CHAPITRE XVI
Jules MasseiU't. — Lu Syjnphoine iiUra-héroïqiie. Masscnet et Goppée. — Louis Davyl. — Mlle Hamlel. — Le roman de Gnunod et de Georgina Weldon. — M.deMaupas. — Mémoires sur le Second Empire. — Souvenirs d'un vieux policier, Carlicr e! la fille Roullié.
A Asnières je me trouvai pour la première fois avec Jules Massenet entrevu à l'Opéra-Comique le soir de la première représentation de Don César de Bazan, en 187i2. La rencontre se fit chez Serpette. Imaginez deux véritables gamins. Ils échangeaient des propos d'étudiants en goguette, multipliaient les calembours, s'efi"orçant d'appuyer sur les plus mauvais, jouaient à cache-cache. A un certain moment ils imaginèrent d'improviser une symphonie qui devait s'appeler la Symphonie ultra- héroïque et qu'ils exécutèrent, Serpette à genoux devant le piano et Massenet achevai sur un balai pour, disait-il, donner plus aisément l'illusion d'une chevauchée, car la musique devait, à un moment, traduire les efforts de Reyer poursuivant Ambroise Thomas monté sur un Pégase que Shakespeare aurait « grisé d'avoine. » De
la part de Serpette, le jeu ne m'étonnait pas ; de celle de l'auteur de Pompéia, des Poèmes d'Avril, des Poèmes du Souvenir, yen demenrsiis stupéfait. J'eus, plus tard, maintes occasions de me rendre compte que chez Massenet le temps ne mûrissait que le talent sans atténuer en rien une gaîté naturelle volontiers exubérante.
Cinq ans après, Hartmann me convie à déjeuner chez Voisin, avec Armand Roux, le premier mari de Mme Brunet-Lafleur, depuis Mme Lamoureux, Reyer et Massenet. La répétition générale du lioi de Lahore se donnait le soir. La conversation roule évidemment sur l'œuvre et je demande à Massenet — alors très discuté et auquel on reprochait d'être trop avancé! — à quel éclectisme il avait obéi en écrivant sa nouvelle partition.
Massenet demeure embarrassé. Je sens que le jeune maître n'a cédé qu'à l'inspiration comme il avait raison!) sans se préoccuper de l'opinion du public, des chicanes de la critique, voire même des conseils confraternels qui ne lui manquaient pas. Cependant, voyant que j'attendais sa réponse pour écrire un article, il rentre en lui-même, réfléchit une dizaine de minutes, au milieu d'un silence qui, surtout de la part de Reyer, attestait la considération dont il jouissait déjà, et tout à coup :
— Voilà! Le nouvel Opéra est resplendissant sur toutes les coutures. Garnier a prodigué l'éclat au point que sa salle aveugle. Je me suis surtout préoccupé des moyens orchestraux permettant d'éteindre l'or de ses cariatides parla fanfare de mes cuivres !
Cela dit, il se lève, coiffe Hartmann d'un pot placé sur le buffet, entonne le chœur du second acte tandis que Reyer bat la mesure et qu'Armand Roux imite le violoncelle en frottant sa canne sur ses doigts mouillés.
J'ai souvent constaté les mêmes enfantillages chez Goppée qui, à mon avis, eut plus d'un point de ressemblance avec Massenet. On établirait de curieuses équivalences entre les vers de l'un et la musique de l'autre. Même recherche dans la mélodie, même émotion, même fraîcheur d'infatigable jeunesse. Ces rapports dans leur art, dépendaient de ceux de leurs tempéraments. Coppée se montrait aussi gamin que Massenet et, comme chez ce dernier la gaminerie s'éteignait subitement, sans que l'on se rendît compte du motif de la transformation. Deux grisettes s'en émurent un jour dans des conditions amusantes.
Massenet, que sa gloire n'attachait pas au rivage, cédait de temps à autre à l'envie de redevenir l'élève de la villa Médicis, comme Goppée à celle d'évoquer le temps du Quartier latin. Outre leur notoriété, ils avaient à sauvegarder la réputation que possédait l'un, depuis 31arie-Magdeleinc, de ne sacrifier que sur les autels chastes, l'autre de vivre exclusivement aux côtés de sa sœur. Un matin, à Mortefontaine, Massenet débarque avec une employée à la Belle Jardinière (rayon des ailes!). 11 m'aperçoit, se trouble comme s'il me supposait capable de détruire une légende, et me fait promettre de garder le plus profond silence sur son escapade. Je prends le ciel à témoin et installe le couple dans une chambre de V Auberge des Artistes, à côté de la mienne. Le soir, jo
surveillais les archers (car on tire encore à l'arc dans le Valois), lorsque je vois venir la diligence sur l'impériale de laquelle trônait Goppée flanqué d'une demoiselle que je sus depuis exercer l'état de fleuriste. J'installe au même hôtel l'auteur des Humbles, lequel, confus comme Massenet, m'adresse les mêmes recommandations, et j'attends l'instant où mes deux compères se rencontreront à table. On ne saurait se représenter leur gêne. Inutile d'ajouter que toute présentation avait été inutile. Le premier service a lieu dans le froid. Ils s'animent au second. Au dessort ils oublient les siècles qui les contemplent des hauteurs de Moutmeillan, et voilà la musique, la poésie, le commerce et la fleuristerie se livrant à toutes les excentricités imaginables. La glace était rompue.
Le lendemain, à la première heure, Goppée initiait sa compagne aux ])eautés de Lamartine, tandis que Massenet expliquait à la sienne les formules wagnériennes. Tous deux y mettaient une conviction touchante; le poète et le musicien reprenaient le dessus. Malheureusement, ils en abusèrent si bien que les deux demoiselles, décidées à partager des joies plus compréhensibles, arguèrent de la nécessité de rentrer à Paris pour y retrouver évidemment des amants plus pratiques. Massenet s'empressa d'en rire. Goppée oublia moins vite l'aventure.
Massenet quittait Serpette, lorsque je vis arriver un gaillard déjà ventru, orné d'une moustache énorme, parlant sur un ton de commandement et représentant assez bien le type de Gaulois dont Lumi-
MÉMOIRES d'un PARISIElt 313
nais et Cormon ont essayé de nous donner une idée. C'était Pouparl-Davyl, plus connu sous le nom de Louis Davyl, et qui, chez Tarbé, signa longtemps Pierre Quiroul. Je savais déjà quelques-unes de ses aventures. Imprimeur du Sénat, il avait subi une faillite dont, entre parenthèses, il ne se consola jamais, et à la suite de laquelle il se retira dans un couvent de bénédictins, décidé à y finir ses jours. Un mois après, en costume de moine, il entrait au café Anglais, oîi, à la stupéfaction des habitués, il vidait une bouteille de fine-champagne comme l'eût fait un capucin de Rabelais. Inutile d'ajouter qu'il jetait aux orties son froc avant de l'avoir usé.
Si Davyl donnait une idée des Gaulois précités, il personnifiait auSsi le bourreau bienfaisant. Jamais confrère ne fut ni meilleur ni plus rosse. Je prouverais sa bonté en rappelant avec quel dévouement paternel il éleva le fils de Charles Bataille ; avec quel désintéressement il se rendit un jour chez une comédienne célèbre tombée subitement amoureuse d'un homme de lettres, avec quelle éloquence il la supplia d'étouffer un sentiment auquel, vu sa pauvreté, celui qui en était l'objet ne pouvait répondre sans compromettre sa dignité. A cette démarche, iJavyl risquait de s'aliéner une femme influente et un ami cher. II n'avait pas hésité.
Passons au côté rosse.
Quelque temps après, Davyl me proposait d'écrire en collaboration une comédie destinée à Sarah Bernhardt et qu'il intitulait Mademoiselle Hamlet. L'idée m'en parut très dramatique. Et puis il contait si bien ! En outre, il venait d'obtenir un gros succès à
la Gaîté avec Le Gascon. Nous nous attelons. Le scénario à peu près établi, mon Davyl s'attache des ailes et le voilà parti pour des hauteurs vertigineuses. Je m'efforce de le ramener à la réalité, de l'empêcher de se heurter à des impossibilités théâtrales ; m'apercevant enfin que je joue un rôle rendu délicat par la différence de nos âges, je renonce à poursuivre le travail. Davyl va trouver mon pauvre ami Armand d'Artois, que je viens de conduire à sa dernière demeure et qui, plus audacieux ou plus adroit, fait la pièce. Ils la portent à la Comédie- Française qui la refuse. Comment Davyl expliquerat-il l'échec? En racontant dans tout Paris qu'il no faut l'attribuer qu'au manque d'autorité de son collaborateur. Trait d'autant plus vilain que d'Artois avait déjà fait ses preuves, qu'il occupait même dans les lettres une situation supérieure à celle de son associé. J'en fis l'observation à Davyl qui consentit à ne pas m'en vouloir.
Même heureux, il ruait dans les brancards. Je me souviens de son succès à l'Odéon dans La Maîtresse légitime. Duquesnel naviiil rien négligé pour que la pièce fût montée avec le soin dont il n'a cessé de donner des preuves durant sa direction. Il y développa tous ses talents d'artiste et de metteur en scène. L'interprétation en fut impeccable. Davyl, ne se montrant pas encore satisfait, cherchait par quelle malice récompenser tant d'efforts, quand, aune des dernières répétitions, tous les artistes sur le plateau, il franchit la scène et, d'une voix tonitruante :
— Duquesnel, on m'a dit du mal de vous.
— Qui donc? interroge Duquesnel justement interloqué.
— Tout le monde !
11 se montra plus intraitable encore vis-à-vis d'Ennery. Ayant écrit avec lui une pièce : L Amour ^ qui tomba, comme, le soir de la première, Deslandes s'efforçait de le réconforter :
— Pas de consolations. Ce qui m'arrive est mérité. Ça m'apprendra à faire Vamoiir avec un vieux!
Ce fut à la sortie de cette représentation que je rencontrai le grand éditeur anglais Mr. Cliappell, que j'avais connu à Londres. Nous soupons ensemble. La conversation roule sur Gounod, à la suite des circonstances suivantes.
En 1871, Gounod, de passage à Londres, fit la connaissance de la femme d'un massier de la reine, un nommé Weldon, que je vois encore : haut de six pieds, taillé en hercule, le visage congestionné trahissant un abus exagéré de bière et d'alcool. Bien que dans les cérémonies officielles il dût, vêtu d'écarlate et d'or, précéder la Reine, il ne dégrisait pas, mais, par un prodige d'équilibre demeuré problématique pour son entourage, il tenait bon, si bon que Sa Majesté, à cheval sur le protocole, ne s'en aperçut jamais. Gounod souffrait d'un herpès général, peu ragoûtant, paraît-il, à soigner, et nécessitant des attentions spéciales. A quel sentiment céda Mr. Weldon en lui proposant sa maison comme hôpital, je ne saurais le dire. Toujours est-il que Gounod s'y installa pour trois ans. La raison de Gounod est plus facile à expliquer : Mr. Weldon vivait doublé d'une
compagne jolie, intelligente et musicienne. Gounod ne tarda pas à s'amouracher de la dame, qui partagea ou feignit de partager son sentiment. Voilà Mr. Weldon trompé aux yeux de tout Londres, sauf peut-être aux siens.
Cependant, (îounod travaillait à son opéra de Pobjeiicte, et comme il laissait volontiers entendre son embarras relativement au choix d'une Pauline, Mme Weldon ne reculait devant aucun moyen de persuader à son hôte qu'elle représentait la femme rêvée. Gounod s'y laisse prendre, promet le rôle, modèle son héroïne sur son hôtesse. La presse anglaise s'em])are du fait, le commente, annonce que la première de Polyeucle est réservée à l'Angleterre pour les débuts de Mme Weldon. Le tapage retentit en Amérique où l'on fait au compositeur et à son interprète des propositions splendides. Les choses en sont à ce point, quand un jour, sans crier gare, Gounod quitte Londres, rentre à Paris, tombe dans les bras de Mme Gounod depuis longtemps au courant de l'aventure, et, faisant un geste allantdela tête au nombril :
— Je te reviens entier jusque-là !
Ne pouvant, dans ces Mémoires^ échelonner les effets d'une anecdote comme s'il s'agissait d'un roman-feuilleton, j'empiéterai sur l'avenir pour la mener jusqu'au bout.
Stupéfaction de Mme Weldon. Elle s'enquiert, court à Paris, cherche à revoir Gounod qui ne veut plus rien entendre. J'étais un des rares Parisiens (qu'elle eût connus à Londres. Chappell lui ayant
donné mon adresse, elle m'envoie un mot me priant de lui rendre visite.
En qualité de journaliste, je ne pouvais négliger l'occasion de revoir une personne devenue l'objet des conversations anglaises et françaises. Je la trouve installée dans un petit appartement de la rue du Luxembourg, avec une amie que la légende prétendait être la veuve d'un pendu. Mme Weldon portait les cheveux coupés presque ras, au hasard des ciseaux, en escalier, comme disent les soldats. Elle était coiffée d'un chapeau de paille défoncé, crasseux (celui de Gounod quand il composait Pohjevcte), vêtue d'une robe de moine en laine grise protégée par un tablier bleu de cuisine. Aux pieds, des pantoufles de malade. Telle se présentait Pauline, qui, plus tard, fut aussi Biondina.
Eh bien, sous ce chapeau brillaient des yeux si intelligents, palpitait un petit nez aux narines si roses ; des manches de cette robe sortaient des mains si fines ; dans ces grossières chaussures de laine s'agitaient des pieds si mignons, que je compris une fois de plus qu'on en devînt amoureux. Elle me parle de mille choses : do l'ombre de sa nièce qu'elle prétendait revoir tous les soirs, à l'heure du coucher (que devait en penser Gounod?), du bon Dieu, du méchant Diable ; enfin elle aborde le sujet Gounod, me raconte comment il est descendu chez elle, les soins qu'elle lui a prodigués, l'argent qu'il lui aurait emprunté, puis, s'emportant deplusenplus, au point de m'effrayer :
— Je le tuerai ! s'écrie-t-elle.
Je la supplie de se calmer. J'observe qu'un pareil
aveu suflit pour établir une complicité. Elle bondit, ouvre une malle, en tire une liasse de papiers représentant sa correspondance avec Gounod et me supplie de la parcourir. De la lecture hâtive de ces lettres, je conclus avoir devant moi une créature profondément blessée dans son amour de femme et sa vanité d'artiste. Je la plains. La coquetterie reprenant un instant le dessus, elle convient qu'elle est d'autant plus à plaindre qu'elle en néglige jusqu'aux soins de sa personne. Je lui fais respectueusement observer que si toutes les femmes déçues dans leurs illusions en profitaient pour se déguiser, la moitié du genre humain serait en carnaval. Elle me répond qu'il lui reste un costume de Turque et je prends congé.
Mon premier soin fut d'aller trouver Jules Barbier, le prévenir du danger que courait Gounod, lui conseiller de se rendre chez Mme Weldon et de no rien négliger pour la calmer.
— Impossible de me présenter chez elle ! s'écriet-il.
— Lui auriez-vous promis, vous aussi, le rôle de Pauline?
— Ma situation serait moins embarrassante.
Et avec le côté naïf qui caractérisait cet homme dont la bonté égalait le talent :
— Il y a six mois, Gounod s'attardant à Londres dans les bras de cette Calypso dont l'ile n'est pourtant pas dénuée, comme Ithaque, de moyens de transport, Mme Gounod me prie de tenter une démarche auprès de Mme Weldon. Je boucle ma malle. Au moment du départ, ma femme témoigne le désir
de m'accompagner. J'y consens. Sur ce, ma tille me fait observer que du moment où j'emmène sa mère, il n'y a aucune raison pour que je ne lui octroie pas la même faveur. Le moyen de s'en défendre ? A ce moment surgit Pierre qui me reproche de l'excepter, en termes si touchants et si justes que je ne résiste pas, et nous voilà tous les quatre en route pour Londres. Le lendemain je m'apprête à me rendre chez Mme Weldon. Tavistock House, Tavistock Square. Ma femme, poussée par une curiosité bien naturelle, manifeste son intention de ne point me quitter. Soit! Sur lo pas de l'hôtel je trouve ma fille qui me supplie de no pas lui refuser l'occasion de voir de près la femme qui a failli me créer un rôle dans des conditions si romanesques. Je n'ai jamais su lutter contre ma fille. Nous allions monter en cab, j'aperçois Pierre furieux qu'on l'oublie. Je siffle un second cab. Voilà toute la famille en route.
— Avouez que la présence de la famille rendait la démarche plus délicate?
— Elle pouvait en imposer ! Les choses tournèrent autrement. A la vue de ma femme et de mes enfants, Georgina... je veux dire Mme Weldon, nous reçoit à bras ouverts, commande tout ce qui constitue un five o'clock anglais, insiste avec une grâce inimitable pour nous présenter son mari qui arrive et jure qu'il demeurerait inconsolable que nous n'acceptassions pas à diner. On nous sert un repas pantagruélique. Au moment de sortir, un brouillard à couper au couteau. Les rues sont dangereuses. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, des lits sont préparés...
3^:0 MÉiMOIHES d'un l'AlUSIEN
— Et vous êtes restés chez Mme Wcldon...
— Quinze jours! Vous comprenez?...
Cela ne faisait plus aucun doute pour moi. Je n'insiste pas, rentre au journal où m'attendait Mme Wcldon.
— Il ne s'agit pas de s'endormir, me dit-elle brusquement. J'ai fait imprimer à Londres ma correspondance avec Gounod. A^oici le seul exemplaire qui me reste et que j'ai longtemps confié à M. Henri Lemoine, sans compter le manuscrit actuellement entre les mains de M. Mariott, du Gaulois. Si vous voulez arriver bon premier, publiez de suite ce qui vous semblera intéressant pour ma défense. Vous trouverez des renseignements vous permettant de rectifier toutes les abominations que l'on a répandues sur mon compte. N'a-t-on pas été jusqu'à prétendre que notre maison de Tavistock Square avait été payée par Gounod? Lisez la page 76. Vous y trouverez une lettre de mon avoué, précisant la date de l'achat de cet immeuble par mon mari. Elle est du 3 décembre 1870, et c'est le 20 février i87l que Gounod nous a été présenté. Et elle me souligna ce passage du doigt :
(( Reçu par mon mari, comme rentes de sei)tembre 1866 à janvier 1867 : 554,17 4 1/2.
En 1867 : 1.793, 42 1/2.
En 1868 : 2.409, 15 1/2.
En 1869 : 2.036 63 1/2.
En 1870 : 2.430, 28
— Voilà les gens, monsieur, qm» la cli(|ue Gounod prétend n'avoir pas le sou !
Je venais de m'embarquer dans une belle alfaire!
A partir de ce moment, Mme Weldon n'a plus qu'une idée fixe : Mariott ne lui rendra jamais son manuscrit.
« 5, rue du Luxembourg.
« Monsieur,
(( Je serai chez moi demain à une heure.
(( A propos, Gounod sait que le livre imprimé existe.
« En attendant, le grand coup à porter, c'est de me faire rendre mon manuscrit par le Gaulois. J'espère demain pouvoir vous montrer combien le Gaulois en est responsable et que je crois que je n'aurais qu'à me présenter chez M. Mariott avec un huissier pour me le faire rendre.
« Je me sens sûre de le revoir, mais il me faudra peut-être une semaine.
« Si vous pouviez savoir l'adresse privée de Mariott et que nous puissions nous y rendre de bonne heure, je crois que nous ne sortirions pas de chez lui sans remporter mon trésor.
<( Agréez, etc..
« Georgina Weldon. »
Je retourne chez Mme Weldon, je cherche à la rassurer en ce qui concernait la probité de Mariott, qui était de mes amis, et celle du Gaulois où je collaborais de temps à autre; je lui démontre l'inconvenance qu'il y aurait de ma part à user de pression sur un confrère.
— J'ai son adresse, fait-elle. Il n'est pas à Paris. Il suffirait de se procurer une clef.
Après avoir failli me rendre complice d'un meurtre, elle me proposait un cambriolage!
Je m'esquive, décidé à ne pas me servir d'une correspondance privée. Le lendemain j'apprends qu'elle a regagné Londres. Quinze jours après, nouvelle lettre :
« Tavistock House, Tavistock Square.
(( Monsieur,
« J'ai réussi à cofîrer un autre Français, M. AnacharsisMénier, qui me vole depuis cinq mois. L'affaire est dans tous les journaux anglais. L'histoire est un peu parallèle à celle de Gounod. Je nourrissais lui et sa famille depuis deux ans! Je suis mon propre avocat. Je ne prends pas un avoué. Je chante mal en public, mais je parle bien. J'espère rouler Gounod en même temps, car il y est un peu mêlé. Je pense que Ménier aura au moins cinq ans de travaux forcés. Gounod en mérite vingt. Ménier, dans ce moment-ci, est en prison, sans tabac! Vous verrez que je finirai par gagner la partie contre tout le monde. Je vous préviens de cette affaire car elle fera causer. Rappelezvous que je ne vois jamais un journal français ici dont les enfants sont à de bonnes écoles en France. Je vais avoir le temps de quêter!
(( Que fait Polyeucte? Gounod doit respirer!
« Agréez, etc..
« Georgina Weldon. »
Nouvelle lettre encore :
« Tavistock IFouse, Tavistock Square.
(( Monsieur,
« Comme il la mettra dans sa poche, publiez donc
la lettre ci-jointe que j'adresse à M. Pierre Véron, du Charivari.
(( A monsieur le Rédacteur en chef du Charivari, (( 34, rué Laffitte.
« Monsieur le Directeur,
« Me serait-il permis d'adresser une petite question, tout à fait humblement, à votre grand Philosophus?
(( Je le supplie de donner dans votre estimable journal, côte à côte avec ma question, sa réponse ou son très humble avis...
« Pourquoi parler de l'imprudente libéralité de M. Gounod pour une cantatrice anglaise, puisque la libéralité de ce grand compositeur est aussi apocryphe que l'est l'accusation qu'on porte contre lui d'avoir paru résolu à devenir anglais lui-même?
« Est-il donc, en France, considéré d'une imprudente libéralité, celui qui se fait soigner, héberger, aduler, pendant plus de trois ans par un jeune couple qui le traite comme leur enfant, qui donnent toute leur fortune (60.000 francs par an) à pousser sa musique, et si bien qu'il trouve à la fin de ces trois années des éditeurs qui lui payent ses opéras (même sans attendre les résultats d'une première représentation!) cent mille francs. L'imprudente libéralité! Vrai, bien vrai, n'est-ce pas de l'ironie de la part de Philosophus? Répondez donc, Philosophus?
« A la date du 26 mars 1873, près de deux ans après que M. Gounod s'était installé à Londres, Tavistock House (la propriété de M. Weldon), M. Gounod
écrivait à Mme Gounod une lettre dont il déposait la copie entre les mains de ses amis Weldon, en disant :
« — Au moins quand je mourrai, vous posséderez tout ce que je puis laisser pour prouver que tous les infâmes bruits qu'on fait courir à Paris sont faux !
« Voici la dernière phrase de cette lettre :
« On dit que tu t'es vue dans la nécessité de préserver nos sous contre la rapacité de celle qui ne me donne que des preuves de tendresse et de désintéressement. Tout ce qui est à nous, tu l'as ; tout ce que je gagne en France et à l'étranger, tu le reçois. Je t'ai tout laissé, je ne 7ious ai rien pris.
« La situation quand Mme Gounod nous a quittés était la même.
« M. Gounod est-il libéral?
« M. Gounod est-il imprudent?
(( Agréez, etc..
« Georgina Weldon. »
Je priai Mme Weldon de ne plus me tenir au courant de sa correspondance avec mes confrères, je lui retournai son livre et je cessais d'entendre parler d'elle, quand, passant par le Palais-Royal, je lis une affiche annonçant pour le soir une conférence de la susdite au Café Hollandais. J'y vins. Elle tomba sur Gounod, la presse en général, Mariott et moi en particulier. J'en conclus qu'elle était décidément folle.
Lajustice anglaise ne fut pas de cet avis. Quelques années plus tard elle réveillait ces souvenirs et donnait une nouvelle actualité à Mme Georgina Weldon qui portait décidément une plainte en « diffamation,
rupture de contrats et sévices personnels. » Le procès fut scandaleux et la cour du sous-shériff, assistée d'un jury spécial, condamna l'auteur de Faust à deux cent cinquante mille francs de dommages-intérêts, plus au payement d'une dette de trente-six mille francs, reconnue par l'honorable A. Lyttleton représentant Gounod devant la cour, pour « logement, pension et services à titre de secrétaire. » Quand ils s'en mêlent, les Anglais n'y vont pas de main morte. Ajoutons que la condamnation n'était pas aussi théorique qu'on pourrait le supposer. Gounod avait de très gros intérêts en Angleterre. Je n'en veux pour preuve que la lettre suivante d'Oscar Comettant, écrite en 1875, et que je retrouve :
« On a trop parlé et l'on parle trop encore dans le monde musical de manuscrits de M. Charles Gounod, retenus à Londres, et que le compositeur pouvait croire à jamais perdus, pour qu'à mon tour je puisse me dispenser de prendre la parole, en ma qualité de dépositaire de ses œuvres.
« Voilà la vérité. Le détenteur des manuscrits paraissait très résolu à ne pas s'en dessaisir. Pas plus tard qu'à la date du 18 courant, il m'écrivait, en parlant de ces œuvres inédites : « Ni le ciel ni la terre ne me les auraient fait rendre. J'ai failli mourir de chagrin. »
« Depuis plus d'un an, tous les amis du maître, aux efforts desquels je me suis associé, n'ont pour ainsi dire cessé de chercher par tous les moyens possibles à faire rentrer l'auteur de Faust en possession de sa propriété musicale, propriété sacrée comme toute propriété intellectuelle, que Turgot considère juste-
ment comme la première, la plus imprescriptible de toutes et dont Lakanal disait déjà en 1793 qu'elle était sans contredit la moins susceptible de contestations. Nous avions beau répéter au détenteur jaloux de ces mille pages de musique inédites que l'auteur est maître de son ouvrage ou que personne dans la société n'est maître de son bien, c'était peine perdue : rienne faisait, car on ne raisonne pas avec la passion.
(( Il y a huit mois environ que Gounod, ayant déjà perdu tout espoir de revoir sa partition de Polycucte, grand opéra en cinq actes, entreprit de la récrire tout entière de mémoire, chant, chœurs et orchestre. Travail prodigieux. Mais on ne brusque pas de la sorte un organe tel que le cerveau et le maître, après cet acte d'héroïque volonté, s'est vu forcé de prendre un repos absolu. Dix mois à refaire ce qui était entièrementterminé! C'estplusquc dixmoisperduspourl'Art, ce sont dix mois de souffrance pour le compositeur.
« Le lundi 13 courant, un facteur du chemin de fer apporta chez moi un lourd paquet sur lequel il y avait écrits ces mots avec mon nom et mon adresse : « Effets personnels. » Je déchirai l'enveloppe et je vis apparaître à ma vive satisfaction les manuscrits de Gounod depuis si longtemps désirés. Dans mon extrême joie, je ne voulus pas attendre au lendemain pour aller rendre au compositeur ces enfants perdus de son génie, si heureusement retrouvés. Mais certaines inscriptions qu'il me paraît inutile de reproduire ici, donnaient à cet envoi le caractère d'un fidéicoramis. J'étais fidéi-commissaire et je ne pouvais, dans cette situation, rien faire autre chose qu'attendre de nouvelles instructions.
« Après trois jours d'attente, j'écrivis à Londres et je reçus une réponse des plus favorables. On ne m'imposait désormais qu'une condition unique à la restitution des manuscrits : je les remettrais en main propre à leur propriétaire, qui, après les avoir reconnus authentiques et complets, m'en donnerait un reçu. J'écrivis immédiatement à la famille du maître, qui m'apprit « que M. Gounod est encore à la campagne et qu'il reviendra dans quelques jours. »
« Dans quelques jours j'aurai donc la douce joie de restituer à mon excellent et illustre ami ses trésors d'harmonie, extrêmement heureux et un peu fier, je l'avoue, d'avoir été choisi pour mener à bonne fin cette artistique négociation.
« Je ne crois pas être indiscret en donnant le détail de l'harmonieux colis que j'ai reçu comme s'il tombait du ciel :
(( 1° La partition entière et toute orchestrée de Polyeiicte, grand opéra en cinq actes, commencé en 1859, à Morainville ;
« 2° Un cahier relié comprenant les premières idées de cet ouvrage tracées au crayon, et des notes, commencées à Rome, le 6 janvier 1860, relatives à une trilogie sacrée intitulée : Rédemption ;
« 3" La première partie (fugue en ré mineur) d'une messe instrumentale à grand orchestre, commencée à Saint Léonard on Sea,le mardi 10 mars 1871.
« 4° La partition de Georges Z?o?irfi/i dont huit morceaux entièrement terminés ;
(( 5° Enfin le livret de Polyeiicte, qui, on le sait, est de M. Jules Barbier.
(( Agréez, etc.. »
Je n'ai pas reproduit ce morceau pour donner une idée de la naïveté d'Oscar Comettant et des amis de Gounod, espérant se faire rendre « l'Iiarmonieux manuscrit )) en évoquant auprès de Mme Weldon les ombres de Turgot, de Lakanal, dont elle se moquait évidemment comme du Grand Turc, mais pour montrer qu'outre les dommages-intérêts la justice anglaise semblait, en outre, convertir en caution la garde d'un bien précieux.
Que de réflexions le dénouement de l'alTaire provoqua chez les amis de Gounod ! Les amants tragiques ne meurent plus, ils plaident. Cupidon a acheté une étude d'huissier et s'il a des ailes, c'est afin que le papier timbré arrive plus vite. Demandeur et défendeur, Weldon, Gounod, attachés jadis ensemble par des guirlandes de roses ! On savait quelle animosité remplaçait leur amour ; on se représentait Mme Weldon plongeant un couteau dans le cœur du bien-aimé ; Gounod alTolé parles persécutions de ce crampon britannique l'étranglantentre deux mesures. On voyait encore, connaissant l'un et l'autre, les sachant aussi déraisonnables, Gounod se précipitant aux genoux de son ancienne amie, balbutiant « Georgina ! » avec six bémols à la clef, et Georgina, éprise à nouveau, lui jurant un dévouement éternel sur la tête de son idiot de mari... Mais des huissiers, des shérifs, des amendes, des dommages et intérêts ! La Pauline de Polyencte à la barre ! L'auteur de Philèmon et Baucis dans le costume de M. Lyttleton, perruque, rasé, raide, en bois! Biondina, doux et tendre chef-d'œuvre, éclos parmi des baisers donnés et rendus, servant d'accompagnement aux voix aigres
des procéduriers de Red-Lion-Square ! Il y a de gigantesques prosaïsmes !
Passons vite à un autre sujet.
J'ai eu, à deux reprises, l'occasion de voir M. de Maupas.
La première fois, à Dijon, où l'ancien préfet de police conservait de nombreuses relations de parenté. Je ne voudrais pas qu'on m'accusât de littérature, quand je dirai que l'on était en automne, que le soleil se couchait enflammé et que le profil de notre homme se découpait sur un ciel rouge. Je le regardai passer avec émotion. J'étais trop jeune pour que l'aventure du 2 Décembre laissât sur moi une impression sérieuse, mais j'en connaissais les épisodes. M. de Maupas me fit l'effet d'un revenant, de ces revenants des ballades bohémiennes qui, à l'heure où le soleil plonge dans la Moldau, sortent de la brume, traînant par les cheveux les rouges cadavres de leurs victimes. Caressant ses favoris, geste à lui familier, il causait avec un officier. Je m'approchai pour mieux considérer ses traits profondément marqués. L'officier et lui sautèrent dans une voiture. La vision disparut.
Je l'aperçus la seconde fois devant le N" 27 de la rue du Bac, où il habitait. 11 était goutteux. Un jeune domestique le traînait dans une voiture. M. de Maupas me parut très vieilli. Ses cheveux et ses favoris tournaient au blanc sans mélange. Il tendit une lettre au domestique et lui dit : « V'ala mettre à la poste. » Le domestique la prit, lut l'enveloppe et traversa la rue en murmurant: « Châtillon-sur-Seine », comme si ce
nom évoquait le souvenir du pays natal. M. de Maupas sourit. La commission faite, le domestique poussa la voiture qui suivit le ruisseau que Mme de Staël a rendu historique.
Si l'on m'avait dit depuis que M. de Maupas respirait encore, je ne l'aurais pas cru. II y a des gens qui identifient tellement une époque, une date, qu'on ne parvient pas à s'imaginer qu'ils puissent y survivre. On jugera donc de ma surprise quand j'appris, chez Dentu, qu'il mettait la dernière main à une étude intitulée Mémoires sur le Second Empire, laquelle ne parut, d'ailleurs, que longtemps après. Le hasard m'ayant mis souvent en rapport avec un de ses familiers,'je connus bien avant leur publication les 3/emoires en question, et j'en parlais un jour avec mon excellent ami Bizouard, qui fut longtemps secrétaire à la Préfecture de police, quand il me dit :
— Si tu veux des détails inédits sur le coup d'Etat, détails qui te permettront à l'occasion de réfuter certains faits racontés par Maupas, je puis te mettre en rapports avec le doyen de nos agents de la police secrète, M. L,. Il atteint sa quatre-vingt-onzième année, a vu couper la main à un parricide, a servi tous les régimes depuis Louis XVIII. etc, etc. Malgré son âge, il nous envoie encore de temps en temps quelques indications, en échange de sa retraite de deux mille cinq cents francs. Je sais deux moyens de le rendre verbeux : lui offrir quelques verres de kirsch et lui demander des nouvelles d'une petite fille de six ans que le brave homme a recueillie et qu'il aime comme son enfant.
On pense si j'acceptai.
Le lendemain le policier sonnait à ma porte.
— Monsieur, me dit-il, par l'intermédiaire de M. Bizouard, vous avez fait des démarches auprès du préfet pour obtenir l'autorisation de feuilleter les archives de la préfecture. Vous désirez vous éclairer sur le coup d'Etat. Je servais alors le prince Louis et faisais delà contre-police chez le général Changarnier. Veuillez me questionner, j'ai gardé toute ma mémoire.
Il passa la journée avec moi. Quand il me quitta j'écrivis des notes comparatives, d'après la lecture des Mémoires fie M. de Maupas et les confidences du vieux limier. Je les publie aujourd'hui seulement. Elles pourront être utiles aux historiens de l'avenir.
Dans les six cents pages de ses Mémoires, M. de Maupas s'efforce de se dépeindre comme un audacieux, un homme d'attaque auquel revenait indubitablement la mission de diriger le mouvement. Ce n'est pas devant ce mérite que s'inclina le président. La nomination de M. de Maupas à la Préfecture de police dépendit d'un autre motif.
Dans l'esprit du président, Cartier devait conserver la direction de la police. Le prince Louis appréciait beaucoup la fermeté de son caractère, la preuve en est qu'il lui confia de suite son projet de coup d'Etat. Or il connaissait trop le danger de ces sortes de confidences pour les risquer au hasard. 11 lui soumit même tout un plan de conduite, d'après lequel il ne s'agissait pas, comme le prétend M. de Maupas, de trouver une solution à la crise par des moyens légaux, mais d'y remédier par une tentative à main
dàt MEMOIRES D UN PARISIEN
armée. Deux chapitres de ce programme que j'ai sous les yeux, sont consacrés à la dispersion des forces militaires et aux mesures à prendre avant de décréter l'état de siège. Un troisième a trait à la réorganisation de la Garde nationale; Garlier y est chargé de la surveillance des principaux commandants, de s'assurer s'ils ne sont pas vendus au général Changarnier qui, en effet, embauchait chefs et compagnies entières. En voici le texte :
« 1720. — Surveillez les commandants d'Avelles, de Richemont, Garnier, Floxelles, Laurent et Simon. Faites sur chacun un rapport détaillé que vous me soumettrez. »
Voilà, indiscutablement établi, que Garlier devait demeurer à son poste.
Mais la lutte entre le président et l'Assemblée s'aggravait d'une autre entre ce même président et Changarnier. Tandis que Louis-Bonaparte conspirait contre le Parlement, Changarnier comi)lotait contre Louis Bonaparte. Averti à temps, le prince donna à Carlier l'ordre d'organiser une contre-police, d'entrer dans l'intimité du général, de feindre une trahison, de lui laisser entendre, le moment venu, qu'il pourrait compter sur la Préfecture de police. En même temps, par défiance envers ses plus zélés serviteurs, le prince conseillait un jeu identique à M. Fortoul, lequel surveillait ainsi le Préfet de police et le général. Durant deux mois on se réunit tous les jours chez Changarnier. Étaient présents, entre autres, MM. Guizot, Dupin, Le Flô, questeur de l'Assemblée, Mole, le général Rebillot et notre policier dépêché en éclaireur.
Là ne s'arrêta pas la mission de Carlier. Il existait alors une véritable armée civile appelée la Société du Dix Décembre, et recrutée par un nommé Galis, homme véreux, ex-consul de France à Mexico, sous Louis-Philippe, affectant des idées socialistes très arrêtées, et vivant de la naïveté de ses complices. On l'aurait eu à bon marché. Le président préféra lui adresser le vieux général Pyat qui lui proposa de commander gratuitement ses hommes le jour où il faudrait défendre la Constitution. Galis, croyant en l'envoyé présidentiel, comme le général Changarnier croyait en Carlier, lui conlia ses ressources, d'où il résultait que si Galis était à vendre, ses partisans convaincus pouvaient passer pour redoutables. Le président s'en émut, et fit incorporer un nommé Henri dans la Société du Dix Décembre pour surveiller le général Pyat chez Galis, comme on surveillait Carlier et Fortoul chez Changarnier. Henri trahit son chef et la Société du Dix Décembre de condamner Carlier à mort. Le piquant de l'histoire c'est que, pour cette solennité, Galis céda son fauteuil au général Pyat.
Éventé, Carlier ne pouvait plus conserver la Préfecture de police, et ce fut seulement à cause de cela que le prince, d'accord avec lui, se vit dans l'obligation de s'en séparer.
A qui songea le président? A Persigny, qui refusa. Au général Magnan qui préféra rester soldat. Comme, dans l'intervalle, il avait été question de M. de Maupas pour le ministère de l'Intérieur, Persigny, obligé de subir de nouvelles instances, prononça le nom de ce dernier. Le prince haussa les épaules, puis, rêve-
nant sur son premier mouvement, fit appeler Carlier et lui demanda ce qu'il en pensait.
— Monseigneur, répondit Carlier, les circonstances font parfois les hommes. Il est possible que M. de Maupas trouve un caractère dans celles qui se préparent. Aussi bien, le danger est mince, la Préfecture sera] gardée par des hommes dévoués. Faites-lui valoir ces raisons s'il hésitait.
Le prince sourit, manda M. de Maupas, et le prévint de ne plus avoir à compter sur le ministère de l'Intérieur, pour des raisons qu'il improvisa. Finalement, chez le préfet de Toulouse l'envie de parvenir surmontant la crainte du danger, M. de Maupas accepta la police.
Telle est la vérité sur un point jusqu'ici demeuré obscur.
— C'est tout ce que vous connaissez sur Carlier ? demandai-je au vieil agent.
— Non, me répondit-il. Je sais une histoire bien curieuse.
— Racontez-la moi.
Il en était à son cinquième verre de kirsch.
— M. Carlier, dont les bonnes fortunes furent nombreuses, fit, pendant son préfectoral, la connaissance d'une fille RouUié, alors d'une grande beauté. Il lui loua un appartement rue Dauphine, où il prenait ses repas avec la ponctualité d'un fonctionnaire marié. Je la vois encore, avec son admirable prestance, sa figure haute en couleur, et sa chevelure d'un roux vénitien à faire pâmer un peintre. Habituée à donner des surnoms à tout le monde, elle appelait Carlier Péj)o, et moi César. Ce fut elle qui gratifia l'agent par-
ticulier Michaïul, tué lors de l'attentat de l'Opéra, du nom de Pointu qu'il garda et dont usait l'empereur à son égard. Mais les meilleures choses n'ont qu'un temps. L'amour de Carlier se modifia. Ses visites devinrent moins fréquentes ; bref, la liUe Roullié se vit réduite à tenir une maison équivoque, 10, rueNolre- Dame-de-Lorette, maison montée — entre parenthèses — avec les fonds de la Préfecture de police, et où Carlier, deux ou trois fois par semaine, venait goûter certains plaisirs dont il était friand. Un soir, en pénétrant dans la maison, il se croise avec une jeune fdle de seize ans à peine, à l'allure distinguée; il se renseigne sur son compte auprès de la tenancière qui lui répond que la demoiselle s'appelle Térésa et vient pour rencontrer le prince-président. M. Carlier veille et apprend que la fille Roullié entretenait un sosie du futur empereur pour rehausser la clientèle de sa maison. M. Carlier fait fermer la boîte et compte à la fille Roullié quatre-vingt mille francs, à condition qu'elle quitte immédiatement la France. Elle empoche, feint de partir et entre en relations avec un royaliste militant, le baron L. qui lui propose cent mille francs contre la correspondance de Carlier, décidé à s'en servir pour compromettre les serviteurs de la Présidence. Le lendemain, trois voleurs dévalisaient Térésa. J'étais un de ces trois voleurs. J'ajouterai que dans cette maison du 10 de la rue Notre-Dame-de-Lorette je dressai le plan complet du coup d'Etat, sous la dictée de M. Carlier qui, sérieusement blessé au pouce, ne pouvait pas se servir d'une plume.
L'agent reprit haleine et, continuant :
— L'exploit allait me valoir une augmentation, quand fut nommé M. de Maupas, qui me garda à son service. Huit jours après, on annonce qu'un officier vient de succomber subitement dans une maison de la rue Saint-Augustin, n" 15. Je fais mon enquête. Quelle est ma surprise en tombant encore sur la fille Roullié dont je raconte l'histoire à mon chef. « Eh bien, me dit-il, il faut en finir. Faites-la disparaître pour l'honneur des préfets de police. » Quarante heures se passèrent et on la trouva noyée à la hauteur du pont de Sainl-CIoud.
(fin de la première période)
INDEX DES NOMS CITES
Abbéiiia (Louise), 86.
About (Edmond), 28, 252.
Acliard (F.), 290.
Adèle, os, H5.
Alexandre, 8.
Alexis (Paul), 26i, 300.
Allais (A.), 161.
Allou, 2.Ï0.
Alplionsine, 26i, 288.
Altaroche. 231.
Alton-Sliée (d'), oS, oo.
Amiati (Mme), 295.
André (Mme), 82.
Anstlio\vt (Ladv), 206, 211.
Antigny (Blanche d'), 221. 227.
Antonine, 291.
Arène (E.), 215.
Arène (P.). 78, 151, 162.
Arment (comte d"), 250.
Artois (Armand d"), 311.
Audebrand (P.l, 78, 170, lo'.».
AuditTret-Pasquier (d'i, 2ii.
Augier (Emile), 116.
Aunav (Alphonse d). 06.
Avellàn (amiral), 20.
Hallande, 28.
Hallard, 45, 5i.
Ralzac, 2i8, 262.
Haragnon, 250.
Barbey-d'Aureviilv, 72, 7i.
Harbièr ulules), 318.
Barbier (P.), 50.
Bardoux (A.), 126. 13 L
Bardoux (Mme). 126.
Baretti (Blanchei, 30. 3'.i.
Baric. 15, 16.
Barodet, 206, 210, 213.
Baron (.Iulia), 60, 72. 7i.
Barrière (Th.), 3, 27i.
Batbie, 250.
Baudelaire, 169.
Bauer (Mgr), 98, 110.
Beauchène, 249.
Beauvallet (Les), 4.
Bellamare (de), 212.
Bènassit. 151, 161.
Bérat (F.), 230.
Béranger, 230.
Bergerat, 165.
Berlioz. 46.
Bernard (T.). 161.
Beulé, 250.
Bidel, 275.
Bignon, loi.
Billault (général), li2.
Bisson (comte de), os, 112. 113.
Bizet, 165.
Bizouard, 330.
Blanc (Mme), 81, 85.
Blavet (Emile), 165, 235.
Blum (E.), 165.
Bocage, 1, 11, 12.
Boisgobey (de), 165.
Boissier (G.), 249.
Bonaparte (prince Roland), 8|, 85.
Bonfrain (.!.', 253.
Bonjour (Casimir), 30,31.
Borghèse (Mme), 15.
Bouchor (Maurice), 86.
Bourgeois (A.i, l, 3, 6.
Bourget(J.), 86.
Brasseur, 278.
Brasseur (.Iules), 278.
Brébant (P.), 202.
Brébant, 151, 177.
Bréguet, 35.
Breton (Emma), lU.
Brindeau, i, 0, 10.
Broglie (duc de). 207.
BufTet. 250.
Burani (P.), l, 13, 294.
Cabel (Marie), 3, 30, 39.
Caderousse, 178.
Cain (G.), 3.
Canrobert (maréchal), loi.
Cantin, 13.
Carie (l'abbé), 238.
Carjat, 151, 158.
Carlier, 309, 331.
Caro, 249.
Carvalho (Mme), 2, 3.
Castellane (maréchal), 212.
Castellano, 8.
Gaston (A. de), 90.
Chabrillat (H.), 222.
Chambord (comte de), 211.
Champfleurv, 78, 179, 189.
Chandordy (dei. 250.
Changarnier (général), 332.
Chapron (L.l, 165, 179, 100.
Charvav (R.), 166.
Chasles (P.), 262.
Chavette (E.), 15, 152, 153, 156, 165,
Chateaubriand, 38.
Chenavard, 173.
Chennevières (de), 218, 251.
Chretienno (Mme), 295.
Chevandier de Valdrôme, 90, 92.
Chintreuil, 169.
Chisola, 280.
Clairville, 3, 13.
Clapisson, li, 18, lo.
Clarence, 8.
Claretie (Jules), 9, 3s. 179.
Claudin (G.), 142, 153. 161.
INDEX DES NOMS CITES
Cochinat (V.), 151, 1S2, 156, 157,
Cogniard (frères), 234.
Comettant (0.), 325.
Coppée (F.), 86, 309, 3H.
Cooper, 294.
Corbin(Mme de), 86.
Corbon, 118.
Cormon, 45, 84, 197.
Corot, 84, 197. Corra (E.), 200.
Coste (M.), 318.
Couderc, 14.
Courbet, 250.
Couturier (Léon), 86.
Couturier, 264, 286.
Couturier (Luce), 264, 201.
Crémieux (H.), 3, 267, 307.
Crérissier, 153.
Dacosta, 24.
Damoreau (Mme). 14.
Darcier, 264.
Dardenne de la Crangerie '.)8, 107,
Dardenne de laGrangerie (Mme),
Darimon (.\.), 139.
Davyl (E.), 309, 313.
Debureau, 3.
Decourcelle, 3.
Déjazet (V.), 3, 39, 221, 229.
Delaunay, 41.
Delibes, 165.
Delpit (A.), 45.
DemidofT (prince), 60.
Denayrouse (L.), 128.
Uentu, 77.
Depeyre, 250.
Desbrousse, 248, 251.
Descliamps, 30, 33.
Descl)aumes, (E.), 86, 165.
Desgrange (Mme), l, 5, 6.
DesI)ayes(P.), 3.
Desmarets, 86.
Desmarquet (docteur), 109.
Desrieux, l, 13.
Délroyat (L.), 116, 126, 141, isi.
Diaz, 197.
DicKcns, 22 1. 238.
Iloclie (Mme). 16», 261, 272.
Domenecli (abbé), 109.
Donval (H), 264,296.
Doucet (C), 30, 31.
Drumont (E.), 152.
Ducasse (Alice), 30, 43, 4i.
Dugué (Ferdinand), i, 2, 3, i. 5, 6
Dumaine. 3, 8, 241.
Dumas (père), 3, 248.
Dumas (fils), 98, 116, 128. 262, 2s9
Dûment, 203.
Dupont (Léonce), lis.
Duprat (Pascal), 58, 64, 89, 90, 92,
Dupré, 250.
Duprez, 18, 241.
Dupuis, 234.
Duquesnel, 314.
Durandeau, 264, 285.
Duruy (A-), 143.
Duverger (Mlle), 72.
Ebstein, 250.
Eggis (E.), 52.
Empis ;S.), 270.
Enault (L.), l, 7.
Ennery (d"), 1, 3, 5, 6.
Esquiros, 90.
Etiévant (C), 189.
Eugénie (l'impératrice), 15.
Fantin-Latour, 169.
Favart (Marie), 30, 41.
Favre (Jules), 96.
Febvre (F.), il.
Fechter, ii.
Félix, 233.
Félix (Lia), 126, 132.
Feuchêres (Mme de), 86.
Feuillet (O.K 306.
Féval (P.), 72, 75, 76, 77.
Floquet, 206, 213.
Fortoul, 332.
Foucher (P.), 248.
Fouquet (Matliilde), 98, 119.
Fouquier (H.), 179, 200.
Fournier (Marc), 56.
Gaboriau (E.), 78, 151, 153, I5i, 165.
Gagneur, 90.
Gaillard, 112.
Galis, 333.
Gain (H.), 215.
Ganesco (G.), 126, 139, 142.
Garait (Mlle), 59.
Garand (Cli.), 288.
Gautier (Théophile), l, 3, 6, 39,
Gendron, 83, i29.
Gérôme. 151, i7i.
Gervex. 165.
Cirardin (Ernest de), 72, 8;i.
(ijrardin (Emile de), 98, 116. 117,
(iirodet. 100.
Glais-Bizouin, 90. Godard, 45. 56.
Godard (Benjamin), 45, 56, 57.
Godard (Madeleine), 45, .56, 57.
Goncourt (.1. de). 179.
Concourt (Ed. de), 179.
Gondinet (E.), 29 i, 303.
Gontaut-Biron (de), 250.
Gounod, 45, 46, 47, 309, 315.
Gouzien (A.), 109.
Graindor (Mme), 293,
INDEX DES NOMS CITÉS
Granet, 212.
Granier (Jeanne), 286.
Grisar, 55.
Groult (C), 97, 114.
Gueldry, 2.
Guéranger (Dom), 248, 200.
Guizot, 332.
Gusfeld (major), 129.
Guyon, 3.
Guyot-Montpayroux, 90.
Halanzier, 241.
Halévy (L.). 30, 35, 116, 123, 177.
Hamburger, 264, 296.
Harpignies, 169.
Harris (A.), 268.
Hartmann, 310.
Haussonville (d'), 262
Hébrard (A.), 105.
Hepp (A.), 165.
Hervé, 23 1, 264, 267.
Heyberger, 47.
Houssaye (A.), 45, 52, 60, 78, os,
Huard, 234.
Hugo (V.). 224, 241.
Hugues (G.), 142.
Humbert (A.), 23, 2i, 25, 26, 112.
Ignotus, 165.
Jaime (A.), 3, 264, 270.
Jallais (Amédée de), 116, 227.
Janin (.1.), 248, 251, 264, 276.
Joncières (V.), 126, 145.
.Fongkind, 169.
Kalpestri, 58, 68, 71.
Kelm, 234.
Kock (Paul de), l, 4.
Koning (V.), i, lo, 304.
Laboulaye (E.), 72, 77, 78, 79, 259.
Lachaud, 123.
Lal'errière, 3, 241.
Lafontame. 109.
La fontaine (Mme), loo.
Laforet- 126, 146.
Lalou, 187.
Laprade (V. de), 58, 59.
Larochefoucauld (duc de), 207, 250.
Launay (Alfred de), 264, 286.
Laurens (J -P.), 169.
Laurent, 3.
Laurent (Marie), 3, 10. 13.
Laurent (Eudoxie), 116.
Lavigerie (Caroline), 126.
Lecomte (général), 10.
Lécuyer, 295.
Ledru-Rollin, 248, 255.
Le Flo. 332.
Lefrançois, 112.
Lemaître (F.), l, 3,13, 68, 224,239.
Lemonnier (Clara), 126, 128.
Lemoyne (A.), 250.
Lepelletier (E.), 89, 90, 92.
Leroy (Cli.), 161.
Leterrier (E.), 202.
Levasseur, 83.
Lévy (Mlle) 47. 48.
Lionnet (les frères), 151, 159. Lissering (J.-F ), 224, 245.
Lockroy, 38, 1I9.
Longuet. 112.
Loramus. 295.
Lubormiski, 165.
Luigini (Pauline), 291.
Lullier, 24.
Machanette, 9.
Mac-Mahon (maréchal dei, 206,
Mac-Mahon (Mme de), 248, 252.
Magnard (P.), 165.
Magnier(E.), 167, 179, 181,203, 208,
Mahalin (P.), 165.
Maillard (G.), 152.
Manet (E ), 151, 164, 169, 170, 171.
Marcère (de', 259.
Marié, 14.
Marie, 126, 128, 129.
Massenet (.1.), 309, 3li.
Masset (Ch ), 14.
Maubant, 295.
Maupas (dei, 309, 329.
Mazzini. 257.
Meilhac, 177.
Meyerbeer, i79, 199.
Mélingue, 3, 7, 10.
Ménier (P.), 3. 8.
Métra (0.), 264, 278.
Meyer (.1 ), 259.
Michaëlis, 220.
Michel, 3.
Micheau (H.), 278.
Miclieau (Mme), 278.
Michel L.), 231.
Millaud (P.), 93.
Millaud (A.), 93. 165.
Mitchell (H.), 105.
Mocker, 14.
Mogador, 239. Monselet, 78. 165, 179, 189.
Montalembert (de), 126 lio.
Montégut (M.), 86, 165.
Montrouge, 280.
Monval (G ), 26, 41, 42, 128.
Morris (Gabriel), 3.
Mortier (A.), 165.
Mottu, 37.
Mounet-Sully, 59.
Musset (A. dé), 151, 16i.
Nanteuil (C), 109.
Naquet, 213.
Narrev (Ch.). 30, 39.
Nerval (G. de\ 52, 79.
INDEX DES NOMS CITES
Nicolini, 65.
Nisard, 262.
Noir (V.), 90.
Noriac (.1.), 165.
Noailles {duc de). 262.
Ollivier (E.), 25, 98.
Orner, 8.
Orange (prince d'), 151, 165, 175.
Orlodo (baron d'), 165.
Osmond (comte d'), 45, 50.
Pasca (Mme), 303.
Pêne (H. de), 117.
Perrin (E.), 289.
Persignv. 323.
Planquètte (R ), 264, 203.
Pyat (Félix), 123. Pyat (général), 333.
Quentin-Baucliart, 25».
Rachel, 224, 233.
Radziwill (prince), 81, 85.
Rebillot (général), 332.
Reclus (E.), 113.
Régnaud (P.). 04,
Rémusat, 206, 209.
Renard, 295.
Rêver, 310.
Richard (Paul), 35.
Richard ;Albert), 35.
Ricord, 109.
Rigaud, 90.
Rigault (R.), 16, 19, 20, 98, 113, 115.
Rion (.V.), 30, 36, 37.
Ristori (la), 65.
Robert (P.), 165.
Itossi (E.), 224, 210.
Rouher, 116.
Rousseau (Th.), 197.
Roux (A.), 310.
Royer (Clémence), 58, o't, oo.
Sacy (de), 79.
Saint-Alban, 2G7.
Saint-(îeorges (de), I8.
Saint-Hilaire (Rarthélemy), 126.
Saint-Priest, 262.
Saint-Victor (Paul de), 45, 52, 1J6,
Saintine. 262.
Sarccy (F.). 28. 123.
Sardo'u (V.), 3, 72, 76, H8, 224, 233,
Sasse (Marie), 3.
Sauvage (T.), 45, 55.
Sauvaître, 78.
Schneider (Hortense), 30. 33, 31.
Scholl (A.), 78, 142, 151, 152, 164, 165. Second (Alberic), 126.
Séjour (V.), 3.
Serpette (G.), 165, 264, 283.
Silvestre (A.). 115, 264.
Simon (.Iules), 25.
Simond (Valentin), 89, 92, 94.
Siraudin, 3.
Stapleaux (L.l, 78, 86, 165.
Stevens (A.), 151, 168.
Stirbey (prince), 264.
Supersac (L.), 304.
Taillade, 3.
Taillefer (l'abbé), 2i.
Tanguy, 113.
Target. 250.
Tavernier (A.), 202.
Tavlor (baron), 235, 241.
Thèil (N.), 30.
Thérésa, 264, 295.
Thibault (.leanne), 280.
Thibault (L.), 3,234, 274.
Thierret (Mme), 30, 34.
Thiers, sg, oo, 179, 206.
Thomas (A.), 10, 55.
Tillancourt (de), 230.
Toché (R.), 165.
Toussenel, 250.
Trébois (F.), 90.
Tridon, 116.
Trimm (T.), 105, 107, 179, 200.
Trinquet, 24.
Troubat (J.), 165.
Ugalde (Mme), 40, 278.
Vallès (.1.). 250.
Valther. 165.
Vanderbuch, 221, 231.
Vanloo (.A.), 292.
Va.sseur (.1.), 165, 278.
Vast-Ricouard. 261, 300, 303.
Vaughel (Mlle), 295.
Vaussay (de), 21 1.
Vauthiér, 280.
Vermorel. 98, 112, 116, 118.
Viardot (Mmei, 3, 3o.
Vigny (A. de), 32.
Villetnossant (de). 96, 248, 252.
Mlleniiit (E.). 78, 165. 179, 199.
Villicrs (le l'Isle-Adam, 200, 219
Vollon, 169.
Wallon. 259.
Wasting (lord). 238.
Weklon (Georgina), 309, 315.
Whisler, 160.
Wickner, 2i9.
Wimpfen (général de), 206, 215.
Wolrr (A.), 142, 165, 167, 179.
Ziska (.lean), 169.
Zola, 169.
Chapitre premier. — Ferdinand Duguû. — Le boulevard du crime. — Paul de Kock. — Hi-sloire du concierge de Paul de Kock. — Adolphe d'Ennery. — Mme Desgrange.
— Anicet Bourgeois et Théophile Gautier. — Louis P^nault. — Le café de la Porte-Saint-Martin. — Quelques gloires du boulevard. — Brindeau et Victor Koning. — Bocage et Paul Burani, — Frederick Lemaître. — Desrieux i
Chapitre II. — La pension Landry. — Charles Masset. — Le violon de Blondel. — Au lycée de Versailles. — Je danse avec l'impératrice. — La visite du prince impérial. — Mon évasion. — Clapisson. — L^ne soirée au Conservatoire. — Au lycée Saint-Louis. — Raoul Rigault.
— Alphonse Humbert. — Musette. — Je conspire. — Georges Monval. — Alceste et Pyrrhus 14
Chapitre III. — L'Indépendance Dvamaliquc. — Camille Doucet à l'Académie Française. — Ilortense Schneider.
— La nudité de Mme ïhierret. — Ludovic Ilalévy. — La librairie démocratique A. Rion. — Blanche Baretti.
— Charles Narrey. — Marie Gabel. — Marie Favart. — Alice Ducasse. — J'ouvre les portières 30
Chapitre IV. — Albert Delpit. — Le Dante. — Charles Gounod. — La première représentation de Cinq-Mars.
— La revue en vers. — Cormon, directeur du Vaudeville. — Le château de Pontchartrain. — La comtesse d'Osmond. — Mme de Paiva. — Arsène Houssaye. — Théophile Gautier. — Paul de Saint-Victor. — Ballard.
— Une fille de marbre. — Thomas Sauvage. — Le père Godard. — Benjamin Godard. — Madeleine Godard. . 45
Chapitre V. — Victor de Laprade. — D'Alton-Shée. — Salvator Rosa. — Don Juan marié. — M. Passaro. — Pascal Duprat. — Clémence Royer. — L'Astéroïde de l'astronome Palisa. — La fin d'un roman. — Kalpestri.
— Noblesse oblige ou La tendre incertitude d'un père. —
Le suicide de Pierrot 58
Chapitre VL — La première des Couteaux d'Or. — Paul Féval. — Mlle Duverger. — Julia Baron. — Barbey d'Aurevilly. — Mon premier roman. — Le parapluie de Sardou. — Edouard Laboulaye contre Paul Féval. — Ma première conférence. — Voyage à Ermenonville. — Le temple de la Philosophie. — L'île des Peupliers. — L'auberge de la Croix d'or. — Le père Corot. — Ernest de Girardin. — Mortefontaine. — Une joyeuse bande.
— Raoul Ponchon 72
Chapitre VU. — La situation politique. — Les soirées de Pascal Duprat. — L'origine du mot servus. — Edmond Lepelletier. — Le Peuple Souverain. — Les quatre sergents de La Rochelle. — La femme au perroquet. — Valentin Simond. — Gaston Vassy. — La cuirasse à l'épreuve des obus. — Les bretelles du prince impérial. 89
Chapitre VIH. — La guerre de 1870. — Proclamation de la République. — Paris assiégé. — Dardenne de la Grangerie. — Monseigneur Bauër. — La Commune. — Le comte de Bisson. — Camille Groult et Raoul RigauU.
— Adèle et son feu d'artifice. — Verraorel et Emile de Girardin. — Arsène Houssaye et Mathilde Fuuquet. — Un joli mot d'Alexandre Dumas. — Le déboulonnement
de la Colonne. — Paris ouvert ! 98
Chapitre IX. — Marie. — Le petit-fils de Pixéricourt. — Clara Lemonnier. — Les uhlans à Ermenonville. — La Liberté. — La marine du Brésil. - Emile de Girardin.
— Paul de Saint-Victor. — Lia Félix. — A. Bardoux. — Mme Bardoux. — La Bourgeoise française. — Gregory
Ganesco. — M. de Montalembert. — Les Belges de Montmorency. — Les cinq cent mille francs du Khédive.
— Jules de Précy. — Léonce Détroyat. — Victorin de Joncières. — Laforêt. — Encore Gaston Vassy. — La Complainte des fusillés. — Canard et Harthélemy Saint- Hilaire 126
Chapitre X. — Le boulevard. — Le Café de Mulhouse. — Emile Gaboriau. — Eugène Chavette. —Victor Cochinat.
— Le Café de Madrid. — Etienne Carjat. — Les frères Lionnet. — Pages Desnoyez. — Bénassit. — Le Corbeau et le Renard. — Paul Arène. — Tortoni. — Aurélien Scholl. — L'ombre d'Alfred de Musset. — Le mot. — Alfred Stcvens. — Edouard Manet. — Gérôme. — Manet à l'école des Beaux-Arts. — Le prince d'Orange. — Paris la nuit. — Brébant. — Le Café anglais. — Bignon. —
Le Moulin Rouge 131
Chapitre XL — M. Thicrs. — Ce qu'on entendait à V Événement.— Edmond Magnier. — Jules Claretie. —Charles Monselet. — Champlleury. — Est-il bon? Est-il méchant?
— Champflcury et les de Concourt. — La préface de Chérie. — Arsène Houssaye et son escorte. — Une lettre de Corot. — Une lettre de Théodore Rousseau. — Une lettre de Meyerbeer. — Philibert Audebrand. — Emile Villemot. — Léon Chapron. — Henri Fouquier. — A Wolir. — Thimothée Trimm. — La maladie de son cœur.
— Les ressources de Quinola-Magnier 179