CONSEIL DE SURVEILLANCE
S. G. Mgr TARGHEVÊQUE DE PARIS, G. *. — M. RENAN, de Finstitut. — M. GUIZOT, G. *. — M. le premier président DEVIENNE, G. *. — M. SE- GUIER, ancien avocat général. — M. le GRAND- RABBIN DE PARIS. — M. DENIÈRE. — M. le marquis de la SEIGLIÈRE, G. )ï(, G. 0. *, G. G. — M, le général comte de WALDNER DE FREUND- STEIN, sénateur, G. G.,. G. ^. — M. ACHILLE JU- BINAL, député, 0. ijff, G. *, G., 0.,0. — ,\.
Chef du contentieux : J. MIRÉS
Conseil Judiciaire : MM. Allou, Emuànuel Araqo, Andral , Gambettâ , HÉBERT , Laurier. — Agréé :
M. SCHAYÉ fils.
Voyageur pour le compte de la Société dans toutes les parties du monde : le prince NAPOLÉON (JÉ- RÔME).
, L'effet produit par cette annonce fantastique fut énorme, on en rit beaucoup, surtout aux Tuileries ; un passage seulement avait fait froncer le sourcil à Tempereur, c'était la fameuse ligne: Directeurs gérants : Charles^Louis-Napoléon Bonaparte et fils. Bonaparte et fils avait paru un peu irrévérencieux. N'importe, la plaisanterie passa.
Ce qu'on ne croira pas, c'est .que pour constituer entre nous ces ministères, ces préfectures de fantaisie, nous eûmes autant de difficultés que les gouvernements pour constituer les kurs.
Par exemple, lorsque, après avoir installé M. Eraest
Picard à THôtel-de-Ville, il fallut trouver à M. Hauss-
mann, le préfetdépossédé, unecompensation suffisante :
• — Il a bien mérité du pays, dit une voix... Il a fait
de Paris la première ville du monde.
— Oui, mais les quatre cent millions ?
— Que vous importe ? ce n'est pas vous qui payerez, ce sont vos petits-enfants I
Bref, moi qui suis un de ses grands admirateurs, j'eus toutes les peines du monde à faire nommer M. Haussmann ministre des travaux publics.
J'ajouterai comme détail pittoresque, que tant qu'a duré la confection de notre numéro, Jules Richard, auteur de la proclamation impériale, fut l'objet des plus flatteuses déférences, des plus profonds respects. — On ne l'appelait que « Sire ! » et quand les plateaux circulèrent, personne n'osa boire avant lui. Il riait beaucoup et semblait prendre goût à la chose, quoique, à franchement parler, la situation dont il jouissait au Figaro fût bien préférable à celle de n'importe quel souverain.
Ce n'est pas tout : le maire d'une commune de Normandie, qui venait de lire notre numéro, fit tambouriner pour rassembler ses administrés. Dès qu'ils furent arrivés, il prit la parole en ces termes :
a Mes chers concitoyens,
« L'empereur a enfin compris que le temps élaît venu de faire des réformes libérales ; le journal qui m'arrive de Paris et qui contient les nouveaux décrets en est une preuve. Je suis heureux d'annoncer à mes concitoyens que grâce à ces sages et prudentes concessions, en se retrempant dans le peuple, Napoléon Kl vient de consolider l'empire. »
Ce petit discours, ajoutait notre correspondant, fut accueilli par des applaudissements unanimes, et les plus vieux se retirèrent en disant en hommes expérimentés : Nous savions bien que cela finirait comme ça !
Après le succès obtenu par ce numéro exceptionnel, je me promis bien de n'en point refaire d'autre. ¥ne surprise n'est agréable que parce qu'elle est une surprise ; le mot d'une charade une fois connu, la charade n'a plus d'intérêt. )1 fut donc bien arrêté dans mon esprit que je me contenterais de cette épreuve décisive.
Mais qui peut répondre die rien dans la vie ?
Un malin du mois de juin 1870, je fus appelé avec d'autres directeurs de journaux au ministère des finances. En arrivant nous trouvâmes chez le ministre, M. Plichon, M. Chevandier de Valdrôme, alors ministre de l'intérieur.
11 s'agissait de la fameuse question du timbre. J'avais amené avec moi mon associé, M. Dumont ; parmi les autres directeurs de journaux figurait Alphonse Millaud pour le Petit Journal, Dalloz pour le Moniteur.
M. Plichon, penché sur son bureau, faisait et redéfaisait des additions, dont le but était de prouver qu'il était impossible d'équilibrer le budget si Ton touchait au timbre.
— Mon Dieu, monsieur le ministre, lui dis-je, vous vous donnez là bien du mal pour arriver à nous faire peut-être bénéficier d'un centime,je suis persuadé que si un nouveau gouvernement arrivait , il trouverait le moyen de supprimer tout à fait le timbre et que les affaires iraient tout de même ! Reconnaissez que c'est un impôt bien dur que celui qui coûte plus cher que la matière qu'il frappe : la feuille de papier ne vaut pas le timbre de six centimes que vous y faites appliquer. Je ne parle pas pour le Figaro seulement, qui fait ses affaires, mais pour de bons journaux dévoués au principe d'ordre que vous défendez et qui souffrent
beaucoup de cet état de choses ; les mauvais journaux ne souffrent pas; une feuille qui crie après tout le monde et qui attaque sans cesse est toujours sûre de trouver des lecteurs !
A ce moment, M. Chevandier de Valdràme, homme d'ailleurs très-aimable et fort bien élevé, ne put s'empêcher de me demander en souriant :
— Et à quoi, monsieur de Villemessant, reconnalt-on qu'un journal est bon ou mauvais ?
Je me sentis subitement froissé par cette question ; je ne comprenais pas, en effet, qu'elle fût adressée au directeur du Figaro^ qui, sentant bien quels étaient, les plans des ennemis du gouvernement, n'avait jamais voulu faire chorus avec eux.
— Monsieur le ministre, répondis-je un peu sèchement et en prenant ce certain air peu aimable que mes intimes appellent ma tête de bois, monsieur le ministre, je suis convaincu que s'il me plaisait de faire du Figaro un mauvais journal, vous pourriez juger de la différence !
M. Chevandier de Valdrôme vit qu'il m'avait blessé involontairement; en homme du monde qu'il était, il voulut, comme on dit, rarranger Vaffairc.
— Quel est le tirage du Petit Journal f demanda-t-il à Alphonse Millaud.
— Environ deux cent quatre-vingt mille.
— Et celui du Figaro, monsieur de Villemessant ? fit-il en se tournant vers moi avec la plus grande amabilité.
— Trente mille en temps ordinaire, lui répondis-je, et quarante mille quand il y a Véreintement d'un ministre...
Je m'arrêtai un quart de seconde; M. Chevandier de Valdrôme ouvrait de grands yeux ; je continuai :
— Voici pourquoi : c'est que, comme un ministre ne doit jamais se tromper, si cela lui arrivait par hasard, le public serait désireux de savoir comment il s'y est pris.
Le ministre sourit, et nous nous retirâmes avec l'espoir qu'on nous dégrèverait du timbre qui, ainsi que je l'avais dit, fut enlevé au premier changement de gouvernement.
Quant au pauvre budget de M. Plichon, il a subi cent autres assauts auprès desquels la suppression du droit de timbre est bien peu de chose ; nous nous séparâmes sans que la question eût avancé d'un pas, mais en d'excellents termes.'
Le lendemain, comme je faisais le tour du lac d'Enghien avec Jules Richard :
— Pourquoi, me dit-il, ne nous faites-vous pas un second numéro à surprise? tout le monde a été ravi du premier.
— On n'invente pas tous les jours des plaisanteries, comme celle-là, lui répondis-je ; et, tout en causant, il me vint une idée : « Attendez, lui dis-je, je crois que j'ai votre affaire. »
Et je lui racontai l'entrevue qu& j'avais eue au ministère, et le petit dialogue échangé entre M. Oievandier de Valdrôme et moi.
Dès lors, le plan du numéro était arrêté dans mon esprit ; le lendemain, tous mes collaborateurs déjeunaient à Ënghien.
La besogne fut distribuée à chacun selon ses aptitudes. De même que pour faire le coup d'État du 2 décembre, on avait interdit aux compositeurs de T^mprimerie nationale de sortir avant que toutes les affiches et proclamations fussent imprimées, et cela en pourvoyant à tous leurs besoins, de même je chambrai ma rédaction, et personne ne put sortir avant que le numéro entier fût écrit et composé. La moindre indiscrétion eût tout fait manquer. Je recommandai bien de rester dans les limites du possible ; il ne fallait pas faire un numéro charge^ mais un journal * qui pût élre pris au sérieux par tout le monde.
DKTX NUMÉROS A SENSATION.
— Eq résumé, dis-je à mes rédacteurs, il est dispensable que ce que nous allons dire nous attire
les plaintes de nos abonnés, sans quoi notre effet est lanqué. Tout doit être vraisemblable, depuis le
iremier Paris jusqu'au moindre fait divers.
Mes recommandations furent admirablement écoutées, et le lendemain, 8 juin 1870, les lecteurs du Figaro recevaient leur journal, en tète duquel ils lurent avec étonnement les lignes suivantes :