EUGÉNIE FOA
économies, je me suis mis à même de me le procurer, votre histoire arrive qui éteint toutes mes espérances... car, sachez qu’en vous donnant Polichinelle, je vous avais donné mon unique bien , mon seul ami, ma vie enfin; je vous avais donné tout mon bonheur, toute majoie et toutes mes espérances... et j’avais, sou à sou, ramassé deux louis, et je vous cherchais, ces deux louis à la main , ajouta Gabou> lard en tirant effectivement deux louis de sa poche et les présentant à Jules , pour vous dire : Voici votre don , rendez-moi mon Polichinelle... Mais, après ce que cet intéressant bipède a fait pour vous, comment voulez-vous que j’aie le cœur de vous le demander... Il ne me reste plus qu’à mourir, monsieur Jules... Polichinelle était mon gagne-pain , et sans pain on ne peut vivre, vous le savez. — Que le bon Dieu me préserve de vous refuser Polichinelle , monsieur Gaboulard , répondit Jules ému; je m’en séparerai avec
peine, c’est vrai... mais je ne veux pas votre mort... le voici... je vous le rends.
Et Jules, après m’avoir baigné de ses larmes, me mil dans les bras de Gaboulard, qui voulut à son tour rendre les deux louis à Jules... Le noble enfant les refusa. — Gardez, lui dit-il, gardez tout; permetlez-moi seulement d’aller de temps en temps revoir mou ami Polichinelle, causer avec lui, et jouir surtout de son charmant spectacle en plein vent, et de ses lazzi si délicieux.
Ainsi que Jules, mes chers petits amis, vous pouvez aussi venir me voir, depuis que le soleil se lève jusque bien après qu’il soit couché, et vous me trouverez toujours aux Champs-Élysées , tuant le cabaretier, rossant sa femme, le commissaire, étranglant le bourreau, le gendarme, et, à mon tour, emporté au fin fond des enfers par le diable. Ça n’est pas cher, ça ne coûte qu’un sou, et on ne paie que lorsqu’on est content.
POLICllINELLE.
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Voici les Mémoires de M. Polichinelle, mes chers enfants; je ne vous assure pas qu’ils soient précisément authentiques, et que leur vérité ne puisse être un peu contestée par des gens qui font métier de tout contester ; mais je puis vous affirmer les avoir ouï conter à de vieilles gens qui les tenaient de plus vieux encore; possible ' que le fait soit faux, possible aussi qu’il soit vrai ; je vous le donne tel qu’on me l’a donné; et ne sera point damné, je vous le jure, ni fouetté, ni mis en pénitence, ni en retenue , ni puni de pensum celui qui ne le croira qu’à demi, voire même celui qui ne le croirait pas du tout.