CHAPITRE PREMIER
Mon portrait.
Je ne sais pas si les auteurs font leur portrait, mais moi, je suis d'avis de faire le mien. Il me semble" qu'on ne sera pas fâché de savoir comment je suis.
D'abord, j'ai neuf ans et quinze jours. On dit que je serai grand, parce que j'ai de grands pieds et de grandes mains. Mes cheveux sont blonds et
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ne frisent pas, ce qui contrariait beaucoup ma bonne quand j'étais petit.
J'ai des yeux noirs comme papa, c'est-à-dire très-beaux. Ma bouche n'est pas extrêmement grande, pourtant j'y mets une prune de reine- Claude tout entière. Mes dents sont petites et blanches. Il en manque : soyez tranquille, elles repousseront. Quand je sors avec maman, j'entends dire aux bonnes femmes du voisinage :
« Quel garçon bien tourné ! »
Comme tout le monde trouve que je ressemble à maman, qui est très-belle, je ne peux pas me croire laid, et j'en suis bien aise : voilà mon portrait.
Maintenant je vais faire celui de Marguerite, car il sera souvent question d'elle, et il faut que le lecteur la connaisse aussi.
Portrait de Marguerite.
Ma sœur, on le sait, a un an de plus que moi ; elle est petite, un peu grasse. Ses yeux sont grands et bleus, bordés de longs cils noirs. Quand elle pleure, il reste comme de grosses perles au bord de ses cils. Elle a le nez petit et un peu en l'air. Ses cheveux noirs frisent naturellement, ce qui plaît beaucoup à ma bonne, parce qu'elle n'a pas
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la peine de les mettre en papillotes. Marguerite a une petite bouche et une petite cuiller; sa peau est blanche, ses mains et ses pieds sont petits, -juste la moitié des miens. Je trouve ma sœur charmante, même lorsqu'elle fait la moue; mais je dois dire que cela lui arrive rarement. Elle est très- gaie, chante comme un oiseau et rit pour un rien, et pourtant Marguerite est une petite fille raisonnable. Vous aurez occasion de le voir plus d'une fois.
Je trouve ma sœur plus gentille que moi, et je désire que le lecteur soitde mon avis. Maintenant je commence.