fois, Seigneur, je vous dirai : Merci, mon Dieu, merci ! ! !

« Tout à Figaro.

« Aniget Bourgeois.

«24 novembre 1857. »

Ce fut, je crois, la première fois que le fameux «f Merci mon Dieu ! » prit là place qu'il méritait depuis si longtemps parmi les clichés dramatiques.

Aurélien SchoU, pour cette fois, fit des vers ; ils ne rappellent pas précisément, comme on pourra le voir, son petit chef-d'œuvre intitulé Denise, mais ils disent bien ce qu'ils veulent dire :

a Air : Du bal d'ouoriers.

Gomme on le dit dans votre lettre, Pour conserver le décorum, Je ferai cliercber pour le mettre Un beau costume ad libitum {Bi$).

A rbeure exacte et très-précise, Cbacun chez Véfour me verra.

Et j'irai m*asseoir à ma guise A l'endroit qu'on m'indiquera {Ter).

aAORÉLIEIf SCHOLL. •

Les vaudevillistes répondirent tous. Delacour fut le plus bref; il nous écrivit ;

mf:s voyages et mes prisons. 151

c Mon cher Villemessant,

« De l'appétit, j'en aurai ; — de la gaieté, j'en promets; — de Tesprit.!.., merci d'avoir invité mes collaborateurs.

« Tout à vous,

« Alfred Delacour. »

On n'est pas plus modeste !

On verra par les réponses qui vont suivre quelle belle série d'autographes nous valut l'idée des dtners du Figaro.

Méry, à qui les vers coûtaient infiniment moins que la prose, improvisa pour toute réponse les vers suivants :

« De nos jours, on améliore Souvent bien, et plus souvent mal.

Ou' la matière, ou Tanimal ; Rien de parfait n'existe encore.

On améliore, à Paris, Les bœufs, les races chevalines, Le sort futur des orphelines, L'hyperbole des crinolines, La mauvaise humeur des maris.

La réforme n'est pas entière, Car, dans ce siècle de matière, L'esprit, comme le trois pour cent, N'est plus an pair à notre Bourse ; L'argot a corrompu sa source :

Au lien de monter, il descend.

Mais un Espagnol, notre mallre, De Rossini le Figaro, Ne veut pas qu'à son thermomètre L'esprit français tombe à. zéro.

Donc, qae ce bon esprit revive, La lice s^oavre maintenant, Yéfonr appelle le convive, Toujours l'esprit vient en dînant.

Que chaque mois donne sa liste.

Ce siècle matérialiste Par l'esprit doit être agité; Que tout maître fasse un élève, Que Tesprit jeune se relève.

Quand on rajeunit la cité.

Donnons crédit au vieux proverbe Plus âgé que Mathusalem :

Le granit est fendu par Vherbe.

Ou soit. Mens agitât Molem.

oc Mért. »

litoiDs lyrique, mais plus précis, Siraudiu, en appelant à la Clé du Caveau^ écrivit cette réponse qu'il est bien capable d'avoir oubliée aujourd'hui :

« AIR : De Calpigi»

Oui, le lundi trente novembre, De ce dîner je serai membre; Je me rendrai donc ledit jour, A six heures, salon Yéfonr ! (Bis,) Mais, ne craignez- vous pas qu'on dise':

« Deux dîners, quelle gourmandise!

Au lieu d'encourager Tesprit, On encourage Tappétil. » {Bis,)

« P. SlRAUDIN. »

mmi^V

Les princes du journalisme ne firent point les fiers, et M* de Girardin, qui venait de faire, je crois, sa première pièce, nous écrivit les quatre lignes suivantes :

«M. Emile de Girardin, auteur dramatique! aura rhonneur de se rendre à l'invitation du Figaro, après la représentatioa de la Fille du Millionnaire. Il ne vend pas la peau de Tours avant de l'avoir tué.

c Tous ses remerciements,

« Emile de Girardin. »

A un repas auquel devaient prendre part toutes les illustrations de l'époque, on ne pouvait pas omettre M. Scribe ; aussi l'auteur de tant de chefs-d'œuvre reçut** il la lettre suivante :

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