HUGUES DE LARNAGE
Mon cher petit ami ,
Vous voilà donc devenu un garçon raisonnable l- Vous avez des livres, des plumes et des cahiers; vous fourriez mime écrire vos Mémoires. Tai voulu vous en épargner la peine : d'ailleurs tous les petits garçons se ressemblera et tous retrouveront un peu leur histoire dans celle du petit Henri. Pour moi 9 mon cher enfant, chaque fois que V auteur de ces Mémoires était sage, gentil pour sa sœur, charitable envers les pauvres, je pensais à vous. Voilà pourquoi je vous offre ce petit livre comme un souvenir de ma tendresse et comme le témoignage de mon affection pour vos excellents parents.
MARGUERITE
Mon frère ! mon frère ] Regarde donc le livre que maman vient de me donner : Mémoires d'une petite fille !
Eh bien, monsieur Riri, tu ne diras plus que les petites Qlles...
HENRI
Ma sœur, je n'ai jamais dit de mal des petites tilles.
MARGUERITE
C'est vrai, tu es très-gentil ; mais si tu es fler d'apprendre le latin, moi je suis fière qu'une petite fille ait écrit ses Mémoires. Que ce doit être intéressant. Henri I
henri, gravement.
Oui, Marguerite.
MARGUERITE
Allons! Tu es jaloux!
HENRI
Jaloux! non vraiment. Je n'ai qu'un regret, c'est que l'auteur de ces Mémoires ne soit pas ma chère petite Margoton.
MARGUERITE
Que je t'aime, Henri! Eh bien! sais-tu ce que je pense, moi?
HENRI
Oui, ma sœur.
MARGUERITE
Tu Tas deviné?
HENRI
Je le crois.
Dis-le.
HENRI
Tu penses que je devrais écrire mes Mémoires.
MARGUERITE
Précisément, mon frère. Ils seront bien jolis... tu parleras de moi, n'est-ce pas?
HENRI
A chaque page.
MARGUERITE
On imprimera mon nom?
HENRI
Bien entendu ; et le mien aussi.
MARGUERITE
Mon frère, est-on obligé de dire tout, tout, dans ses mémoires?
HENRI
Tu as peur, Marguerite.
MARGUERITE
Dame! il y a des secrets.... maman dit que la réputation d'une petite fille est très-importante.
HENRI
On sait bien que les enfants ne sont pas parfaits, val
MARGUERITE
On sait cela en gros, c'est bien différent. Je suis sûre que tu n'oublieras rien. Tu as une mémoire si étonnante!
HENRI
Sois tranquille : je n'oublierai pas les bons exemples que tu m'as toujours donnés.
MARGUERITE
Je suis l'aînée, mon frère. J'ai dix ans et tu en as neuf. Nous serons bientôt grands. Ma bonne me le disait encore ce matin.
henri, montrant une image à sa sœur.
Tiens! Il y a un frère dans les Mémoires d'une petite fille. Ainsi, tu le vois, il faut une sœur dans les Mémoires d'un petit garçon.
MARGUERITE
Ils nous ressemblent, Henri.
HENRI
' C'est vrai; Marguerite, si tu parles de Mes Mémoires, tout sera manqué, je t'en préviens.
MARGUERITE
Mon frère, je sais garder les secrets..,. La preuve, c'est que je sais depuis hier soir que l'oncle Etienne se propose de te donner pour ta fête une volière avec des oiseaux, et.... je ne t'avais encore rien dit.
HENRI
Me voilà bien rassuré ! Et comment seront ces oiseaux?
MARGUERITE
Des chardonnerets, des oiseaux des îles, achetés à Marseille. Peut-être d'autres encore. Si j'apprends quelque chose de nouveau, je te le dirai; le déjeuner sonne, descendons.
HENRI
Marguerite, fais attention : si tu dis un seul mot, je le saurai et je jetterai au feu mon ouvrage.
MARGUERITE
Comme tu serais capable de faire ce que tu dis, je serai capable de garder le secret. Seulement, si j'en rêve haut, ce ne sera pas ma faute, mon frère.
A partir de ce jour, le petit Henri devint pensif. Sa mère lui demanda plusieurs fois s'il était malade, quoique l'appétit et le sommeil de l'enfant fussent on ne peut plus satisfaisants.
Je ne saurais vous dire, chers lecteurs, comment Henri s'y est pris pour écrire ses Mémoires sans être vu, sans négliger ses leçons et ses jeux. Le fait est que, la veille de son départ pour le collège, il remit à sa mère douze petits cahiers très-lisiblement écrits. Après les avoir lus, il m'a semblé qu'il y aurait de l'égoïsme à garder pour la famille un travail où tout enfant peut retrouver plus ou moins sa propre histoire. Je l'ai dit à la mère de Henri, qui est mon amie, et j'ai obtenu la permission de publier les Mémoires dun petit garçon.