RÉPONSE A UN COMMUNIQUÉ
« J'étais à la campagne lors de la publication du communiqué relatif à une retenue de trois francs qu'on aiirait imposée aux professeurs des lycées, pour contribuer aux frais de l'expédition au pôle Nord.
c Le deuxième alinéa de ce communiqué commence ainsi :
MES VOYAGES ET MES PRISONS. ttS
c Si absurde que mt cette allégation^ elle doit cependant être démentie...
€ La loi acGorde le droit de réponse aux particuliers dont on a parlé dans un journal, à condition que cette réponse ne contienne aucun mot impoli. Je ne pense pas que les communiqués puissent s'affranchir de ces règles de bienséance.
c Jusqu'à ce jour, ils s'y conformaient scrupuleusement, et j'ajouterai môme qu'ils étaient généralement bien rédigés.
c Est-ce parce qu'on m*a retiré la vente sur la voie publique, que le rédacteur de ce dernier communiqué croit pouvoir se servir du mot absurde ?
t Eh bien ! voici ce que je déclare nettement : Si l'on m'adresse à l'avenir un communiqué impoli, je ne l'in... se... re... rai pas.
c Pour moi, le rédacteur anonyme de ce document équivaut à une femme, puisque je n'ai pas le droit de lui répondre comme à un homme qui m'insulterait et qui viendrait m'apporter lui-môme sa prose au journal. »
La vente du Figaro sur la voie publique me fut alors interdite ; je répartis immédiatement par les lignes suivantes :
c C'est à Seine-Port que je reçois la nouvelle de la
suppression de la vente du Figaro sur la voie publique.
€ Pourquoi î
c On ne se donne pas la peine de me le dire. Il faut donc que je cherche le motif de cette rigoureuse mesure par laquelle on croit atteindre en plein cœur un journal comme le Figaro. J*ai comme une espèce d'idée que c'est pour les quelques lignes sympathiques qui terminaient ma causerie de Wiesbaden concernant le duc d'Aumale et le prince de Joinville, le tout saupoudré de ce que j*ai dit sur l'affaire du jeune Cavaignac.
c Eh bien ! voyez si je suis franc ! S'il en est ainsi, c'est de bonne guerre et j'aurais tort de me plaindre, car j'ai eu l'intention d'être desagréable... très-désagréable.
c On intente procès sur procès au Figaro^ nous payons amendes sur amendes : on dirait que l'on a fixé pour nous un minimum de mille francs; et quand nous sommes vilipendés par de la crapule infecte, — crajmla infecta, — comme dirait Janin, on la frappe (Vun franc d'amende !
« Somme toute, on veut porter au Figaro un coup très-violent... soit! Mais nous espérons que ceux qui tiennent à nous lire, n'hésiteront pas à faire quelques pas pour acheter le Figaro chez les libraires, ou pour s'abonner, ne fût-ce que pour un mois.
MES VOYAGES ET MES PRISONS. â85
« Quoi qu'il arrive, le Figaro tirera toujours plus à lui seul que tous les journaux du gouvernement réunis. »
Comme on le pense bien, ces aménités n'étaient pas faites pour me concilier l'indulgence des tribunaux ; les amendes pleuvaient sur le Figaro ; on espérait m*irriter, me pousser à quelque acte irréfléchi ; je restai de bonne humeur et je publiai mes amendes et condamnations comme on publierait un feuilleton, avec la suite à demain ; j'emprunte quelques feuillets au Figaro de ce temps-là :
La série de nos amendes est ouverte.
On nous a priés, fort galamment, du reste, de payer celle qui nous a été imposée pour offenses commises envers la majorité de la Chambre, par notre collaborateur Richard. Comme cela parait moins dur de payer en deux fois cet argent, nous avons versé le 25, au Trésor» la somme de 1,176 fr. 30 c.
Demain, nous aurons le plaisir d'offrir au gouvernement la somme de 5,766 fr. 75 c, complément de cette petite facture.
30 août, 68.
Le Figaro a payé hier la somme de 5,766 fir. 75 c, montant des condamnations prononcées contre M. Jules Richard.
286 MÉMOIRE!^ D'UN J[OURNALISTE.
En revanche^ par l'entremise de son avoué, M. Best, M. Albert Wolff a fait un recouvrement important et donné quittance de la somme de 3 francs à lui due, à titre de dommages-intérêts, par M. Madré, éditeur. M. Best n'a pas encore vu la couleur de l'argent de MM. Stamir et Bussy. Il va leur réclamer la somme de 2 francs par ministère d'huissier.
Nous venons de faire acquitter une nouvelle amende de...
* {La mite au proekain numéro,)
La vente du Figaro a monté hier de quatre mille numéros.