JOURNAL OFFICIEL DE DEMAIN
En tète on lisait la proclamation de Jules Richard dont je viens de parler ; elle tenait deux colonnes en gros caractères pt finissait ainsi :
a Français*!
« Après dix-huit ans de règne, je viens vous dire : « Voulez-vous reprendre toutes vos libertés? Je les c( ai toutes suspendues en 1852, au moment où elles « allaient définitivement périr sous les coups de la flf démagogie ; je les ai gardées précieusement et je veux « vous les rendre.
« C'est la première fois qu'un souverain parle ainsi ; « mais lorsque mes successeurs administreront paisi- « blement cette belle France, dont la prospérité est le « but constant de mes efforts, vos petits-enfants pour-
« ront dire, sans crainte de recevoir un démenti : « L'Empire, c'est la liberté !
« Au palais de Compiègne, le 24 octobre 1869.
€ Napoléon. »
Suivait un article de cinq colonnes intitulé : la Crise ministérielle, et contenant tous les nouveaux cabinets tentés par le gouvernement.
Je ne puis citer ici tous ces cabinets de fantaisie dont la nomenclature avait d'autant plus de succès qu'on ne soupçonnait pas que les noms qui y figuraient étaient véritablement ceux de ministres de Tavenir.
L'empereur découragé avait soi-disant demandé aux exilés un ministère qu'il était impossible de former dans le pays.
Je passe et j'arrive aux réponses par télégrammes, parmi lesquelles celles-ci :
1" télégramme.
« Abdication de Napoléon III. Régence de Victor Hugo, qui élèvera le prince en bon républicain. Reprise de mon répertoire. Droits d'auteur à 20 0/0. Billets doublés.
• * « Victor Hi/GO. j> •
3« télégramme.
c II faudrait d* abord que la liste civile me remboursât les 50,000 francs que j*ai promis à celui qui me délivrerait du tyran. On jouera mon répertoire.
« Félix Pyat. »
Impossible de mentionner tous les décrets et changements de ministères qui suivaient ; voici le résumé de l'un d*eux :
Napoléon,
Par la grâce, etc.
A tous présents, etc.
Sur la proposition de notre ministre des travaux publics,
Avons décrété et décrétons ce qui suit :
Le ministère de la guerre prend le titre et les attributions de ministère de désarmement ; le ministère des finances prend le titre et les attributions de ministère des finances et du dégrèvement de Timpôt. •
Art. 2. — M. E. de Girardin est nommé ministre de Finitiative ;
M. le général Tro.chu ministre du désarmement ;
M. Jules Simon est nommé ministre de l'instruction publique ; M. Jules Favre est nommé ministre de la justice.
Fait au palais de Gompiègne, etc.
Je ferai remarquer, chemin faisant, que ces nominations , qui ont été pour la plupart ratifiées au li septembre, ont été imprimées le 26 octobre 1869. Celles de MM. Jules Simon et Jules- Favre sont assez curieuses, mais celle du général Trdchu nous vaudrait bien un brevet de prophète, si le monde était juste.
Je passe deux colonnes de détails et je constate qu'aux nominations de préfets, le Figaro ne s'est pas non plus trompé de beaucoup.
A la partie non officielle figurait une grande cantate d'Albert Millaud, en l'honneur de Raspail ; j'en extrais ces quelques vers dignes d'être sauvés de l'oubli :
CHOEUR DE GRÉTISTES.
Non, non, ne faites pas un pas, Sa volonté ne pliera pas, On frait plutôt plier un arbe. Vive Raspail, chimiste à barbe !
Vive Raspail, chimiste à barbe 1
Suppression de l'École de Rome, remplacement des directeurs de théâtre, rédacteurs en chef, nous avions
tout prévu. Un grand article financier précédait quatre colonnes de Saint-Genest, puis venait le programme des théâtres qui donnaient leur spectacle gratis ; il était ainsi composé :
Opéra. — Esmeralda, ballet dé MM, Victor Hugo et Petipa, musique de mademoiselle Berlin, cantate de Raspail ;
Français. — Les Burgraves, par M. Victor Hugo, cantate de Raspail ;
Italiens. — Lucrezzia Borgia, de M, Victor Hugo., musique de Donizetti, cantate de Raspail ;
Lyrique. — Rigoletto, de M. Victor Hugo, musique de Verdi, cantate de Raspail ;
Odéon. — Huy-BIaSf par M. Victor Hugo, cantate de Raspail ;
Palais-Royal. — CadiOy de M. Paul Meurice, cantate de Raspail ;
Gymnase. — François les bas bleus^ de M. Paul Meurice, cantate de Raspail ;
Vaudeville. — Jean Baudry, de M. Auguste Vacquerie, cantate de Raspail ;
Variétés. — La Jeunesse de Brididi^ de M. H. Rochefort, cantate de Raspail ;
Porte-Saint-Martin . — Tragaldabas, de M. Vacquerie, cantate de Raspail ;
Théâtre Saint-Pierre. — Chiffonnier de Paris, par M. Félix Pyat, cantate de Raspail ;
Et ainsi de suite pour tous les théâtres.
À la quatrième page enfin, où les lecteurs ont l'habitude de trouver les annonces, il y en avait une, et celle-là gigantesque, dont je vais essayer la reproduction en plus petits caractères et en supprimant les passages les moins importants :