‹ Mémoires d'un journaliste (volume 3)Chapitre 8 sur 20 · DISPOSITIONS TRANSITOIRES · texte numérisé non relu

DISPOSITIONS TRANSITOIRES

Pour la première réunion il n'y a pas lieu de souscrire. C*est Figaro qui invite. Elle aura lieu lundi prochain, 16 novembre, à 6 heures du soir, dans les salons de Véfour-Tavernier, au Palais-Royal.

MES VOYAGES ET MES PRISONS. 13îS

La commission du mois prochain sera nommée & la majorité.

Donné eh nos bureaux de la rue Vivienne, le 12 octo* bre 4857.

La tournure officielle de ce règlement produisit un graiid effet; nous-mêmes nous ne' le lûmes entre nous qu'avec un certain respect.

Quelques explications sur certains articles des statuts. On rémarquera par exemple que le 21* article permet à tout le monde de choisir ses voisins de table à la condition de ne pas sortir de la catégorie qui lui a été assignée.

Ëh effet, je n'espérais pas que rien c[ue par le fait de notre invitation toutes lès mains se fussent tendues les lines vers les autres et que toutes les petites iniihitiés eussent brusquement cessé, tî fallut justement beaucoup réfléchir avant dé inetire un tibia sur un couvert. C'étaient des côfribinaisons comme celles dès échecs pour éviter dé trop rapprocher celui-ci de celui-là.

Je me rappelai utilement, pour là circonstance, un jeu d'enfant qui consiste à deviner où l'on placera un loup, une chèvre et un chou sur le pont où ils doivent passet : il ne fàilt pas (jtiè le loup soit à côté de la chèvre, il la dévorerait, mais il ne faut pas non plus que le chou soit trop t)i*ès de la cnèvré, il serait ihahgé par elle.

A chaque nom presque, c'était un obstacle à vaincre, une difficulté à tourner. Un tel n'était pas bien avec un tel, il fallait les mettre du même côté de la table afin qu*iis ne se vissent pas de face; nous allions nous asseoir à toutes les places pour juger de reffet;.on faisait mettre un vase de fleurs pour masquer X... à Z...

On croyait avoir tout bien réglé quand on s'apercevait que le même X... pouvait apercevoir le même Z... entre un flambeau et une corbeille à fruits.

' Théophile Gautier me donna Tidée de faire pour notre grande table comme on fait pour la plantation d'un jardin ; je me mis à tous les points de vue, créant des obstacles, des qpulées, avec des vases de fleurs, de fruits, des candélabres, etc., suivant que je voulais masquer ou prolonger le coup d'œil de tel ou tel invité. Autant que possible nous mettions l'un près de Tautre ceux que leurs natures devaient faire sympathiser.

Le couvert de l'Anglais, dont nous avons parlé plus haut, on l'a bien compris, était une pure plaisanterie , et en l'inventant nous ne pensions guère qu'il serait jamais pris au sérieux.

Un jour pourtant (notre dîner avait lieu ce jour-là à l'hôtel du Louvre) un Anglais fort bien se présenta, et comme il remplissait toutes les conditions prévues par notre règlement, nous dûmes l'accepter. Il avait l'air fort aimable et très-distingué, sans rien de cette froideur

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guindée particulière aux physionomies anglaises. Avant de prendre la place qui lui était réservée, il vint me serrer la main, en fit autant à chacun des convives, mais ne prononça pas un mot de français. Bien que plusieurs de mes rédacteurs eussent pu lui parler anglais, on trouva plus plaisant de le laisser dans Tisolement, pour voir comment il se tirerait de cette situation. Notre Anglais ne parut nullement embarrassé. 11 nous regardait avec plaisir, souriait de temps à autre, et portait la santé de celui-ci ou de celui-là en soulevant son verre. Peu à peu les langues se délièrent et comme on ne se gênait pas devant un étranger qui ne comprenait pas, on l'éplucha assez doucement, il faut le dire, mais enfin on fit à haute voix et sans se gêner une suite de plaisanteries fort gaies à son endroit.

Le repas terminé, l'Anglais se leva gravement et nous dit dans un français dont je n'oublierai jamais la pureté et avec un accent méridional assez prononcé : .

— Messieurs, je ne suis pas du tout Anglais^ je suis un gros négociant en vins de Bordeaux, et je vous de* mande la permission de vous adresser comme souvenir quelques échantillons de ma maison.

On juge de la stupéfaction générale qui suivit ces paroles et de l'embarras de tous ceux qui avaient parlé du faux Anglais devant lui avec autant d'indifférence que s'ils eussent été près d'une statue. Mais bientôt ou

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félicita le liégociant du tour ingénieux qii'il nous avait joué; chactih lui fit sa commande; on le proclama sëSUce iéhànte fournisseur àttitrë du Figaro, et en éftfet, Il iië s'est jdtiiàls àohnê ith dthei- de fédâctibh sàtis que Hnglàîj^ ie BbrA^ux, d'est iMi qiië iibds rapi)ëlion§, fié âë chargeât lui-lnémë dé iioiis fbiiriiif lès vihs lés |)lus exquis et les plus âuthënti(|ues.

J'ai eu, depuis ce tedipts-là, l'occasioii de ^iïé trèsàint)lè connaissance avec ce négôëiant; It était àM (i^Âlèxaiidrë fjùmâs, de bésJbarroUes, de Millaild, de Ëitkh, etc. ié sliis dëvehù sôfi client le ^lùs assldd et lé f)lils satisfait; et je l'ai fait adopter pa^ nid famille et iiiès âinis (}tii éh bht totijdttrs été ravis.

Jusque-là, j'avai^ ëtë eii proie, cbiilmô tâiit À6

• monde, à ces marchands de vin plus ingénieux qu'hon-

iiétes, qui vbht âcHétëf à ËéMei^ lô ChâtëaU-Mâr^aux

Sd le feâlrit-Emllidn qtfllë vous Vèhdèht 3 dU 4 flancs

la bouteille.

C'est a mbh st)iHtd6l fbdrhisseîif de Boi'dëàù j^ 4Uë je dois un usage que je t^tënds là liberté de i'ëcôiiimaîldér à tous ceux qui tëçdiVéiit.

Géiiéràleitiôtit ({uàhâ dii iiivitë à âa table (tilel()ues £imis, on bôdiniëhce pat lëut' Servir le viii lé inoiâsbofi, dé ihàniëi-ê à leuir faire àiiprécièr à là âii dii fèpàS, pat Uiië sâvàiite ^radàtioil, les grands criis que l'ôii ttëfit èii

MES YdtAGfes Et Mes PRtsôKs. m

réserve. Je trouve, au contraire, qu'il est à la fois plus sain, plus agréable et pliis logique de âërVi^ tout de suite'ce que Tof) a de mieux, avant que rât)péUt né sOit émoussé et l'estoiiiac chargé. J'ajouterai qùë je tië dôtirlë jamais, même comme Viîi de table orâiilâii*ëi qu'un vitl qui f^durrait très-bien passer comme vin de dessert^ bien qu'il soit loin d'être aussi cher. Tous ceut qui dht dtné chez mdl depuis quinze àiis, et la liëtë eh est longue, m'ont tôUjodrs félicité dèretcellëiiôë de devin. Je ne suis pas fft&bé, puisque l'odcasioii d'en préseiité, de reporter leurs compliments à qui de droit, c'est-àdire à nôtre faux Anglais des dîners du Figaro.

Il s'en faut dé beaUdoufi qtie le itienii d'ufl dtner aUë^i considérable soit facile à faire. Un i*epaâ d'hommes n'est pas comme Un repâS de noces où les àucrëtiëà, lëd petits plats doiverit jouer un rôle important. Biëii qUë je sois sobre de naturel je doiâ avouer aveb utië certaine coquetterie que je crois m'eniendrë flââëz bien à faire un menu comme celui qu'il nous fallait.

J'allai chez Tavernier, maison Véfour, et je lui dis mes intentions : — Nous ne voulons pas de pièces montées, nous û'avuns àucutl plaisir à contëinplëf déâ dôUgats surmontée de plumets de colonel eu sùcrë {iilé, nous né voulons pas de Figaros en sucre âvëe déft ornemente coUéâ au pouce avec de la salivé^ pas de petits oiseaux, dé papilious, dé mosquées êû pàMtlâl;^ hdus

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