AUBER
« Paris, 23 juillet 1851. »
Je passe des lettres fort intéressantes adressées à Halévy par M. Mérimée et bien d'autres illustres écrivains. Je rentre dans la vie privée d'Halévy, rapetissant le cercle que mon habitude de raconter m'a fait tant de fois élargir.
Voici cependant une lettre que M. Magnier m'a adressée relativement^ Nourrit; je la reproduis sans commentaires, en annonçant toutefois à mes lecteurs un travail sur Scribe, fait par un homme dont l'opinion doit faire autorité en matière de théâtre. Il y sera question du quatrième acte des Huguenots.
A Monsieur de Villemessant directeur en chef du
Figaro.
« Monsieur,
€ Je lis dans vos Mémoires d^un journaliste (n® du 5 janvier) :
« On a dit que les paroles de l'air : Rachelj quand du « Seigneur^ etc. ^ sont de Nourrit ; c'est là une légende
« possible, mais je ne la crois pas assez fondée pour « répéter.
« Ilalévy lui-même va se charger de dissiper vos doutes à propos de cette légende. Dans ses « Derniers souvenirs et portraits », p. 166, il s'exprime ainsi :
c Nourrit nous donna d'excellents conseils. Il y avait « au quatrième acte un finale ; il nous demanda de le « remplaceripar un air. Je fis la musique de l'air sur « la situation donnée. Nourrit demanda à M. Scribe « l'autorisation de faire lui-môme les paroles de Tair, « dont la musique était faite. Il voulait choisir les «c syllabes les plus sonores, les plus favorables à sa a voix. M. Scribe, généreux, parce |qu'il est riche, se « prêta de bonne grâce au désir du chanteur, et « Nourrit nous apporta peu de jours après les paroles « de l'air: Rachel^ quand du Seigneur ^ etc.
« Qu'on me pardonne d'avoir parlé si longuement «( de la Juive» Je sais cette histoire mieux que les « autres histoires que j*ai eu à raconter, et je la raconte « comme je la sais. ))
« Le fait est donc incontestable. Qu'en faut-il conclure? Nourrit a-t-il effectivement et dans le vrai sens du mot collaboré à la Juive, et plus tard aux Hugue- /i(7^«? Non, sans doute; mais ce qu'il convient de reconnaître à Thonneur du grand artiste, c'est qu'avec ce goût sûr, cet instinct scénique incomparable, ce don de savoir se mettre à l'optique du public (l'expression est de vous), il proposait avec un rare bonheur et- une
autorité" que Scribe acceptait de grand cœur, non pas seulement des retouches légères^ mais des remaniements d'une réelle importance. S'il fit substituer dans la Juive un grand air au finale qui terminait le quatrième acte, il osa plus encore pour les Hugmnots ; il demanda et il obtint, non sans peine, il faut le dire, la refonte entière, paroles et musique, du quatrième acte. Scribe était consterné; rien ne l'importunait plus, lui qui avait toujours cent projets dramatiques en tête, que d'avoir à revenir sur un ouvrage terminé. Il céda cependant et arrêta avec Nourrit un nouveau plan de cet acte célèbre ; mais il ne consentit pas à en écrire les vers, qui sont de M. Emile Deschamps. Meyerbeer, malgré qu'il en eût (il fut quelque temps en froid avec Nourrit à cette occasion), Meyerbeer dut se remettre au travail, et c'est ainsi que du concours de ces trois grandes inspirations artistiques naquit cette page, la plus sublime peut-être du drame lyrique moderne.
« 11 m'a semblé, monsieur, que ces quelques détails, que je trouve dans l'ouvrage de M. Quicherat sur. Adolphe Nourrit étaient de nature à rétablir sous un jour plus vrai le rôle peut-être un peu trop effacé que vous prêtez à ce grand artiste, dans votre charmant article du 5 janvier, d'ailleurs si bienveillant pour lui.
« Agréez, Monsieur, l'expression de ma considération la plus distinguée.
c Magnier. »
Cette lettre me rappelle une anecdote qui, en même temps qu'elle donne une juste idée de la sincérité du grand chanteur, peint d*un trait les petites passions du monde dramatique.
Nourrit, je l'ai dit, était un artiste dans toute la force du terme ; ses aspirations le faisaient vivre au-dessus de ces bas- fonds de coulisses où pullulent les amourspropres, les haines, les jalousies de comédiens inférieurs.
Un de ses amis et des miens le félicitait d'avoir échappé à toutes ces petites passions qui gagnent parfois des artistes de talent.
— Ne croyez pas que je sois si parfait, répondit Nourrit, il n'est pas de cœur de chanteur dans lequel la jalousie ne soit entrée au moins une fois. En voici la preuve :
c Mme Damoreau, la grande cantatrice, était une de mes meilleures amies; nous avions commencé nos études ensemble au Conservatoire, j'avais pour elle toute l'amitié qu'on a pour un cœur qu'on sait excellent, pour une artiste qu'on admire ; en un mot, je ne sais pas quel service j'aurais pu lui refuser» je me serais jeté au feu si elle me l'avait demandé.
« Arriva le soir de sa représentation d'adieux à rOpéra; je chantais avec elle; le public, qui savait entendre sa cantatrice favorite pour la dernière fois, la saluait d'applaudissements frénétiques; une couronne lui fut jetée. J'étais auprès d'elle en ce moment ; mon devoir d'homme, d'ami, était certes de la ramasser pour la lui donner ; eh bien I je l'avoue, il m'a été impossible de me baisser pour la prendre et la lui offrir ! »
Nous garantissons l'authenticité de cette anecdote qui n'étonnera personne dans le monde dramatique. Ce fut un petit trait de jalousie isolé dans la vie de Nourrit et la meilleure preuve qu'elle ne s'installa jamais dans son cœur est la confession qu'il en a faite.
Autre exemple de jalousie artistique ; celui-ci est véritablement féroce.
Halévy et M. de Saint-Georges venaient de terminer le Lazzarone, dont l'action se passe, comme on le sait, à Naples. Ils avaient écrit le principal rôle pour Gardoni qui réunissait toutes les qualités de chant, de talent et de physique exigées par le personnage.
Les auteurs portent leur pièce à M. Léon Pillet, qui était alors directeur de l'Opéra. On lit l'ouvrage ; il
est jugé charmant ; reste la question de distribution des rôles. Halévy et Saint-Georges parlent des artistes qu'ils ont choisis et nomment Gardoni.
— Tout cela est excellent, dit Léon PiUet, en reconduisant les deux collaborateurs, je vous rendrai réponse demain.
Pour ceux qui connaissaient les détours du $érail, cela signifiait qu'il voulait consulter Mme Rosine Stoltz, qui tenait, à l'Opéra, l'emploi de favorite en partie double.
Le lendemain, Léon Pillet va chez les auteurs, leur dit que tout marche merveilleusement, et qu'il ne désire qu'une légère modification.
— Bravo ! laquelle ? demandent en chœur Halévy et Saint-Georges.
— C'est que je voudrais, répond le directeur, que ce fût Mme Stoltz qui chantât le rôle que vous destiniez à Gardoni; elle porte admirablement le costume d'homme et il sera excellent pour vous qu'on puisse la voir dans un rôle plus léger que ceux qu'elle joue d'habitude.
C'était, comme on dit, à prendre ou à laisser ; les auteurs acceptèrent ; les répétitions commencèrent.
La pièce était parfaitement montée, et Mme Dorus, l'excellente et célèbre vocaliste, avait un rôle de bouquetière qui faisait grand effet.
HÂLEVY. 135
Tout allait à ravir, lorsque un jour, ravant-veille de la première représentation, Mme Stoltz entraîna Ciceri dans un coin et lui dit :
-^ Vos décors sont charmants, mais ne vous semblet-il pas que celui de la place est un peu nu, un peu froid ?
— Il est cependant exact, répondit Ciceri.
— . C'est vrai ; mais je croîs que si vous ajoutiez ici et là une ou deux boutiques sans importance, cela donnerait un peu plus de vie à l'ensemble de Tacte. .
Ciceri réfléchit un peu ; la chose lui parait possible ; il exécute cette légère modification.
Arrive le jour de la première représentation ; le succès est assuré : Mme Dorus entre en scène portant au bras un panier rempli de fleurs ; elle entame de charmants couplets qui ont produit beaucoup d'effet aux répétitions.
Tout à coup, oh entend un petit rire dans la salle ; le rire s'accentue, il monte de Torchestre aux loges, aux galeries, on rit partout I
Étonnés d'un effet aussi imprévu, les auteurs se demandent ce qui peut exciter un tel accès d'hilarité dans une situation sérieuse.
Enfin M. de Saint-Georges s'avance légèrement de la coulisse, et que voit-il de l'autre côté de la scène ? Mme Stoltz qui, à la mode des Napolitains, s'était mise
à manger du macaroni, et comme eux en suspendait un filant écheveau au-dessus de sa bouche ; la tête renversée, le bras élevé, elle semblait déguster les brins de la fine pâte comme on le vit^ depuis, faire à Debu-
reau, son élève, sans doute.
L'effet de chant de Mme Dorus était complètement coupé, perdu !
, Indigné^ M. de Saint-Georges passe derrière la toile de fond pour arrêter la plaisanterie de Mme Stoltz ; celleci, qui a suivi son mouvement de Tœil, traverse la scène et recommence, à gauche, les exercices de macaroni qu'elle vient de faire à droite.
11 fallut que les auteurs attendissent que la chanteuse voulût bien mettre fin à leur supplice et à celui de Mme Dorus.
Enfin elle sortit de scène.
— Madame, lui dit M. de Saint-Georges au comble de l'indignation, c'est indigne ce que vous venez de faire là !
— Dans ce monde, répliqua Mme Stoltz, on se défend comme on peut I
Et elle remonta dans sa loge.
Halévy avait une réputation méritée de bienveillance.
11 aimait les jeunes, il tendait la main à tous. Âuber, qui, sans jamais chercher à faire ce qu'on appelle un mot, avait tant d'esprit, disait, en parlant de lui et des sollicitations indiscrètes auxquelles sa nature facile l'exposait : « Halévy a tort de demeurer chez lui, il devrait demeurer ailleurs. »
Ces deux maîtres de l'opéra français ont toujours
vécu en parfaite intelligence et Auber disait un jour à
' son secrétaire : < Faites tout ce qu'Halévy vous deman-
dera pour ceux qu'il croira devoir vous recommander;
n'est-il pas mon successeur désigné ! »
On a parlé souvent dô la bienveillance d*Hal6vy pour les jeunes gens qui venaient à lui; j'en citerai un exemple inédit et que je tiens de mon collaborateur Philippe Gille.
« C'était, me disait-il, en 1850, j'étais sur le point de sortir du collège et j'avais profité de je ne sais quel congé pour aller voir la Fée aux Roses à l'Opéra- Comique. Cette charmante partition, cette fée .(^adame Ugalde), cette mise en scène m'avaient beaucoup frappé ; bref j'avais découvert avec mes oreilles de lycéen qu'Halévy n'était pas sans mérite. Décidé à lui témoigner à ma façon la reconnaissance du plaisir qu'il m'avait fait^ je résolus de lui confier un livret, et j'écrivis, entre deux discours latins, un opéra-co-
mique en trois actes, que j'intitulai (je ne sais trop pourquoi maintenant) Pépita la bohémienne.
« Dès que je crus mon ouvrage parfait, je me présentai (un dimanche de sortie) chez Halévy, dont j'étais allé demander l'adresse à l'Institut. Il demeurait alors rue Larochefoucauld, au coin de la rue de Labruyère. J'avais bien pensé à remettre mon libretto roulé entre les mains d*Halévy» mais je^ pensai justement que les concierges n'étaient pas inventés pour rien, et je déposai mon manuscrit chez le portier du maestro.
« On devine la semaine que je passai ; toute la journée je cherchais à me figurer les impressions qu'Halévy avait dû ressentir en lisant mon poëme. Certains passages devaient, selon moi, décider du succès de la lecture.
« Enfin le dimanche arri/a, et, sans en dire rien à personne, je me décidai à voir Halévy, que je ne connaissais pas même de la^ façon la plus indirecte. Chemin faisant^ je sentis faiblir mon courage ; je marchais plus lentement qu'en partant de chez moi, je craignais presque d'arriver. Enfin je me trouvai devant la maison d'Halévy. Là, je fus repris d'un violent accès de timidité, je me rudoyai et, me saisissant pour ainsi dire au collet, je m'entraînai jusqu'à la loge dû concierge.
« — A quel étage M. Halévyî lui demandai-je.
« — Au premier ! •
« Je montai lentement et regardai la porte. — C'est là! me dis-je. Puis tout d*un coup surgit en moi cette réflexion : Pépita la Bohémienne n'est peut-être pas une excellente pièce? Allons donc, lâche I me cria ma conscience, et comme malgré moi je tirai assez fort le cordon de la sonnette. Le Rubicon était franchi , il n'y avait plus à reculer !
€ Je fis passer mon nom et l'on m'introduisit dans un salon qui s'éclairait, je crois, sur les rues de Larochefoucauld et Labruyère.
c Dans ce salon où je remarquai quelques bons tableaux et une superbe bibliothèque étaient deux toutes petites filles^ les enfants d'Halévy. Elles jouaient à monter et descendre sur une chaise qui était devant la cheminée. Un instant après entra un fort jeune collégien, très-brun, au profil hardiment découpé. Il embrassa les enfants qui lui dirent : — Bonjour^ Ludovic! — et passa dans une pièce à droite.
« Le temps me paraissait fort long, j'étais de plus en plus intimidé, et je me demandais ce que j'étais venu faire là. J'écoutais de toute mon attention pour savoir par quel côté viendrait Halévy, mais les enfants faisaient un tel tapage que je ne pus rien distinguer. Enfin une porte s'ouvrit, mon juge entra.
« Il était vêtu d'une grande robe de chambre, et
portait une petite calotte sur son front; à la main, il tenait mon fameux manuscrit.
« Je le saluai^ il me rendit mon salut en souriant et s'adossant à la cheminée.
< Je m'excusai de mon mieux sur ma hardiesse, tout en rougissant jusqu'aux oreilles.
« — J'ai lu votre pièce, me dit Halévy, en me regardant à travers ses lunettes avec ce regard bienveillant, gris, un peu incertain que se rappellent ceux qui l'ont connu, j'ai lu votre pièce et elle m'a paru assez faible ; c'est négligé, il semble que vous ne vous relisiez pas !
« Je m'excusai encore, je sentais que tout ce qu'il me disait était plus que vrai ; je tendis la main et repris mon manuscrit: j'avais peur qu'il ne m'en lût quelque chose.
« — C'est égal, me dit-il, il ne faut pas vous décourager, vous paraissez avoir le sentiment de la scène, de la coupe des morceaux. Mais il faut travailler !
< Puis il me questionna sur mes études, sur ma famille.
« Aujourd'hui que je me rappelle cette conversation, je comprends tout ce qu'il y avait de charmant dans l'accueil que faisait à un collégien l'auteur de la Juive.
« Au moment où je sortis, je vis rentrer dans le sa-
Ion le jeune lycéen que j'avais aperçu un quart d'heure avant. Il emmena dans une autre pièce ses deux petites cousines. C'était le futur auteur de la Grande duchesse^ de la Belle Hélène, de Froufrou^ etc., qui jouait avec mademoiselle Esther Halévy, cette charmante jeune fille si cruellement enlevée au plus bel âge de la vie, et avec mademoiselle Geneviève Halévy, aujourd'hui madame veuve Georges Bizet!
a Je ne m'en tins pas là, je payai cet accueil charmant de la plus noire ingratitude. Quinze jours plus tard j'apportais un second livret : Les Dernières Amours de François, à Halévy. J'y mis le moins de mauvais vers que je pus, et je fus bien flatté quand le mattre me dit : — « J'ai été fort étonné, il y a un second acte qui est presque bien ! »
€.En rentrant au collège, je fus un peu hautain avec tout le monde ; je me croyais devenu quelque chose ! Je travaillai, je m'initiai davantage aux œuvres dramatiques et du jour où j'y vis plus clair, je n'osai plus retourner chez Halévy, Je me reprochais d'avoir fait perdre une heure à cet homme dont toutes les minutes étaient si bien employées.
« Je le revis à l'enterrement de Scribe, en 1861. Il pleuvait à verse, j'étais caché sous mon parapluie* Clapisson m'aperçut, me prit par le bras et m'entraîna avec lui parmi les membres de l'Institut. Halévy
me reconnut, nous parlâmes de mes premières armes,
« — Je m'en vais, lui dis-je au bout d'un instant, rejoindre le reste du cortège, je suis ici au milieu des habits verts de l'Institut, ce n'est pas là ma place.
« — Comment I s'écria Clapisson avec véhémence, vous n'êtes pas de l'Institut, mais vous en serez! votre place est entre nous deux, car vous avez de l'esprit, du cœur...
« — Et un parapluie ! me dit doucement Halévy qui avait compris pourquoi Clapisson m'avait entraîné à son bras. »
On voit d'après ce récit qu'à rencontre de bien des grands et des petits auteurs d'aujourd'hui, Halévy ne repoussait pas les jeunes.
On n'oublie pas un accueil aussi charmant que celui que le grand maitre a fait à Philippe Gille, et je suis sur que ce dernier eût été bien heureux, toutes les fois qu'il a été applaudi au théâtre, de pouvoir dire à Halévy : C'est à votre sourire encourageant que je dois un peu cela !
Je n'entreprendrai pas de citer tous les ouvrages musicaux ou littéraires d'Halévy ; ils empliraient à eux seuls une bibliothèque. Le dernier grand opéra qu'il
fit représenter fut la Magicienne. Sévère d'abord pour cette œuvre y qui renferme de magnifiques pages, la critique revint bientôt sur son jugement Mais, il faut bien le dire, on ne lui fit pas Taccueil qu'elle méritait. Déjà pour le Nababy Valentine é^Aubigny, le maître avait pu juger de l'exigence du public à l'égard de ceux qui lui ont donné des chefs-d'œuvre. Tout se paye icibas et surtout le succès. Très-affecté de cette sorte d'indifférence, du manque d'examen pour des ouvrages écrits avec une rare conscience, Halévy ressentit les premières atteintes de ce mal indéfinissable qu'on appelle la consomption. En vain son activité se rejetait-elle sur d'autres travaux ; écrire un livre ne lui suffisait pas, il lui fallait le théâtre avec toutes ses émotions. Comme Napoléon, il avait, lui aussi, la nostalgie des champs de bataille.
Par une fatale coïncidence, il eût semblé que les théâtres de musique se fussent entendus pour oublier le nom de celui à qui ils devaient leurs plus beaux succès.
Cela est triste à dire, mais pendant les quinze mois qui ont précédé la mort d'Halévy, la Juive j son chefd'œuvre, ne fut représentée que trois fois, et, comme le disait son frère, M, Léon Halévy, si le théâtre où il obtint de si grands succès, eût fait relâche, à l'exemple de rOpéra-Comique et du Théâtre-Lyrique, le jour de ses obsèques, cette soirée eût été la première
que rOpéra lui eût consacrée depuis près d'un an.
Deux heureuses reprises de Jaguarita et du Val d* Andorre a.\i Théâtre-Lyrique vinrent cependant adoucir ramertuîne d'un pareil oubli : ce furent peut-êre les dernières joies de sa vie.
J'emprunte à M. Léon Ualévy les lignes suivantes :
« Bien que sa famille et ses amis eussent voulu se faire illusion, il leur fallut bien constater qu'Halévy dépérissait et que cette haute intelligence ne rayonnait plus que dans un corps languissant. L'altération de ses traits, l'amoindrissement progressif de ses forces avaient frappé tous ses amis et indiquaient une lésion profonde. Un voyage dans le Midi fut ordonné par les médecins. Lui-même désigna Nice et s'attacha avec une sorte d'obstination au choix de ce séjour. Il partit avec les siens le 23 décembre 1861. La science espérait tout de ce changement de climat ou feignait de tout espérer pour rassurer la famille d'Halévy.
« Le séjour de Nice ne lui fut pas favorable. Il y arriva fatigué du voyage ; une saison exceptionnelle, un temps inégal, variable, n'apporta qu'une amélioration passagère à sa santé si gravement atteinte. Dans les lettres qu'il m'écrivit, je remarquai le soin qu'il mettait à garder sur sa santé le silence le plus absolu et j'en conçus de tristes pressentiments. »
Ces pressentiments, tout le monde des arts les partageait et les lettres d'adieux qu'Halévy écrivit à plusieurs personnes avant son départ ne les confirmèrent que davantage.
Il paraît cependant que tout espoir n'était pas perdu pour lui, car j'ai sous les yeux la lettre suivante qu'il écrivit à l'Institut, peu de jours après «on arrivée à Nice :
a Niée, jeudi 16 janvier 1861 . »
« Monsieur le président et cher confrère,
« Éloigné de l'Académie depuis plus de trois semaines, c'est pour moi un véritable besoin de m'adresser à elle, de me retremper, pour ainsi dire, dans son sein, et de l'assurer avant tout des sentiments qu'elle ne peut ignorer et qui m'animent toujours à son égard. J'espère qu'elle m'aura conservé ceux qu'elle a voulu si souvent me manifester et me continuera son amitié. Que ces relations de commun dévouement, de mutuelle affection sont douces et précieuses! 11 n'y a pas seulement dans les Académies ces travaux qui réunissent et combinent Feffort des esprits, il y a aussi ces liens que le temps et une estime réciproque établissent et resserrent chaque jour.
« Veuillez dire à nos chers confrères, que j'espère retrouver ici des forces qu*un long travail, je pourrais dire de longs travaux avaient fatiguées. La douceur
de la température, la beauté du climat, le repos, ont déjà fait beaucoup, et je me flatte qu'en revenant parmi vous, je pourrai de nouveau me consacrer utilement au service de TAcadémie. C'est mon espoir et ma joie.
« Veuillez, Monsieur le président et cher confrère, agréer pour vous et pour la Compagnie, l'expression de mes sentiments les plus affectueux et les plus dévoués.
« F. Halévy.
f 5, rue de France. »
Pour combattre un état de faiblesse qui devenait chaque jour plus alarmant pour ceux qui l'entouraiept^les médecins, pensant qu'une nourriture forcée parviendrait peut-être à rendre la vie à ce sang qui «'appauvrissait progressivement, lui prescrivirent les excitants, les viandes saignantes.
C'était bien, mais il eût fallu aussi prescrire l'ap* petit I
Madame Halévy avait remarqué que son mari dînait i^ieux en causant, en se trouvant avec quelques ^œi^. A deux pas de chez lui demeurait un homme 4ju*il aimait beaucoup, autant pour son cœur que pour son esprit. C'était Alphonse Karr. On le pria à 41aer, Il accepta. L'auteur des Guêpes, qui est une
sorte de géant, possède un estomac en rapport avec sa taille, c'est-à-dire qu'il dînerait mal d'un œuf à la coque et d'une mouillette.
On se mit à table ; l'appétit merveilleux de l'invité réjouit tout d'abord le malade, qui s'efforçait de rimiter. Bien des fois, à la joie d'Halévy, ces petites fêtes se renouvelèrent.
— C'est superbe, disait Halévy,en parlant d'Alphonse Karr ; il a mangé le gigot presque entier !
Une autre fois c*était un canard qcd avait le même sort.
A Tadmiration d'Halévy se mêla bientôt un autre sentiment qu'il n'avait jamais connu : l'envie.
— Est-il heureux I cet Alphonse Karr, disait-il en le regardant et en essayant d'avaler une bouchée.
Mais Testomac ne voulait plus de nourriture et Halévy laissait retomber sa fourchette «vec découragement.
Il arriva un moment où cette lutte tout à fait inégale lui causa un vif chagrin. La santé de fer d'Alphonse Karr lui soulignait encore davantage son état de débilité.
Dès ce jour, il ne se mit plus àr table.
Malgré les beaux jours qui se succédaient, Halévy s'affaiblissait de plus en plus. Une somnolence près-
que continuelle absorbait toutes ses facultés. Vers le milieu de mars pourtant on put constater une sorte de mieux dans son état de santé.
Il demanda un matin son barbier; quand celui-ci l'eut rasé et fut parti, Halévy pria madame Halévy de lui remettre 25 francs, et comme elle lui faisait remarquer qu'on le payait au mois, il insista en ajoutant : — Et il faudra le remercier de ma part — Tout cela avec une grande simplicité et sans qu'on pût penser qu'il avait un pressentiment de sa fin prochaine.
Le lendemain, dès qu'il fut éveillé, il se fit habiller et se rendit dans son salon ; une certaine inquiétude se lisait sur ses traits ; il demanda un miroir^ s'y regarda, et dit r — C'est incroyable!... J'ai cependant bonne mine !.•• C'est étonnant l
Que s'était-il passé, quel avertissement la nuit lui avait elle donné? Il ne voulut rien dire à ce sujet.
Le 17 mars 1862, au matin, son état de faiblesse s'était beaucoup aggravé ; le soleil, ce jour-là, fut Tun des plus beaux qui se fût levé sur Nice ; il entrait à pleins rayons par la fenêtre près de laquelle Halévy avait voulu qu'on le plaçât sur un canapé. Effrayée par l'état de somnolence continuelle dans lequel elle voyait son mari, madame Halévy se préparait à faire appeler ses deux jeunes filles qui se trouvaient dans un jardin près de la maison, lorsque toutes deux arrivèrent presque aussitôt*
Elles rentraient les mains pleines de fleurs et de fraises qu'elles venaient de cueillir.
— Oui, cela me fera plaisir, dit Halévy, en les voyant; puis, quelques instants après, il ajouta : — Je suis fatigué ; donnez*moi des oreillers.
Les oreillers furent apportés, et comme on cherchait à les glisser sous sa tète :
— Non, dit-il, ce n'est pas cela; et faisant comprendre qu'il voulait qu'ils fussent échelonnés, — comme mie gamme : Couchez-moi en gamme!
Le médecin arriva et lui fit prendre quelques gouttes d'une potion qu'il avait préparée : — Ah ! je vous remercie, lui dit-il avec un pâle sourire, c'est le coup de rétrier!
Je copie ici la fin. d'une lettre écrite par Ludovic Halévy qui se trouvait au chevet de son oncle mourant :
c ... Un assez grand soulagement a suivi cette crise de la nuit, et ce malin (le 17), de sept à neuf heures, mon oncle a été mieux qu'il n'avait été hier; il a un peu parlé, nous a remerciés de nos soins et s*est beaucoup attendri sur ma tante sans que rien cependant nous donnât à penser qu'il se rendit compte de sa situation. Nous avons dû empêcher ma tante de reprendre quelque espoir, car nous comprenions bien
que ce calme et cet apaisement même étaient le signe de la fin. Vers dix heures il a voulu se lever et on l'a mis près de la fenêtre, sur le canapé, C'est de dix heures à trois heures qu'il s'est éteint. Il n'y a pas de mot pouvant mieux rendre ce qui s'est passé.
« Il est impossible d'imaginer une mort plus douce, plus calme, plus exempte d'angoisse et de trouble. Il nous entendait et nous répondait. Nous lui disions : < C'est un spasme comme celui que vous avez eu cette « nuit; cela ne sera rien, ne vous inquiétez pas. » Il était si tranquille à ses derniers moments, que le médecin, qui était là, a dû nous prévenir que tout était fini. J'insiste sur ces détails, à cause de toi, mon pauvre père. J'ai vu de près cette triste scène, j'en ai été déchiré. Cependant, il y avait une véritable consolation à voir que nous étions seuls à souffrir. Ësther, qui a été très-forte et très-courageuse, a demandé à entrer une dernière fois et elle n'a plus quitté sa mère... »
Telle fut. la fin d'Halévy.
La nouvelle de sa mort fut un deuil général.
On lui fit de magnifiques obsèques, et son corps fut inhumé à Paris au cimetière Montmartre. On y plaça sa sV ^ue en m' rbre. Une loi fut votée, accordant, à titre
de récompensa nationale, une pension de 5,000 francs à sa veuve.
Les journaux répétèrent à l'envi les louanges de celui qu'ils avaient souvent et cruellement maltraité ; la justice et la vérité se firent jour devant ce cercueil, et Ton ne discuta plus la valeur du grand compositeur français.
Plusieurs discours furent prononcés sur sa tombe ; celui de M. Àmbroise Thomas se terminait ainsi: « Halévy était un homme de génie, je maintiens le mot l »
A ce propos, j'écrivis dans le Figaro du 27 mars 1862, les lignes suivantes :
« Le discours de M. Ambroise Thomas était excellent ; mais quelle nécessité, après avoir dit qu'Halévy était un homme de génies d'ajouter : je maintiens le mot! M. Thomas n'avait que faire de défendre son expression, personne n'en contestait la justesse. »
C'est du reste (constatons-le par parenthèse) assez l'habitude de M. A. Thomas, dans ses discours funèbres, de fondre la lance au poing sur des ennemis qui n'existent pas.
Le pendant à son « je le maintiens^ » se trouve dans le discours qu'il prononça aux funérailles d'Aiiber ; je* copie :
« Quel talent montre mieuï que le sien les facettes
« brillantes de l'esprit français? Ne va-t-oupas aujour-^ « d'hui plus que jamais reprochera notre maître d* avoir « été frivoky superficiel^ incapable de vigoureux et « persévérants efforts? »
Voilà qui est vraiment d'un esprit inquiet. Qui diable a jamais songé à tout cela, et à qui répond l'auteur d'Hamlet? La phrase de M. A. Thomas le conduit parfois un peu loin et, pour ceux qui ne le connaissent pas, ces protestations intempestives pourraient être mal comprises, quand elles ne sont que de purs rem^ plissages et ne lui servent qu'à allonger, en le dévidant, le fil de son discours.
J'ai écrit, en commençant ce cinquième volume de mes Mémoires, que mon but était de donner des croquis de mes rédacteurs présents ou passés, fixes ou d'aventure, en citant, comme échantillons de leur savoir-faire, leurs meilleurs articles, boutades ou nouvelles à la main. La plupart de ceux qui ont écrit au Figaro littéraire, tels que Villemot, Duchesne, Paschal Grousset, Lespès, Rochefort, etc., etc., ont pris place dans ce carnet de mes souvenirs.
• Puisque quelques-uns de ces' noms reviennent aujourd'hui sous ma plume, je profite de l'occasion pour répondre au reproche qui m'a été fait d'avoir accueilli
dans mon journal des gens qui devaient plus tard échouer dans la Commune et se faire transporter à Nouméa. La raison que j'ai à donner est bien simple : le FigarOy à cette époque, était un journal exclusivement littéraire, et je me préoccupais infiniment plus, en prenant un rédacteur, du talent qu'il avait que de ses opinions politiques ; surtout, je le répète, pour un journal absolument étranger à ce qui se passait en de'hors de la littérature ou du monde des arts.
Le Figaro était pour moi alors ce que les Bouffes- Parisiens étaient pour Offenbach. Nés en même temps, le journal et le théâtre, tous deux de même genre, s'adressaient au même public, et je ne sache pas que jamais ledit Offenbach se soit préoccupé des principes politiques de Berthelier, de Pradeau ou de Léonce pour leur faire jouer les Deux Aveugles; ces principes étaient excellents, je le sais bien, mais le public s'en souciait peu. Je crois que de même quand M. Bertrand, le directeur des Variétés, fait jouer et chanter le rôle du carabinier à Baron, il ne se préoccupe pas de savoir s'il appartient ou non au grand parti de l'ordre ou s'il lit le Rappel^ le Siècle^ ou le Figaro.
C'est ainsi que je jugeai la question, et quand Paschai Grousset m'apportait ses portraits de médecins, Vermersh son étude sur Carpeaux, etc., etc., je ne les arrêtais pas en leur disant : — Voyons, mes gaillards,
avant de vous prononcer sur la valeur d'un chirurgien ou d'un statuaire, vous allez me confesser si vous êtes blanc, bleu ou rouge ?
Je sais bien que ceux qui me font de tels reproches se garderaient bien de se souvenir que j'avais plus de légitimistes que d'autres dans la rédaction, et qu'à côté des noms de républicains que je viens de citer, j'avais aussi des noms comme ceux-ci : Théodore Muret, Crétineau-Joly, A. de Poutmartin, Arthur de Boissieu, Carayon-Latour, de Rovigo, de Lapierre, Nettement, etc., etc. Je ne sais, du reste, quelles opinions n'ont pas été représentées au Figaro. Je m'en suis d'ailleurs peu boucié, et qu'on fût légitimiste, orléaniste, bonapartiste ou républicain, je ne demandais à ceux qui venaient que d'être gens de talent et d'esprit.
Parxm tous ces collaborateurs du passé, il en est un entre tous, homme de grand talent, dont la physionomie étrange mérite de n'être point oubliée. Malheureusement, les agitations de sa vie ont beaucoup nui à sa réputation d'écrivain, et l'exemple de celui dont je vais parler peut servir à prouver, une fois de plus, que le public ne sépare pas volontiers l'artiste de son œuvre ; il aime, au contraire, à savoir qu'un homme de lettres pense et agit comme il écrit, et c'est pour cela qu'il mat
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tant de curiosité à connaître les choses intérieures de sa vie. C'est par là qu'a péri Jules Lecomte, l'homme de lettres, dont je vais essayer de tracer un croquis.
Je n'ai connu Jules Lecomte qu'assez tard. C'était vers répoque où il écrivait une revue parisienne à /'indépendance belge. Comme il avait beaucoup de talent, les ennemis ne lui manquèrent pas. Contrairement au système de ces journalistes, qui de loin en loin, pondent un article soi-disant sérieux parce qu'il est ennuyeux, Jules Lecomte produisait beaucoup et apportait le plus d'éléments possibles dans ses revues de semaine. Les sommaires de ses causeries ne se composaient pas de moins d'une trentaine de lignes et son article tenait toutes les promesses qu'il avait faites. Son courrier est certainement et de beaucoup le meilleur qu'ait jamais eu V Indépendance et pourtant bien des gens de talent y ont passé, Villemot entre autres. C'est qu'il avait inventé un procédé qui n'est pas à la portée de tout le monde.
Faisant toute la semaine la chasse aux nouveltes, aux cancans, aux petits scandales, il réunissait dans i^on feuilleton une grande quantité de faits, si bien que le lecteur y trouvait toujours quelque chose d'intéressant. Le grand avantage de Jules Lecomte, c'est qu'il savait qu'une salade de légumes ne se fait pas avec un seul ^ légume, mais avec des pommes de terre, des^ haricots
verts, des haricots flageolets, des truffes, desanchois, des câpres, des betteraves, des olives, des carottes émincées, des pointes d'asperges, des jaunes d*œufs, des petits pois, etc., etc., tandis que des confrères avaient le tort de croire qu'ils feraient une pareille salade avec une carotte seulement ou un simple navet.
Tout autre était le procédé de Villemot, ou de madame de Girardin, qui, peu informés et ne cherchant point à l'être, remplaçaient par une verve et un esprit intarissables les renseignements qui leur manquaient. Il suffit de feuilleter la Vie à Paris et le Vicomte de Launay pour constater ce que j'avance.
Il est vrai d'ajouter qu'on aura maintenant encore grand plaisir à relire ce qu'ils ont écrit, tandis que les courriers de Jules Lecomte, tous remplis, bourrés d'actualités, n'offrent plus guère aujourd'hui d'intérêt. Chacun fait comme il peut, et madame de Girardin, convaincue qu'elle ne pouvait être autre chose qu'une femme d'esprit, en mettait le plus possible dans ses chroniques. Elle en avait beaucoup par elle-même et savait profiter de celui des autres. Ceux qui la connaissaient savaient qu'un bon mot ne vieillissait pas dans ses salons et que le lendemain il paraîtrait dans le Vicomte de Launay.
Personne n^eut plus à souffrir que Jules Lecomte de
la haine de ses confrères; j'expliquerai plus loin et on comprendra la cause de cette inimitié persistante en lisant les pièces que je reproduirai. Il faut ajouter qu'à cette époque Véreintement littéraire était à Tordre du jour. Bien que pratiqué déjà avec une certaine âcreté, il. était cependant fort loin des fureurs et des perfidies de celui que nous possédons maintenant ; un journaliste en polémique avec un autre cherche avec soin si son adversaire n'a pas quelque plaie de famille, un parent éloigné qui a été au bagne pour le lui reprocher dans le débat. De pauvres diables qu'il faut plaindre, rien que pour tâcher de faire monter la vente de leur feuille de quelques centaines de numéros, injurient à la journée des gens qu'ils ne connaissent pas et dont ils défendraient la cause pour un ou deux sous de plus la ligne ; ils ont fait enfin, du journalisme qui autrefois était une vocation, un simple métier, .et quel métier !
On ne saurait se figurer, par exemple, ce que les pièces et surtout la prose de Scribe étaient disséquées, épluchées, et par quels écrivains, grands dieux ! Décidés à en finir avec un homme dont les succès emplissaient tous les théâtres de Paris, les prétendus jeunes (ceux-là sont toujours au moins de Page de Vhomme arrivé qu'ils persécutent) ne laissaient pas passer une incorrection, une tournure vicieuse ;* ils poussaient des cris à faire croire qu'ils avaient quel-
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que chose de commun avec la grammaire française et qu'en Técorchant on avait touché à leur peau.
J'ai parlé de l'acharnement avec lequel les envieux, ennemis de tous ceux f^ui réussissent, avaient persécuté Scribe. Il est des journalistes qui ont vécu pendant plusieurs années rien qu'en citant les étourderies ou les négligences suivantes du maître du théâtre maderne :
— Aax quatre coins de la machine ronde !
Comme si la machine ronde pouvait avoir des coins.
— Un vieux soldat sait souffrir et se taire
Sans murmurer.
On s'exclamait, avec mauvaise foi du reste, sur ce vers des Huguenots :
— Ses jours sont menacés, ah ! je dois l'y soustraire !
Voici, par exemple, qui est plus grave :
~ Au théâtre le secret
Par qui l'on platt C'est du rouge et du blanc,
Mettons-nous-en, Et donnons-nous des appas Pendant qu'on ne nous yoit pas !
Ces derniers vers sont de Jenny BelL
Puis cette phrase qui est la première du Verre d'eau :
a Oui, monsieur le miarquis, cette lettre parviendra à la r^ine.. Je trouverai les naoyens, je vous le jure... et elle sera reçue avec les égards dus à l'envoyé d'un grand roi. »
On faisait malignement remarquer que cette pièce était la première que Scribe signait : de TAcadémie française.
Puis venait le :
— Si tu parles... sa mort!
interprété: Si tu parles, ça mord! que l'anabaptiste disait en montrant un poignard à la mère du Prophète. Sans oubher que dans les Huguenots, Raoul, après s'être laissé traiter d'idole :
RAOUL a Ce sont mes frères qu'on immole, etc.