TRADUIT EN ANGLAIS PAR JOSEPH SMITH, JUNIOR
Tel est le titre du Livre de Mormon, 'qui separtage en quinze livres, et dont nous allons faire rapidement 1' analyse.
Ce livre coinble une immense lacune dans la sphere des connaissances humaines : il nous revele l'histoire ancienne de l'Amerique , depuis la premiere colonie qui lui vint de la tour de Babel, jusqu'au commencement du V siecle de l'ere chretienne. Apres la confusion des langues, (ftiand les hommes se disperserent par toute la ferre , les Jaredites. peuple juste, ayant
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trouve grace aux yeux de l'Eternel, traverse-rent miraculeusement l'Ocean sur huit vaisseaux, aborderent dans le Nord-Amerique , ou ils batirent de grandes cites, et formerent une nation tres-civilisee, tlorissante par le commerce et l'industrie. Mais leurs descendants se corrompirent, et furent frappes de terribles jugements. Des prophetes s'eleverent au milieu d'eux, de generation en generation , pour leur reprocher leur perversite et annoncer le chatiment final qui les attendait. Enfin , apres avoir dure quinze siecles , ils furent aneantis pour leur mechancete , environ six cents ans avant Jesus-Christ.
Ces premiers habitants de l'Amerique furent reniplaces par une emigration cl' Israelites, miraeuleusement amenes de Jerusalem dans la premiere annee de Zedekiah, roi de Juda. lis suivirent quelque temps les cotes de la mer Rouge, dans la direction de sud-est, ensuite ils prireut plus a Test, et atteignirent enfin le grand Ocean. Alors Dieu leur commanda de construire un vaisseau qui les porta sains et saufs a travers l'Ocean Pacifique , jusque dans l'Amerique du Sud, oil ils debarquerent sur la cote occidentale.
Dans la onzieme annee du regne de ce meine Zedekiah , alors que les Juifs etaient emmenees captifs en Babylone , quelques descendants de Juda vinrent de Jerusalem dans l'Amerique du iNord, d'ou ils emigrerent vers les parties septentrional es de l'Amerique du Sud. Leurs descendants furent. decouverts par ceux des premiers emigrants, environ quatre cents ans apres.
Les premiers emigrants se separerent presque aussi-
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tot en deux nations distinctes. L'une d'elles s'appelala nation des Nephites, du nom du prophete Nephi qui la eonduisait. Celle-la etait persecuted, a cause de sa droiture, par celle qui portait le nom de Lamanites, du nom de Laman, son chef, homme tres-corrompu et mechant. Les Nephites se retire rent vers le nord de I'Amerique meridionale , tandis que les Lamanites occuperent le centre et le sud de eette region. Les Nephites possedaient une copie des saintes Ecritures, c'est-a-dire les cinq livres de Moi'se, et les prophetes jusqu'a Jeremie, ou jusqu'a l'epoque ou ils avaient quitte Jerusalem. Ces Ecritures etaient gravees sur des plaques d'airain. Les Nephites, apres leur arrivee en Amerique, fabriquerent des plaques semblables, sur lesquelles ils graverent leur histoire , leurs propheties leurs visions et revelations. Toutes ces annales, tenues par des hommes justes et inspires de 1'Esprit-Saint, etaient soigneusement conservees et transmises de generation en generation.
Dieu leur donna tout ce continent comine terre-promise, en leur declarant que ce serait la leur heritage et celui de leurs enfants, a condition qu'ilsgarderaient ses commandements ; sinon, qu'ils seraient retranches de sa presence. Les Nephites , que Dieu benissait , prospererent et se repandirent a Test, a l'ouest et au nord. lis habiterent d'immenses cites, des temples, des forteresses, cultiverent la terre, eleverent des animaux domestiques, exploiterent des mines d'or, d'argent, de cuivre et de fer. Les arts et les sciences fleurirent parmi eux; et aussi longtemps qu'ils furent
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justes, ils jouirent des bienfaits de la civilisation et d'une grande prosperite nationale.
Les Lamanites, au contraire, a cause de la durete de leur creur, furent tout d'abord abandonnes de Dieu. Avant leur rebellion, ils etaient blancs et beaux comme les Nephites ; mais, par suite de la malediction divine, ils tomberent dans une profonde barbaric Ennemis implacables des Nephites, ils s'efforcerent, par tous les moyens, de les detruire, et leur livrerent a cet effet de nombreuses batailles. Mais ils furent longtemps repousses avec perte, et les innombrables tumuli, qu'on rencontre partout dans les deux Ameriques, recouvrent des amas de guerriers tues dans ces sanglants combats.
La seconde colonie d'Hebreux, deja mentionn^e, portait le nom de peuple de Zarahemla. Ces colons avaient eu entre eux plusieurs guerres civiles. Et comme' ils n'avaient apporte de Jerusalem aucunes annales, leur langue s'etait corrompue, et ils etaient tombes dans l'atheisme. A l'epoque ou ils furent decouverts par les Nephites, ils etaient devenus fort nombreux, mais se trouvaient dans un etat de demibarbarie. Les Nephites, s'etant unis a eux, les initierent aux saintes Ecritures, les rendirent a ia civilisation, et les deux nations n'en firent bientot qu'une seule. Dans la suite des temps, les Nephites se mirent a construire des vaisseaux vers l'isthme de Darien. Ils naviguerent dans la mer des Antilles, ainsi que dans le Pacifique, et envoyerent de nombreuses colonies vers le nord. D'autres emigrerent par terre, et, en peu
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tie sieeles, tout le continent septentrional se trouva pen pie. A cette epoque, 1'Amerique du Nord etait entierement depourvue de. bois. Les forets avaient ele delruites par les Jaredit.es, premiers colons venus de la tour de Babel. Mais les Nephites devinrent habiles a construire des maisons en ciment, et ils transporterent par nier beaucoup de bois de construction du sud an nord. Us firent aussi des plantations immenses. D'important.es cites s'eleverent en divers lieux du continent, soit parmi les Lamanites, soit parnii les Nephites. Ces derniers pratiquaient toujours la loi de Moi'se. De nombreux prophetes parurent parmi eux. Ils ecrivirent leurs annales historiques et prophetiques surdes lames d'or, ou sur d'autre metal, ou sur d'autres matieres. lis retrouverent aussi les annales sacrees des Jaredites, gravees sur des plaques d'or, et les traduisirent en leur propre langue, par le don et le pouvoir de Dieu, au moyen de YUrim-Thummim. Ces annales contenaient l'histoire des hommes, depuis la creation du monde jusqu'a la tour de Babel, et depuis cette epoque jusqu'a l'entiere destruction de ce peuple : ce qui comprenait une periode de trente-quatie a trentecinq sieeles. Elles contenaient aussi de grandes et merveilleuses propheties, ay ant trait a I'avenir du monde jusqu'a la consommation de toutes choses, et jusqu'a la creation du nouveau cii;l et de la nouvelle terre.
Les Nephites eurent connaissance de la naissance et de la jnort du Christ par certains phenomenes celestes et terrestres . annonces longtemps auparavanf par
leurs prophetes. Malgre les nombreuses benedictions qu'il avait regues, ce peuple etait tombealors dans une profonde corruption, et fut visite par de terribles chatiments. D'epaisses tenebres couvrirent tout le continent. Des tremblements de terre mirent des montagnes a la place des vallees et engloutirent plusieurs villes ; d'autres furent consumees par le feu du del. Ainsi perirent les plus pervers parmi les Nephites aussi bien que parmi les Lamanites, afin que le sang des saints et des prophetes ne criat plus de la terre contre eux. Geux qui survecurent a ces grands jugements recurent la visite du Christ, qui, apres son ascension, apparut au milieu des Nephites, dans la partie septentrionale de l'Amerique du Sud. Ses instructions, fondement de la loi nouvelle, furent gravees sur des plaques d'or, et quelques-unes se trouvent dans le Livre de Mormon ; mais la plus grande partie ne sera r£velee que plus tard, et aux saints exclusivement.
Quant le Christ eut termine sa mission chez les Nephites, il remonta au ciel, et les apotres designed par lui allerent precher son Evangile sur tout le continent americain. De toutes parts, les Nephites et les Lamanites se convertirent au Seigneur, et vecurent pendant plus de trois cents ans dans la vie de la justice. Mais vers la fin du ive siecle de l'ere chretienne, ils s'en ecarterent, et le bras de Dieu s'appesantit sur eux de nouveau.
Bientot une guerre terrible, acharnee, eclata entre les deux nations, guerre qui, apres de longues annees, finit par amener l'aneantissement des Nephites, plus
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rudement chaties parce qu'ils avaient <§te les plus ingrats. Refoules vers le nord et le nord-est par leurs ennemis, ils livrerent et perdirent une derniere bataille autour de la colline de Cumorah (dans l'Etat de New- York) , ou les plaques out ete trouvees , a environ 200 milles a 1'ouest de la cite d' Albany. Des centaines de mille guerriers des deux cotes resterent sur le champ de bataille. La nation des Nephites fut entierement detruite, a l'exception de quelques individus qui passerent a l'ennemi, lui echapperent par la fuite ou furent laisses pour morts. Parmi ces derniers se trouverent Mormon et son lils Moroni, qui etaient tous deux hommes justes devant Dieu.
Mormon avait ecrit sur des plaques un abrege des annates desesancetres, abrege qu'il avait intitule Lirrede Mormon. Et (suivant le commandement qu'il en avait recu de Dieu) il enfouit dans la colline de Cumorah toutes les annales originates qu'il avait en sa possession, a l'exception de son livre particulier qu'il laissa a son tils Moroni pour le continuer. Moroni vecut encore quelques annees. II nous apprend dans son e^rit que les Lamanites finirent par exterminer les quelques Nephites qui avaient echappe a la terrible bataille de Cumorah, sauf les transfuges. 11 survecut a ce grand desastre en se tenant cache, car les ennemis cherchaient a tuer tous les Nephites qui ne voulaient pas renier le Christ. II nous dit encore que les Lamanites se faisaient entre eux des guerres cruelles, et que le pays tout entier n'offrait qu'me scene continuelle de meurtres, de vols et de brigandages. 11 ajouta dans
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ces annales l'histoire de ce qui se passa jusqu'a Fan 420 de l'ere chretienne, epoque a laquelle, par ordre de Dieu, il les enfouit dans la colline de Cumorah , ou elles resterent jusqu'au 22 septembre 1827, comme nous l'avons dit precedemment.
Telles sont les principales donnees historiques du Livre de Mormon. Notre conversion, fruit d'une conviction sincere -et persistante, exprime mieux que tout ce que nous pourrions dire, notre opinion sur l'authenticite, l'importance sociale et religieuse de ce livre. Aucun autre, depuis le Koran, n'a donne naissance a un peuple. Nous avons lu attentivement presque tous les ecrits qui ont ete publies contre le Livre de Mormon. Tout ce que nous avons lu peut se resumer dans I'argument que void : Ce livre est une imposture, parce que c'est une imposture.
Sans chercher a etablir ici l'authenticite divine du Livre de Mormon, void des preuves externes qu'on pourrait invoquer en sa faveur. En 1830, sa publication excita un concert unanime de sarcasmes. Les savants en general se recrierent contre cette hypothese que les Incliens de rAmerique descendaient des enfants d'Israel, et 1'ouvrage fut meme considere comme peu propre a faire des dupes, tant l'imposture semblait grossiere. Tel est le sort de toutes les verites qui parviennent a se faire jour ca et la a travers le cbaos des productions de l'esprit humain. Accueillies d'abordpar l'mcredulite et le mepris, elles finissent par ebranler les certitudes acquises ; quelques esprits droits veulent voir le fond des choses, s'assurer si l'invraisemblable ne
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serait, pas par hasard la verity ; ils se mettent a l'oeuvre. C'est ce qui arriva, non pas en vue de verifier les donnees du Livre de Mormon, mais par suite d'investigations scientiiiques sur l'histoire de ces interessantes contrees.
Des l'annee 1833, M. C. Colton publiait a Londres un ouvrage dans lequel on lit au sujet des Indiens : Ils aflirment qu'ils possedaient autrefois un livre, et ils savent par tradition que le Grand-Esprit predisait habituellement a leurs peres les evenements, et qu'il dirigeait la nature en leur faveur ; qu'a une certaine epoque, les anges leur parlaient ; que toutes les tribus indiennes descendaient d'un seul liomme qui avait eu douze ills ; que cet homme etait un prince celebre, possesseur de vastes contrees, et que les Indiens, qui son t sa posted te, recouvreront un jour le meme pouvoir et la meme influence. Ils croient, par tradition, que l'esprit de prophetie et le privilege d'intervention dont leurs ancetres ont joui leur sera rendu, et qu'ils retrouveront le livre perdu depuis si longtemps. » II y a dans ce passage, ce me semble, des analogies assez frappantes avec l'apparition du Livre de Mormon et avec les faits qu'il rapporte. Mais poursuivons.
L'ouvrage de M. Boudinot sur l'origine des aborigines de l'Amerique coniirme pleinement tout ce qui precede. Les principales tribus indiennes ont pieusement conserve ces traditions de leurs nobles ancetres. Parmi ces tribus, celle des Stockbridges se distingue par la purete de ses souvenirs. Une tradition existe encore parmi ces Indiens, que « leurs peres
avaient autrefois en leur possession uu livre sacre\ qui leur etait transmis de generation en generation ; qu'a la fin ce livre fut cache dans la terre, et que depuis cette epoque, ils sont foules aux pieds de leurs ennemis. Mais ces divins oracles doivent revenir encore dans leurs mains, et alors ils triompheront de leurs ennemis en reconquerant tous leurs droits et privileges. »
Dans son docte ouvrage, M. Boudinot fait cette remarque sur la langue des Indiens : « Leur langue, en ses racines, idiomes et construction particuliere, parait avoir tout le genie de l'hebreu ; et, chose remarquable et bien digne d'attirer la serieuse attention des savants, elle a la plupart des particularites de cette langue, et specialement celles par lesquellesellediffere de presque toutes les langues. »
Tout le monde, jusqu'a ces derniers temps, considerait les Indiens comme une race^sauvage restee en dehors du mouvement civilisateur, et qui avait traverse les siecles sans jamais avoir connu les sciences ni les arts, sans avoir eu d'autre moyen que la tradition pour transmettre a la posterite son histoire. Quand le Livre de Mormon vint reveler au monde que ces peuplades errantes etaient un reste d'Israel, que ces sauvages avaient ete jadis une nation civilisee, qu'ils avaient connu le vrai Dieu , bati de grandes villes, qu'ils avaient l'habitude de graver leurs annales sur des tablettes d'or ou de cuivre pour les leguer a la posterite, et que la langue dans laquelle ils ecrivaient s'appelait l'egyptien reforme, les sages rirent beaucoup
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de ces absurdites, s'dtonnant qu'il y eut des gensassez stupides pour y croire. Et tout d'un coup, en -1839. M. Stephens surprit le monde1 en annoncant qu'il avait decouvert les mines de quarante-quatre puissantes cites, de temples magnifiques, de monuments gigantesques, de statues couvertes de caracteres glyphiques, et cela dans les lieux memes ou le Livra, de Mormon, publie huit annees an para van t, avait indique que s'elevaient jadis de grandes et superbes villes. Depuis cette epoque, d'autres importantes decouvertes ont ete faites sur clivers points du territoire des Etats- Unis. Mais il s'en faut de beaucoup que les mines de ces cites antiques, qui sont generalement ensevelies dans des forets impenetrables, et disseminees sur un si vaste continent, soient aujourd'hui toutes connues. L'avenir nous garde de tres-importantes revelations du meme genre.
M. Garnay, explorateur frangais, a presente recemment a 1'emperear Napoleon, et ensuite a la Socie'Le de geographie de Paris, cinquante epreuves photographiques d'une grande valeur sur les antiquite's de 1'Ameriqiie centrale. II serait a desirer que le gouvernement frangais le chargeat officiellement d'une nouvelle exploration dans cette interessante region.
Parmi les dernieres decouvertes, nous devons mentionner celles que fit un voyageur americain, il y a onze ans, vers le confluent du Gila et du Colorado dans
' incidents of Travel in Central America, Chiapas and Yucatan,
2 vol in-8n.
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le Nouveau-Mexique, decouvertes de la plus haute importance, mais qui, faute de publicite, sont presque inconnues en Europe. Publiee dans le Nero-York Herald et traduite par nous en partie dans YEtoile du Deseret1, la relation de l'explorateur place les ruines en question panni les plus remarquables antiquites americaines. Pyramides colossales, temples, obelisques, colonnes, tablettes de marbre, etc., monuments precieux, tous plus ou moins couverts de caracteres glyphiques, il y a la de quoi fournir aux recherches des antiquaires de l'Europe un champ d'etude presque inepuisable. La grande pyramide de Cheops ne serait, a cote du principal monument de la vallee Nahago, qu'un veritable jouet d'enfant (a boy's toy). Le vandalisme des conquerants espagnols a detruit dans le Mexique et dans le Perou des tresors archeologiques d'une richesse inappreciable. Les forets encore inexplorees du Bresil nous reveleront tot ou tard des antiquites non moins importantes. Ces decouvertes, au fur et a mesure qu'elles se produiront, seront autant de nouveaux temoignages muets, mais tres-eloquents, en faveur de l'authenticite divine du Livre de Mormon. One consideration que nous avons deja indiquee plus haut nous semble capitale, et Ton nous pardonnera d'y insister. Depuis le Koran, aucun livre profane ou sacre n'a servi de base a une nationalite nouvelle sur l'ancien continent. Le Livre de Mormon, au milieu
{ Cette feuille a ete publiee a Paris, par John Taylor, de mai 1851 aavril 1852 Sa collection forme un volume de 192 pages.
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des eclatantes lumieres du xixe siecle, a servi de fondement a un peuple en Amerique. Qui nous expliquera cet etrange phenomene social d'un ronian religieux pouvant, en presence des progress inouis de notre age, accomplir un tel prodige? L'enfantement d'un peuple n'est pas chose si commune. Depuis Luther, les interprets de la Bible dans les deux mondes n'ont su creer que des sectes, et les philosophes des ecoles ; Joseph Smith est le seul qui ait jete les bases d'une societe nouvelle. Au milieu de l'anarchie des opinions, les hommes serieux de tons les partis ne devront juger son ceuvre que par ses resultats. En dehors des lumieres historiques et apocalyptiques du Livre de Mormon, V Amerique a ete, est et restera un probleme insoluble pour les savants de l'Europe.
Nous venons d'assister a l'enfantement du mormonisme. Nous allons voir maintenant comment il a pu s'etablir et se developper avec une rapidite qui n'a pas de precedent dans l'histoire.
Fondation de l'figlisc. — Importantes conquetes. — Kirtland. — Persecutions contre les saints dans le Missouri. — Fondation de Nauvoo. — Progrfes du mormonisme. — Assassinat du prophete. — Nouvelle persecution dans l'lllinois. — Expulsion des Mormons des Etats-Unis. — Prise et sac de Nauvoo — Requisition d'un bataillon mormon. — Le colonel Kane. — Fondation de Kanesville. — Depart des pionniers. — Etat du Deseret transform^ en territoire d'Utah. — Progres rapides de la colonisation. — Nomination de Brigham Young aux fonctions de gouverncur d'Utah. — Le colonel Steptoe refuse de le remplacer.
Le 6 avril 1 830 est une date solennelle dans les fastes de la nouvelle Eglise. C'est en ce jour, et dans une maisonnette du village de Manchester (N.-Y.) qu'elle recut sa premiere organisation sous ce titre : Church of Jesus-Christ of latter-day saints, Eglise de Jesus-Christ des saints des derniers- jours'. Son personnel etait alors de six membres. Des le mois d'aout de cette meme annee 1830, Joseph faisait par la puissance de sa parole l'importante conquete de Parley P. Pratt, ministre protestant d'une rare eloquence. Le mois suivant, cet ardent proselyte baptisa
1 Mentionne pres decent fois dans les Ecritures le mot de saint est pour nous synonyme d'initie ou de fidele. II est a peine necessaire d'ajouter que leterme Mormon n'est qu'un sobriquet invent^ par nos ennemis.
son frere Orson Pratt, qui n'avait que dix-neuf ans, mais qui devint bientot le Descartes et le Bossuet de la nouvelle Eglise. Envoyes dans l'Ouest et jusqu'au Missouri pour precher l'Evangile aux Gentils et aux Lamanites, Parley P. Pratt et Oliver Cowdery convertirent a Kirtland (Ohio) Sidney Rigdon, ministre campbellite desplus eloquents et tres- verse dans lesEcritures. Cette conversion entraina celle de la plnpart de ses ouailles, ce qui valut an mormonisme un pied a terre dans l'Ohio. Joseph ne comptait encore qu'une trentaine de disciples, quand une revelation lui ordonna de batir un temple. G'est a Kirtland, non loin des bords du lac Erie, que s'eleva sous sa direction ce premier edilice sacre, dont la construction couta quarante mille dollars.
En juin 1831 , le prophete, accompagne de quelques disciples devoues, se rendit dans l'Etat du Missouri pour y choisir l'emplacement ou devait s'elever la cite de Sion , future capitale du Nouveau-Monde. G'est la qu'il regut une importante revelation qui faisait un devoir aux saints d'acheter toutes les terres disponibles dans le comte de Jackson, pour y batir un temple a l'endroit de.dgne par Jehovah. Le 2 aout, les premiers fondements de la nouvelle colonie furent jetes a quelques milles d'Independance, non loin des bords fertiles du Missouri. G'est a ce point central entre l'Atlantique et le Pacifique, que fut solennellement consacre par la priere le terrain destine au Grand-Temple, et que la pierre angulaire en fut posee. L'esprit de centralisation a ete en effet, des leprincipe, le caractere distinctif de
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notre Eglise. A partir de cette epoque, ses progres furent de plus en plus rapides. L'ceuvre du rassemblement des saints commenca serieusement dans le comte de Jackson. Des centaines, puis des milliers de proselytes, s'y rendirent successivement de toutes les parties des Etats-Unis. L'eglise de Kirtland, devenue stake ou succursale de Sion, continua de prosperer sous la direction du prophete.
Des le mois de juin 1833, les habitants du Missouri, effrayes de voir arriver tous les ans dans leur Etat un nombre si considerable de Mormons, et pousses par les ministres des sectes rivales , a qui le mormonisme enlevait partout leurs sujets d'elite, se coaliserent ouvertement pour les chasser du comte de Jackson, ■Aides par les autorites locales, ils ne reussirent que trop bien. La guerre commenga par le sac de l'imprimerie des Mormons, et par la destruction d'une vingtaine de leurs maisons. Attaques ouvertement par les Missouriens, les Mormons prirent les amies pour se defendre. La lutte allait commencer , quand le colonel Pitcher, a la tete de la milice , se presenta par l'ordre du lieutenant-gouverneur Boggs, pour faire cesser les hostilites. A peine les Mormons , degus par de fausses assurances pacifiques , eurent-ils depose et livre leurs armes, qu'ils se virent exposes a toutes les violences d'une populace en furie. Pendant les nefastes journees des 5 et 6 novembre, homines et femmes eurent a essuyer tous les outrages que le fanatisme religieux est capable d'inspirer. Cette premiere persecution detruisit retablissement des Mormons dans le comte de Jackson.
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C'est alors qu'ils se refugierent dans le comte de Clay, puis dans celui de Caldwell , et enfin a Far-West, importante colonie , la derniere qu'ils aient fondee dans le Missouri.
Pendant que la persecution chassait et pourchassait' les Mormons de comte en comte dans cet Etat, la meme cause, c'est-a-dire le fanatisme interesse des sectes ri vales, produisait les memes effets dans l'Ohio. Joseph n'eut pas un seul instant de repos durant les treize ans de sa Vie publique. En 1 837 , il eut a subir a Kirtland l'une des plus rudes epreuves de sa courte carriere. Trente apostats, hommes des plus instruits parmi ses premiers adeptes, l'abandonnerent a la fois pour constituer une Eglise nouvelle. Le 1 2 Janvier 1 838 , la persecution, fomentee par ces apostats, forca le prophete a s'eloigner de Kirtland avec sa famille. 11 se rendit a Far-West, ou des milliers de saints l'accueillirent avec enthousiasme.
La persecution eclata de nouveau contre lui dans le Missouri. Une question politique en devint le pretexte. Le premier dimanche d'aout 1838, il devait y avoir des elections a Gallatin , chef-lieu du comte de Davie. Le candidat du parti oppose aux Mormons, William Peniston, harangua les electeurs et proposa d'exclure les Mormons du scrutin, « auquel ils n'avaient pas plus de droit que les negres eux-memes. » Les saints, dont le nombre depassait quinze mille, userent de leur droit et firent passer leur candidat. Cette victoire exaspera leurs adversaires. Une ligue se forma pour precher et accomplir l'extermination de la race des
Mormons. La conduite des Pouvoirs publics en cette circonstance fut deplorable. Au lieu de resister a l'emeute, de maintenir l'autorite de la loi, et de proteger les Mormons dans leurs droits politiques, le gouverneur L. W. Boggs, levant entierement le masque, se rangea du cote du plus fort. Le 27 octobre 1838, dans un ordre au general Clark, il ecrivit cette phrase revoltante pour tout homme impartial et humain : « Les Mormons doivent etre traites comme ennemis et extermines ou chasses de l'Etat, si cela est necessaire pour lebien public. » Ces paroles legitimant tous les crimes, 1'audace des seditieux ne connut plus de frein.
Joseph Smith , invite a se rendre a une entrevue avec les officiers de la milice, fut arrete (31 octobre 1838), ainsi que Parley Pratt, Sidney Rigdon, Lyman Wight, George Robinson, Hyrum Smith et Amasa Lyman, et retenu prisonnier dans le camp du general Lucas. II fut condamne a mort le lendemain par une cour martiale, et la sentence aurait ete executee immediatement sans l'opposition du general Doniphan, qui declara ne pas vouloir prendre la responsabilite d'un pareil acte. On remarquera que, parmi les officiers qui prononcerent cette sentence, il se trouvait dix-sept ministres protestants1. Si nous racontions en detail
' On lit dans l'ouvrage intitule Prophet of the nineteenth century (le Prophete du dix-neuvieme siecle), par Caswall, prddicateur anglican, ce qui suit : « Une cour martiale fut tenue pourjuger les prisonniers, sous la presidence du general Lucas. La commission militaire se composait de dix-neuf officiers de la milice et de dix-sept predicateurs de differentes sectes qui avaient
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tous les actes criminels qui signalerent cette persecution, on ne voudrait pas croire que de telles atrocites aient pu se cominettre en plein xix* siecle, et sous l'empire d'une constitution qui consacre la tolerance universelle et la liberte la plus illimitee des cultes. La legislature du Missouri , sourde a tous les appels des Mormons , vota deux cent mille dollars pour subvenir aux depenses des troupes levees pour les chasser du pays. La ville de Far-West fut entierement saccagee ; des enfants et des vieillards furent massacres , nombre de femmes et de filles violees. Joseph et les saints deployerent dans cette persecution un zele et une Constance dignes des plus beaux jours de l'Eglise primitive. Enfin, une Quit, apres six mois de la plus affreuse captivite , ils profiterent de l'ivresse de leurs gardiens pour s'evader, et passerent dans 1' Illinois (avril 1839).
Get Etat devint l'asile des Mormons, qui venaient de perdre plus de cinq cents victimes , hommes , femmes et enfants, dans cette persecution. Tous leurs biens avaient ete pilles ou confisques, et les riches et fertiles terres qu'ils avaient achetees sur divers points du
servi comme volontaires contre tes mormons. Cette singuliere cour decida que le prophete et ses disciples seraient conduits sur la place publique de Far- West, et la, fusilles en presence de leurs families. » [In pareil trait peut se passer de tout coaimeataire. l.es protestants qui se permettent ou qui appro;ivent do teb actes ont-ils encore le droit de rt5prouver l'imervention du clerge" catholique au moyen age dans les guprres d'extermination des Altugoois .'
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Missouri furent a jamais perdues pour eux. Touches de compassion a la vue de tant de creatures humaines reduites au plus affreux denument , les habitants de la ville de Quincy et des comtes voisins accueillirent a bras ouverts les fugitifs. Sur la rive gauche du Mississipi, en face meme de Montrose, ancien village frangais, le grand talisman des saints des derniers-jours, le travail opera bientot un de ses prodiges habituels. La, sur un emplacement magnifique, la ville de Nauvoo surgit soudain , comme par enchantement , du sein de la terre.
L'un des premiers soins de Joseph Smith fut de s'adresser au gouvernement federal pour lui demander justice. A cet effet, il se rendit a Washington avec trois de ses amis. Le president Martin Van Buren recut les representants des Mormons avec assez de hauteur. Apres avoir ecoute avec une impatience visible le recit de leurs griefs, il leur dit ; « Messieurs, votre cause est juste , mais je ne puis rien faire pour vous. Si je prenais votre parti , je perdrais les voix du Missouri. » Le Congres, auquel ils s'adresserent, reconnut egalement la justice de la cause, mais il declara que le Missouri etant un Etat independani; , c'etait a ses tribunaux qu'il fallait en appeler, et que l'affaire ne regardait pas le Gouvernement federal. De retour a Nauvoo, Joseph et son peuple fireut leurs depositions legales sur les affaires du Missouri , pour elre envoy ees a Washington , et on presenta au Congres une demande d'indemnite de 1,381,044 dollars. Gette reclamation, comme toutes les autres qui la suivirent, n'amena aucun resultat.